Dii monstraque

Du monde dans le métro aux heures de pointe (ici, on essaie de quitter le quai des trains 1, 2 et 3 à la place du Temps)
A dix-sept heures trente, la pluie avait terminé, mais des nuages sombres flottaient toujours juste au-dessus, pour nous rappeler la menace de mauvais temps. On se dirige vers l’entrée de station de métro de la 12e rue. Le train express est bondé – ah ! les heures de pointe ! je les avais oubliées – j’attends le suivant, lui aussi plein de monde. On pousse, on entre, il y a un grand et jeune blond qui presse ses fesses contre mon bras droit qui, allongé, tient le poteau métallique du centre – il a des écoutes aux oreilles qui jouent du rock. Il sort à la gare de Pennsylvanie, sans doute pour rentrer à la maison de banlieue de ses parents. Moi je quitte la voiture à la prochaine station, celle de la place du Temps, où il y a une nouvelle foule qui attend monter. Il est difficile de se frayer un sentier vers l’escalier.

Ça a presque l'air d'un décor sorti de Batman, n'est-ce pas ?
Je sors et je fonce, tête élevée, dans la place du Temps, où je tiens à passer d’abord chez le Virgin Megastore avant de rejoindre l’ami galeriste et une amie à lui au restaurant Joe Allen.

En route vers le magasin

Et puis, le voilà !

Au rez-de-chaussée - il faut descendre au 1er sous-sol pour la musique
Je suis là pour essayer de trouver l’album de mon nouveau chanteur chouchou Emmanuel Moire (décidément trop populaire – dans tous les sens – pour certains d’entre vous, mais bon, je ne suis pas Français et je me permets donc des tas de fautes de goût de « culture » française). Il faut passer au rayon World Music tout à fait au fond du 1er sous-sol. Il y a un type, un Asiatique, qui inspecte chacun des CDs dans la section France tout en bavardant en chinois au portable – c’est emmerdant ! Qu’est-ce qu’il fout là, à jacasser sans cesse en chinois –ça m’énerve encore plus de ne pas pouvoir comprendre ce qu’il raconte – parmi les Sylvie Vartan, les Johnny Halliday, les Juliette Gréco, les Françoise Hardy, les Michel Polniareff, à m’empêcher de retrouver mon Emmanuel ! Je réussis finalement, avec mon gros corps de diable blanc de le pousser vers l’Espagne, mais malheureusement il n’y a rien sous M. Tout d’un coup je vois, un peu n’importe où, le CD de la comédie musicale Le Roi Soleil et c’était bien lui, mon Emmanuel, qui avait joué, je crois, le rôle-titre. C’est pas trop cher, je le prends et je pars vers les caisses – on est en train de jouer le nouveau Bruce Springsteen, une belle chanson mélancolique qui s’appelle « Long Way Home », qui me fait penser, en écoutant le refrain « It’s gonna be a long walk home, Hey pretty Darling, don’t wait up for me », à la distance qu’il nous va falloir pour retrouver le pays qu’on a été avant Bush et me demander aussi s’il va être même possible. (La chanson « The Devil’s Arcade » est très belle aussi.) Je paie et je sors dans le crépuscule mouvementé. Je marche au restaurant parmi les foules de touristes. Je suis un peu tôt, et j’attends sur le trottoir, à regarder passer les gens.

Malgré la sensation fréquente d'habiter un pays en pleine décadence morale et économique, c'est fou ce que New-York me plaît
L’ami galeriste arrive bientôt et l’on nous donne notre table dans le bar – son amie arrive peu après. On commande. Le copain, qui est très occupé par un nouveau client, des négociants en pétrole, qui déménage à de nouveaux locaux cette fin de semaine, arrive le dernier. On mange, on boit, on rit. L’ami galeriste passe l’Action de grâce à St-Barth, comme il fait depuis des années. Son amie sera avec ses enfants.

Devant le restaurant Joe Allen dans la 46e rue ouest

Et dans le restaurant – notez les deux cosmopolitans sur la table

L'entrée du théâtre Hilton dans la 42e rue
Young Frankenstein se passe dans l’énorme théâtre Hilton – c’est vraiment, à mon avis, bien trop grand comme théâtre pour une petite comédie musicale en fin de compte assez limitée. À l’opposé de Laurent, dont on peut lire la critique ici, on n’a pas du tout aimé Young Frankenstein – c’est lent, les paroles et la musique, toutes de M. Brooks, sont d’une médiocrité pénible (on devine facilement les rimes des couplets, par exemple, ce qui n’émerveille pas), le numéro avec le monstre qui grogne, à peine compréhensible, ressemble au début bien trop aux mugissements embarrassants d’un mongoloïde – il y avait des mouvements de gêne autour de nous, ça ne se fait plus ici de se moquer, même légèrement, de gens handicapés, et le goût en général y fait défaut – trop de plaisanteries débiles sur le sexe, niveau « third grade » ou pire. C’est lourd, sans esprit, et même les meilleurs efforts de Mlle Mullaly, excellente comédienne qui ne fait que reprendre ici son rôle de salope nantie Karen de la série Will & Grace, déçoivent – et elle peut même chanter, avec une voix correcte.

Vue de l'entresol du hall central du théâtre Hilton
En regardant le public autour de nous, l’ami galeriste a noté qu’il se serait sûrement plu aussi bien à DisneyWorld à Orlando. En effet, ce n’était pas un public très new-yorkais (oui, oui, je sais, c’est infiniment snob de dire cela) – Young Frankenstein aura peut-être un certain succès, financier sinon critique, auprès d’un certain public, mais moi, je suis très content de ne pas avoir investi un centime dans cette affaire. Très décevant.
Comments
Et Roger Bart, il est comment ?
La difficulté de juger de ce type d’œuvre, c’est de savoir dans quel “référentiel” on se place. Une comédie musicale de Mel Brooks, ça ne peut faire que du Mel Brooks, donc humour sous la ceinture obligatoire. Toutes les plaisanteries viennent du film, y compris le monstre qui grogne. Comme “Spamalot”, ça plaira à ceux qui aiment le film.
Posted by: Laurent | octobre 26, 2007 07:06 PM
C'est dommage, on n'a pas vu Roger Bart non plus, c'était le remplaçant LaBanca. Vous avez d'ailleurs complètement raison, puisque le référentiel est tout – et c'est vrai que, à la longue, la vulgarité incessante de Mel Brooks me lasse. Il est possible aussi que les gags et les plaisanteries du film de 1974 ne soient plus aussi amusants, ou aussi acceptables, maintenant qu'ils étaient (plus ou moins) à l'époque. Il faut noter aussi que l'ami galeriste fut grand ami de Madeleine Kahn et le film a pour lui, naturellement, une résonance un peu particulière. Je me demande comment vont être les critiques dans les journaux.
Posted by: Édouard | octobre 27, 2007 12:38 AM
Yep, quel pied ce blog. Je frime en faisant la promo de Chante France. merci Edouard, quand je pense que c'est écouté à New York, le monde est vraiment merveilleux, ça vaut bien le parapluie et la machine à coudre. On vous aime, vous et vos ami(e)s.
Glu
Posted by: Glu | octobre 27, 2007 12:48 PM
Ah… Madeline Kahn… Sa prestation dans “On the Twentieth Century” restera dans les annales de la comédie musicale comme l’un des grands moments de comédie. Je comprends un peu que, quand on a vu cela, on ait du mal à s’intéresser à ce que Broadway a à offrir aujourd’hui…
Posted by: Laurent | octobre 27, 2007 05:23 PM