In urbe
Les diplomates de l'ONU se serrent toujours dans les restaurants chics, accompagnés de voitures de police comme ici, dans l'avenue Madison
Un samedi à New-York, le premier en fait depuis des années, je crois — et ce n’était pas trop mauvais (non, non, je plaisante). Il fait chaud et humide, ce qui fait que les beaux garçons sont toujours en culottes courtes et maillots moulants qui montrent parfaitement, , pendant qu’ils flânent au Village et au long de la Cinquième Avenue, les biceps et les mollets solides et bronzés. A neuf heures j’ai commencé à déballer quelques quelques-uns des cartons qui encombrent le salon de l’appartement. Il était strictement interdit au copain de quitter la chambre à coucher (où il a tout de même pu regarder la télévision tout en jouant à un jeu vidéo de guerre sci-fi dans la douce climatisation— donc, ce n’était pas trop dur pour lui, quand même) — j’ai d’abord rangé la salle de bain (mais qu’est-ce que j’ai trouvé de bizarres tubes de produits de beauté pour homme — des exfoliants, des après-rasage, et cetera — et dont on ne s’est jamais servi) et puis j’ai entrepris la conquête de la cuisine (qu’est-ce qu’on a des bouteilles de vermouth — et franchement ça fait des années que je n’aie concocté un martini — avec de la vodka, extra dry — chez nous). Et puis des verres — on n’est quand même pas des traiteurs ! Il va falloir attendre l’apparition la semaine prochaine d’une autre étagère métallique où l’on pourra commencer à ranger toute la batterie de cuisine et les assiettes.
L'avenue Madison vers le nord, la tour de l'hôtel Carlyle au fond
Il est toutefois agréable de retrouver des livres qu’on avait oubliés — Vathek, par exemple, de William Beckford, grand excentrique anglais de la fin du 18e siècle qui avait rédigé ce roman « orientalisant » en français en 1782, qu’on a ensuite traduit en anglais et publié en 1786 (hmm, un anglophone qui écrit en français, ça me rappelle quelque chose…) Je me suis donné le temps d’un mois pour ranger et incorporer dans l’appartement tout ce qu’on a apporté de la campagne — ce délai passé le copain aura le droit de gueuler — mais avant cela je ne veux pas entendre même un chuchotement d’impatience. Mais, moi, je suis bien plus organisé que la FEMA et en plus j’ai un plan qui va marcher.
L'entrée à la Collection Frick dans la 70e rue est
Quel plaisir de retrouver Pasfolle sur la toile — comme tout le monde le sait, elle se trouve maintenant à Pékin, en République populaire de Chine, où, il paraîtrait bien, les gens sont aussi étranges que ne l’étaient les autochtones d’Austin, qu’elle a quitté en juin dernier. Avec sa voix inimitable, Pasfolle va sûrement nous régaler d’histoires extraordinaires du Royaume du Milieu et dans cette perspective des plus agréables je mets à jour mes signets sur-le-champ — tout le monde est conseillé de faire de même.
Le jardin de la Frick
Je voudrais signaler aussi un carnetier chez qui je passe souvent sans laisser de mot — c’est à cause d’une lâche timidité que je me tais, et aussi parce que je trouve que je n’ai rien à ajouter à ses billets spirituels, élégants, et donc hyper-parisiens. Le Vrai Parisien est bien sûr cosmopolite (comme il est obligé à tout vrai Parisien, d’ailleurs) et ses derniers billets, publiés après un court séjour à Londres, sont d’un charme aussi rare qu’authentique. Il ne faut pas non plus manquer à lire (et à apprécier les photographies) ce billet dans lequel le VP explique comment il arrive à avoir toujours vingt ans.
Dans le Parc central, une allée d'ormes américains, assez rares, en fait
On est allé déjeuner avec les parents du copain aujourd’hui et ensuite nous nous sommes promenés le long de l’avenue Madison jusqu’à la 70e rue, où l’on s’est décidé à faire un tour dans la Collection Frick. C’est bien sûr le musée le plus élégant de New-York, plein de tableaux de Vermeer et de Rembrandt posés sans prétention. Un peu trop de monde, mais n’importe. On a ensuite traversé le Parc central pour nous rendre à la station de métro de la 72e rue ouest, d’où l’on est rentré au Village.
Vue du Pré aux moutons dans le Parc central vers le sud-ouest — et les tours jumelles du nouveau centre Time-Warner-AOL
J'ai trouvé bien intéressant ce passage d'un billet du 13 septembre 2005 du carnetier londonien Dickon Edwards dont je cite quelques paragraphes.
My entire philosophy is based on resisting the rush to join in with whatever seems terribly popular at the time. In many sci-fi tales like Night Of The Comet (a great 80s b-movie, by the way) or Day Of The Triffids, most of the human race is left blinded, turned to dust or turned into zombies by taking part in some mass event like watching a comet. Those that miss out for whatever reason find themselves among a surviving minority, charged with continuing mankind - or not - on their own. It's possible that I read a little too much into these silly stories.
Nevertheless, one must never be afraid to not join in. There's no need to follow the cricket if you're not that way inclined. Similarly, there's no need to get married and have 2.4 children, or 2.4 cats, or 2.4 iPods, to watch a comet, to tune in for Lost, to wear trainers, to rush out and buy a few more Coldplay records just in case no one else does.
Relax. Other people WILL do all these unpleasant things for you. And they will INSIST! Look upon the rest of mankind as your unpaid stunt doubles.
What an incredible sentence to write. It's nice to remind myself I am who I claim to be. If I woke up tomorrow and found myself to be Judi Dench, I wouldn't know what to do. One for the Dickon Edwards section in future books of quotations.
Look upon the rest of mankind as your unpaid stunt doubles.
This default against-the-grain pose of mine is, of course, ridiculous, and I don't always embrace it myself. Many popular things are actually rather good and should be tried at least once. And many unpopular or (as the euphemism goes) 'cult' works remain unloved by the masses for a very good reason. But if you believe in Mr Robin Hood's principle of redistribution of wealth, you must recognise that much of the modern world's wealth is the Currency of Attention. When most heads seem turned in one particular direction, looking to one side can be no bad thing. Other experiences are available.
The Currency of Attention — la phrase est bien belle, et juste, je trouve. (Ce soir il faut que je me fasse un masque hydratant !)
Vue du Pré aux moutons vers le sud-est — la tour du nouveau immeuble Bloomberg à gauche
Comments
Edouard,
à l'instant, je découvre les mots si aimables que tu as envers mon bloc-notes. Je ne peux m'emp^cher de t'en remercier, même si le suprême raffinement aurait peut-être été de me taire. Mais voilà, tes quelques mots m'ont fait trembler le menton, et humecté mes yeux de fierté (si, si, je te jure !). C'est que pour moi, ton bloc-notes, je l'ai déjà écrit, reste le Vrai Modèle, de classe, de distinction, d'humour, de noblesse en un mot. Et je ne croirai jamais qu'en ce domaine l'élève a dépassé le maître.
Bien cordialement et sincèrement, je t'embrasse.
Posted by: Vrai Parisien | septembre 18, 2005 05:30 PM