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Ventosus

Un vent assez fort continue à siffler sur la côte du Connecticut oriental et du salon où je tape ces mots je peux voir la forme d’un voilier échoué sur une plage de la Pointe sablonneuse, îlot lui-même créé par le cyclone célèbre et dévastateur de 1938.

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On peut voir dans la photo comment l'îlot a été coupé du presqu'île de Napatree

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Le bateau chaviré devant chez nous — on le regarde un peu comme une baleine qui sort et resort de la mer

On a profité, le copain et moi, du changement d’heure pour glander une heure de plus dans l’appartement avant de foncer sur nos projets respectifs — lui il allait embêter les gens en passent les voir porte à porte pour les encourager à voter démocrate, accompagné toutefois de la belle partenaire en course à pied ce qui allait rendre l’obligation beaucoup moins pénible, tandis que moi j’allais me rendre au gymnase pour une séance d’entraînement (dos et biceps) sans limitation d’heure, vu qu’il est assez rare qu’on n’ait personne à voir ou qu’on n’aille pas déjeuner quelque part.

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Vue de la mer hier

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La petite plage à côté de chez nous, complètement inondée par la mer (c'était aussi la marée haute, et avec le vent...)

J’étais heureux de découvrir que le Times d’aujourd’hui s’est déclaré en faveur de Ned Lamont pour le siège au Sénat actuellement occupé par Joe Lieberman. Selon le dernier sondage que j’ai lu, M. Lieberman devance M. Lamont d’environ 17 pour cent chez les électeurs probables. J’espère bien que cet éditorial aidera à Lamont de faire remonter sa cote.

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Intérieur de la gare de l'Union à Nouvel-Havre

Le copain est parti avec l’amie partenaire en course à pied vers 9h30 pour le QG du candidat Courtney, d’où ils devront se faire assigner un district particulier à couvrir. Moi je suis allé au gymnase où il n’y avait que peu de monde.

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Sur les quais à Nouvel-Havre au coucher de soleil

Le dîner chez l’amie écrivain s’est bien passé hier soir. Le copain ayant eu des ennuis pendant la migration de serveur chez son client, il a dû prendre, au lieu du train Amtrak, un train de banlieue Metro-North qui l’a déposé à Nouvel-Havre (plus généralement connu par son nom anglais de New-Haven). Cela voulait dire qu’il a fallu que j’allasse le chercher à la gare de cette ville à une heure d’autoroute de « Pierreville » — que je suis bon ! Après une douche rapide, on était prêt à sortir.

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Les masques sur la table

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Chaque masque était différent et tous avaient des plumes, sauf le mien

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Tout le monde a trouvé que mon masque me convenait à merveille

J’ai mis les masques aux places choisies pour chaque invité par l’amie écrivain et j’ai insisté, une fois qu’on était assis à table, sur la nécessité de prendre une photo de tout le monde masqué, ce que j’ai fait.

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Le copain masqué

Pendant le repas, on s’est concentré sur deux sujets de conversation — les champignons vénéneux et les comestibles (existent-ils des truffes aux Amériques ?) et la guerre en Irak. L’opinion de la tablée s’est divisée surtout sur la guerre : tout le monde a reconnu que Bush avait menti, mais certains ont dit que les démocrates l’ont laissé faire en votant pour l’intervention militaire et pour ça ils portent une lourde responsabilité. « Mais. » j’ai noté, « moi j’avais dit dès le début que c’était de la folie, envahir l’Irak, et que c’était illégal et qu’il ne s’agissait que d’une forme de revanche facile cherchée par Bush pour montrer au monde arabe et aux autres qu’il était une petite frappe à craindre, et par là à gagner l’approbation d’une population terrorisée par les événements du 11 septembre. On a manifesté combien de fois pour souligner que c’était de la folie ? » Mon interlocuteur m’a répondu « Ben, évidemment, vous n’avez pas manifesté assez. » Et il a ajouté « Nous sommes tous coupables. On a tous du sang aux mains. » « Mais ce n’est pas vrai ! On n’est pas tous coupables. J’ai protesté cette guerre longtemps avant son déclenchement. » Il s’est haussé les épaules. Un autre a commencé à expliquer, à tort à mon avis, combien cela lui rappelait la guerre au Viêt-Nam, où il avait été conseiller du Département de l’État, notre ministère des Affaires étrangères. « C'est le gouvernement du Viêt-Nam du sud, plus ou moins légitime à l'époque, qui nous a invités à venir chez eux. Pour les Irakiens, on les a envahis tout court. Il n'y a rien de pareil entre les deux interventions » j'ai insisté (sans succès, en l'occurrence). Le copain a suggéré qu’on paie une amende considérable à l’ONU pour la restauration de l’infrastructure du pays, ce à quoi un autre a fait remarquer qu’il ne voulait pas tellement remplir les poches de Kofi Annan ou un autre. Mais en fin de compte, personne ne sait quoi faire maintenant en Irak — certains continuent à répéter le slogan de boutique qui dit « If you break it, you buy it » sans expliquer pourtant ce que voudrait dire le mot « buy » en termes concrets — et à qui va-t-on l’acheter, en fait ? Des Shia ? Des Sunnis ? D’autres disaient que, si nous restons, nous sommes seulement en train de « make a bad situation worse ». Alors, que faire ? Il est vrai que tout le monde ici craint la joie que vont sans doute ressentir les partisans d’al-Qaïda et d’autres groups antiaméricains quand les Américains quitteront (inévitablement) l’Irak. C’est cette joie, cette euphorie, transmise instantanément à travers le monde, qui fait peur aux démocrates qui sont traités de lâches et de pro-terroristes — comment quitter l’Irak sans paraître défait par nos ennemis (les vrais et les vraisemblables), voilà la complication la plus importante et réelle. Tout ceci est compliqué par l’Iran tout proche, qui est, on nous le répète, « la vraie menace ». En plus, comment les Israéliens, habitants du pays le plus fort militairement dans la région, vont-ils réagir à un départ éventuel de militaires américains de l’Irak ? À notre table hier soir, il n’y a pas eu de consensus. Cela va être bien plus difficile d’en trouver au Congrès l’année prochaine.

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L'amie écrivain entouré de ses invités masqués (sauf moi, qui a pris la photo, bien sûr)

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Leveur de fonds professionnel, marchand d'art et républicain, on ne peut plus diabolique que ça !

Comments

Quel bordel, cette mésaventure!

Comment les masques sont festifs!

Il y a deux choses à lire à New-York:
Le New-York Times et le carnet d'Edouard.

Votre sens du consensus et l'art délicat de la narration, provoque chez moi une grande interrogation:
Lorsque vous quittez votre appartement, des éphèbes aux cils noirs, vétus de près, aux rythmes de musiques Bollywoodiennes, viennent-ils semer des pétales de roses afin de louer l'emploi que vous faites de l'imparfait du subjonctif ?

Merci Edouard.

je me trompe ou c'est la première fois que nous voyons le copain en photo ?

Merci beaucoup, Louis. J'espère qu'on ne va pas me donner une contravention pour avoir sali le trottoir devant chez moi de pétales de roses ; )

wam, tu as l'œil fin. On se dévoile peu à peu.

Jolis, tous ces masques.
Mon Halloween a fait un tout petit peu plus mal aux cheveux (et aux oreilles) mais j'ai survecu !

ah mais vous etes jeune, beaucoup plus jeune que ne vous decrivez: a vous lire, je vous imaginez un vieux monsieur estethe raffiné, type Baron Charlus aux cheveux blancs
Beau garçon votre copain: on le devine meme a travers le masque

Je suis tout de même impressionné par toutes ces cravates. Des soirées en cravate... J'ai l'impression d'un monde disparu, ou dans une autre dimension espace-temps.

dolce, ces masques-là n'étaient pas du tout inconfortables, cela nous a tous surpris !

ferouzeh, vous avez raison, le copain est bien beau, je ne le mérite point, puisque je suis vieux et moche (deux bonnes raisons pour ne jamais me voir en photos).

sp, on porte toujours des cravates aux dîners « officiels » de l'amie écrivain — pas aux « dîners de cuisine » bien sûr qui sont plus fréquents. Mais, c'est vrai, chez elle, on se sent dans un monde qui a presque disparu, où l'on parle de Marcel Duchamp et d'André Malraux comme des amis de jeunesse. Elle n'est pas réactionnaire du tout, mais elle n'aime pas le moderne, du moins dans sa version contemporaine américaine. Elle est une fière contrebandière de l'esprit contre les idées reçues.

"Elle est une fière contrebandière de l'esprit contre les idées reçues" : cette phrase est un pur bonheur !

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