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Vita simplex

Il est six heures et demie du matin et il pleut des cordes, avec un vent fort qui arrive de l’est – il s’agit d’une tempête « nor’easter » typique. C’est mon quatrième jour dans l’appartement à la campagne, et c’est agréable de constater combien il me va. On a eu le beau temps, c’est vrai, et de la porte-fenêtre au salon qui donne sur le petit balcon on ne voit que de l’eau, ce qui donne l’effet d’habiter à bord un bateau-maison. J’aime l’ordre du jour de mes journées ici – je me lève tôt, j’allume l’ordinateur, je fais le café et je travaille pendant plusieurs heures. Puis, vers onze heures et demie, je me prépare pour aller faire de l’exercice dans la salle de sport qui se trouve dans l’île de Rhode, à vingt minutes de voiture d’ici.

Par comparaison aux salles de sport new-yorkais, celle-ci est énorme et surtout déserte. C’est rare qu’on y voie plus de trois ou quatre autres personnes en train d’exercer en même temps. Cette semaine il m’a fallu passer chez l’avocat pour les histoires de succession – hier j’ai appris par exemple que, la lettre du fisc fédéral reçue, il faut maintenant demander une quittance officielle du fisc de l’état du Rhode-Island, ce qui devrait nous être fourni en trois ou quatre semaines. Ah ! la bureaucratie ! Puis, de retour à l’appartement, je m’assieds de nouveau devant l’ordinateur pour un peu de travail avant d’aller chez l’amie écrivain, à sept minutes de marche (j’ai bien compté !) de chez moi. Elle m’attend dans sa cuisine comiquement obsolète et après avoir allumé la cafetière électronique pour me préparer un café (elle ne boit qu’une tasse de cacao tous les matins), nous reprenons notre lecture des dernières mémoires de son ami Gore Vidal, ce qui l’agace souvent parce qu’il ne dit pas toute la vérité sur les sujets qu’il traite. Mais bon, nous révisons nos vies comme bon nous semble. Je la quitte vers sept heures du soir, quand l’assistante du soir arrive pour réchauffer son dîner, préparé à l’avance. Moi je me fais des pâtes ou je réchauffe un morceau de poulet rôti – il ne m’en faut pas grand-chose et je ne suis point gourmet. La télé se regarde à travers le Tivo et sur un écran d’ordinateur dans le petit bureau, lieu privilégié du copain, donc je m’en prive d’habitude. Je me couche tôt, je donne un coup de téléphone au cellulaire du copain – il est souvent chez des clients, à redémarrer leurs serveurs nettoyés et remis à jour hors des heures ouvrables. Je lis et puis je m’endors. Voilà une journée presque idéale.

La pluie arrive horizontalement, à cause du vent de plus en plus fort, et je viens de mettre un petit bol en verre pour attraper les gouttes d’eau venant d’une fuite au coin du plafond. Ça ressemble curieusement, le son de la goutte qui tombe dans le bol, au pépiement régulier d’un oiseau.

Je rentre cet après-midi à New-York – j’ai envie de voir les derniers tableaux d’un artiste ami dont l’expo aura son vernissage samedi soir, dans une galerie du Village de l’est le plus lointain (ben, c’est entre les avenues B et C, ce qui est déjà très, très — euh, à l’est !) J’aime beaucoup ce qu’il fait et j’espère pouvoir m’en procurer une œuvre récente que je payerai avec ma solde de petit boutiquier de tableaux gagnée à la foire de la semaine dernière.

Comments

C'est très frustrant cette habitude de parler d'artistes que tu apprécies sans citer leur nom. A quoi cela sert-il ? J'imagine que leur anonymat n'est pas essentiel étant donné que leur objectif est notamment de se faire connaître non? Vraiment dommage pour nous... c'est toujours agréable de découvrir des gens talentueux.

Ah ? Moi j'aime cette façon de raconter en gardant l'anonymat des personnes qui font votre univers. J'ai, il est vrai, une imagination débordante et projette vos écrits dans mes images.

Il ne s'agit pas de révéler l'anonymat de son entourage, de sa famille etc. Je respecte cela. Il s'agit simplement de nous dire le nom d'un artiste si celui-ci est talentueux... Moi je vois une différence de taille...

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