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Maneo

Cela n’étonnera personne d’apprendre qu’en ce moment je réfléchisse beaucoup aux familles. La mort de ma mère a effectivement défait beaucoup des liens qui nous joignaient encore, mes sœurs et moi, depuis la mort de mon père il y a plusieurs années. Nous sommes entrés maintenant dans la période très bourgeoise, très « trollopien » (pour ceux qui connaissent les sujets favoris de cet auteur anglais du XIXe) de la succession, environnement peuplé d’avocats, de comptables, d’experts financiers, d’experts « ès impôts » et tout le reste. Inévitable, je sais, mais un soupçon démoralisant.

Non, ce qui restait de notre petite famille s’est éclaté la semaine dernière — la sœur de Philadelphie s’est enveloppée dans le cocon familial avec ses deux enfants venus pour la réconforter (je suppose) et aussi, comme prévu, pour les courtes vacances de l’Action de grâce. On ne s’est plus parlé depuis samedi — un silence que je ne comprends pas tout à fait, mais que je veux respecter. L’autre sœur, qui connaît des difficultés maritales chez elle au Connecticut, célébrera la fête comme tous les ans chez une des ses belles-sœurs et tout le reste de sa belle-famille énorme — ma mère y avait été invitée, mais de plus en plus elle ne pouvait pas sentir la belle-mère de ma sœur, jalouse, je pense, et peinée aussi de l’estime presque fanatique dans laquelle ma sœur l’a toujours considérée, donc elle avait refusé. Il y a certaines familles qui s’assemblent tout naturellement dans un deuil commun, mais pas la nôtre.

C’était vers la fin du deuxième tiers du nouveau Henri Potier (merci, Phersu, pour cette appellation élégante qui m'avait plue énormément le moment que je l'aie lue), qu’on est allé voir hier soir, quand j’ai remarqué qu’il n’y avait pas d’Américains dans ce monde magique créé par Mme Rowling et le metteur en scène Mike Newell. À l’école Hogwarts, on trouve des Asiatiques (dont une jeune fille, très belle, parle avec un fort accent écossais !), des Indiens, des Africains — mais pas de types typiquement bruyants de Chicago ou du Midwest. Les deux écoles qui participent avec Hogwarts dans la Coupe sont française et roumaine — et on les traite avec un respect de leurs différences tout à fait étranger à la plupart des « high-schoolers » américains.

Je ne suis pas le seul à remarquer cette absence — « In Harry Potter's world, there are no Americans. Uncle Vernon doesn't have business deals with Americans. The United States doesn't seem to compete in Quidditch world competitions. There are no American exchange students at Hogwarts. And so on. hence, I speculate, the absence of references to the US is the curious incident in the night. Cette citation vient d’un certain professeur Bainbridge qui semble l’avoir remarquée aussi, cette absence — mais pour moi, il faut avouer, j'ai ressenti un certain soulagement en ne pas étant obligé à subir les odieux poncifs « feel-good » ornés de la bannière étoilée dont la plupart des grosses légumes de ce qu’on appelle la « culture populaire américaine » nous gavent sans cesse pour plaire aux actionnaires des multinationales média et aux familles obèses qui la consomment entourées de Big Mac et grosses voitures aux autocollants patriotiques. (OK, j'avoue que ça m'énerve un peu.)

En plus, on voit dans ce film (qui n’est aucunement intellectuel, il faut noter) une acceptation de l’idée que le mal existe dans le monde et qu’il faut lutter contre lui et que c’est le devoir de toute personne civilisée et correcte, peu importe la culture particulière d’où elle sorte, de combattre ce mal sans pourtant le devenir. On a vu des ben Laden, on en verra d’autres, mais il ne faut surtout pas reprendre les méthodes d’un ben Laden si l’on prétend avoir une civilisation qui vaut la défense.

Ce qui me rappelle le cas de M. Padilla, détenu pour plus de trois ans sans faire l’objet d’aucune plainte par le gouvernement, qui le traitait de « combattant ennemi » et donc soustrait, au moins pour eux, à la justice américaine. Hier le ministre de la Justice, le laquais et lèche-cul de la famille Bush Alberto Gonzales a annoncé que M. Padilla avait été traduit en justice pour avoir fait partie d’une « "North American support cell" that worked to support violent jihad campaigns in Afghanistan and elsewhere overseas from 1993 to 2001. » Quoi ? Ce n’est plus un gros et dangereux « combattant ennemi » qu’on détient sans appel ? Oh, selon le petit raton Gonzales, tout ça c’est maintenant « legally irrelevant » aux accusations actuelles.

Pour ceux qui s’imagineraient tout naïvement que l’actuel résident de la Maison blanche à Washington serait un grand défenseur de la liberté de la presse, cette nouvelle posera un problème : selon un document secret du bureau du premier ministre britannique Tony Blair, il serait dangereux de dire du mal du Führer Bush. Dans des articles publiés hier dans le Mirror de Londres et dans le New York Times ce matin, Bush avait voulu faire taire la chaîne arabe Al-Jazeera en bombardant son siège au Qatar, allié américain en l’occurrence. Ce serait M. Blair qui l’aurait dissuadé de cette attaque. La Maison blanche le nie, pff.

Tout s'arrête par ici — demain c'est l'Action de grâce et la plupart des gens feront le pont le vendredi prochain. Heureusement que les soldes ne me tentent pas (et ce n'est pas comme en France, où les soldes ne se font que deux fois par an — ici, c'est les soldes tous les deux jours, donc rien d'exceptionnel.)

Comments

Le mal.
L'homme ayant créé dieu à son image, il est normal que le mal ait ses lettres de noblesse.
C'est pour cela que j'ai toujours pensé que la lutte contre le mal devait être un travail sur soi et non pas contre les autres.

les enfants donnent des surnoms du genre harry cover,happy roteur,et j'en oubli...j'avais lu que l'auteur avait en fait retranscrit la société anglaise,et puis si ça échappe à l'amérique,ce n'est pas la seule chose et ce n'est pas si grave, même si c'est un succès planétaire.
Dans notre campagne ,on dit se réconcilier autour d'un cercueil , mais force est de constater que c'est plutôt l'inverse. Encore bon courage à vous