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Feriatus ego (responsum ad Vincentum)

Ici à la campagne on a fêté la Déclaration de l’Indépendance avec un défilé assez bon enfant à travers les deux rues principales du village – on descend la rue de l’Eau jusqu’à la place aux Canons (utilisés dans la guerre contre les Anglais en 1814) et l’on remonte la rue Haute jusqu’à la bibliothèque, devant laquelle on lit la Déclaration. Il y a plein d’enfants et de chiens. Dans la foule on y trouve des « hedge fund managers » et des femmes de ménage, des éditeurs en chef retraités de grands magazines d’actualités et des jardiniers paysagistes, des librettistes et des carnetiers. Un peu de tout, quoi.

Une chose curieuse m’est arrivée hier au gymnase. Ouverte seulement jusqu’à midi et demi, la salle était pleine de gens qui voulaient, comme moi, faire un peu d’exercice avant de passer aux barbecues traditionnels du 4 juillet. Il y avait un type qui s’exerçait avec une monitrice (ce qui est assez rare à la campagne, à l’opposé de ce qu’on voit à New-York) mais je n'ai pas fait beaucoup d’attention. Tout d’un coup, le type, un petit brun aux cheveux assez longs, vient vers moi, me dit bonjour et me demande si j’habite « ici ». « Non » je lui réponds, « j’habite New-York mais je loue un appartement à Pierreville, où je passe pas mal de week-ends avec mon copain. » « Ah, c’est bien ça, je vous connais de New-York, » il me dit. « J’habitais la maison dans la 4e rue ouest et c’est là je vous voyais passer souvent. » « Ah, c’est donc vous qui avez vendu la maison particulière devant le restaurant Extra Virgin ? » « Oui, c’est moi. Et je viens d’acheter une ferme, grande et vieille, à Pierreville-Nord… avec mon copain. » (Voilà, il se dévoile un peu, le malin, mais j’avoue que mon gaydar, qui est hélas loin d’être fiable, ne fonctionnait pas de toute façon.) « Ah. Mais comment se fait-il que vous vous êtes installés dans ce coin assez perdu, où il n’y a peu de beau monde, peu de pédés, et qui en plus est assez éloigné de Manhattan ? » « Ben, nous, on n’est pas très grégaire, et je connais la région parce que j’ai fait mes études à l’université de Brown, à Providence, et l’on venait par ici pour aller à la plage. » Ah. On s’est dit au revoir sans trop le croire. Que le monde est petit !

Le soir, après avoir fait un peu de lecture à haute voix pour l’amie écrivain, je suis passé au phare, où, sur la pelouse qui l’entoure, on a une sorte de pique-nique local. Je n’avais pas envie de manger, mais j’avais apporté une bouteille de bordeaux, que j’ai partagé avec des gens venus d’Atlanta, des Îles Vierges, et du Japon. La pluie est devenue plus insistante, et j’ai remis mon tire-bouchon dans le sac en canevas avec le tapis de plage acheté à la boutique de l’Assemblée nationale et je suis passé chez une amie qui a profité de ma visite imprévue pour nous faire des martinis à la pomme. Légèrement intoxiqué donc, je suis enfin rentré chez moi par une pluie assez forte. Il est très agréable de dormir en écoutant la pluie contre le toit.

Comments

Bonsoir,

c'est tout à fait par hasard que je découvre votre journal; j'en ai lu une partie (une petite partie) avec beaucoup de plaisir, moi qui, aimant beaucoup New-York, n'y ait pas mis les pieds depuis trois ans. Vos commentaires, vos photos, me rappellent certains lieux, m'en font découvrir, etc. Bref: merci!

Je suis un amoureux de cette Town House. A l'époque où S. et moi étions ensemble, nous allions souvent prendre un verre en terrasse d'Extra Virgin et plaisantions sur notre rêve d'en acheter une semblable un jour...

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