De consecutionibus
Il neige dans mon cœur Comme il neige sur la ville (mes pardons à Verlaine)
Non, il n’y a rien de grave — un peu trop de travail, un peu trop de froid, un soupçon de dépression et puis il faut aussi qu’on se rappelle que pour moi, il n’est pas, hélas, facile de m’installer tout simplement devant l’ordinateur et de taper un billet dans un français pas trop pénible.
Comme c'est joli !
Mais aujourd’hui il a atteint 7º, la neige a commencé à fondre (c’est malpropre, mais j’avoue que souvent je préfère la crasse au froid), et j’ai trouvé « Mes cahiers bleus » de Liane de Pougy au seuil de l’appartement en rentrant de l’Armurerie de l’avenue du Parc où l’on installe l’Art Show 2007 qui débute demain soir.
La porte clouée (!) devant notre appartement à la campagne — un voisin enragé par le son de la porte qui frappait dans le vent à tout moment a dû la clouer
Voici un texte que j’avais rédigé pour le carnet la semaine dernière :
Si le poète T S Eliot prétend que c’est avril le mois le plus cruel, j’ai personnellement eu pas mal d’histoires avec le mois de février, sombre et renfermé, du moins ici dans l’hémisphère nord. Le froid est enfin arrivé, en retard cette saison. Hier il a neigé. Dans l’appartement, en dehors de notre chambre, les courants d’air ont libre cours et le copain et moi, nous nous enroulons dans de vétustes chandails sortis des fins fonds de nos placards pour regarder les journaux télévisés (on commence par celui de la BBC à 18 heures, suivi de celui de l’ABC à 18h30, pour terminer avec celui d’une heure présenté par la PBS). Les infos terminées, on a décidé à regarder le film culte The Lost Weekend (1945) qu’on avait reçu il y a deux semaines déjà de Netflix. (Attention : gâcheurs !) C’est l’histoire d’un alcoolo qui fait une cuite de quatre jours à Manhattan dans les années 30 — petite vedette littéraire à 17 ans, il a quitté ses études pour faire carrière brillante à New-York où il n’a pourtant rien réussi. Maintenant, à 33 ans, il est alcoolique et loser et pendant cette fin de semaine cauchemardesque il touche le fond de son désespoir pathétique. (C’était longtemps une plaisanterie banale à nous d’appeler un week-end un peu pochard « another lost weekend » mais je n’avais jamais vu le film auquel on faisait référence.) On a donc passé la soirée de la Saint-Valentin, étirés pêle-mêle sur le canapé du salon, à regarder le film tout en avalant un Châteauneuf-du-Pape médiocre. J’ai beaucoup apprécié la musique du film, créée par l’Hongrois Miklós Rósza, qui dans cette partition s’est servi amplement du thérémine, instrument qui me fait toujours sourire de plaisir quand je l’entends.
Devant le Consulat argentin dans la 56e rue est
La semaine dernière on est allé au Consulat argentin dans la 56e rue ouest pour assister à une signature de livre sur l’artiste argentin-new-yorkais Marcelo Bonevardi, dont le fils, lui aussi artiste et architecte, travaille avec un ami de l’ami galeriste — ces petits mondes s’entrechoquent à tout instant à Manhattan — c’est pourquoi on y avait été invité. L’ami galeriste avait invité un beau jeune homme mais il nous avait déjà précisé que le type était « froid, inabordable », mais le copain et moi, n’étant pas des « intéressés », nous l’avons trouvé tout à fait sympathique. « I’m over men » il nous a déclaré avec un grand sourire, ce qui a dû irriter l’ami galeriste. La HSP (haute société pédé) y abondait et parmi ces membres j’ai compté des journalistes de mode, des grands marchands de tableaux, des conservateurs de musée et une véritable vedette de la haute couture, Tom Ford, qui est vraiment très beau et très bien élevé — surtout pour un Texan. Il espère tourner des films et c’est pour cela qu’il partage sa vie (avec son copain et leur chiot) entre New-York et Los-Angeles.
Dans le salon du consulat
Le grand escalier
Une des pièces exposées dans la galerie du consulat
Quelques invités
L’ami galeriste nous avait promis un passage au bar de l’hôtel Four Seasons dans la 57e rue est pour regarder et évaluer les putains masculines qui, selon lui, ont envahi le bar depuis peu. Mais son ami « froid et inabordable » lui a vite fait perdre ses illusions en disant qu’il n’y avait des putes « normales », de jeunes filles minces et blondes, vêtues en minijupe et chaussées en talons aiguilles, qui se disent « financial advisors » quand on leur demande leur métier.
Devant l'entrée du joaillier Harry Winston dans la 5e avenue — immeublé créé par la firme française Jansen — où l'on cherchait un taxi
Dans le restaurant Joe Allen's
On est donc allé à Joe Allen’s dans le quartier des théâtres où l’on a rencontré le chef d’atelier de Tiffany John Loring qui dînait là aussi. (Le copain et moi, nous ne sommes que des suivants, nous ne connaissons personne.)
La vitrine d'un fleuriste
On quitte le McDo de l'autoroute I-95
Le week-end dernier on est allé à la campagne, où j’ai lu à haute voix pour l’amie écrivain et où l’on a passé une heure à essayer de distraire l’amie du copain avant de rentrer à Manhattan.
Lundi soir j’ai dîné avec un ami acteur avec qui on discute des possibilités de monter une pièce dans l’avenir.
Dans l'avenue Lexington, au centre du quartier indien
Dans la place Gramercy, un parc privé à la londonienne
J’essaie de suivre le procès de Libby à Washington mais le fond de la plainte me paraît assez technique. Il est toutefois intéressant de voir combien la presse washingtonienne s’entraide au désavantage de leur public.
Tous nos candidats présidentiels m’ennuient, du moins à présent.
Du vent à la campagne
Chez les wasps du Connecticut il y a toujours beaucoup de tableaux d'ancêtres importants
Celui-ci est plus ancien que celui d'en-haut
Deux chattes sur un toit pas brûlant du tout
On n’a rien fait pour la fête des Présidents, et puis aujourd’hui j’ai passé toute la journée dans l’Armurerie — l’ami galeriste a choisi de ne montrer que cinq grands tableaux dans notre stand, ce qui a énormément facilité notre travail. Comme la plupart des habitants du monde de l’art (à New-York au moins) ne sont pas bien beaux (en fait la grande majorité est parfaitement laide, l’ami galeriste excepté), j’ai dû passer mon temps à flirter avec les quelques déménageurs, surveillants et ouvriers qui n’étaient pas trop moches.
Les tableaux arrivent dans l'avenue Lexington
L'installation des stands commence
Le bel électricien
Il faut plier tout le matériel d'emballage pour le cacher au 1er étage
On est presque prêt — on recouvrira les allées de moquette ce soir
En plus, la personne avec qui je m’étais brouillé il y a quelques semaines m’a envoyé une sorte de courriel d’excuse, auquel j’ai répondu tout poliment, même si avec une certaine distance, je l’avoue, mais bon, c’est un début.
On avait un peu fantasmé un petit séjour en France cet été mais il paraît que le copain ne pourra pas quitter son boulot pour plus d’une semaine, histoire d’un manque de personnel auquel il peut faire entière confiance, donc il va falloir rester proche de Manhattan — on fera peut-être une visite éclair à Paris au printemps avec l’ami galeriste mais rien n’est certain. J’avais voulu faire un bref saut à Londres mais toutes ces foires d’art n’ont rien arrangé — des moments mal choisis. Voilà un peu pourquoi je me suis senti légèrement frustré ces dernières semaines.
Mais c’est probablement mieux qu’on n’aille pas en Europe cet été car en plus du cours exorbitant de l’euro il y a aussi la possibilité (probabilité ?) d’une opération militaire US contre l’Iran et si la Troisième Guerre mondiale doit commencer, je préfère me trouver chez moi, du moins au début. (OK, je sais, je suis trop facilement négatif mais expliquez-moi pourquoi trois porte-avions sont en train de se réunir dans le golfe Persique, hein ?)
Comments
" Tom Ford, qui est vraiment très beau et très bien élevé — surtout pour un Texan" : hou ! le vilain coup de griffe ...
en souhaitant que l'art show 2007 vous satisfasse !
Posted by: wam | février 21, 2007 03:26 AM
J'avoue que personnellement j'ai un peu de mal avec la melasse qui recouvre les trottoirs a cause de la neige qui fond... Mais je suis contente de ne plus ressembler a un bibundum en sortant de chez moi a cause du froid !
Posted by: Dolce | février 21, 2007 12:09 PM
IRAN? PORTE-AVION ? En France, nous n'avons pas les mêmes préoccupations.. déjà peu enclins à parler de ce qui se passe en dehors de l'hexagone, nous nous sommes un peu plus renfermés sur notre nombril franchouillard, englués dans une campagne présidentielle peu relevée.....bon cela dit, contente de vous retrouver, même pas trop en forme... et contente de vous voir aimer la France comme moi, votre ville.
Posted by: ella | février 21, 2007 02:44 PM
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !
Paul VERLAINE (1844-1896)
(Recueil : Romances sans paroles)
Posted by: Louis. | février 22, 2007 02:59 AM
"I'm over men" ?
C'est joli, c'est imagé, mais je ne comprends pas. I'm through with men ?
Posted by: Azure-Te | février 24, 2007 09:08 PM
Pas de fausse modestie Edouard quant à la manière d'écrire en français et quel plaisir de retrouver au hasard des photos Gramercy Park que j'ai souvent traversé il y à 10 ans.
Posted by: Anonymous | février 25, 2007 10:27 AM
L'anonyme du dessus c'est moi.
Posted by: mab | février 25, 2007 10:29 AM
Edouard, ton français est tout simplement délicieux, tes photos un plaisir renouvelé, tes billets un régal à chaque fois.
Février est un mois critique partout, je l'ai encore plus ressenti depuis que je vis dans l'Etat de New York.
Posted by: Otir | février 26, 2007 12:40 PM