Epistula pro Clementem
Le lecteur Clément m'a demandé de lui fournir quelques bonnes adresses gaies pour sa prochaine visite à New-York avec son copain. Voilà ce que j'ai pondu (et je sais que cela n'a pas beacoup à voir avec la question, toute simple, que Clément m'a posée, mais j'espère qu'il y trouvera les coordonnées nécessaires (par des liens) pour passer un séjour bien divertissant à New-York.)
Il y a quatre quartiers principaux pour les homos new-yorkais. Le plus ancien, c’est le « ghetto gai » du Greenwich Village, dont la rue haute est la célèbre rue Christopher, assez décevant par ces temps-ci (boutiques T-shirt, pornos, etc.), mais bon… Il y reste quelques bars qui sont fréquentés, je suis désolé de le dire si crûment, par des reliques de la vie gaie d’autrefois – cela peut présenter, bien sûr, de l’intérêt anthropologique et on y trouvera certains goûts particuliers (ours, noirs, etc.) mais pour le homo moyen qui a de vingt-cinq à quarante ans en quête d’amis comme lui, c’est devenu un quartier marginal.
Chelsea, c’est le centre agréé de la vie gaie à New-York – là on trouvera les bars, les restaurants, les salles de sport, les magasins de vêtements et les garçons au look « Chelsea » qui dominent la vie gaie. C’est un peu le Castro de San-Francisco, le West-Hollywood de Los-Angeles, l’Old Compton Street de Londres et le Marais de Paris tous mêlés. En été, s’il y a un peu moins de mecs super canon à flâner dans la 8e avenue les week-ends, c’est qu’ils ont tous décampé pour l’ île du Feu et les délices diverses (mer, sexe, danse, convivialité, sexe, rencontres prévues et imprévues, sexe) des Pins, communauté de gais plutôt nantis à 50 milles de Manhattan. C’est à Chelsea que les deux hebdos gratuits gais ont leurs sièges sociaux : HX et Next et dans leurs pages (et sur leurs sites) on trouvera presque tout (le bon, le mauvais, le débile, l'incroyable, etc.) sur le monde gai manhattanais (et de banlieue, si cela vous tente – et non, ce n'est pas comme à Paris, ici c'est le Queens, le Brooklyn, le Nouveau-Jersey).
L’East Village, c’était les punks, les rebelles, les jeunes sans argent et sans emploi, et il l’est toujours un peu, en dépit des forces immobilières qui ont chassé les plus sales et les plus dévergondés du quartier. Les jeunes homos qui n’aiment pas trop passer la moitié de leur vie à perfectionner leurs biceps (entre autres) ont depuis des décennies préféré la bohème artistique et zolienne de ce quartier en principe défavorisé (mais nettement moins maintenant).
Le quartier gai qui monte le plus, et le quatrième de notre liste, c’est le Hell’s Kitchen, la Cuisine du Diable, qu’on essaie (gare aux promoteurs !) de convertir en Clinton, qui fait plus chic, moins dangereux. La Cuisine du diable se trouve à l’ouest du quartier des théâtres, dans les rues 40s et 50s. Et c’est normal que cela soit un quartier gai puisque les petits appartements qu’on y trouve ont été occupés depuis des décennies par de jeunes danseurs, acteurs, comédiens gais, qui travaillaient dans la place du Temps, ainsi que les retraités de l’industrie du spectacle qui ont voulu rester proches de ce milieu particulier, parmi les Puertoricains et les autres. Maintenant on trouve d’excellents restaurants gais (c’est-à-dire, où la plupart des serveurs sont ouvertement gais ou qui s’en fichent) et de bars.
Voilà. Ce n’est pas dire qu’on ne trouvera pas de traces gaies dans l’Upper West Side ou dans l’Upper East Side – c’est la drague perpétuelle, par exemple, dans les salles du musée Métropolitain (« Mais je m’en fous de ce sale tableau de David ! Qu'est-ce qu’il est mignon, ce petit Norvégien-là ! ») et on n’a qu’à assister à une séance de ballet au New York State Theater ou à une représentation d’opéra au Met (vu l’ambiguïté du mot « Met », il vaut mieux toujours préciser « Met Museum » ou « Met – the opera » – c’est bête mais c’est comme ça !) pour pouvoir se retrouver parmi les homos BCBG de tous les âges et pour (presque) tous les goûts.
On n’est pas, je trouve, aussi fous d’étiquettes et de marques de luxe que le sont nos confrères européens. Oh, non, cela ne veut pas dire que vous ne trouverez pas ici une folle qui ne s’habille qu’en Prada, à la Madame Sarkozy, mais le style gai new-yorkais, voire américain, est plus décontracté qu’en Europe – c’est parce que, ici, les gais cherchent souvent à ressembler à de jeunes beaufs hétéros (c’est à l’origine de la mode Abercrombie). Donc, pouvoir s’habiller comme un mécano inculte (mais sexy) du Nouveau-Jersey est le nec plus ultra d’une certaine mode gaie. Il y aura toujours, comme il est dit des pauvres, des minets prêts à porter n’importe quoi (et l’on en trouvera chez Ralph Lauren et sa nouvelle boutique/ligne qui essaie de concurrencer Hackett de Londres, Rugby, mais c’est pénible combien c’est ersatz, copie vulgaire, etc.), mais en général, et quand il fait chaud, comme maintenant, homo homo typicus portera le jour des shorts cargo (le style pantacourt n’a pas vraiment pris ici, je ne sais pas pourquoi), kaki ou treillis de préférence, t-shirt ou débardeur si l’on a envie de faire valoir ses tétons et ses bras musclés, des chaussures de sport ou des tongs – les chaussettes ne se voient plus, ne couvrant que le pied et non pas la cheville, qui doit rester nue, et surtout pas avec les tongs. Le soir, si l’on va au théâtre, on portera des pantalons (les jeans sont acceptables) et une chemise à manche courte, avec ou sans col. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’amuser à s’habiller plus élégamment ou avec plus de recherche, mais il y a moins de raisons en été pour porter le smoking en ville (et à la campagne, c’est la veste de smoking blanche qui est de rigueur). Il est toujours correct de porter un complet gris ou sombre pour des déjeuners dans les grands restaurants (Le Cirque, Le Bernardin, etc.) – rappelez-vous qu’aux dîners on trouvera plutôt des touristes américains venus exprès pour manger dans ces grands restaurants, et eux ils s’habillent beaucoup plus traditionnellement que les New-Yorkais. Dans les discos, c’est jeans et t-shirt, qu’on enlève aussi tôt que possible. Mais ici, on comprend la chaleur, on l’accepte, et l’on n’est pas censé être tout frais, tout beau quand il fait 35º.
J’espère que ces quelques lignes vous aideront à passer d’excellentes vacances chez nous, par n’importe quel temps. Et il ne faut pas oublier non plus que, comme à Paris et comme à d’autres grandes villes du monde, la gaîté fait partie intrinsèque de la vie de la ville – il n’est plus nécessaire de « faire » homo pour le vivre tout simplement. Bon voyage, Clément.
Comments
Je ne savais vraiment pas qu'on pouvait draguer au Met Museum... Je devrais y aller plus souvent :)
Posted by: Vincent | juillet 10, 2007 02:18 PM
Tu as raison, Vincent. Et ta famille en sera fière aussi. ; )
Posted by: Édouard | juillet 10, 2007 02:31 PM
Vous devriez mon cher Edouard écrire et publier un manuel de la "gayttitude" made in NYC !!!, j'adore cette façon de traduire les noms d'endroits à NYC que nous, les européens ne connaissons que par leur appellation d'origine, comme times square...J'imagine que pour vous c'est délicieusement exotique de l'écrire de cette façon. Vous devriez nous trouver quelques traductions joliment poétiques pour upper east side ou upper west side...bon d'accord "le haut côté de l'Est" et "Haut côté de l' Ouest" c'est un peu lourd. Dommage qu'il n'y ait pas de fleuve au milieu de Manhattan cela nous aurez donné "rive droite" et rive gauche"...comme à Paris.
Greg
Posted by: Greg | juillet 10, 2007 03:09 PM
J'ai mis un petit moment à faire le lien entre place du Temps et Times square :D
"une folle qui ne s’habille qu’en Prada, à la Madame Sarkozy..."
Je trouve cela très drôle. Décidément j'adore vous lire.
Posted by: Valérie de Haute Savoie | juillet 10, 2007 03:38 PM
Ah, vous savez, la francisation des noms de lieux, c'est mon côté Jacques Cartier/très XVIe siècle des explorateurs – et puis, je l'avoue, « la place du Temps », ça a un effet tout à fait particulier !
« Un jour je me suis égaré dans la place du Temps... »
Posted by: Édouard | juillet 10, 2007 03:46 PM
Nu grand merci pour toutes les adresses que vous decrivez si bien.
J'avait un peut compris que les gaies americain etais beaucoup plus décontracté que nous. Chez nous des fois ca frise le ridicule.
J'ai vraiment hate d'y etre et surtout de passé l'etape de l'avion que j ai horreur. lol
Encore merci.
Clément
Posted by: Clément | juillet 11, 2007 01:28 AM
Joliment exotique, en effet. Bien le bonjour, en passant.
Posted by: Krèkrèméfant | juillet 17, 2007 12:52 PM