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Expectamus

[Aparté de remerciements: D'abord, merci encore une fois aux messages d'appui — j'en suis vraiment très touché. Je parle de ces événements personnels et douloureux parce que j'ai envie de montrer combien ces choses pénibles font partie de la vie de tous les jours. Je suis tombé en larmes trois fois aujourd'hui, mais je n'ai aucun doute de ce que je fais ou de ce que je décide — heureusement, ma mère et moi, on a discuté de tout — et je veux dire vraiment tout — et je compte suivre ses vœux à la lettre. Merci encore une fois à vous tous. Après tout, la mort, c'est tout ce qu'il y a de plus naturel.]

Hier : Je tape ces lignes au 1er étage, dans la chambre numéro 227, de l’hôpital local où l’ambulance a emmené ma mère ce matin, vers onze heures. Après une visite chez le médecin, qui lui avait donné ses premiers médicaments contre la dépression, on s’était installé dans ce qu’on appelle, pour faire chic, le solarium ou, pour faire vrai, la pièce à télé, car c’est là où se trouvent des plantes qui poussent plus ou moins correctement devant de grandes fenêtres orientées vers le sud dans les rayons passagers d’un soleil disparaissant — et le grand poste de télévision, qui est, lui, beaucoup moins romantique. N’importe. Mais c’est là qu’est arrivé à ma mère, assise dans son fauteuil super-automatisé qui peut bouger dans presque tous les sens, un accident « embarrassant » dont la garde-malade responsable hier soir s’en est occupée avec un savoir-faire extraordinairement délicat tandis que je m’attardais dans la petite buanderie à côté de la cuisine (on est dans une maison bâtie en 1904, donc il y a plein de petites pièces à usages souvent un peu périmés) à parler avec ma sœur à Philadelphie.

Après cet incident, elle n’a bien sûr pas voulu manger quoi que ce soit, même pas boire une petite canette d’Ensure. Il a fallu une heure à peu près pour la nettoyer et l’habiller pour dormir. Je suis entré dans sa chambre pour lui dire bonne nuit et je elle essayait de téléphoner à ma sœur — après trois tentatives, je lui ai demandé à qui elle voulait parler. « A ta sœur. » « C’est quoi le numéro » je lui demande, en prenant l’appareil. Elle me dit le numéro, mais elle se trompe et je compose le numéro correct. Après une courte conversation, elle raccroche. Et l’on a une conversation tout à fait lucide et intelligente. Je l’embrasse, chose rare entre nous, avant de monter dans ma chambre.

Je me suis réveillé tard ce matin — ma mère essayait de faire les mots croisés dans le Times. Je préparais le café dans la cuisine quand la garde-malade entre en courant — « elle a encore vomi » elle me dit, ses mains pleines de serviettes de bain propres. Je vais voir ma mère, qui a l’air, ce matin, agité, presque angoissé — elle est en train de balbutier des phrases décousues à propos d’un puzzle de mots croisés « dans ma tête » — elle cherche la réponse à la « 46 across » et elle nous assure qu’on la trouvera dans le téléhoraire du journal de Providence. Quoi ? « C’est dans la télévision ! » La garde-malade et moi, on se regarde avec incompréhension. C’est à ce moment-là, après les vomissements et les diarrhées, que j’ai téléphoné au médecin. Il m’a dit de l’emmener aux urgences tout de suite.

Aujourd’hui :

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De nouveaux machins se sont ajoutés depuis à cette collection d'instruments affolants — mais c'était à 8h30 seulement

Je suis arrivé à l’ hôpital à 8h20. Ma mère n’était pas dans sa chambre, une des infirmières m’a dit qu’elle était en train de subir un test — on l’a ramenée à la chambre vers 9 heures. Ma sœur, la sœur difficile, est arrivée vers 9h30. Vers 10h30 je quitte l’hôpital pour aller déposer mes chemises sales chez la blanchisserie et ensuite d’aller voir le cimetière.

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Des paysages peu appétisants dans la région, tout proche de la blanchisserie

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Ça, c'est le quartier le plus occupé du cimetière — c'est bête, c'était la meilleure partie de ma journée d'aujourd'hui

Le bureau y était ouvert et le gardien sympathique m’a fait voir les lotissements disponibles. J’ai ensuite téléphoné aux pompes funèbres « bien» (une amie de ma mère m’en avait donné le nom) pour leur demander ce qu’il faudrait faire pour faire venir les cendres de mon père d’Atlanta jusqu’ici. De retour à l’hôpital, la garde-malade me dit qu’il faut que je parle au gastroentérologue qui va faire la colonoscopie demain. C’est un jeune docteur charmant — il s’appelle Ross. En entendant son nom hier, elle s’était tout d’un coup écriée : « Mais j’ai des parents Ross dans la famille ! On est peut-être parents ! » Le jeune docteur, assis au bord du lit, lui avait souri. « Ben, je ne pense pas, madame, puisque mes grands-parents sont venus de l’Europe Centrale et ils s’appelaient alors Rosenblum — ou ils ont trouvé à Ellis Island qu’il y avait trop de voyelles dans ce nom ou ils ont trouvé que ça faisait trop juif, ils ont abrégé le nom en « Ross » tout court. » Ma mère réfléchit un instant, puis elle lui dit, « Mais on est tout de même possiblement des parents. » Reconnaissant sa défaite, le docteur lui répond « C’est vrai, qui sait, on est peut-être bien des parents. »

C’est ce médecin qui m’a dit cet après-midi que, d’après ce qu’il a pu voir sur les radiographies et les autres tests, elle présente des lésions au foie et aux poumons. Donc, ce n’est pas très prometteur pour le proche avenir. Dès ce matin je suis devenu responsable des décisions sur sa santé.

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Les bouquets de fleurs sur l'appui de fenêtre — ma mère les a à peine remarqués — et je sais qu'ils ne sont pas vraiment beaux, mais c'est comme ça dans les hôpitaux

Le copain nous rejoint demain après-midi. J’ai failli lui demander de venir ce soir, mais en fait, il n’y a rien qu’il puisse faire pour moi, à part me prêter l’épaule.

Plus tard : le copain arrive ce soir ; je vais le chercher à 22h30 à la gare. C’est lui qui a insisté à venir.

Comments

Ça sert à rien de faire des commentaires dans ces circonstances. Si ce n'est à dire, on a lu, on comprend, quelque part, on est là.

pensées pour vous tous.

C'est cool que le copain vienne. Malgré tout c'est un moment à passer à deux.

Je passe ici et suit la vie à longue distance vos moments heureux et malheureux. Une passante qui sourit, et pleure aussi. Je pense particulièrement à vous ces derniers temps.

Les derniers billets me rappellent des moments douloureux parcourus encore il y a peu, et j'avoue avoir du mal à trouver des mots qui pourraient vous arracher un sourire ou vous remonter le moral. je ne puis que vous envoyer mes amicales pensées.

Je suis désolé.

Bon courage.

Je ne sais pas trop quoi vous dire (mais je le dis quand même!) à part bon courage....

Je suis vraiment désolé. N'oublie pas de lui dire que tu l'aime...Bon courage

Désolé, Édouard. Bon courage.

Just stay courageous and valiant.

Une épaule de plus. Courage.

Bon courage, Edouard.

Tu ne peux imaginer à quel point ce que tu vis a un écho effryant pour moi.
Tu ne le peux et ne le dois.
En t'écrivant, je tache de ne penser qu'à toi, ta forme de calme, la sérénité que tu as construite avec elle, avant.
Et que je viens à peine de comprendre (pardonne ma première réaction qui était celle d'une ignorante en ce qui concerne ton lien à ta mère).

Je sais la douleur en amont.
Je sais le manque de qui fut et n'est plus.

Je pene vraiment très fort à toi, moi qui suis incapble de dépasser cette perte-là.
J'en suis même désolée.
Ne pas avoir ton courage et ta capacité à surmonter le pire.

Je pense à vous deux.
Par moments, j'ai même honte de penser à vous deux tant je me sens impropre à accepter et supporter ce que tu subis avec autant de sérénité et de responsabilité.

Autant que je le puis par la pensée, je suis avec ELLE et TOI.

Malgré ton vote pour Bloomberg qui m'a un peu déçue (je desteste le politiciens républicains , le démocrates aussi je crois bien car je suis fondamentalement anarchiste, je voulais te souhaiter plein de courage pour la situation difficile que tu vis et beaucuop de chance pour ton avnenir.
Baci
Nina

En pensées avec vous dans ces moments difficiles. Bon courage.