Reditus
Une semaine, ce n’est pas vraiment long, mais il est vrai que cela fait presque bizarre aujourd’hui de rédiger de nouveau un billet. N’étant pas guique, je ne puis vraiment pas expliquer ce qui s’est passé la semaine dernière — on m’a dit que le serveur s’est cassé et que l’on a dû le remplacer. Mais le pire pour moi n’était pas le silence imposé (loin de là), c’était l’absence mes liens quotidiens vers d’autres carnets beaucoup plus intéressants qui m’embêtait surtout.
[Je n'arrive pas à publier des photos — on m'indique une erreur « perl » quand j'essaie. Donc ce sera pour plus tard...]
À partir d’Embruns j’ai quand même pu suivre les derniers développements dans l’affaire Garfieldd et je suis heureux d’apprendre que certains responsables de l’Éducation nationale semblent avoir pris connaissance de la réaction vive que le licenciement hâtif et injustifié de Garfieldd avait suscitée en France. Il faut continuer à faire pression, mais il est déjà évident que les carnets ont fait preuve d’une nouvelle importance médiatique que les médias traditionnels, ainsi que les milieux politiques, ignoreront à leurs dépens.
La semaine dernière je suis allé chez ma mère avec un ami estimateur que j’avais embauché pour établir l’inventaire officiel des « biens meubles » (c'est joli, la phrase, non ?) dans la maison — ce sont nos amis du fisc qui nous l’exigent. Pendant que je me suis fait couper les cheveux par mon coiffeur ex-militaire, après quoi je suis passé chez l’amie écrivain, chez l’avocat et même chez les pompes funèbres où je voulais récupérer les cendres de ma mère (sans succès cette fois-là), l’ami estimateur s’est affairé, aidé par son appareil photo et par son ordinateur portable, à dresser un inventaire exhaustif de tout ce qui se trouve dans la maison (ben, pas tout, puisque certains articles se sont « évaporés » comme par un miracle, mais bon, n'en parlons plus). Quittant le cabinet de l’avocat, je suis repassé chez les pompes funèbres où je n’ai trouvé personne dans tout l’immeuble (ancienne maison transformée en entreprise de pompes funèbres) — j’ai fait tout le tour des bureaux ouverts mais de toute apparence abandonnés du 1er étage en disant aux employé(e)s invisibles ou absent(e)s (leurs manteaux étaient toujours pendus dans le couloir) « Hello ? », et puis un peu plus fort « Helloooo ? ». Rien. Je suis redescendu et par la porte entrouverte de la salle de conférence j’ai vu le coffre que j’avais choisi pour les cendres maternelles et qu’on avait posé sur la grande table. Je suis entré, j’ai vu le coffre funéraire et un morceau de papier — il s’agissait d’une sorte de « permis d’enlèvement de cendres » qu’il fallait signer (on m'avait gentiment laissé un stylo à bille à côté). Toujours personne dans l’immeuble. Haussant les épaules, j’ai ouvert le coffre où j’ai trouvé une « attestation d’incinération » inscrite du nom de ma mère. J’ai signé le papier et j’ai pris le coffre, en chuchotant à ma mère « I know they’re kind of casual around here, but did you really expect this ? ». J’ai mis le coffre sur la banquette arrière de sa voiture (une vieille Saab) et on est rentré à la maison.
Vendredi soir on a dîné avec l’amie écrivain, toute contente de sortir avec trois pédés new-yorkais avec qui elle pouvait dire n’importe quoi, toutes sortes de méchancetés délicieuses. Un groupe de producteurs de cinéma anglo-américain est en train de prendre une option sur un de ses livres — la somme ne sera pas énorme, au moins au début, mais s’ils réussissent à trouver le financement, un metteur en scène, des acteurs qui veulent bien jouer les rôles, et tout le reste,à ce moment-là, on lui versera du fric à la pelle.
Samedi on est allé visiter le musée naval du coin, qui s’appelle « Mystic Seaport ». Ce n’est pas mauvais, surtout si l’on est, comme lui et plein d'autres, fou de vieux bateaux. Pour moi, qui souffrais, je l’avoue, d’une toute petite (mais persistante) gueule de bois (trop de Bordeaux 2003), j’ai dû passer le temps parmi ces divers navires plus ou moins antiques à lorgner les quelques jeunes papas (bien trop peu, malheureusement, à cause du mauvais temps) que nous avons croisés pendant notre visite. Un dîner à la maison préparé par moi, encore du vin rouge, et hop, retour à New-York — oh, que ce trajet est long et ennuyeux !
Hier soir j’ai assisté à une réunion commémorative d’un artiste dont j’avais exposé l'œuvre il y a quelques années — il y avait du monde et certains des participants sont bien connus dans le monde de l’art new-yorkais : le sculpteur Joel Shapiro, le critique Robert Hughes et le peintre Chuck Close. Mais l’affaire ne m’a pas plu, c’était trop hypocrite, ces artistes réussis (souvent à cause de leur dynamisme égoïste illimité plutôt que de leur grand talent ou de leur originalité esthétique), riches et complaisants, qui se plaignent publiquement d’autres artistes qui n’ont pas, à leur mort, connu un « même » succès aussi mérité. Tu parles !
De là je suis allé à pied chez l’ami galeriste qui m’a offert un verre d’un bourgogne 2003 qui n’était pas mauvais du tout et qui ne coûtait que 9,99 $ la bouteille. On est allé dîner dans un restaurant italien à quelques pas de chez lui, Intermezzo, où il a été salué par un type blond assis au bar. L’ami galeriste connaît tout le monde, c’est fou, et on l’invite à s’installer à notre table. On commande une bouteille de l'agence Ford devenu, avec son copain financier, partenaire décorateur dans une société qu’ils ont fondée où il s’agit d’acheter des maisons délabrées à bas prix, les restaurer et les décorer, et ensuite les revendre à des prix hallucinants (faut le faire, non ?) En fait, il était charmant, le blond, grand fan de basket (si, si), et il nous dit qu’il venait de jouer au basket la semaine dernière avec Leonardo et Ethan (je vous laisse deviner leurs noms de famille) aux Chelsea Piers. Il nous décrit un appartement à Tribeca qu’il vient de décorer pour un couple de deux homos (dont l’un travaille pour la télévision MTV et l’autre pour la chaîne ESPN) superbutchs, superathlétiques, superriches, mais en dépit de tous ces attributs exceptionnels dépourvus d’aucune trace de goût pour la décoration. « Tu te rends compte » il nous dit « dans l’appartement je me suis servi de rails de chemin de fer en bois, tous pleins de clous — c’est tout à fait sexy ! » « Mais » je lui répond « c’est décoré donc comme l’Eagle » « Exactement. Et ça fait bander ! » il dit, en souriant. « Mais est-ce qu’on va pouvoir le publier ? » lui demande l’ami galeriste. « Oh, le photographe d’ | Permalink
Comments
Petit problemes de liens je suppose ... mais l'access a la suite de ton article n'est pas accessible.
Que vais-je devenir ? ;-)
Bon courage !
Posted by: Pierre Carion | janvier 26, 2006 06:51 PM
On est très content de vous rendre visite!
Posted by: R J Keefe | janvier 26, 2006 07:17 PM
ouf vous revoilà ! Vous manquiez à ma blogosphère.
Il y a eu aussi, en France, des problèmes avec certains serveurs, la rançon du succès sans doute.
Posted by: Valérie | janvier 27, 2006 12:37 AM
Je dois vous avouer que j'ai eu très peur de ne plus pouvoir vous lire. Je cliquais chaque jour dans le vide (drôle d'impression). Enfin you're back et c'est tant mieux. Bonne continuation !
Posted by: Yannick | janvier 27, 2006 03:10 AM
8 jours, c'est long, l'angoisse montait!!
Posted by: Danielle | janvier 27, 2006 06:57 AM
ouf !
:-)
Posted by: samantdi | janvier 27, 2006 07:29 AM
Il y a des rails de chemin de fer en bois a l'Eagle? Je ne suis pas bien sur de comprendre (il faut dire qu'il y a longtemps que je n'y ai pas mis les pieds). Ils ont refait la deco? Peut-etre faudrait-il que vous alliez y faire un tour pour nous montrer les photos ;)
Oh, et puis j'adore le 'guique ' meme s'il m'a fallut quelques secondes pour comprendre de quoi vous parliez.
Posted by: T. | janvier 27, 2006 08:16 AM
moi aussi, je me suis inquiétée, et là chouette tout est rentré dans l'ordre. J'avais même essayé à partir d'un autre blog dans lequel je vous avais "trouvé" en lien... ouf, on respire...
bonjour donc à vous et au copain.
Posted by: maryse | janvier 27, 2006 09:22 AM
Moi aussi j'ai eu très peur, le plaisir n'en est que plus grand. (Comme le vin rouge 2003 ;)
Posted by: aqb | janvier 27, 2006 04:37 PM