Iuno
J’ai fait une visite éclair à Pierreville samedi – à cause du temps vendredi après-midi, j’ai préféré ne pas participer à l’exode hebdomadaire du vendredi soir que le mauvais temps rend infiniment plus pénible et on est allé, le copain, qui de toute façon devait rester en ville le week-end, et moi, nous nous sommes promenés jusqu’à la 23e rue ouest pour aller voir le film à la mode Juno. À l’opposé de mon confrère carnetier chez Portico, je ne l’ai pas tellement aimé, le trouvant trop plein d’improbabilités. (Alerte spoiler pour ce qui suit – et selon Yahoo Cinéma le film sort en France le 6 février).
La prémisse même du film m’a paru assez peu vraisemblable : la jeune fille de 16 ans et demi à la langue déliée et sarcastique (un peu trop dans ce cas précis, à mon humble avis, mais bon…) qui se découvre enceinte sera convaincue, avec une sentimentalité assez en conflit avec les traits de caractère du personnage lui-même, de mener sa grossesse à terme. Jouée par Ellen Page, la fille va tout gentiment offrir son enfant à un couple qui aurait envie de l’adopter. On a une discussion toute brève avec les parents, c’est-à-dire le père et la belle-mère, et puis voilà, c’est décidé. La fille qui n’a pas finalement pu se faire avorter comme elle avait prévu a pourtant pu résister à la situation pour le moins curieuse (et peu croyable, à mon avis) de passer tous les jours au lycée super gentil où tout le monde l’a acceptée sans le moindre problème pendant les neuf mois de sa grossesse. (Et il faut se rappeler qu’ici, l’illégitimité, sans parler de la grossesse à seize ans, n’est pas vue comme ailleurs, en Europe par exemple, surtout chez une petite blanche de la classe moyenne.) Hmm, là, j’y crois pas, moi. Et je sais de quoi je parle : mes deux sœurs se sont fait avorter, l’une à 18 ans et l’autre à 17 ans, parce qu’elles ne voulaient pas être mères dans les circonstances où elle se trouvaient alors, une considération tout à logique et personnelle. L’aînée s’est occupée de l’opération avec une efficacité impressionnante sans jamais dire mot aux parents. La cadette, qui avait 17 ans, aurait eu du mal à avoir un avortement sans l’autorisation des parents – on avait cherché un moyen de lui trouver de faux papiers (un permis de conduire qui l’aurait donné 18 ans) mais à la fin elle a préféré tout révéler aux parents qui, à leur énorme crédit, ont vite arrangé tout, sans lui faire aucun reproche, dans une clinique immaculée. Et voilà, elles ont continué leurs vies et elles ont ensuite eu des enfants au « bon » moment, un moment de leur choix (cela ne veut pas dire qu’elles n’ont jamais eu d’ennuis avec leurs enfants !!!) Donc, pour moi, la décision de garder l’enfant était une décision régie surtout par les nécessités de scénario – pas de grossesse, pas de film.
On dirait que les Somagirls ne sont pas épatées non plus – je ne sais pas qui elles sont ! – mais on peut y voir la scène avec Mlle Garner sentant l'enfant dans le ventre de l'autre
Il y avait pourtant quelques moments exceptionnels et de bons acteurs – la jeune fille est beaucoup trop consciente d’elle-même – les ados de ma connaissance n’ont jamais été aussi loquaces, aussi sûrs d’eux-mêmes, surtout devant les adultes – mais elle joue bien le rôle. Jennifer Garner est extraordinaire – son besoin d’avoir un enfant, d’être mère, dans une scène où elle parle à l’enfant toujours dans le ventre de la fille, a fait taire toute la salle (assez pleine, à deux tiers des femmes) – on était à la fois stupéfié et profondément touché. L’ami et père de l’enfant, joué par Michael Cera, est excellent aussi (lui, par contre, est parfaitement maladroit). Non, je ne l’ai pas « aimé », ce film, mais je ne regrette pas l’avoir vu.
Comments
Oui, effectivement, le fait que le lycee trouve ca normal me laisse aussi un peu reveuse, mais la bande annonce de ta petite video a l'air pas mal du tout.
Posted by: Dolce | janvier 18, 2008 02:33 PM