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Nova

La transition d’un ancien ordinateur vers un nouveau n’est jamais facile — il faut renouveler tous les biscuits et retaper les mots de passe dont la plupart ont été oubliés depuis longtemps. J’ai aussi réinstallé la dernière version d’Antidote, logiciel que j’apprécie énormément en dépit du fait qu’ils n’arrivent jamais à me fournir mon code d’activation correctement — je remplis le formulaire, je le leur envoie par Internet en attendant le numéro de code, et puis par retour ils me disent que je suis inscrit au bulletin, mais aucune trace du sacré numéro de code. Il faut donc téléphoner à Montréal pour leur signaler qu’on n’a toujours pas de code, et cetera. Embêtant.

L’ancien appareil photo a rendu l’âme — ben, techniquement, je crois qu’il s’agit plutôt d’une lente mort par éventrage, la petite porte métallique qui renferme la pile au ventre de l’appareil s’étant cassée définitivement il y a quelques semaines. J’avais essayé des pansements de ruban adhésif pour l’emballage, mais finalement j’ai eu marre d’avoir à faire toute une procédure chirurgicale quand il fallait changer la pile, et je suis donc allé dimanche dernier chercher un nouvel appareil chez les hassidim de B&H. De ma vie je n’ai jamais vu autant de monde s’agiter au rez-de-chaussée d’un magasin spécialisé quand même assez grand et tout le monde semblait savoir qu’il y avait de bonnes affaires à faire sur les appareils photo, les postes de télévision, les petits machins pour ordinateur. Le monde entier y était représenté et la clientèle se bousculait en espagnol, en français, en allemand, en italien, en yiddish, en chinois et en anglais, parmi les langues que j’ai pu reconnaître. J'ai acheté un appareil Fuji incroyablement rapide (je vais pouvoir bosser comme papparazzi !) mais il y a toutes sortes de choses à apprendre, donc pas encore de photos.

J’avais commencé un billet sur le krach à venir à la suite d’une remarque curieuse que m’a faite un financier très distingué (costume rayé, chemise blanche, cravate Charvet, boutons de manchette en lapis et or, chaussures noires supercirées, coiffure impeccable) au vernissage mercredi soir dernier de la grande foire d’art où j’ai passé la semaine dernière. Il était venu dans notre stand, où tous les tableaux accrochés aux murs avaient été vendus (en seulement 54 minutes, c’était époustouflant). En regardant les petits points rouges qui indiquent qu’un tableau n’est plus disponible, il s’est tourné vers moi et avec un sourire un peu curieux il m’a demandé « Vous les avez tous vendus ? » « Oui, monsieur », je lui ai répondu poliment. « Ah, cette ferveur d’achat, cela rappelle les années 80, non ? » « Tout à fait, monsieur. Tout à fait. » Il m’a dit bonsoir avant de continuer sa route vers d’autres stands dans notre couloir.

Le dimanche dernier l’amie partenaire en course à pied et moi, ainsi que l’ami ex-marine et le copain, nous avons tous les quatre participé à un triathlon intérieur qui a eu lieu à la YMCA de la 14e rue ouest. On était sorti la veille avec l’ami galeriste, pour qui je travaillais à la foire d’art. Il était déjà dans tous ses états à cause du stress énorme de la foire et, après deux bouteilles de rouge à la foire et des verres de rouge chez les parents du copain, la crise de nerfs naissante s’est révélé au restaurant 41 1/2 dans la 10e avenue où d’un moment à l’autre il voulait flirter avec les beaux garçons ou ne plus les voir, tellement ils étaient moches ou méchants (en fait, ils n’étaient ni l'un ni l'autre, mais l’ami galeriste était saoul, nerveux, triste, sensible et irrité — une combinaison difficile).

Je ne me trouvais donc pas dans le meilleur état pour faire un triathlon, qu’il fût intérieur ou en haute mer, mais bon, j’avais payé mon argent et il fallait persévérer. J’ai nagé comme un morse obèse (non, ce n’est pas un pléonasme) et puis j’ai fait du vélo comme un cycliste en manque de dopage, pour terminer avec une course à pied bien lente sur le tapis roulant. Et pour toute cette peine, j’ai reçu un T-shirt noir. Chic alors !

Mon moniteur me quitte pour aller passer deux semaines à Costa Rica – j’ai un peu de boulot à faire et comme le copain travaille cette semaine jusqu'à 22 heures chaque jour, je lui ai dit bye-bye pour m’installer dans l’appartement au bord de la mer, où j’essaie de m’habituer au nouveau portable. Il ne fait pas trop froid. La neige qu’il y avait par terre quand je suis arrivé mardi après-midi a fondu aujourd’hui dans les températures plus douces. Tous les après-midi à partir de 16 heures je lis à haute voix pour l’amie écrivain (on s’est querellé aujourd’hui sur l’attribution correcte du décor d’intérieur de l’ancien appartement de Coco Chanel dans la rue Cambon – moi je l’attribuais à la société Jansen avec la supervision attentive et le goût particulier de Mlle Chanel tandis que l’amie écrivain, férocement pro-Chanel, m’assurait que Coco l’avait fait toute seule.)

Je suis passé aussi chez l’avocat qui s’occupe de la succession de ma mère. On vient de recevoir la fameuse lettre du fisc qui nous déclare que tous les impôts ont été dûment payés et qu’ils ne s’attendent pas à procéder à une vérification des comptes. Youpi ! Il nous aura fallu un an et trois mois pour régler la succession. Dans beaucoup de cas, il faut des années à attendre la quittance du fisc.

Bon, je vais essayer de publier tout ce verbiage pour que je puisse me jeter au lit pour continuer la lecture délicieuse des Cahiers bleus de Liane de Pougy.

Comments

C'est fou Edouard comme j'ai du plaisir à vous lire. Et savoir que ce long silence n'était apparemment dû qu'à un changement d'ordinateur m'a rassurée. J'avoue, j'ai eu peur un moment que vous n'ayez été atteint du syndrôme d'abandon qui frappe certains blogs.

Cela fait en effet plaisir de vous revoir sur la toile.

Ahhh B&H : le temple de l'appareil photo, seule enseigne que je connaisse qui ait ces petits chariots en l'air et ou l'on paie en caisse sans avoir son achat entre les mains.

Cher Edouard,
Je suis tombee tout a fait par hasard sur votre blog il y a quelques jours en cherchant des informations sur New York car vers la fin de juillet et au mois d aout j y retrouve une amie americaine.Depuis que j ai commence a lire votre blog, je suis comme envoutee, c est un regal permanent et a chaque fois que je clique sur "arret" de l ordinateur, c est un supplice.Surtout continuez, envoutez nous encore davantage. Isabelle

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