Vulgivagus
Il fait toujours gris et froid et installé devant mon bureau (une petite table de bridge) à la campagne, je regarde avec une paresse stupéfiée, en dépit de trois grandes tasses de café au lait assez fort, les vaguelettes grisâtres qui crispent la surface de la Petite Baie de Narragansett (son nom propre, qui la distingue de la Grande Baie, où l’on trouve la ville de Newport, par exemple) et je télécharge d’iTunes les concertos pour piano de Liszt joués par l’un de mes pianistes favoris, Sviatoslav Richter.
Hier soir j’ai passé deux heures avec l’amie écrivain à parler de tout et de rien. Un ancien amant qui habite pas très loin l’a accusée d’être entourée de pédés. « Tant mieux » elle lui aurait répondu. « Cela l’a fait taire » elle me dit avec un petit sourire.

Au vernissage – on chantait, je ne sais pas trop pourquoi !
Jeudi soir on est allé à un vernissage chez Mitchell Algus pour l’exposition d’Anita Steckel – un tas de vieilles demi-célébrités charmantes et drôles, d’anciens hippies et féministes aux cheveux gris.

Une toile d'un grand tableau politique

Le peintre Robert Schatz et le galeriste Mitchell Algus
L’ancienne petite amie de Marlon Brando quand celui-là jouait dans Un tramway nommé désir à Broadway en 1947/8, Mlle Steckel a fait sa propre carrière d’artiste féministe d’avant-garde. Elle a toujours du panache.

Anita Steckel est aussi coquette que jamais
Ensuite on est allé au Kitchen pour voir l’expo des nouveaux diplômés de mastère en beaux-arts de l’école Parsons, qui fait partie depuis quelques années de l'École Nouvelle, où l’on a accueilli à « l’université en exil » tant d’érudits européens fuyant les Nazis.

Devant le Kitchen dans la 19e rue ouest
Cette expo a été organisée par un ami, lui-même ancien galeriste devenu professeur d’art. Il y avait beaucoup de monde, comme toujours dans ce genre d’expo, et il faisait une chaleur épouvantable dans la galerie du 1er étage. Mais cela me fait du plaisir de voir tous ces jeunes artistes à la fois nerveux et contents d’être exposés.

La foule dans les galeries au 1er étage du Kitchen
Vendredi après-midi je suis allé à Pierreville, où je comptais profiter du mauvais temps prévu par la météo pour accomplir quelques tâches plutôt ennuyeuses qu’il me restait à faire sur l’ordinateur, mais je me suis couché de bonne heure et je suis resté très confortablement sous la couette à faire la grasse matinée samedi. Donc au lieu de travailler, je suis allé me renseigner sur tout qui s’est passé au village en deux semaines, c’est-à-dire des heures de bavardages amusants et futiles, avant de rentrer chez moi pour me rendre sortable pour une soirée d’indiscrétion amicale avec un ami politicien du coin – j’avais des tas de questions tout à fait personnelles à lui poser sur ses amours (qui changent), son avenir (qui est beau), son présent (un peu flou). C’est un homme qui a, selon l’expression familière, « changé d’équipe » il y a une dizaine d’années en faisant son coming-out avec un type charmant mais qui ne voulait pas devenir un simple « époux politique » réduit aux béats sourires silencieux sous les spots. L’homme politique est ensuite tombé amoureux d’un menuisier de bâtiment hétéro, adorable lui aussi mais qui posait un problème évident. Maintenant un élu de la région, il est en train de rencontrer beaucoup de gens nouveaux dans la capitale de l’état. Il est passionné de politique (un vrai « http://en.wikipedia.org/wiki/Policy_wonk policy wonk »), fana d’Obama, et plein d’espoir pour améliorer l’état. En bon politicien, il connaît tout le monde, et il y a toujours des gens qui viennent lui dire bonjour ou se plaindre d’un impôt quelconque. Après avoir dîné, on est allé à une sorte de boum comme je ne savais pas qu’il en existait encore de nos jours, tellement c’était vieux jeu et curieux (oui, c’est vrai, la vie à la campagne est souvent beaucoup plus bizarre que celle qu’on mène en ville).

Il y avait des looks plutôt bizarres – une perruque sur la gauche, un collier de fourrure sur la droite

On se moquait un peu des distinctions habituelles

Celle-ci a traversé la Manche en nageant neuf heures – et elle est en train de divorcer son mari qu'elle a découvert en train de coucher avec des travestis ! C'est le scandale partout à la campagne !
Ah ! Des parents qui dansent aux tubes anciens des B52s, par exemple…J’en aurais rougi si je n’avais pas le visage déjà tout rosi de vin.

Non, ce n'était pas sérieux du tout !

Curieux économiseur d'écran chez nos hôtes
On est rentré chez moi, toute une bande de personnes que je connaissais à peine, à part l’ami politique, vers trois heures pour un dernier verre. On a vu l’aurore.

Rentrant à l'appartement à New-York, j'ai croisé cette procession de Mexicains à l'angle de la 14e rue ouest et de la 8e avenue

Une autre vue de la même procession
Après un coup de torchon dans l'appartement, je suis reparti sur New-York. Le copain était au bureau. On est allé à pied au Village-Est – tout le monde était dans la rue – pour manger indien dans la 6e rue est.

Un agréable après-midi dans le parc de la place Washington au Village

De jolies tulipes rouges près de l'entrée au parc
Lundi j’ai commencé à chercher un nouveau bureau pour le copain, qu’on chasse du Bâtiment de l’État-Empire vers la fin juin (histoire d’éliminer les locations de petits bureaux en faveur de locations d’un étage en entier). C’est l’ami galeriste qui nous avait signalé ce panneau à louer dans la fenêtre du 1er étage de cet immeuble dans la 6e avenue.

C'est l'ami galeriste qui a surtout aimé les grandes fenêtres qui donnent sur la 6e avenue

C'était un magasin de fil de tricot et d'accessoires de tricotage, sans ascenseur
J’y ai rencontré l’agent qui me l’a montré. On veut le louer pour 6 000 $ par mois, mais le propriétaire accepterait 5 200 $. Hmmm, c’est trop. En sortant, je passe un groupe d’Indiens, deux femmes et deux hommes enturbannés. C’est peut-être mieux pour eux.

L'intérieur n'était pas très attrayant – je ne comprends pas pourquoi les amateurs de tricotage aimeraient de faux murs en ruine au milieu de la boutique
C’est aujourd’hui les primaires d’Indiana et de Caroline du Nord. Comme tout le monde, je crois, je suis un peu fatigué de cette campagne démocrate et j’ai hâte qu’on se concentre sur les déclarations plus ou moins insensées de McInsane.
Ce soir c’est un dîner de pédés à Brooklyn. Cela me fatigue aussi, un peu.
Comments
holala ... un dernier verre à 3 heures du matin et l'aurore qui s'ensuit ... quelle débauche ! quel bonheur !
Posted by: wam | mai 7, 2008 03:46 AM