Aeger ego
Une grippe d'origine inconnue (aucun accent espagnol, ni piaillement suspect) me prend depuis vendredi soir. Couché à 19 h 45, je me suis réveillé à 9 h 45 le lendemain et j’ai passé le reste de la journée de samedi à sommeiller dans le lit et à terminer un long bouquin en fin de compte assez remarquable, un vrai billet doux à la France et à la ville de Paris, qui s’appelle The Underground City (1958). Œuvre de jeunesse, avec les excès qu’on peut imaginer, mais aussi remplie de moments et de personnages tout à fait saisissants – une centaine de pèlerins sourds-muets en train de monter par erreur dans un avion soviétique à destination de Moscou (on est en pleine guerre froide) au lieu d’un autre avion à destination de Lourdes et de Rome. Une longue et complexe méditation par un type élégant du Quai d’Orsay au nom de Merseault sur les raisons de la défaite française en 1940, dans laquelle il se moque âprement du slogan anglo-saxon « Death before dishonor ! » : « There is no honor in extinction. » C’est long et l’auteur manie la langue d’une manière très francisée (il est parti pour Paris en 1948 et là il a fondé avec des amis The Paris Review en 1953) et je l’ai trouvé tout à fait fascinant. La fièvre s’est calmée hier pour remonter ce matin, c’est embêtant. Rien à faire – il faut seulement attendre que cela passe.