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Saltatio


Extrait du ballet Umwelt de Maguy Marin

Hier soir on est allé voir la Compagnie Maguy Marin qui présentait le ballet Umwelt, basé sur un texte de Samuel Beckett, au théâtre Joyce à Chelsea. Une salle comble qui, il paraîtrait, ne s’attendait pas au bruit, fort et incessant, de la musique ni à la répétition gestuelle de la chorégraphie. Le ballet a duré une heure, sans intervalle, et le bruit de la musique et du vent qui hurlait, ainsi que le minimalisme général, ont chassé plusieurs membres du public. À la fin, il n’y avait que des applaudissements assez tièdes (ma compagne, une femme dans la soixantaine, a pourtant crié « Bravo ! » et a applaudi comme une folle – elle m’a expliqué plus tard à table dans le restaurant qu’elle avait apprécié surtout l’élément de surprise, d’inédit qu’elle y avait trouvé.) Comme pièce, c’était agressif, hostile, et inhospitalier – il y avait des moments où l’un des danseurs se mettrait dans les espaces entre les grandes planches de métal qui miroitaient en renvoyant les images des autres côtés des danseurs et regardait férocement, sans bouger, le public assis – était-ce un reproche, une supplication tacite, ou tout simplement un coup d’œil froid et indifférent sur l’humanité que nous, assis devant lui ou elle, représentions. Je ne sais pas, mais on en a beaucoup parlé après avec nos invités, dont l’ami galeriste, le financier et sa femme, et l’ex-éditrice, au restaurant italien pas cher dans la 8e avenue.

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