Pro sensus

Ce n'est ni contre la pluie, ni contre le soleil qu'on protège les principaux dans cette scène qu'on photographie sur la terrasse du restaurant Pastis – c'est contre les yeux indiscrets des papparazzi et du public appareilophore (comme moi, hi hi)
La chaleur et l’humidité d’hier soir m’ont poussé à me préparer une mauresque bien fraîche que j’ai sirotée en attendant le retour au domicile du copain, qui s’amusait à regarder passer l’orage depuis sa fenêtre au 49e étage du Bâtiment de l’État-Empire au lieu de préparer les deux devis qu’on lui avait demandés (mais je ne dis rien, je m’occupe de mes affaires exclusivement, comme ça on ne se fait pas engueuler !). J’avais été obligé de quitter la fraîcheur, toute relative, de l’appartement pour aller chercher la voiture au garage et la déposer ensuite chez les mécaniciens dans la 60e rue ouest, où l’on va réparer l’antenne, cassée depuis quelques semaines on ne sait pas trop comment. Il nous faut l’antenne pour écouter la radio (les podcasts assomment après un certain moment et il me faut comme un tonique la niaiserie sonore de la pop music), et il nous faut la radio surtout parce que nous comptons faire six heures de route vendredi après-midi, quand nous partons pour Montréal, où nous allons passer le week-end du 14 juillet.

On rêve de Paris à travers les livres dans cette vitrine de la librairie 192 Books dans la 10e avenue à Chelsea, et qui appartient à la galeriste célèbre Paula Cooper, qui adore Paris (elle me l'a dit)
En route au garage dans la 25e rue je suis passé voir une expo intéressante par de nombreux points de vue : il s’agit de l’expo au titre provocateur (pris du titre d’un roman d’Alain Robbe-Grillet paru en 1972) « Project for a Revolution in New York » organisée par un de mes amis Mitchell Algus, qui est super intelligent (il a sa propre galerie dont le site n'est que rarement mis à jour – on le gronde mais il hausse les épaules) dans une autre galerie, celle de Matthew Marks, grande puissance dans le monde de l’art, à New-York comme ailleurs (je l’ai vu à Venise et il expose à Bâle, par exemple).

Mitchell est l’un des rares galeristes qui font leur travail par amour de l’art – il devrait être conservateur en chef dans un grand musée, mais il préfère être enseignant de lycée en géologie ( ! ) et de garder son indépendance esthétique, même quand cela lui coûte. C’est un peu le chouchou de la critique new-yorkaise, qui apprécie et l’intelligence profonde et le côté très spirituel de ses expos, mais trop d’intelligence fait peur aux collecteurs, qui cherchent en général à s’acquérir des « marques » reconnues et non pas des « œuvres intéressantes ».

Détail d'un tableau de Harold Stevenson, Américain qui travaillait à cette époque à Paris
Dans cette expo, M. Algus a fixé son regard sur des artistes européens travaillant dans les années 60 et 70 qu’on connaît à peine ici (Peter Klasen) ou qu’on ne voit maintenant que très rarement (Jacques Monory). Mitchell cherche à réfuter l’américanocentrisme en nous obligeant de voir d’autres tendances, dérivées par exemple d’un surréalisme toujours transgressif à l’époque, qui n’ont pas toujours reçu la bénédiction (financière) du marché de l’art (la seule qui compte pour beaucoup de monde). Un type en costume élégant, à l’air d’un grand banquier, était avec moi dans la galerie hier. Tout souriant comme un homme politique, il a dit à la belle assistante, qui lui avait demandé son opinion, « Well, I’ve been through it twice and I don’t yet get it. » Non, c’est vrai, cela ne puait pas le fric.
Comments
Cher Edouard, plus je te lis, plus j'ai vraiment envie de consacrer mon prochin séjour New-Yorkais aux galeries d'art...
Je vous souhaite une excellente fin de semaine à Montréal, pensez à moi si vous prenez un verre sur une terrasse du Village !
Posted by: Fredo | juillet 13, 2007 05:53 AM
Cher Edouard, plus je te lis, plus j'ai envie de consacrer un prochain séjour New-Yorkais aux galeries d'Art.
Je vous souhaite uns excellente fin de semaine à Montréal ! Ayez une pensée pour moi si vous prenez un verre sur une terrasse du village... (par exemple Le Parking)
Posted by: Fredo | juillet 13, 2007 05:56 AM