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Inter cenam

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« Big Dick » Cheney et « Rummy » Rumsfeld s’affairent hier soir autour de la base d’un lampadaire dans la place Jackson

Dimanche soir, après la dernière représentation d’un spectacle communautaire créé pour la fête des Rois (un curieux retour en arrière au Moyen Âge anglais, où l’on présentait des farces — la pièce comique de Shakespeare Twelfth Night, or What You Will (La nuit des rois) a eu sa première à la fête de Candlemas, la bénédiction des bougies et la dernière fête de la saison de Noël, le 2 février 1601 — et où l’on met sur scène une multitude de cabotins locaux, adultes, ados et enfants, à faire des tours pas très remarquables, à chanter pas tellement bien des chansons incompréhensibles, à faire de la danse dite moderne dans des costumes reconstitués de chiffons, et ainsi de suite), on est rentré chez nos hôtes pour partager un repas avant de partir pour New-York. Il y a eu à boire, naturellement — des apéritifs de champagne, de gin et de whisky ont été offerts et, pendant le dîner, un rouge espagnol à gogo. La conversation s’est fixée sur la guerre en Irak, à la suite d’une remarque faite à propos de cet article dans le Washington Post que j’avais lié il y a quelques jours. Quatre des six convives l’avaient lu sur Internet (évidence de l'importance toujours croissante de ce médium). L’un des deux qui ne l’ont pas lu s’est prononcé contre ce genre d’articles « défaitistes » où les parents de soldats tués font leur deuil en blâmant en public les hommes politiques. « Dans toute guerre il y aura des morts, des soldats tués, et l’on ne devrait pas dire que ces morts étaient futiles. » « Dans une guerre sans raison valide, il n’y aura que des morts futiles » je lui ai répondu, à l’assentiment de la maîtresse de maison assise à ma droite. « C’est une guerre, je suis d’accord avec toi, que nous n’aurions pas dû entreprendre » il m’a répondu. « Mais, une fois la décision prise — pour le bien ou pour le mal — il faut s’y tenir jusqu’à la victoire. » « Mais quelle victoire attendons-nous ? Une nouvelle démocratie irakienne ? Une dictature chi’ite et un état quasi indépendant au Kurdistan ? » Une femme un peu saoûle déclare avec force : « On devrait quitter l’Irak tout de suite. C’est comme au Viêt-Nam. » L’invité à sa gauche, amateur d’histoire militaire, s’écrie « Mais vous vous trompez, M—, cela n’a rien à voir avec ce qui s’est passé au Viêt-Nam. On savait parfaitement bien à qui on allait « rendre les clefs » (« hand over the keys » est une expression qu’on croise de plus en plus dans un contexte politique) — c’étaient les Nord-Viêtnamiens. » J’ai réfléchi un instant. « Mais, ce n’est pas tout à fait juste » j’ai dit. « Nous avions déjà installé notre fantoche (en l’occurrence Nguyen Van Thieu) à la présidence du Viêt-Nam du Sud et c’est à ce gouvernement-là (en fait, au général Duong Van Minh Tran, nommé président après la fuite de Thieu en 1975 vers Taïwan avec 17 tonnes d'or volé et la démission, une semaine après, de l'ancien vice-président Tran Van Huong) qu’on a rendu les clefs, non pas aux Nord-Viêtnamiens. Et l’on ferait de même en Irak, s’il fallait. Quand on décide de partir, on va constituer un gouvernement avec, à la tête, un type comme ce sacré Ahmed Chalabi et on lui dira « Bye-bye and good luck. Freedom, freedom, freedom ! » en lui rendant les clefs. Deux jours après, il y aura la guerre civile. » « Si l’on avait assez de troupes… avec 500.000 soldats, il n’y aurait plus d’histoires d’insurgés. » La maîtresse de maison : « Mais on ne les a pas, ces troupes. Il va falloir passer à la conscription. » Le maître de maison, diplômé de Harvard, a ri : « Ah, si tu commences à prendre tous les enfants de la bonne bourgeoisie à Harvard et à Yale, ça va gueuler vite et fort dans la banlieue aisée ! » « Et alors, » a ajouté l’historien militaire, lui-même diplômé de Yale, « il ne sera surtout plus question d’équipement militaire inadéquat pour ces chéris-là ! » Tout le monde était d’accord qu’on ne devrait pas poursuivre que des soldats pour les crimes commis contre les Irakiens, qu’il s’agissait en toute probabilité d’actes autorisés par l’état-major. « L’un de mes rêves » j’ai dit, « c’est de voir ce salaud Cheney sur le banc des accusés au tribunal de La Haye, ne fut-ce que pour voir sa tête. » On a parlé un peu du dernier procès d’Enron, qu’on attend tous avec impatience, mais le sujet s’est retourné à la guerre en Irak. « Après ce qu’on y a fait, on n’a pas le droit de quitter le pays. Même s’il nous faut dix ans d’occupation militaire pour établir un Irak acceptable, on doit rester. » « Mais c’est quoi, un Irak « acceptable » ? » on lui a demandé. Et puis, « si vous étiez président, qu’est-ce que vous feriez maintenant en Irak ? » Personne n’a dit mot. On ne sourait pas.

Un café noir et l’on était bientôt en route pour la métropole.

Comments

Eh bien, Edouard, vous êtes remonté comme un coucou suisse ! Mais vous avez raison pour l'Irak : lorsque l'on met la pagaille quelque part, il faut tout ranger avant de partir.

Mais j'ai toujours une question principale: est-ce possible de ranger ce qu'on a bouleversé à un tel point ? J'ai de doutes très forts, en effet.

La condition humaine est trop complexe pour que je la commente.
Je voudrais plutôt vous féliciter de votre ponctuation.
Ce n'est pas facile à écrire de tels longues phrases en maintenant les accords de parenthèses, virgules, etc.
Bien fait!

C'est une bêtise masculine, cette fixation sur la thèse "Après ce qu’on y a fait, on n’a pas le droit de quitter le pays." La cause échouée, il faut en persister?

Malheureusement, je pense que les américains ne peuvent rien faire d'autre que de persister afin d'éviter une guerre civile et je doute que l'ONU souhaite se substituer à eux.

je lis toujours avec autant d'attention et d'empressement vos billets, continuez et merci de toutes ces informations, ces prises de position, j'apprends tant de choses...
maryse(une maman de 55 ans) qui s'intéresse à beaucoup plus de sujets que ma vie de "provinciale" pourrait laisser croire...
Bonne année à vous et votre ami.

hélas, le couvercle a été soulevé, et je ne vois pas l'issue. s'il faut partir uniquement quand cela ira meux, ils sont là longtemps. pas de status quo possible. la région s'embrase doucement mais surement par la montée en puissance des chiites contre les sunnites et acéssoirement les autres. il faudra des années pour désacraliser la région y compris le liban. tout ce ques les americains ont fait c'est ouvrir la boite de pandore.