De artium novitate
L’amie marchande de tableaux m’ayant honteusement délaissé en disant qu’il fallait qu’elle prépare l’arrivée de son frère de Sydney prévue pour demain, je me suis traîné tout seul comme un grand à la Biennale du Whitney. En fait, j’avais d’abord voulu voir l’exposition du sculpteur David Smith qui se trouve au musée Guggenheim. Sur le quai de l’IRT du Côté Est à la Grande Centrale, j’ai fait un pari : si l’express arrivait le premier, j’irais au Guggenheim (sortie à la 86e rue est) ; si le local, j’irais au Whitney (sortie à la 77e rue est). C’est l’express qui a gagné et je me suis donc confortablement assis dans un wagon presque vide à terminer mon bouquin sur Trieste. Il faisait beau, un peu frais. Excellent temps pour marcher. Quelques minutes plus tard, je me suis trouvé devant une porte double fermée, parce que le musée Guggenheim n’est pas ouvert les jeudis ! Mince alors ! Je n’avais qu’à descendre l’avenue Madison vers le Whitney, qui se trouve dans l'avenue Madison à la 75e rue.
Ça fait deux jours qu'on tourne un film dans la rue Bleecker — les cônes oranges, les spots, les longs camions stationnés partout
Avenue du Parc à la 88e rue est
Dans l'avenue Madison vers le sud
Il y avait du monde dans l’avenue Madison — je passais plusieurs groupes de gens très bien habillés qui vont dans le sens opposé. J’ai remarqué, parmi l’un d’eux, le « couturier » (oui, je sais, c’est beaucoup dire) Tommy Hilfiger — il est tout petit et un « joli laid » plutôt laid. Quelques pas plus loin je me suis rendu compte qu’il a dû s’agir d’un service funèbre chez Frank Campbell, les pompes funèbres les plus distinguées de New-York (et l'on dit, en passant, que l’émotion causée par les obsèques de la chanteuse Judy Garland qui ont eu lieu ici en 1969 a contribué aux émeutes du même soir du 27 juin 1969 — les travestis du Stonewall Inn étaient censés être en deuil pour la Garland).
L'entrée principale aux pompes funèbres Frank Campbell dans l'avenue Madison
Le musée Whitney
Le Whitney était inondé d’étudiants des beaux-arts, chacun muni d’un carnet et d’un stylo pour noter les noms d’artistes et leurs œuvres favorites, les cheveux teintés rouges, bleus et roses. J’ai commencé au 4e étage — des gardiens de musée dans chaque salle surveillaient de près les œuvres et les installations, donc pas de photos. Une belle installation de deux bougies tournantes en rond d’un artiste suisse nommé Urs Fischer était complémentée à merveille d’une énorme tableau photoréaliste accroché sur le mur au fond par l’artiste Rudolf Stingel (Américain né en Italie). C’est comme si l’homme dans le lit cherchait en vain à suivre le tournoiement lent des bougies allumées afin d’essayer d’oublier un malheur qu’il n’ose scruter.
Cela m’a fait rire de retrouver des tableaux faciles de Billy Sullivan, peintre mondain que je connais un peu, dont un portrait d’une vieille tante (et mécène) habillée absurdement en maharajah !
Une partie de la Tour de la Paix érigée devant l'entrée du Musée
J’ai regardé en entier un film d’art créé par Tony Oursler qui s’appelle Don’t Trust Anyone Over Thirty, All Over Again). De jolies images, je n’ai pas compris trop le « scénario », mais la musique, d’un certain Bruce Odland, m’a plu.
Un jeu de perspective dans l'avenue du Parc
Je voulais aller voir CSA ce soir, mais la seule séance était à 21h40 ! On est des vieux, nous — on se couche de bonne heure !
L'église St Jean Baptiste, ancienne paroisse française dans l'avenue Lexington
La saison des campagnes vient de commencer. Le copain est allé hier soir à une réunion dite « meet and greet » pour le candidat démocrate à la Chambre des représentants de notre ancienne circonscription du Connecticut. Il s’appelle Joe Courtney. On lui a envoyé de l’argent ce matin. Ned Lamont ose disputer le siège du sénateur pas très démocrate Joe Lieberman — je lui ai envoyé un petit chèque. Que ça coûte cher, la politique ! Mais il faut qu’on fasse tout ce qu’on peut contre Bush et ses républicains.
L'avenue Lexington, c'est la sœur bien née qui doit tout de même travailler, par comparaison avec la chic avenue Madison, la snob avenue du Parc, et l'hautaine 5e avenue
Comments
Ah, quelles belles photos de mon quartier!
Posted by: R J Keefe | mars 16, 2006 11:11 PM
J'aime ta descripion des avenues, on dirait les soeurs Mitford !
Posted by: Quel Fourbi ! | mars 17, 2006 12:00 AM
J'ai mené ma petite enquête à propos du tournage que tu as pu voir.. cf mon blog.
Posted by: olivier | mars 20, 2006 08:25 PM
Olivier, d'après ce que j'ai pu apprendre, on tournait « ton » film dans l'East Village; le « mien » était dans à l'ouest — et sans titre.
Posted by: Édouard | mars 21, 2006 08:55 AM