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De litteras scriptoribusque

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Devant le restaurant Pastis dans le quartier des grossistes en viande

Un week-end particulièrement agréable en fin de compte — notre dîner de samedi s’est assez bien passé, en dépit de, ou peut-être bien à cause de la remarque inattendue faite par un galeriste assez connu qualifiant un artiste tendance de « corrompu ». Or il est bien rare qu’on entende des critiques de peintres pour des manques de moralité esthétique — et c’est bien dommage, car il y a plein d’artistes qui ne travaillent que pour susciter les applaudissements faciles d’un public collectionneur qui chercherait plutôt un divertissement rassurant qu’une mise en question des lieux communs de l’art. Mais non, on n’en est pas venu aux coups, mais il fait tout de même du bien de pouvoir discuter avec force et opinion ferme de sujets qui restent en général sous une enveloppe de politesse banale.

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Google installe ses bureaux new-yorkais dans ce grand immeuble en brique juste au nord de la 14e rue ouest

M’étant couché à trois heures et demie (après avoir fait toute la vaisselle à la main — on est décidément élémentaire chez nous, sans lave-vaisselle, n’est-ce pas ?) je me suis permis de rester au lit jusqu’à midi le dimanche. Le copain regrettait les multiples verres de calvados qu’il avait consommés à la fin du dîner, mais on a réussi à se reprendre suffisamment pour se rendre vers deux heures de l’après-midi chez l’auteur du carnet Web Daily Blague (plaisanterie francophile évidente et intentionnelle) qui, avec sa femme adorable, avait convoqué une sorte de New York Carnet dans la 86e rue est où ils nous ont servi un brunch extravagant. Là on a retrouvé les auteurs du carnet Perge Modo (ça vient de Virgile) ainsi que l’auteur talentueux du carnet Joe.My.God, qui est en quelque sorte un Ron l’Infirmier new-yorkais, car il fait partie des écrivains dont les chroniques se trouvent dans une nouvelle collection intitulée « Boys to Men : Gay Men Write About Growing Up » et, tout comme Ron l'a déjà fait (et j’espère que vous avez tous acheté vos exemplaires de La Chambre d’Albert Camus et si non, dépêchez-vous !), il prépare un nouveau livre d’écrits faits par lui seul qui sortira dans l’année à venir. En plus des carnetiers, il y avait un couple intéressant qui avait tout vu au théâtre. Et nos hôtes avaient aussi tout vu, tout lu — c’est intimidant de se retrouver au milieu de tant de gens qui lisent, qui écrivent, qui réfléchissent, quoi ! Le copain a parlé politique en dépit de sa gueule de bois (puisque la détestation de Bush était unanime dans l’assistance, on a discuté plutôt du pour et contre stratégique d’une augmentation de troupes américaines à Bagdad). Le couple de Perge Modo partage leur vie entre la capitale du Connecticut, un appartement à Manhattan et une résidence à Fort-Lauderdale, en Floride — quelle veine, non ? Je connaissais l’auteur de Joe.My.God depuis quelques années déjà, parce que le copain et moi, nous étions allés le voir lire une de ses billets-histoires en public dans un petit théâtre dans le Village-Est avec une sélection de carnetiers new-yorkais sous l’égide du programme WYSIWYG. C’est un littéraire né et l’on s’est amusé à se souvenir de nos premières découvertes dans la littérature « d’intérêt gai » comme les romans de John Rechy, dont le chef d’œuvre est City of Night — je me souviens toujours de la gêne que j’éprouvais en achetant publiquement (bien avant l’anonymat de l’Internet), à l’ancienne librairie Scribner’s dans la 5e avenue, un exemplaire du roman Numbers dont j’avais lu la critique « provocatrice » dans le New York Times Book Review.

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Oui, madame, je prends ce livre avec la photo d'un prostitué mâle sur la couverture mais ce n'est pas pour moi, c'est pour un ami qui habite la campagne et qui m'a demandé de lui l'acheter

On a parlé aussi des romans de Gordon Merrick, dont le premier que j'aie lu, The Lord Won’t Mind, m’avait complètement ému en dépit du fait que je savais parfaitement bien qu’il s’agissait dans ce bouquin d’une histoire d’amour des plus mièvres et des plus sirupeuses écrite dans un style sucrissime à faire mal aux dents de la bonne écriture (oui, oui, je sais, c’est un peu pousser la métaphore). (Jusqu'à présent j’ai toujours évité à ajouter trop de sites anglophones sur la liste de carnets, mais comme je suis en fait un lecteur fidèle de ces deux sites excellents, je les mets.)

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Vue de la rue Gansevoort vers l'ouest — non, ce n'est pas vraiment beau

Lundi j’ai déjeuné avec l’ami galeriste à Pastis — il y avait du monde même à 15 heures — il partait le soir pour Buenos-Aires et Punta del Este où il restera jusqu’au 3 janvier.

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Du monde au restaurant

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Encore une photo banale des lumières dans la place du Temps depuis la 49e rue et Broadway

Hier soir, on a poursuivi notre offensive Broadway en allant voir la comédie musicale « Spring Awakening ». Hélas, je m’attendais à trop. Un spectacle acceptable mais rien de plus, et sûrement pas le « spectacle inattendu comme on n’en voit jamais à Broadway » des fiévreux commentaires à la (très favorable) critique du Times.

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Vue de la scène avant le début de la pièce — c'est flou parce que j'ai dû la prendre en cachette puisqu'il est « strictement interdit de prendre des photos dans le théâtre » et les placeuses avaient l'air particulièrement féroce

On y retrouve même, mœurs contemporaines obligent, un couple gai tout à fait inapproprié (et je doute fort que cette situation se trouve dans la pièce originale de l'auteur allemand Frank Wedekind). Il y a un drôle de site, assez méchant comme on les aime, qui s’appelle Broadway Abridged ou Broadway Abrégé qui traite cette scène regrettable ainsi :

SCENE: A DIFFERENT PART OF THE PARK, THIS PART WHERE *GAY* TEENAGERS HAVE SEX.

GAY BLONDE
(campy and over the top)
I want to lick off the cream... Will you help me lick off the cream?

OTHER GAY BOY
(without any shred of seriousness or sincerity)
Yes... Yes... Lick the cream...

THE GAY PEOPLE (dont nous et pas mal d'autres dans la salle)
Gee, thanks for setting us back twenty years.

C'est méchant, d'accord, mais très exact. Le « Gay Blonde » était pourtant beau (un enfant qui s’appelle Jonathan B. Wright).

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Le jeune M. Wright, mentionné ci-haut

Aujourd’hui je commence à acheter les cadeaux de Noël — on est passé, après être sorti du théâtre, au Virgin MegaStore dans la place du Temps pour inspecter les Xbox 360 que le copain veut comme cadeau (avec le jeu Gears of War — pourquoi n’a-t-on pas créé un jeu où, pour gagner, on doit « briller dans le monde » au lieu de tuer toute créature qui bouge ! Le succès mondain est quand même plus difficile que le succès des armes, n’est-ce pas ? Mme Verdurin a dû être bien plus rusée pour s’élever au titre de princesse de Guermantes qu’un tueur quelconque chez Doom ou Grand Theft Auto. À quand des jeux vidéo pour les vieux pédants ??!!

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C'est la guerre des confiseurs — le panneau en néon du nouveau magasin de bonbons M & M dans la place du Temps qui est une réplique à celle...

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de la société Hershey qui se trouve de l'autre côté de Broadway !

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Comme il faisait toujours doux, on est allé à pied à la station de la 42e rue pour prendre le métro, ce qui m'a permis cette vue du côté nord de la place du Temps

Comments

qu'est ce que j'aime vous lire !

Je n'aime pas trop Pastis, je trouve que c'est un restaurant qui marche plus parce qu'il est trendy que parce qu'il est vraiment bon, mais je prends, comme Ella, plaisir a te lire et a voir tes photos :)
Bonnes vacances !!

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