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De mortuis

C’est curieux — le galeriste qui vient de passer le week-end avec sa femme chez nous à la campagne m’a signalé que le journaliste américain Steven Vincent, tué en Irak le 2 août dernier, était le même M. Vincent qui était venu à la galerie plusieurs fois, en principe pour rédiger des articles sur les expositions commandés (d’après ce qu’il m’avait dit) par le magazine Art in America. Curieusement, aucune des critiques n’a jamais été publiée, comme l’a remarqué le galeriste, et à vrai dire je n’avais vraiment pas l’impression qu’il se souciait trop de l’art, il m’avait toujours demandé ma « vraie opinion » sur ce qu’on avait sur les murs (ou au milieu de la salle). Deux ou trois fois, je lui avais montré, par exemple, un livre entier écrit sur l’artiste en question et il m’avait dit chaque fois, en secouant sa tête, « Mais non, mais non ! ». Il avait ensuite gémi « voyons, j’ai pas le temps de lire tout ça, j’ai une échéance pour l’article — dis-moi tout simplement de quoi il s’agit, grosso modo ». Je ne l’ai donc pas pris trop au sérieux finalement. J’ai l’impression aussi que je n’avais pas tort. Marié [merci, Ron] à une femme qui habite New-York, il est soupçonné par certains d’avoir eu des rapports sentimentaux avec sa traductrice à Bassorah. Il avait publié un commentaire sur la présence de membres de partis religieux dans la police à Bassorah dans le New York Times du 31 juillet 2005. De toute manière, je ne lui aurais jamais attribué aucune compétence particulière de discernement ou de jugement pour la politique intérieure (ou extérieure) irakienne, vu ses manques de connaissance ou d'intérêt dans le domaine de l’art new-yorkais dans lequel il s’était qualifié de spécialiste. Mais comme il était, paraît-il, de droite et un supporter de l’invasion militaire américaine de l’Irak (pour libérer les Irakiens de la dictature de Saddam), la droite américaine l’a déclaré un saint dans la guerre contre les « islamofascistes ». Il cherchait sans doute une célébrité de grand journaliste de guerre en Irak, la célébrité de critique d’art lui ayant échappé par … la force des choses. Il n’a trouvé que la mort, qui lui a donné une sorte de célébrité éphémère. Tout cela rend un peu cynique.

À signaler: cet excellent billet sur les responsabilités réelles des proguerres et des antiguerres américains par l’avocat carnetier Publius (qui n’est pas européen). Les commentaires valent un coup d’œil aussi.

Comments

"épousée à une femme" Si je peux me permettre, Edouard, c'est plutôt "marié à une femme", tout simplement.
Sa femme est son épouse, ils sont époux, il l'a épousé, mais c'est tout ce qu'on peut écrire avec ce mot.
J'ai honte de te rectifier de la sorte...Si je parlais aussi bien anglais que toi français...
Amicalement, Ron.

Merci, Ron, pour la correction — c'est drôle, j'avais d'abord écrit « marié à », mais ensuite je me suis demandé si l'on devait écrire « marié avec », c'est pourquoi j'ai choisi la formule « épousé à » que j'avais déjà rencontrée. Tu ne peux pas savoir combien ces petits détails-là peuvent embêter !

edouard, moi j'adore tes petites erreurs de français, elles sont toujours charmantes et font réfléchir : "au fond pourquoi ne dirait-on pas comme ça?"
quant à ron l'infimier correcteur des stars, il a lui aussi fait une petite erreur, puisqu'il convient d'écrire "il l'a épouséE", sauf si bien sûr la scène se passe à madrid, ce qui ne semble pas être le cas.

* rougit de honte devant sa faute et se flagelle en place publique devant la lada de gugusse *

Merci, gVgVsse ! Je suis toujours prêt à commettre de nouvelles fautes de français provocatrices (mais tu le savais déjà).

Ron, un châtiment aussi mérité qu'ostentatoire — j'ai l'impression aussi que la Lada se gare souvent pas trop loin des Champs-Elysées ? Flagellation touristique ?

Oh oui, tant qu'à faire, autant le faire en public, j'aurai bien bien bien expié, pour le coup !

* pense à une nouvelle carrière dans l'art moderne, un genre de happening humain dans des lieux touristiques, avec fouet ET lada. Un nouveau concept *

Trève de plaisanterie. Edouard, j'ai une requête.
Tu sais ce qui me plairait ?
Un billet de toi, sur un thème auquel je pense depuis des semaines..."les mots français aux USA au quotidien"...Il paraît que vous utilisez "double entendre" et "à la mode"...As tu envie de nous en dire plus ? Dans ta bouche, ce serait encore plus succulent, j'en suis persuadé.

Merci !

(tu peux dire non, tu sais, j'ai tellement l'habitude que les hommes obéissent, il faut bien un échec de temps en temps !)

Uhuhuhuhuhuhuhu.
Bise