Febriculæ
Non, en dépit de ce que certains ont suggéré dans les commentaires, je ne souffre pas (trop) du mal du retour, mais ce qui est vrai c’est que c’est et fatigant et ennuyeux de découvrir en rentrant qu’il faut de nouveau mener toutes sortes de batailles simplement pour garder les droits civiques qu’on a depuis longtemps. En Europe (euh, du moins sur les plages de Pampelonne) on n’a pas cette sensation de petite guerre civile incessante et sous-cutanée qui frappe ici, où il est toujours histoire de terroristes un peu partout (ou pas), d’attentats éventuels (ou pas), d’écoutes illégales (ou pas), d’invasions « préventives » (ou pas), de traîtres démocrates (ou pas), de profiteurs de guerre républicains (ça, c'est sûr), de maintes dissimulations à buts politiques (sûr aussi), de propagande (inévitable). C’est comme si le pays souffrait d’une fièvre oscillante – les mensonges de Gonzales, les déclarations belliqueuses d’Obama à propos du Pakistan qui vont faire réjouir notre « allié » Musharraf (dont le frère est médecin à Chicago ! – c’est comme Sarkozy, dont le demi-frère Pierre-Olivier – Oliver chez nous – habite New-York), les révélations scandaleuses et encore confuses sur la mort du Ranger américain Pat Tillman en Afghanistan, les sauts inquiétants de la Bourse. Les sondages montrent bien qu’on en a marre de Bush mais c’est comme s’il s’agissait d’un gros rhume particulièrement persistant, qu’on n’arrive pas à guérir. On nous réitère comment la situation en Irak s’améliore (position officielle) – et puis on nous parle des explosions meurtrières à Bagdad et ailleurs, les hommes du parti Tawafiq quittent le gouvernement du premier ministre Maliki, à 43º en moyenne Bagdad n’a que 5,6 heures d’électricité par jour (réalité « sur le terrain ») – le décalage fait tourner la tête au peu de gens qui s’en soucient. Le prix du baril de pétrole monte à New-York, tandis que les prix à la pompe baissent (www.newyorkgasprices.com est un site hallucinant – on y publie les derniers prix de pétrole et les prix les plus bas dans la région new-yorkaise).
L’effondrement hier d’un pont autoroutier à Minneapolis m’a surtout fait réfléchir au manque d’attention systémique à notre infrastructure vieillissante – on dépense tant d’argent pour ces guerres de choix inutiles qui sont toujours, mais toujours plus chères qu’on ne nous le dise au début (et on ne les croit jamais de toute façon, donc il s’agit en toute probabilité d’une sorte de jeu d’esprit financier lancé par le complexe militaro-industriel, à qui on n’attribue généralement pas un sens de l’humour) et on fait baisser les impôts aux plus riches (et donc souvent, et naturellement, d’un certain point de vue, de grands contributeurs au parti républicain) – mais on n’a pas assez d’argent pour moderniser nos autoroutes, nos tunnels, nos aéroports. Hmmm.
Ici à New-York certains essayent de protester un nouveau projet de « loi » qu’on est près d’établir pour interdire les séances de photo ou de tournage en public qui dureraient plus d’une demi-heure sans préavis à la police et la preuve d’une indemnisation assurance d’au moins un million de dollars. Voici un peu de rap « blanc » (drôle et un peu débile à la fois) contre la réglementation proposée. On en parle aussi ici et ici.
Le jet d’eau du Réservoir Jacqueline Kennedy Onassis fonctionne de nouveau (jusqu’à l’automne, au moins) ! (Vous voyez, je ne suis pas toujours morose et pessimiste !)
Le Wall Street Journal est tombé enfin aux mains de Rupert Murdoch mais tout le monde n’est pas content – « Rupert Murdoch is the devil and I will never believe another word out of that paper » dit l’un des interviewés, avocat, dans le Times d'hier, ce qui ne va pas ravir, je crois, les publicitaires. Tant pis pour eux.