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Considerationes gallicas

Il est indéniable qu’on trouve, dans les mentalités de pas mal d’Américains, beaucoup de préjugés contre la France en tant qu’état, économie, nation, qui résistent fermement à la vérité. Peut-être est-ce que nous, Anglo-Saxons, avons besoin d’un « autre » (pays, système légal, social et économique, mœurs) contre qui nous chercherions à nous faire valoir d’une manière flatteuse, supérieure. Il est aussi indéniable qu’il n’y a que la France (histoire, puissance économique et militaire, rayonnement intellectuel et politique dans le monde, prééminence en la cuisine, la mode et les arts en Occident, etc.) qui peut se ranger incontestablement contre les Angliches (de tous horizons) en tant que concurrent véritable (et non, les Chinois, ça viendra, sûrement, mais c’est pour plus tard). À la longue, on s’habitue ici à une critique plus ou moins constante de la France, des Français, des politiques du gouvernement français, des habitudes françaises, que finalement on n’y prête pas beaucoup d’attention – c’est pareil en ce qui concerne les partisans de l’équipe de baseball de Boston (les Chaussettes rouges !) qui détesteront pour toute l’éternité l’équipe (souvent victorieuse) de baseball de New-York (les Yankees) et vice versa, mais c’est archicaricatural et donc sans grande importance.

Mais il y en a certains qui, comme Jérôme Guillet, s’y intéressent beaucoup à ces habitudes de penser aussi mauvaises et dangereuses que tout simplement paresseuses. Je sais qu’on peut tricher avec des chiffres et des statistiques, mais cela ne veut pas dire qu’il faut les ignorer tout à fait. L’érudit M. Guillet, qui s’occupe dans la vraie vie (et je simplifie) d’affaires pétrolières russes très complexes, est aussi carnetier distingué chez le carnet politique américain important dailyKos et le fondateur du carnet politique paneuropéen anglophone European Tribune, dans lequel il vient de publier ce billet bilingue passionné intitulé France is not in decline and the last thing it needs is reform, où lui et son co-auteur John Evans proposent, gallice, que « La France n'est pas en déclin et n'a pas besoin de "réforme" ». Il y a des statistiques et des graphiques partout dans l'article pour appuyer leurs arguments en faveur de la bonne santé économique de la France par comparaison avec la Grande-Bretagne et les États-Unis sur de nombreux points.

L’article démolit, un par un, pas mal d’« idées reçues » sur la France et sur les Français (par exemple : « Mais les Français travaillent moins, nous dit-on. […]Même pas. Les travailleurs français effectuent 37,4 heures par semaine en moyenne, contre 35,6 heures au Royaume-Uni. »). Je me suis méfié de me prononcer sur les présidentielles en France parce que je reconnais que je connais trop peu le monde politique français mais il est certain que la candidature de M. Sarkozy est appuyé par les milieux d’affaires néo-libéraux de Washington et de Londres qui accueilleront bien volontiers cet hommage français à la rigueur strictement capitaliste qu’ils prônent ad infinitum chez nous (tout en évitant de parler des contrats militaires gigantesques reçus par Halliburton sans appel d’offres – un néo-libéralisme d’initié !) D’après eux, la France, qui a souvent (et trop souvent, dans l’opinion de ces néo-cons néo-libéraux) fait bande à part parmi les « puissances occidentales », retrouvera donc le bon chemin (économique, moral, affaires étrangères, etc) sous M. Sarkozy. Et franchement cela donne à réfléchir.

Mise à jour: dans un reportage radio sur l’élection en France, le correspondant parisien du magazine d’actualités Newsweek Christopher Dickey a déclaré, à propos de Sarkozy, qu’il « speaks the same philsophical language » que les néo-cons américains. Hmmm...

Comments

Pour moi, le modèle américain n'en est pas un...
Mais, je suis Français.
Ma crainte, c'est qu'effectivement Sarko adhère à des idées qui ne sont pas celles de mes compatriotes, y compris pour ceux qui auront voté pour lui...
Ils s'en rendront compte...mais trop tard !
Cordialement

Je pense qu'il faut préciser : le modèle dont nous parlons (je crois) serait plutôt un modèle néo-libéral – les E-U ont eu, à plusieurs moments, des modèles plus nuancés vers les droits sociaux, les classes défavorisées, etc. Je ne sais pas si cette oscillation politique est normale ou si les sentiments d'un pays, d'un état, d'une nation seraient de temps en temps saisis par la réaction. Ici je trouve qu'on continue les guerres culturelles (avortement, féminisme, droits des gais, liberté d'expression, etc) commencées dans les années 60 qui ne sont toujours pas résolues.

L'article de John Evans & Jérôme Guillet est très intéressant. Vu de la France, l'anti-américanisme est souvent nourri par l'idée que les USA représentent les excès de l'ultra-libéralisme. Ce fameux ultra-libéralisme américain est souvent un mythe comme le confirme l'argument concernant le lien entre la croissance américaine et la dépense publique. On devrait parler de ploutocratie. Je déplore souvent que par un certain confort dogmatique, on utilise le terme ultra-libéralisme comme un épouventail alors que cela ne correspond pas à la réalité. Or pour combattre certains effets néfastes de la globalisation économique et d'un certain capitalisme il me semble nécessaire de faire un diagnostique précis et actualisé qui se démarque des clichés idéologiques. Un de nos intellectuel, J.Dahomay utilise, a mon avis très justement, le concept de société de marché (à ne pas confondre avec l'économie de marché).

pour se faire une idée de la bête: http://www.levraisarkozy.com/psycho.php
les vidéos ne sont pas mal non plus, les italiens ont bien eu Berlusconi...
Bravo encore pour ce blog dont on ne se lasse pas. De temps en temps je vais voir l'historique, toujours passionnant. Vivement le nouveau micro que l'on regarde ces photos de NYC qui nous font rêver.

Mille mercis pour ce lien succulent sur la France non déclinante!

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