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Dies quarta (Villa Carlotta, in Insula Principis Edouardi)

(Rédigé le 8 août 2006 à bord le M/V Madeleine, dans le grand confort de la cafétéria qui sent les frites graisseuses.)

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Vers le large dans le golfe du Saint-Laurent

Rha la la, c’est moi le plus cool de tous, puisque j’ai réussi à trouver une prise dans la cafétéria du bateau et parce que j’avais avec moi un machin particulier qui me permet de me brancher sur cette prise (une vieille anglaise) tout à fait cocasse. En plus, je me suis assis à une table à côté d’une fenêtre qui donne sur le pont en avant du navire et donc sur le golfe Saint-Laurent lui-même. Il fait beau, ensoleillé, après un matin gris, avec des pluies intermittentes à notre sortie du port de Souris, dans l’Île-du-Prince-Édouard. La mer est calme, on roule doucement, les familles jouent aux cartes à côté de moi, quelqu’un vient d’ouvrir une porte pour laisser entrer un peu d’air, ce qui fait du bien.

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À bord le M/V Madeleine

J’ai du temps à rattraper, des histoires à narrer, et c’est bien le moment de le faire.

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Le style Tudor — l'entrée de l'hôtel

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L'aile principale de l'hôtel Algonquin à St-André

Comme tout le monde le sait déjà, le copain est beaucoup plus discipliné que moi — il s’efforce à courir tous les matins et hier matin il a fait le tour du village de St-André en courant, tandis que moi je me noyais dans de nombreuses tasses de café plutôt infectes tout en surfant la Toile avec le service à haut débit offert par l’hôtel pour 13,95 $ canadiens pour 24 heures. Nos toilettes respectives achevées, nous sommes descendus à la grande salle à manger où nous voulions profiter de l’énorme buffet pour le petit déjeuner. Mais là j’ai l’impression qu’on souffre à St-André du même syndrome qu’on connaît trop bien chez nous, à « Pierreville », d’où toute personne ayant une ombre d’intelligence ou d’ambition se sauve le plus tôt possible pour des endroits moins, euh, impossibles — les serveurs, tous très jeunes, semblaient tout à fait débordés par les exigences du service de petit déjeuner (pas énormes, quand même — on sert le café et le jus d’orange et puis c’est tout, après tout). Pas grave, mais énervant, surtout quand la jeune Shannon, blonde et grosse de hanches, me fait une grimace d’horreur quand je lui demande un peu de lait pour mon café comme si je lui avais dit une grossièreté ahurissante . Mais bon, on se sert du bacon et des œufs brouillés et puis « restaurés », on se remet en route, vers Saint-Jean.

La ville de Saint-Jean doit avoir plein de bonnes qualités mais vue de l’autoroute, elle est plutôt moche d’aspect, surtout sous un ciel gris. On continue vers le nord, vers Moncton, où l’on fait le plein et où l’on déjeune — c’est un jour de fête, le lundi, une fête canadienne dont on n’était pas au courant (des fois on est bien des Amerloques typiques) et le centre ville de Moncton était plutôt désert, à part un restaurant mexicain.

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Moncton, centre ville, vers l'ouest

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Et dans l'autre sens

C’est curieux, on y parle un anglais teinté d’un certain accent écossais. On a déjeuné dans un pub tout ce qu’il y a de plus irlandais — l’influence irlandaise semble aussi bien forte, en fait, dans cette contrée.

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Un pub irlandais dans la rue principale de la ville

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Une tour TV à Moncton

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Dans le pub de la Porte St-Jacques à Moncton

De nouveau en route, on s’est dirigé vers le Pont de la Confédération, qui relie l’Île-du-Prince-Édouard au continent — le pays est bien beau, on traverse des îlots linguistiques francophones et anglophones l’un après l’autre — on est bien dans l’ancienne Acadie, dont le drapeau flotte devant beaucoup de maisons — un drapeau français avec une étoile jaune surimposé au coin haut de gauche dans le bleu.

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Le copain n'aime pas le bilinguisme

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On approche le pont

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Sur le pont

En l’Île-du-Prince-Édouard on se retrouve dans l’anglophonie exclusive — beaucoup moins de français en dehors des bâtiments publics ou officiels. Les gens à Charlottetown sont très polis, pas très chic, gentiment bon-enfant — le Connecticut utopique d’une Martha Stewart, quoi ! On a fait un tour du centre-ville historique.

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L'auberge Dundee Arms à Charlottetown

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De vieux immeubles à Charlottetown

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Une rue piétonne pleine de cafés

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Au port de Charlottetown

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En principe, il est interdit de nager ici, mais les jeunes n'y font pas attention

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Zidane est partout

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Mais on fait des efforts en faveur de la francophonie

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La maison de la province, centre du gouvernement de l'île, bâti en 1847

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Un bel exemple du classique à l'anglaise du XIXe siècle

Pas grand-chose à voir, mais avec du charme. C’était le copain qui m’avait demandé d’aller voir sur Google s’il y avait de la vie gaie à Charlottetown et, à ma grande surprise, on a découvert que l’hôtel le plus chic de la ville (le Great George), où il n’y avait pas de chambres quand je leur avais téléphonés, s’était fait lister comme un hôtel qui appartient à des gais et qui accueillent avec style les gais, les lesbiennes, les transexuel(le)s et les transgenres — et tout le reste, d’ailleurs — il y avait un restaurant au nom révélateur d’Off Broadway auquel les propriétaires étaient aussi associés . On y est allé vers 20 heures et l’on a d’abord pris bu un verre dans le bar d’en haut, où le barman était originaire (ô ciel !) du Nouveau-Jersey. Quelque vingt minutes plus tard on est venu nous chercher pour nous mettre à une table dans le restaurant du rez-de-chaussée, où l’on a mangé des moules locales et des pâtes (probablement pas locales), le tout arrosé d’un bourgogne blanc délicieux. Une soirée agréable.

On s’est levé pas trop tôt ce matin — il avait plu pendant la nuit (je croyais avoir entendu, en dépit de la climatisation bruyante, des coups de tonnerre vers trois ou quatre heures). Le copain a téléphoné au bureau et a envoyé quelques courriels à des clients (le sans-fil marchait à merveille dans notre chambre) et puis on s’est mis en route pour le port de Souris où l’on allait prendre le « traversier » pour les Îles.

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À l'embarcadère du ferry des Îles de la Madeleine

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Quelques bâtiments de la rue Haute de Souris

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Ce n'est pas le Lycée français de New-York mais par contre l'école a une vue imprenable sur la baie de Souris

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Le traversier approche

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La file d'attente des piétons et des cyclistes

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Nos sièges

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Les files de véhicules qui cherchent à entrer au traversier

C’est quand même grand, ce bateau — en principe, c’est bilingue, mais en fait, on ne parle que le français à bord, à l’irritation du copain. Il y a beaucoup de cyclotouristes et de randonneurs aux sacs à dos bien lourdement chargés. Les accents font la gamme de l’intelligibilité pour moi — certaines vieilles mémères se parlent dans un argot dont je n’arrive à saisir un seul mot. De jeunes urbains, venus probablement de Montréal, sont par contre tout à fait faciles à comprendre. Il y a aussi, je m’en doute, des histoires complexes de classe et de culture dans tout cela que j’ignore complètement, mais bon, on n’a qu’une seule vie.

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Une vue assez tristounette (merci, gvgvsse) du port de Souris qu'on quitte

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La proue du ferry-boat

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L'un des ponts — babord ou tribord, je n'en sais rien (faut demander au Capitaine ces détails maritimes — j'suis pas matelot, moi)

Je viens de voir ma première assiette de poutine, plat dont j’ai longtemps entendu parler mais que je n’ai, jusqu’à maintenant, jamais vu. À vrai dire, ça n’a pas l’air follement appétissant, mais je suis sûr qu’il s’agit d’un goût particulier appris très jeune et surtout apprécié par les initiés (tout comme le haggis écossais).

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Une famille bien civilisée à bord le traversier

Comments

Edouard grand reporter pour national géographic.

Bâbord ("port", "larboard") et tribord ("starboard")… Le sabord est une ouverture quadrangulaire dans le flanc d'un navire (sabord de canon, sabord de décharge, etc.)

il commence à m'énerver le copain avec son anti-bilinguisme... a ta place je l'enverrais faire un tour de la zone verte de bagdad en courant avec un sac de liberty fries a la main... et sinon le féminin de tristounet, c'est tristounette! bonnes vacances!

Bonne chance avec l'accent des îles, un des plus beaux accents acadiens mais pas toujours évident à comprendre, même pour un québécois. On s'y fait. En passant, traversier est le mot standard au Québec pour le ferry des français.

magoua> merci, je pensais que c'était une de ces adorables traductions d'édouard.

édouard> quelle balade, merci de la partager, j'adore, tout simplement.

Encore, encore et encore et merci pour ces photos de votre voyage auquel je m'associe. Il faut que je me trouve une carte sur internet ou sur un livre pour mieux vous suivre... A bientôt sur la prochaine connection.

Je vous suis à la carte - ça m'apprend beaucoup.

je suis allée voir sur internet la recette de la poutine... Surprenant !Alors, sans hésiter, je préfère le plat choisi au restaurant de l'hôtel Windsor House à St-André ! Merci de nous faire partager vos vacances avec anecdotes et belles photos

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