Insipiditas
C’est toujours pénible quand nos espoirs nous déçoivent – ce qui est le cas, je pense, de ces démocrates de gauche – dont yours truly – qui s’offusquent, piqués au vif, de l’attitude un peu molle, il est vrai, prise par Obama à propos du projet de loi sur les écoutes, légales et, euh, moins légales – au moins auparavant – que la Chambre vient de voter hier. Les plus militants crient à la trahison plus ou moins haute, et effectivement cette position ne raffermira en rien une Constitution largement bafouée pendant sept années déjà, ce qui est dommage. Les partisans de Mme Clinton sont ravis de la « preuve » qu’Obama ne serait pas l’époux mystique attendu par le parti. Les sophistiqués prétendent qu’il s’agit seulement d’une stratégie bien ordinaire de se positionner vers le centre afin de gagner l’élection, où, tout franchement, la majorité des électeurs se fout complètement de ces questions « techniques » de droits civiques qu’on dit « entravés » par les lois de ce genre. « Où est le problème si je n’ai rien à cacher ? » est un point de vue commun, et en quelque sorte normal. Mais on oublie injustement le fait qu’Obama ne s’est jamais présenté comme le grand chevalier de la gauche, celui qui allait redresser les torts sociaux (un système de santé pour tous, par exemple) – il a toujours été plutôt « modéré », pour ne pas dire circonspect, sur de nombreux sujets « chauds ». M. Obama dit qu’il va essayer de faire enlever les clauses qui donnent une sorte de pardon post ipso facto pour les écoutes criminelles cherchées par le régime Bush. M. Edwards, par exemple, a toujours été plus « dur » envers les excès politiques et sociaux des grandes entreprises puissantes. Mais on l’a écarté de la scène politique – pour le moment (et, à mon avis, pour toujours, mais on verra). Non, le changement que nous offrira un président Obama ne sera aucunement révolutionnaire, ni même particulièrement « progressiste », du point de vue du militant de gauche moyen, mais ce sera un grand changement tout de même – et l’on apprendra que la politique d’un « noir » peut être aussi fade que celle d’un blanc, ou d’une blanche.
Comments
Je suis bien d'accord avec vous. J'ai assisté au show d'Unity (enfin, je l'ai regardé sur CNN) et j'ai trouvé qu'Obama et Clinton étaient de très bons acteurs. C'est tout.
Posted by: marie | juin 28, 2008 10:53 AM