Vexatus ego

Les fleurs fanées dans le salon de l'appartement à la campagne, où je me suis rendu cette fin de semaine pour dîner avec l'amie écrivain, avec qui je m'étais brouillé
Je suis de mauvaise humeur : après la réussite si « brillante » que nous connaissons en Irak, il est bien difficile à comprendre comment 52 % de nous Américains approuverions une nouvelle intervention militaire contre l’Iran mais l’enquêteur Zogby a annoncé cette statistique fatigante avant-hier.

On est allé dîner dans un restaurant dans le village – notre groupe s'ést augmenté de trois personnes, on était donc six à table, à discuter politique et n'importe quoi – dans le bar à côté on regardait le 4e match de la Série mondiale de baseball
On dénonce depuis Eisenhower l’arrivée au pouvoir (un pouvoir caché, parce que devenu systémique) du complexe militaro-industriel aux États-Unis. S’il est difficile à apprendre l’étendue réelle des budgets militaires, c’est encore pire pour les budgets relatifs à la surveillance et aux multiples services de renseignements, qui ont tous prétendu que la simple mention d’un centime payé pour quoi que ce soit mettrait la république en danger mortel. (Les budgets des services de renseignements seraient plutôt des « budgets noirs », officiellement invisibles.) Après une grande pression politique, on a finalement révélé le total des budgets pour l’année 2007 pour la surveillance non militaire, et cette somme reviendrait à 43,5 milliards de dollars pour l’année 2007. Si l’on ajoute les budgets militaires, le chiffre pourrait monter jusqu’à 50 milliards. Par an. Secret. Sans supervision et donc ouvert à la corruption. Chouette, non ?

Tout le monde dans ce petit coin de la Nouvelle-Angleterre est supporteur de l'équipe de Boston, les Red Sox, à l'exception d'un jeune homme super beau qu'on me présente et qui me dit qu'il préfère toujours les Yankees – j'aime aussi le serveur juste au milieu
Le dernier candidat nommé au poste de ministre de la Justice Michael Mukasey n’a pas pu déclarer avec certitude devant le Comité judiciaire du Sénat si la « cure par l’eau », pratique d’investigation forcée connue en anglais sous le terme à l’allure plus sportive de « waterboarding », ne serait pas effectivement de la torture. Ici je vous renvoie à cet article sur la cure par l’eau notée par hilzoy, du carnet politique Obsidian Wings, où l’on dit sans hésitation que cette pratique est de la torture, dont je cite avec dégoût ces passages :
« Waterboarding is a controlled drowning that, in the American model, occurs under the watch of a doctor, a psychologist, an interrogator and a trained strap-in/strap-out team. It does not simulate drowning, as the lungs are actually filling with water. There is no way to simulate that. The victim is drowning. How much the victim is to drown depends on the desired result (in the form of answers to questions shouted into the victim’s face) and the obstinacy of the subject. A team doctor watches the quantity of water that is ingested and for the physiological signs which show when the drowning effect goes from painful psychological experience, to horrific suffocating punishment to the final death spiral.
Waterboarding is slow motion suffocation with enough time to contemplate the inevitability of black out and expiration –usually the person goes into hysterics on the board. For the uninitiated, it is horrifying to watch and if it goes wrong, it can lead straight to terminal hypoxia. When done right it is controlled death. Its lack of physical scarring allows the victim to recover and be threaten with its use again and again. »

C'est la victoire de Boston ! Tout le monde applaudit, y compris ce jeune homme en bonnet, qui m'a expliqué, plus tard dans la soirée, que son appartement était hanté par le son de gémissements d'une jeune femme qui se branle ! (si, si!) – et non, je n'ai rien demandé de plus !
M. Mukasey dit que cette technique lui semble personnellement « répugnante » et « excessive » (« over the line » en anglais) mais il ne peut pas affirmer qu’elle soit de la torture « illégale » – comme s’il y avait bien de la torture « légale ».

Ailleurs dans le bar, on taille des citrouilles pour la fête de Hallowe'en
En Virgine, la Cour d’appel du 4e circuit réentendra, en session plénière (« en banc » en anglais légal) à Richmond, en Virginie, le dossier d’Ali Saleh Kahlah al-Marri, étudiant qatari à l’université Bradley saisi le 12 décembre 2001 au champ de bataille de… Peoria, dans l’Illinois, et envoyé pour une période indéterminée en prison (« détention militaire indéfinie ») à Guantanamo en tant que « combattant ennemi » – disposition que lui a réservée le régime Bush le 23 juin 2003 sans lui permettre de l’opposer en audience publique. C’est donc un dossier dans lequel on va discuter sur de droits constitutionnels importants. Un panel de trois juges de ce tribunal a déjà décidé que le régime Bush n’avait pas le droit de garder les gens « indéfiniment » et qu’al-Marri avait droit aux protections d’habeas corpus.

Vont-ils effectivement chasser les mauvais esprits de cet endroit ?
Le mégamilliardaire Warren Buffet annonce qu’il prévoit la possibilité « assez significative » d’une récession économique bientôt aux États-Unis – la perte par la banque d’affaires Merrill Lynch de presque 8 milliards de dollars, annoncée la semaine dernière, à cause de prêts hypothécaires impayés et des « obligations de dette collatéralisées » (ah ! c’est si beau le jargon des « grands » de la finance et de la politique, surtout quand ils cherchent à détourner les regards de leur incompétence ou de leur ignorance !) a certainement agi sur les nerfs des rentiers, qui regardent avec horreur les dépenses en Irak et la montée du prix du baril de pétrole (hier à 91,09 $).

On ouvre du champagne pour fêter la victoire de Boston – la banqueroute nationale sera pour demain !
Le commentateur pessimiste James Kunstler note avec acidité : One of the stupidest assumptions made by the educated salient of adults these days is that we are guaranteed a smooth transition between the cancerous hypertrophy of our current economic environment and the harsher conditions that we are barreling toward. The university profs and the tech sector worker bees are still absolutely confident that some hypothetical “they” will “come up with” magical rescue remedies for running the Happy Motoring system without gasoline. »Une attaque sur l’Iran ne fera qu’accélérer la fin de ces « hypothèses les plus stupides ».

On trinque à la victoire de l'équipe plus ou moins locale
Et puis, ce soir c’est Hallowe’en – ici au Village on fête la veille de la Toussaint en nous enferment dans nos appartements pour essayer de n’avoir rien à faire avec les foules de jeunes et de moins jeunes qui viennent de la banlieue et infestent les bars et les restaurants du quartier. On les entendra hurler et crier jusqu’à l’aube. À l’époque ça faisait aboyer Betty. Et si je sortais pour faire du trick or treat en Dog-Boy ?...

Comments
Dans notre immeuble les marées d'enfants me visitent que les appartements approuvés; il ne faut pas rester silencieux derrière le portail.
Posted by: Anonymous | octobre 31, 2007 10:35 AM
On faisait de même chez nous, ici au Village, mais depuis quelques années, il n'y a plus de liste. De toute façon, on n'a que trois enfants dans l'immeuble à présent – deux garçons pré-ado et une fille qui marche comme un éléphant juste au-dessus de nous, donc ce n'est peut-être pas la peine de venir chercher des bonbons dans nos tristes couloirs pleins de vieillards dyspeptiques. ; )
Posted by: Édouard | octobre 31, 2007 11:28 AM
Le dog boy me donne un sentiment de malaise... trop "vraisemblable"?
J'aime beaucoup les photos des citrouilles.
Happy Halloween !
Posted by: Dolce | octobre 31, 2007 12:08 PM
:D http://tizel.free.fr/index.php?2006/12/09/387-greve-dans-les-transports
Posted by: name | octobre 31, 2007 12:39 PM
Oui, oui, sors dans les rues. Nous habitons dans le Village donc nous sommes aux premières loges pour la parade. I just want to say Happy Halloween tou you!
Posted by: Anne | octobre 31, 2007 12:42 PM