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De insolitis

C’est vraiment dommage que Marc-Olivier Peyer ait dû fermer (provisoirement, j’espère) le site de weblogues.com à cause d’une irruption de pings abusifs — mais je comprends entièrement la frustration du webmestre qui s’efforce à restreindre le site aux seuls sites francophones (sa raison d’être, après tout) contre les assauts de l’extérieur, pour la plupart publicitaires, ce qui est encore plus énervant. (Depuis quelques jours le site de Sale bête été à nouveau sujet à des commentaires pourriel et des tas de pings pour des sites de jeux venant de sites israéliens, pour moi une nouveauté. Évidemment, il y a des vagues de diffuseurs de pourriel – au début j’en ai reçu des centaines de messages envoyés de la banlieue de Détroit et du Japon. Maintenant ça m’arrive de l’autre sens.) De toute façon, je tiens à remercier M. Peyer pour tout le plaisir qu’il a fait à la carnetosphère en offrant à nous tous un moyen efficace et amusant de retrouver d’autres carnets (ou bloc-notes) francophones. Tout égoïstement je lui souhaite beaucoup de chance pour trouver un moyen malin (et l’on dit qu’il est très fort, ce M. Peyer, donc je ne me désespère pas) de déconfire une fois pour toutes ces troublions virtuels afin de pouvoir visiter de nouveau son site si louable.

Les goûts et les parfums, tout le monde sait qu’ils laissent des souvenirs très profonds, presque inconscients jusqu’au moment où on les rencontre à nouveau — et voilà, comme l’a remarqué le fameux narrateur Marcel, il en découle tout un passé jusqu’alors enfoui. Le vendredi dernier, vers dix-huit heures, je me trouvais au rez-de-chaussée du magasin Bed Bath & Beyond — je cherchais des cadeaux pour le copain, dont il était l’anniversaire — hé oui, on a voulu être pratique cette fois-ci, donc je cherchais un radio-réveil et une radio douche, les anciennes ayant rendu leurs âmes à la fois il y a quelques jours, ainsi que le minifour électrique, ce qui a fait un petit Jonestown de l’électroménager chez nous. Je parcourais lentement les rayons presque infinis de produits presque inutiles, mais pas du tout inintéressants, avant de m’arrêter devant un énorme rayon plein d’articles de toilette pour hommes — des mousses à raser, des lotions après-rasage, du gel pour les cheveux, des eaux de toilette et de Cologne, et cetera. Parmi ces dernières il y en avait deux que je n’avais pas vu à la vente depuis des années, tellement je les croyais démodées : la première s’appelle English Leather et l’autre s’appelle Canoe. English Leather, c’était mon premier parfum personnel — tous les types cool de mon âge en utilisaient, jusqu’à ce que nous ayons découvert que les types les plus cool du lycée qui avaient quelques années de plus que nous mettaient, eux, du Canoe un peu partout pour faire tomber les filles (et sans doute, par accident, quelques garçons). Ah la la. J’ai peut-être le souvenir qui me trompe, tellement je suis loin de cette époque-là, mais je pense qu’on n’était pas chiche en se parfumant et quand j’ai ouvert le paquet de Canoe et débouché le flacon, cet arôme m’a tout de suite fait retourner dans les vestiaires de mon lycée à Atlanta après la séance obligatoire d’exercice physique où tout le monde se promenait nu après la douche en se moquant des instituteurs, des filles moches et des élèves plutôt ringards et pas cool, dont je faisais plus ou moins partie. Nos dieux — ces beaux athlètes de seize, de dix-sept et de dix-huit ans — si sûrs d’eux-mêmes, si fiers de leurs corps et de leur autorité de jeune coq, ils se promenaient parmi les bancs étroits et parmi nous comme des caïds, et ça sentaient le savon et le Canoe. Quel curieux souvenir d’un passé pas tellement gai (dans le sens original) ce parfum ne m’a-t-il soulevé — je l’ai quand même acheté pour pouvoir offrir une sorte d’explication aromatique d’un aspect de mon passé au copain.

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C'était le nec plus ultra des parfums masculins quand j'avais douze-treize ans, cette eau de toilette

Il en a mis ce matin, avant d’aller faire de la voile avec deux amies. « Qu’en penses-tu ? » je lui ai demandé. Il hume son avant-bras. « Hmm, c’est un peu bizarre, non ? » On klaxonne devant chez nous, je l’embrasse en lui prévenant qu’il faut qu’il soit de retour avant seize heures. Il sort et je me dis : « En effet, c’est assez bizarre. »

Comments

Moi, j'ai débuté avec Old Spice. Il y a plusieurs années, j'ai acheté une bouteille de Canoë, mais je ne pouvais pas en mettre; le parfum était trop fort.