De senectudinis malis
Je suis arrivé aujourd'hui chez ma mère vers midi — c’était hier vers une heure de l’après-midi que j’avais appris qu’elle s’était écroulée dans sa salle de bain samedi soir et qu’elle s’était ensuite tirée vers sa chambre où elle est restée sur la moquette, incapable de se mettre debout, jusqu’au moment où l’on l’a retrouvée douze heures plus tard. L’une de mes sœurs m’avait laissé un message dimanche après-midi à New-York mais je ne l’avais pas récupéré — on était toujours à Saint-Tropez — que notre mère avait passé le dimanche aux urgences de l’hôpital local, qui n’avait pas pourtant trouvé rien d’inquiétant.
Depuis hier on la « surveille » vingt-quatre heures. On a procédé à nous renseigner sur l’embauche de plusieurs infirmières auxiliaires qui pourront dormir chez elle pour les semaines à venir.
Aujourd’hui, elle allait mieux, mais je ne me trompe pas, cela ne va pas être facile ou gai. Est-ce par hasard que j’avais commencé le dernier Houellebecq, acheté à la Maison de la presse dans le port à Saint-Tropez, où j’ai tressailli en lisant : « je ne pouvais que confirmer leurs [c’est-à-dire, les femmes d’un certain âge] premiers soupçons, leur instiller malgré moi une vision désespérée de la vie : non ce n’était pas la maturité qui les attendait, mais simplement la vieillesse ; ce n’était pas un nouvel épanouissement qui était au bout du chemin, mais une somme de frustrations et de souffrances d’abord minimes, puis très vite insoutenables… »
J’y repasserai demain — l’amie écrivain se trouve à l’hôpital, elle s’est cassé le pied avec son assistant de déplacement (ce machin en métal qui permet à marcher) et on la menace de devoir faire une greffe de la peau pour remplacer la peau endommagée du pied !
Les histoires qui nous arrivent de la Louisiane et des alentours sont de plus en plus grotesques — je ne peux pas écouter les reportages sur les milliers d’animaux de compagnie que les autorités ont obligé les citoyens de la Nouvelle-Orléans à abandonner sur place — ça m’écœure. Je n’aurais pas pu quitter New-York sans Betty. L’abomination qu’est cette administration me dégoûte plus que je n’arrive à décrire.
Ce billet touchant, rédigé en anglais par un Français habitant Paris, fait une sorte d’apologie du libéralisme (sens américain) — il me rappelle pourquoi il faut lutter pour un gouvernement qui prendra ses responsabilités sociales au lieu de les lâcher en bénissant les vertus supposées de l’individu — c'est-à-dire de quelques actionnaires de Halliburton.
Comments
Je pleure.
Posted by: R J Keefe | septembre 7, 2005 11:49 PM
Viellir n'est pas facile. On perd peu à peu tout ce qu'on a...et s'il reste l'amour des enfants, c'est une chance.
J'ai vu les images des animaux laissés sur place en Louisiane pendant que les maîtres partaient. J'étais atterrée. Je pense que, dans ces circonstances, je les aurais tués avant de partir.
Posted by: Danielle | septembre 8, 2005 02:42 AM
Le "machin en métal qui permet de marcher" n'est-il pas un déambulateur?
Posted by: Lili | septembre 8, 2005 09:56 AM
Merci de ce mot, Edouard.
Posted by: Jérôme à Paris | septembre 8, 2005 10:34 AM