De libris
Une grue dans la 4e rue ouest, à quelques pas du métro de la 6e avenue
On sonne — je jette un coup d’œil à l’horloge de la cuisine. Il est neuf heures, et à cette heure il s’agit en général d’un inspecteur paumé de Con Ed qui ne sait pas où se trouvent les compteurs de gaz et qui par conséquent presse le bouton numéro 1, car dans beaucoup d’immeubles résidentiels new-yorkais les concierges habitent dans les appartements numéro un. Je suis en train de faire le ménage (si, si, cela m’arrive parfois) et c’est pour accomplir cette besogne ennuyeuse que je portais un caleçon boxeur en soie noire (c’est ce que j’ai sorti le premier du chiffonnier) et un t-shirt peu seyant au lieu du peignoir habituel dont les grandes manches gênent quand on fait la vaisselle. J’ouvre la porte et je vois la casquette jaune et rouge d’un livreur. Je presse le bouton de porte et le type entre dans le couloir. Il me demande, « Vous êtes monsieur Machin ? » et pour une fois, je peux lui répondre que oui (je signe souvent pour tout l’immeuble). Il me remet un petit paquet en carton couvert de tampons et d’étiquettes de la poste. Je pose ma signature virtuelle dans la case électronique et le remercie.
L'ancienne église où l'on a présenté le spectacle du jour des Rois
La porte fermée, j’ouvre le paquet. C’est mon exemplaire de La Chambre d’Albert Camus de Ron l’Infirmier, livre que j’attends depuis plus d’un mois (je l’avais commandé via Alapage.com le 11 décembre). Je connais déjà la couverture, mais le livre est plus grand que je ne l’attendais. Je laisse tomber le ménage (la nonchalance devant les devoirs ménagers est sans doute un grand péché que j’assume) pour commencer à le lire. Et je continue jusqu’à la dernière page.
Les admirateurs de son carnet reconnaîtront les « billets » célèbres et émouvants comme ceux-ci : « Histoire du1er décembre » , « En soirée », « Can’t get my eyes off you », « Une femme avec toi… » et « Monsieur Wenger » — qu’on les lise sur un écran d’ordinateur ou sur du papier, ces « nouvelles » sont l’œuvre d’un écrivain né — il n’y peut rien, on l’a fait comme ça — sensible, ironique, intime, humain, grognon et plein d’un talent pour faire des récits qu’on lit avec grand plaisir.
Ron n’est pas le seul à se faire découvrir par les éditeurs en publiant sur la toile des billets remarquables — ici à New-York, le carnetier Joe Jarvis de Joe.My.God fait partie d’un groupe d’auteurs gais qui décrivent dans le recueil From Boys to Men leurs expériences de prise de conscience de leur homosexualité. Et il est en train de terminer un autre tome qui rassemblera, tout comme le livre de Ron, des billets exceptionnels de son carnet. Et il n’est pas le fait qu’ils soient tous les deux des carnetiers qui est remarquable — c’est plutôt le fait qu’ils sont de bons écrivains qui ont eu la possibilité de se présenter à nous comme ça sur la Toile, sans l’entremise d’agents, de maisons d’édition, de tout un monde restreint et restreignant — de soi-disant « experts », quoi ! Et pour moi ça fait partie du plaisir qui me vient de la carnetosphère, de pouvoir découvrir par moi-même, en sautant de page en page, des « écrivains citoyens » que j’apprécie.
Le bouffon pour qui j'ai un faible joue devant le balcon
Je viens d’ajouter La chambre d’Albert Camus à ma bibliothèque numérisée sur LibraryThing et je découvre qu’il y a quelqu’un d’autre qui a le bouquin (elle habite Londres).
C’est un grand plaisir aussi de pouvoir regarder et entendre les amis virtuels et j’ai dû faire taire et le copain et la télé afin de pouvoir suivre l’interview avec http://blogonautes.blogomaniac.fr/blogonautes-673-podcast_video__veuve_tarquine_interviewee_a_paris_carnet.htm. C’est excellent, elle est formidable (mais il faut qu’elle articule un peu plus pour nous les buses étrangères — et qu’est-ce qu’elle parle vite, la Veuve !), et j’adore l’appareil photo en accessoire personnel essentiel !
Le chœur s'assemble derrière la scène
On a passé un week-end très actif à la campagne — long déjeuner avec l’amie du copain, qui commence à perdre sa raison, mais elle reste calme et adorable, dîner avec un couple ami qui voulait nous présenter un ancien camarade à elle, la femme, de la Harvard Business School — ça fait le troisième que je rencontre depuis quelques mois et ils sont tous d’une personnalité assommante, c’est pénible d’être assis à côté de l’un d’eux ! Difficile à se distraire dans une situation pareille (j’ai pourtant essayé avec du bordeaux). Le dimanche matin j’ai eu une réunion des membres du comité « Éditions » de la société historique locale et il est toujours agréable de parler livres.

Le bouffon acrobate
L’après-midi, on est allé assister à la séance de seize heures le spectacle du jour des Rois, une grande fête communautaire organisée chaque année par les responsables du Chœur de Westerly. Il y a toujours deux clowns acrobates qui font des tours avant, pendant et après le spectacle même— ils sont chacun plutôt vieux, mais je trouve l’un des deux assez appétissant (j’avais déjà prévenu le copain qui s’en foutait complètement et qui n’a même pas voulu venir me protéger contre ma tentation — hé bé, tant pis pour lui, je me suis dit). Comme on avait d’excellentes places sur le couloir central, je lui ai fait les yeux langoureux pendant une heure et demie mais en vain !

Notre avenir en Irak
De retour à Pierreville, le copain nous a rejoints et l’on a dîné chez des amis. On a beaucoup parlé de l’Irak et de l’Iran.
Une belle tarte aux pommes
Lundi, la fête de Martin Luther King, on est rentré à New-York par un temps gris et dépressif. Aujourd’hui le froid est revenu. Le copain s’est fait opérer le pied cet aprèm (lequel ? aucune idée) et il me demande de lui faire un devis pour un cabinet dentaire dans l’avenue du Parc qui cherche à passer d’une bureaucratique Windows à une bureaucratique Mac (youpi !) — ça va être cher mais le client est roi.
Comments
Bonjour Edouard,
Je trouve pas de rubrique "ecrivez moi" alors je poste un commentaire
Je suis tombe par hasard sur ton blog et j'ai beaucoup aime (precisement: le ton, la francophonie, et le latinisme distingue). Je te lis regulierement depuis 2 mois environ
Je te propose un echange de liens au nom du bon esprit, je suis un jeune expatrie a New York (6 mois seulement) et je blogue sur www.laurent-jourdan.com/BLOG
Bonne continuation
LJ
Posted by: Laurent | janvier 17, 2007 08:55 PM
Excuse-moi pour l'absence d'adresse électronique — je ne sais pas où je l'ai mis ! — et je suis heureux d'ajouter ton carnet dans ma liste de New-Yorkais (permanents et temporaires).
Posted by: Édouard | janvier 17, 2007 10:24 PM
Laurent fait le tour des blogs ;)
Jolie tarte aux pommes et merci pour les references du bouquin que je vais me procurer.
Posted by: Dolce | janvier 18, 2007 01:06 PM
Ah, Dolce, ces jeunes aujourd'hui... ;ˆ)
Posted by: Édouard | janvier 18, 2007 04:09 PM
Il faut que je passe par "Sale bête" pour découvrir l'interview de Veuve Tarquine ! Merci Edouard .
(La photo noir et blanc me fait penser à la fin d'Alende, et la tarte aux pommes pfff pour moi qui essaye de dégonfler après les fêtes..... dur dur)
Posted by: Valérie de Haute Savoie | janvier 18, 2007 04:47 PM