Margaritæ
Peu de monde dans la rue Perry
L’expression plaisante « clutch your pearls » fait partie d’un argot largement gai qui signifie plus ou moins « réagir avec un outrage un peu exagéré » . Elle est reprise et remaniée dans ce titre spirituel « No Pearls Left Unclutched », (référence sarcastique au nom de la politique bushienne « No child left behind ») où elle est la réaction moqueuse d’un commentateur à un billet du carnet Firedoglake sur Mme Alito, femme du juge candidat à la Cour suprême, qui s’est sauvée de la salle d’audience hier après-midi en larmes. La droite bêle « méchanceté démocrate ! », bien que Mme Alito, qui, un peu curieusement, ne se sert pas du nom de son mari — serait-elle une féministe dans le placard ? — ait quitté la salle pendant une harangue du sénateur républicain Lindsay Graham (le préparateur d’audience, en l’occurrence, de son mari) . La gauche crie la « fraude théâtrale ». Ceci me rappelle la réprimande fréquente de ma mère à nous, ses enfants, quand on se plaignait de quelque chose trop bruyamment ou, du moins à notre avis, avec le drame qu’il fallait,— « Stop being such a Sarah Bernhardt ! » nous dirait-elle avec un grand soupir d’impatience. (C’est quand même impressionnant que la mémoire de cette grande actrice française (1844-1923) reste ainsi dans la langue populaire d’un pays étranger.) Mme Alito est-elle une nouvelle Bernhardt ? Je n’en sais rien. Mais il y a un autre cliché qui m’est venu à l’esprit en apprenant la nouvelle de la scène qu’elle a faite : « If you can’t stand the heat, get out of the kitchen. »
Comments
Merci Edouard ! grâce à toi, j'ai lu il y a quelques jours le billet d'adieu d'Eisenhower (que j'ai trouvé très bon, juste dans le ton...), puis j'ai creusé le sujet sur cet homme et suis maintenant capable de reconnaître une des formules qu'il affectionnait ("If you can't...kitchen"), puis, de fil en aiguille j'ai tout appris sur Harry Truman. Enfin bref ! on lit un blogue et voilà que l'on dévore les encyclopédies. Merveilleux. Quant à Sarah Bernhardt, j'ignorais qu'elle fût ainsi restée dans une expression américaine alors qu'à ma connaissance elle n'est dans aucune en France ! Paradoxe.
Posted by: Vrai Parisien | janvier 13, 2006 04:00 AM
je retiens volontiers ces expressions et les sortirai sans doute (tard et fort dans des resto chics de province, surement) à l'envi, traduites ou pas.
je vous tiens au courant du ridicule engendré.
Posted by: wam | janvier 13, 2006 06:58 AM
Edouard,
Au Jewish Museum, au coin de la 5th Avenue et de la 92d Street, on peut voir actuellement une exposition formidable consacree a la vie de Sarah Bernhardt.
A l'entree de la salle, un grand panneau accueille les visiteurs par la phrase ; "Who do you think you are - Sarah Bernhardt ?"
Des visites guidees gratuites sont organisees.
On y apprend plein de faits tres surprenants sur la vie - excentrique - de cette artiste. Je n'en dirai pas plus pour vous laisser la surprise si vous allez visiter cette exposition.
Je vous la recommande vivement en tout cas. J'en suis revenue enchantee - dans tous les sens du terme.
http://www.thejewishmuseum.org/site/pages/onlinex.php?id=122&PHPSESSID=a75073273f5c76450801ed8d52e3b898
Bien a vous.
Catherine
Posted by: Catherine | janvier 13, 2006 01:11 PM
Merci, Catherine, j'ai bien l'intention d'aller voir cette expo sur la Bernhardt, modèle en passant pour le personnage de La Berma dans À la recherche du temps perdu. Et je n'ai toujours pas eu la chance d'aller voir Phèdre à la Comédie française. Mais le Jewish Museum n'est qu'à deux pas, heureusement.
Posted by: Édouard | janvier 13, 2006 01:29 PM