In Nova Hantonia
Bon, demain, c’est le tour de l’état du Nouveau-Hampshire – j’y ai vécu pendant trois ans et je n’ai pas aimé – trop froid, trop laid, trop « poujadiste » yankee. En ce qui concerne la température, ils n’y peuvent rien, j’en conviens, mais quand la morve se gèle dans l’espace de quelques secondes pendant qu’on passe du dortoir au réfectoire, il fait trop froid, surtout pour le petit chétif du sud que j’étais alors (maintenant, New-York oblige, je suis super costaud). Pour la laideur de l’endroit, c’est une laideur tout à fait manufacturée – le paysage lui-même est beau (on n’a qu’à voir le paysage au Vermont avoisinant pour la preuve), ce sont les habitants qui l’ont défiguré en y construisant de laides maisons couvertes de bardeaux d’asphalte et de grandes usines lugubres en brique. Le côté « poujadiste » indigène vient du fait que le Nouveau-Hampshire est depuis bien longtemps le « refuge » d’une certaine classe populaire, ouvrière et réactionnaire qui a fui l’état industriel du Massachusetts à cause des impôts et des programmes dits « progressistes » de cet état voisin (et il faut se rappeler qu’une partie importante du sud de l’état fait partie du Grand Boston).
Et en plus, il ne s’agit pas ici de caucus, cette forme compliquée de désignation de délégués, mais d’un suffrage plus ou moins normal dans lequel les électeurs inscrits des partis républicains et démocrates exprimeront leurs choix respectifs – les inscrits dits « indépendants » – c’est-à-dire, ceux qui officiellement ne sont ni républicains ni démocrates, eux ils peuvent choisir le bulletin de vote de l’un des deux partis. Comme en Iowa, donc, les indépendants ont le pouvoir d’influencer fortement les résultats – cette année, à cause de l’élan émotionnel que soulève la candidature de M. Obama, les indépendants auraient tendance, il paraîtrait, à voter pour le sénateur de l’Illinois au grand sourire sympa.
À l’opposé peut-être de nos amis français, les Américains veulent bien croire que quelqu’un est bien, sympa, gentil – on est cynique ou tout simplement désagréable si l’on croit que les motifs éventuels pour lesquels un candidat dit ceci ou cela seraient seulement pour gagner des voix. La grande majorité du peuple américain insiste sur l’amabilité du candidat – et c’est vrai que, pour la majorité du pays, Bush a réussi à cultiver l’air d’être plus « aimable », dans le sens le plus banal du mot, que Gore (trop intello) et de Kerry (trop pontifiant). M. Obama est, pour le moment, le grand gagnant dans le concours d’amabilité, comme l’était M. Bush avant lui, tandis que la gamme d’opinions sur Mme Clinton va de la salope infernale lesbio-socialiste de la droite à la Jeanne-d’Arc revenue, en passant par l’enseignante de lycée un peu sévère et pas très marrante qui planifie les cours un peu au milieu – nécessaire, oui, mais pas gai du tout. M. Edwards, lui, il critique trop – il nous rappelle combien on s’est laissé avoir par les grandes sociétés qui s’achètent au Congrès des projets de loi favorables à leurs industries. Il nous rappelle combien nous sommes bêtes de croire que tout le monde il est beau, tout le monde il est joli – et ce souvenir de notre propre bêtise ne nous plaît pas. Donc, c’est Obama qui est le candidat « feel-good » – qui nous fera sentir qu’on est bien, ouvert, plein d’espoir, pas raciste, mais non pas agressif non plus.
Il y a aussi la question de Bloomberg, qui est aujourd’hui au Kansas, à l’université d’Oklahoma, pour une conférence sur « le chemin du non-partisan ». Pour le moment, j’ai l’impression que monsieur le maire s’amuse à provoquer un peu partout des inquiétudes sur ses projets éventuels pour la présidence – si Mme Clinton est battue par MM Obama et Edwards et s’il n’y a pas de candidat républicain crédible après les primaires du 5 février, il pourrait s’offrir en candidat « unitaire » et « bipartisan ». Il a eu des pourparlers avec Obama – un « ticket » Obama-Bloomberg attirerait de l’attention, c’est sûr. Et M. Bloomberg a beaucoup appuyé dans sa ré-élection difficile son ami Joe Lieberman, qui est lui-même grand ami d’Obama.
Comments
L’état qui nous a donné John Irving ne peut pas être complètement mauvais…
Posted by: Laurent | janvier 7, 2008 07:10 PM