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juin 30, 2003

L'échec

Obscurcie par la satisfaction générale et méritée qui entoure le récent jugement de la Cour suprême américaine sur la question de la légitimité homosexuelle est l’histoire de l’homme qui a échoué dans son procès pour ces mêmes droits. Il s’appelait Michael Hardwick et c’était lui qui en 1982 avait été trouvé en train de faire l’amour avec son partenaire dans sa chambre à coucher à Atlanta. La police avait laissé tomber les accusations contre lui mais c’est lui qui s’est décidé à combattre ce qu’il voyait très justement être l’injustice de ces lois. Sa cause a été débattue jusqu’à la Cour suprême, qui en 1986 s’est prononcée contre un droit constitutionnel à une vie sexuelle pour les homosexuels. Il a perdu son pari. L’amertume de cet échec l’a dévasté et il a quitté Atlanta pour s’installer à Miami Beach, où il est mort, oublié, raté, déprimé, du sida en 1991. « Bowers was not correct when it was decided, and it is not correct today. It ought not to remain binding precedent. Bowers v Hardwick should be and now is overruled. » On ne peut pas, je crois, ne pas se sentir un peu mélancolique en lisant le texte de ce jugement venu trop tard.

Il y a peu de victoires sans sacrifices, souvent inconnus ou oubliés. Je me demande si j’aurais eu autant de courage pour faire de même.

juin 29, 2003

Fou du village

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Le porte-avions USS Intrepid transformé en musée de la guerre navale mouillé au West Side Highway

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Un flic de la circulation nous fait arrêter

Cela fait plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois déjà, que je néglige un peu mes affaires dans le village. Aujourd’hui j’ai passé une bonne partie de la matinée à glander dans le petit magasin du village, où on racontait des histoires sur des gens vivantes or mortes (« oui, on a mis ses cendres dans le jardin à côté de la maison, et au même endroit on a planté un magnolia. On pensait que cela serait une jolie façon de se rappeler de la défunte. Mais le magnolia est mort et l’arboriculteur du coin a proposé de le remplacer par un poirier, qui est dur et que rien ne peut tuer. Ce qui a été fait, et le poirier fleurit toujours. » et, à propos d’un couple gay, « ça va pas avec eux » et « Mme X est rentrée de l’hôpital, on lui a mis un stimulateur cardiaque, maintenant elle est aussi grognonne qu’avant. ») On parlait de l’annonce nécrologique manquée d’une photographe assez célèbre — elle est morte il y a deux semaines — et on s’amusait à imaginer un genre d’annonces nécrologiques un peu carnetier — c’est-à-dire, avec toutes les possibilités de commentaires inattendus et correctifs. (« Non, ce n’est pas vrai, X n’a jamais fait d’études supérieures à Harvard — il était à Cambridge à cause de sa copine Y, à l’époque professeur d’histoire de l’art à MIT — il a peut-être pu assister à quelques cours en tant qu’auditeur, mais inscription officielle, jamais ! »)

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Le coucher de soleil d'hier soir, avec la vedette de la marina au centre, avant d'aller dîner

De retour à la maison, je suis resté dehors dans notre jardin minuscule à feuilleter les journaux de dimanche, dont le « Times ». Après avoir couru les 15 milles qu’il lui faut pour préparer le marathon en août, le copain est allé nager dans la mer avec Betty, qui adore se jeter à l’eau. Moi j’ai passé presqu’une heure entière au téléphone à bavarder avec l’amie écrivain chez qui on va boire un verre ce soir. Elle va de mieux en mieux, et son fils et sa bru viendront jeudi soir de Washington pour passer le week-end chez elle.

C’est le tour du chef des républicains le méchant Dr Frist (bourreau de chats pour expérimentation, parmi plusieurs traits charmants) qui nie avoir insisté sur l’invasion de l’Irak à cause des armes de destruction massive. Heueusement qu’il y a des carnets politiques comme l’excellent Whiskey Bar de billmon qui retrouvent et présentent, comme il l’a fait ici, les citations précises pour lui empêcher d’oublier les mensonges qu’il a prônés comme la vérité absolue.

juin 28, 2003

Défiler ou pas

Je viens d’arriver à la campagne après plusieurs heures de route. L’autoroute était pleine de VTTs énormes conduits ou par des gens qui mangeaient ou par d’autres qui parlaient au téléphone. Comme toujours il y avait un tas de véhicules immatriculés au New-Jersey, le soi-disant « Garden State », dont la quasi-totalité de la population se hâte de quitter cet Eden tant vanté chaque week-end pour aller enlaidir un autre endroit. C’est dans le New-Jersey qu’ils ont les taux d’assurance voiture les plus chers de tous les Etats-Unis et c’est juste parce qu’ils conduisent comme des cochons !

Le copain a bien couru dans sa course à pied ce matin dans le Central Park. Il faisait frais et il y avait au moins 2 000 coureurs au total — je n’ai pas pu prendre de photos parce que l’appareil indiquait qu’il n’avait plus de mémoire. J’ai appris plus tard que toutes les photos que j’ai prises sont restées sur le disque quand je croyais les avoir effacées il y a longtemps. C’est un truc à Mac, il paraît — il faut vider la corbeille quand l’appareil est connecté au portable, sinon les photos ne partent pas du disque. Savais pas, moi. (Et merci encore au sage Pierre qui m'a montré comment « réduire » la largeur de ces billets en feuilles de style lus par des PCs avec IE.)

Donc ça va pour les activités officielles de la Fierté gaie — ce soir le copain et moi nous mettrons notre vie à deux, honteuse ou pas, selon les goûts, devant les nez des bons bourgeois du village à une réception offerte par la section de l’état de Connecticut de la Nature Conservancy. Je ne suis pas contre les grands défilés, auxquels j’ai participé pendant des années. J’ai fait la 5e avenue du sud vers le Central Park et dans l’autre sens, à pied et sur un char, en couple et avec des amis, en touriste flânant et en militant de Queer Nation scandant des mots d’ordre avec une centaine d'autres — il y a plein de façons à faire le parade ; aucune n’est obligatoire ou bonne pour chacun — cette année on n’y participe pas, mais cela ne me dérange pas et je ne me sens pas moins fidèle à la cause. Plus jeune et plus récemment sorti du placard, j’ai trouvé le parade un événement plein de joie, d'humour et de solidarité (il y avait aussi beaucoup de beaux mecs, c’est sûr et pas désagréable !). Maintenant, nettement moins jeune et banalement ouvert sur qui je suis, j’apprécie un autre aspect (et il y a toujours des beaux mecs, que voulez-vous ?)

Je me prépare surtout pour la convention républicaine prévue à New-York en août 2004, Alors, là, promis, je ne manquerai pas de faire tout ce qu'il faudra pour leur assurer l'accueil qu'ils mériteront, ces gens-là ! Et je ne pense pas en être le seul.

juin 27, 2003

Une bonne nouvelle

Assis hier soir dans un bar climatisé à côté du frère de l’amie marchande d’art en visite de Sydney, je ne suis pas allé à la célébration plus ou moins impromptue qui s’est déroulée dans la place Sheridan pour marquer la décision prise par la Cour suprême sur la pratique de la sodomie en privé au Texas. À New-York, confortablement installé dans un bar du Greenwich Village et entouré de gens « éclairés » à siroter un margarita pas extraordinaire, on peut se croire à des années-lumière des bêtises qu’on commet avec tant d’envergure au Texas et en Floride, pour ne nommer que ces deux états particulièrement doués en ce genre de petitesse moralisante. En plus, pour les lois interdisant cette pratique sexuelle, on ne les appliquait presque plus — mais ce « presque » restait pourtant important, parce que ces lois désuètes étaient toujours un moyen important de harceler les gens, de leur causer des ennuis légaux. Il fallait donc renverser le principe de discrimination légale que la Cour avait renforcé dans une décision rendue publique en 1986. Donc il ne faut pas oublier, même à New-York, l’importance de cette décision.

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La vitrine d'une des boutiques Marc Jacobs près de chez nous dans la rue Bleecker

C'est surtout le langage du jugement qui est à mon avis frappant : « The state cannot demean their(c’est-à-dire, les homosexuels) existence or control their destiny by making their private sexual conduct a crime. » « Demean their existence » — c’est qu’on a bien voulu faire depuis des siècles, en promulgant une variété impressionnante de lois et d'interdictions. Mais le mot « demean » en anglais, c’est fort — c’est réduire à un état inférieur avec une méchanceté sous-entendue (la signification légale n’a pas peut-être ce côté mesquin). Les implications de cette interdiction à l’état d’ « avilir » une classe de citoyens à cause de leur sexualité sont immenses — je m’attends à une nouvelle vague de procès contestant les lois discriminatoiressur le mariage, le service militaire, et les impôts.

Autre aspect étonnant de ce jugement : la Cour a fait référence explicite à la Cour européenne des droits de l’homme pour expliquer son raisonnement. « And, to the extent Bowers relied on values shared with a wider civilization, the case's reasoning and holding have been rejected by the European Court of Human Rights, and that other nations have taken action consistent with an affirmation of the protected right of homosexual adults to engage in intimate, consensual conduct. » Je me demande combien de fois la Cour suprême américaine a considéré des jugements rendus hors des États-Unis pour appuyer un de leurs jugements. Je vois cela comme un petit pas vers la de la compétence juridiqued’un tribunal international ayant des « valeurs partagées ».

Il est aussi intéressant à noter que la version Internet du « Times » n’indique pas l’importance visuelle du gros titre en dessus de la une du journal imprimé :

JUSTICES, 6-3, LEGALIZE GAY SEXUAL CONDUCT

IN SWEEPING REVERSAL OF COURT’S ’86 RULING


avec une grande photo en couleur des deux hommes qui ont dû passer une nuit en prison pour avoir violé la loi texane maintenant renversée.

Le reportage dans le « Times » décrit aussi les réactions émues des avocats lesbiens et gays dans la salle (les avocats ont un endroit qui leur est réservé) lorsqu’on lisait le jugement.



Quelques vues de Manhattan de la terrasse

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Vers le nord-est

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Vers l'est

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Vers le sud et la 8e avenue

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Sur la terrasse au 16e étage

Jeudi soir, c’était la faute de l’ami galeriste qui nous avait invités à profiter de sa belle terrasse au 16e étage de l’immeuble et de son mélangeur pour préparer des margaritas frappés. Oui, c’est sa faute à lui qu’on a bu tant de tequila en se demandant si on devait essayer d’entrer à la dérobée au gala de DIFFA qui avait lieu au Regent Hotel à Wall Street — J, grande amie du galeriste, disait qu’on pouvait entrer en filant quelques joints aux videurs (les billets coûtaient $300 chacun). L’ami galeriste a agi en « art director » pour la rendre plus sexy.

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Il faut montrer plus de poitrine pour pouvoir distraire les videurs

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L'Empire State Building illuminé

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La 8e avenue vue d'en haut la nuit

On est rentré chez nous en trébuchant (un peu seulement) par la 8e avenue — le copain a insisté qu’on s’arrête en route, d’abord à Barracuda et ensuite au Cubby Hole, un bar autrefois lesbien en transition vers une nouvelle identité toujours incertaine.

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Cette photo n'a rien à voir avec ce billet — j'ai vu un incendie en allant à la galerie hier — voici l'escalier des sapeurs-pompiers.

Hier je suis tombé sur le site www.buyfrenchnow.com, qui est en ligne depuis assez longtemps mais que je n’avais jamais visité auparavant. Les deux créateurs, Californiens de Santa Cruz, sont l’objet d’un procès intenté par un fou furieux de droite au nom de Michael Savage (né Wiener), commentateur de radio, qui les accuse de l’avoir diffamé en faisant un autre site satirique appelé Savagestupidity.com. Ils ont fait le site pro-français pour protester la politique de Bush en Irak et la propagande anti-française des républicains.

juin 25, 2003

Un début d'une saison en enfer

Dans le palmarès des mauvais temps, je me demande quel temps mériterait le classement supérieur : la pluie froide ou la chaleur suffocante ? Dans les deux cas, les gens préfèrent ne pas sortir de chez eux, où c’est sec ou climatisé. Aujourd’hui il fait 32º et on a eu seulement deux visiteurs à la galerie (un troisième vient d’entrer). Hier soir au cinéma j’ai entendu par hasard une femme qui disait à son compagnon, dans un fort accent new-yorkais, « Mais c’est dégueulasse, on n’a pas eu de printemps cette année. Des mois de pluie et maintenant cette chaleur. » Elle a raison. Ce n’est pas juste !

Hier soir on est allé au cinéma d’abord pour échapper à la chaleur qu’il faisait dans notre appartement et parce que le copain voulait absolument voir le film « Hulk » (tout court, sans le « the » de la bande dessinée — ça fait plus « djeun » et plus dur, peut-être, je n’en sais rien — mais ils ont laissé le « the » dans l’adresse web — va savoir pourquoi !). Il ne restait plus de places pour la séance de 19h donc on en a achetées pour celle de 19h30 et on est ensuite allé nous amuser dans le Virgin Megastore d’à côté. On y jouait tellement fort la musique (bonne et très dansable) que ça ressemblait à une discothèque — il y avait pas mal de gens qui bougeaient dans les rayons, c’était drôle. Le copain a acheté un cd de Morrissey — ce n’est pas ce que je choisirais moi pour m’encourager à courir, mais bon, chacun à son goût.

À notre surprise il n’y avait pas trop de monde à notre séance du film, peut-être parce qu'il y a eu lieu dans une des salles les plus grandes. On s’est installé au milieu d’un long rang des sièges en gradin. « Hulk », qui selon allocine.fr sortira en France le 2 juillet, est un peu long (durée : 2 heures 30) et assez beau — je ne veux pas « gâcher » le film pour ceux qui vont le voir, donc je me tais sur le scénario — le metteur en scène Ang Lee, que j’apprécie beaucoup, a fait du beau travail (la critique n’a pas été bonne, mais le public l’aime bien) — stylisé, surprenant, souvent très élégant.

C’est la famille du copain (au moins quelques membres) qui va venir chez nous à la campagne pendant le week-end du 4 juillet. On accueillera l’oncle qui est monseigneur (moi je fais toujours le païen prosélytique pour l’embêter — on parlera aussi des « embarras » ecclésiastiques récents et il me dira tout gentiment, en buvant son whisky, que ce n’est que « la voix de Satan qui sort de ta bouche ».) Puis il y aura aussi un des frères aînés avec sa femme et son enfant qui habitent Boston. C’est le copain qui s’occupe de toutes les dispositions — et il m’appelle toutes les deux heures pour me tenir au courant des derniers changements. C’est gentil, non ?

juin 24, 2003

Terra cognita et ailleurs

Le copain, qui se permet des accès de culpabilité pour ce qu’il trouve son manque actuel de militantisme gay, a bien voulu aller à la garden-party hier soir en faveur du centre « GLBT » qui se trouve pas loin de chez nous. J’ai même mis une chemise propre pour l’occasion !

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La bannière de bienvenue à la fête

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Les tables des associations politiques et sociales

On s’est d’abord trompé d’adresse, puisque la fête ne se tenait pas au Centre même mais dans un petit « parc » pourtant sans trace de verdure vers la rue Hudson. On s’est acheté des billets et on a ensuite fait le tour des tables d’associations. A l’entrée une femme nous a donné des bracelets en plastique rose néon qu’elle a attachés autour des poignets. Dans le parc il y avait des stands où l’on proposait des comptes en banque, des saucissons, une très-américaine vente aux enchères silencieuses d’objets et de prix offerts par Marc Jacobs, par Vuitton, par Tommy Hilfiger, etc.

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La société des Trois Petits Cochons fait de la charcuterie à la française que j'achète souvent pour l'amie écrivain. Cela m'a fait plaisir de les voir ici !

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Il y avait pas mal d'enfants, aussi

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Quelques travestis de la « Cour impériale de New-York » toujours chic

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Des femmes et des hommes politiques (c'est inévitable, non ?)

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L'assistance

Il y avait aussi des stands de restaurants et de bars. On voyait pas mal de gens qu’on connaissait, le copain et moi, mais qu’on n’avait pas vus depuis longtemps, depuis qu’on a quitté le gentil pays (généralement) homo pour des terres (généralement) hétéros inconnues.

Le copain a alors suggéré qu’on aille dîner au complexe des Chelsea Piers, où il se souvenait vaguement d’un restaurant acceptable au bord du Hudson. Dans le temps les bords du fleuve Hudson étaient pleins de quais, dont certains restent, aménagés en garages, et d’autres n’ont laissé que des pilotis alignés.

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Un des quais aménagés et des pilotis

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Les coureurs et les cyclistes au long du fleuve Hudson

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Un des longs couloirs dans le complexe sportif des Chelsea Piers

Les Chelsea Piers sont des quais aménagés pour les sports et pour les activités maritimes (comme Bateaux New York). C’est là, juste au nord, où l’on trouvera le bateau-pompe John J Harvey, qui appartient à des amis à nous qui sont devenus fous d’anciens bateaux à moteurs — ce bateau-pompe a même aidé aux sapeurs-pompiers lors de l’attaque au World Trade Center quand ils se sont trouvés dépourvus d’eau pour combattre le feu.

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Le champ de pratique de golf

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On a aussi nos bateaux-mouches

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Vue du bateau-pompe John Harvey

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C'est amusant de faire un tour du port de New-York à bord ce bateau, mais on rentre toujours complètement mouillé !

Ayant décidé finalement de ne pas dîner dans le complexe, nous nous sommes tournés vers l’est pour rentrer à la 8e avenue (pleine de restaurants) par la 23e rue. On est passé par le nouvel espace réservé aux chiens dans le parc. Ensuite on est allé manger dans un restaurant mexicain assez médiocre mais où ils servent d’assez bons margaritas.

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Les chiens s'amusent bien

Ce matin je prends mon café en entendant les bruits incessants de talkie-walkie et de stationnement de poids lourd dehors — on y tourne encore un film, à présent sans titre, mais c’est une production « Mary bla-bla » m’a expliqué le type auquel j’ai demandé ce qu’on tournait exactement. « Mais le permis c’était pour lundi soir, » je lui ai dit. « Ah oui ? Bon, c’était sûrement à cause du temps qu’ils ont dû reporter ça à aujourd’hui. » « Ben, c’est un peu moche pour les gens dont vous avez fait enlever les voitures, non ? » « Et c’est avec Jack Nicholson et Keanu Reeves » a-t-il vite ajouté, comme s’il ne fallait que ça pour me convaincre de ne pas gueuler.

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Mais où est-ce qu'ils sont alors, ces sacrés Jack Nicholson et Keanu Reave ?

juin 23, 2003

Le prisonnier des ses habitudes

La première belle journée, chaude et ensoleillée, depuis très longtemps et naturellement je me trouve bloqué chez moi à classer les papiers et à payer les factures. C'est ma faute, aussi, je l'avoue. C’est fou ce que je suis déorganisé et paresseux — je laisse traîner les choses jusqu’au tout dernier moment — on menace de couper le courant parce que je n’ai pas encore payé les gens de Con Edison. Alors, hop, je leur envoie un chèque. De même pour le téléphone. Je ne peux pas vous dire combien j’envie aux organisés la discipline et le sens de l’ordre qui m’ont toujours fait défaut.

Je pensais qu’on allait rester en ville pour les fêtes de la Fierté gaie et lesbienne, qui auront lieu pendant ce week-end — le copain a envie de participer à la course à pied organisée par les Front Runners NY, un groupe de coureurs lesbiens et gais à New-York, qui se fera au Central Park le samedi matin. Il l’a fait l’année dernière et c’était drôle parce qu’il n’y avait qu’à peu près vingt pour cent de « gais » parmi les 2 000 coureurs qui ont pris part — la course compte officiellement pour les temps de qualification pour le marathon de la ville de New-York et pour les classements, donc il y a pas mal de coureurs hétéros — même une forte majorité — qui font la course à pied gaie. Mais j'ai aussi promis de faire quelque chose à la campagne samedi soir. Bon, pour le moment, mon plan c'est l'inaction — la semaine vient de commencer, il pourrait m'arriver des choses qui me faciliteraient une prise de décision. Ou pas.

Ce soir il y a une sorte de « garden-party » au Centre lesbien et gai de la 13e rue, à laquelle on peut prendre part après avoir versé une modique somme (au bénéfice du Centre). Cela me ferait du bien de sortir de l’appartement un peu, surtout avec le temps qu’il fait. On verra.

Hier j’ai oublié de signaler ce billet écrit par François Nonnenmacher de Padawan.info dans le cadre de « bloguetamusique » sur ses leçons de piano que ses parents lui ont fait suivre. C’est plein d’humour, d’esprit et aussi d’un soupçon de vengeance — bien compréhensible, vu les circonstances. À recommander.

juin 22, 2003

Pourri

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Le vert et le gris dominent le paysage depuis plusieurs semaines

De la pluie, encore de la pluie. Hier soir on est allé à un cocktail où tout le monde s’est serré sous une grande tente — il n’y avait pas de coucher de soleil, seulement un grisonnement graduel du ciel vu à travers un fin voile de brume. Assez romantique, surtout après plusieurs vodka-tonic. A part le copain, j'ai remarqué qu'il n’y avait personne à cette fête avec laquelle je pouvais m’imaginer au lit — une sorte d’assurance-fidélité par manque d’intérêt, non ? Rentrés chez nous, on avait la flemme de préparer un vrai dîner, donc on s’est contenté de fouiller dans le frigo et dans le placard et de manger ce qu’on y a trouvé. Au lit on a regardé un film assez bête qui s’appelle « Big Eden », où le copain et moi nous avons hurlé à tour de rôle contre le dialogue, les situations, et les personnages tout à fait invraisemblables — ça donnait un mélange pas trop réussi d’épisodes des anciennes séries TV de « Northern Exposure » et de « Twin Peaks », le tout seulement en plus sentimental et prévisible. (Afin de me débarrasser du goût sucré que m’a laissé ce film j’ai dû regarder un vieil épisode de « South Park » avant d’éteindre la télé.)

Matinée au ralenti — j’allume l’ordinateur et prépare le café, le copain se lève un peu plus tard et décide pour une fois de se faire cuire du bacon, dont il avait retrouvé un paquet nouveau dans le frigo hier soir. Il va aussi chercher les journaux de dimanche et des œufs. Il pleut toujours. A midi une amie vient nous chercher dans sa voiture pour nous emmener déjeuner au yacht-club dont elle est membre — vu le mauvais temps (mais la pluie s’est arrêtée) ce n’est peut-être pas surprenant que nous soyons les seuls à venir déjeuner dans le club désert — c’est bien pour ça que le traiteur n’a plus envie d’y travailler, il ne gagne rien. Mais on s’amuse bien, la serveuse est charmante, il fait bon manger dehors (pourtant sous un toit).

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Vue de bateaux amarrés dans le port

Le copain continue son marathon télé personnel — il enregistre pour un ami à la banque des épisodes de « Stargate », série que je trouve plutôt débile et ennuyeux. On essaie de remettre un peu d’ordre dans la maison, sans grand succès. On a décidé de rentrer ce soir, mais avant de partir on va passer chez l’amie écrivain pour lui dire bonjour vers 18 heures.

Les pivoines sont en fleur dans le jardin. Tout est tellement mouillé, les plantes commencent à pourrir ! Notre petite case aussi — on nous a donné hier un devis extraordinaire pour refaire et repeindre les planches de bardeau de la maison. Quel gouffre à argent, cette maison !

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C'est vrai que ça fond, les planches !

juin 21, 2003

Souvenirs musicaux

Dans une autre vie j'ai travaillé dans l’entourage d’un chef d’orchestre américain. (Je tiens à signaler qu’il n’y avait aucune description de poste sur mes responsabilités réelles — j’ai porté les bagages, j’ai bavardé avec des groupies, j’ai répondu au téléphone, j’ai été chaperon dans des dîners à fins disons douteuses, etc). De cette période depuis longtemps révolue je me souviens encore de deux incidents qui m’ont beaucoup impressionné à l’époque et auxquels, malgré tout ce que j’ai appris depuis sur les vedettes, les artistes, et les célébrités, je continue à réfléchir.

On commençait les répétitions pour le deuxième acte de « Tristan und Isolde » qu’on donnait à Munich, dans la Herkulessaal. On était dans une salle de répétition tout en haut du bâtiment. Tout le monde était réuni devant le grand piano noir, un Steinway allemand, une douzaine de personnes, peut-être, les chanteurs tous assis dans des pupitres à l’ancienne — la soprano et le mezzo-soprano, le maestro lui-même, le ténor, la basse, le baryton, avec le représentant de l’orchestre, de type de la maison de disques, et tous les autres, comme moi, qui restaient debout contre un mur. Les chanteurs se réunissaient pour la première fois de cette production. On bavardait en anglais et en allemand. C’était aimable et sympathique, une vraie petite réunion entre amis (je crois bien qu’ils se connaissaient tous depuis longtemps). On leur a ensuite distribué les partitions vocales, qu’ils ont commencé à feuilleter. Tous, sauf la basse, un costaud aux cheveux foncés, habillé en pull plutôt moche et démodé, qui est resté là, à sourire et à regarder avec patience autour de lui, la partition toujours fermée sur le dessus du pupitre. C’est le maestro qui lui a adressé la parole : « Du brauchst keine Partitur ? » La basse a souri. « Non. » « Bon, on va commencer avec toi » a dit le maestro. Tout le monde s’est tu. Le pianiste répétiteur ajoué une note et la basse a commencé à chanter le « Klage » du roi Marke. Moi je ne connaissais pas du tout ce morceau, une merveille pour voix masculine, mais à l’entendre là, dans la minable salle de répétition, cette musique riche, triste et presque incroyable, qui sortait de la bouche de cet homme à l’allure physique et vestimentaire d’un petit bourgeois typique, c’était une révélation. Les autres le regardaient d’un air respectueux et appréciateur — personne ne bougeait. Puis il a terminé, comme ça, tout simplement, comme s’il ne s’agissait vraiment de rien, en faisant un petit sourire discret. S’en est suivi le silence absolu dans la pièce. Les gens étaient bouleversés par ce qu’ils venaient d’entendre. Moi aussi, d’ailleurs, qui n’y connaissais rien. Le maestro a dit finalement : « Damn, that was good. » Il avait raison.

L’autre fois, ça s’est passé à New-York, à Carnegie Hall. Je remplaçais pour le soir l’assistant officiel du maestro qui était peut-être malade ou qui n’en pouvait plus — ça leur arrivait assez souvent, les assistants. Il y avait un concert de bienfaisance dans lequel le maestro allait faire son truc habituel. Donc, pas de surprises prévues. On avait mis à notre disposition la loge officielle de la salle où il y avait une petite porte donnant accès à la salle des artistes. Je portais sur moi le flacon de whisky et les cigarettes spéciales du maestro.

La soirée se déroulait comme au cirque — il y avait des numéros qui se succédaient — un morceau de jazz, suivi d’un Lied chanté par une jeune étudiante en musique, suivi d’un quattuor quelconque, et ainsi de suite. Le maestro s’ennuyait. Il quittait son siège dans la loge pour se retrouver dans la salle des artistes, où il buvait un coup du flacon et fumait la moitié d’une cigarette avant de rentrer précipitamment dans la loge. Ça s’est recommencé à plusieurs reprises. Il y avait avec nous le violoniste Isaac Stern (mort en 2001), un grand ami et un habitué, lui aussi, de ce genre de concert bénévole. Lui aussi prenait des gorgées de whisky, du même flacon, que je remplaçais ensuite dans la poche de ma veste. Cela se vidait ! Vers la fin du concert (M. Stern et le maestro avaient déjà été sur scène), on était de nouveau dans la loge — moi en arrière, M. Stern, sa femme d’alors, la redoutable Vera, et le maestro devant. Un jeune Roumain de disons douze ans est entré sur scène — il allait jouer au piano, un morceau assez difficile. Il a entamé la pièce. Après quelques instants j’ai remarqué que les deux musiciens dans la loge ont commencé à se pencher vers la scène. La musique a continué — c’était un bon pianiste. Le maestro a commencé à faire du bruit d’approbation et d’encouragement, ce qui lui a mérité des coups d’œil pleins d’irritation de la part de Mme Stern et de quelques-uns des auditeurs dans les fauteuils d’orchestre. Comme d’habitude, il ne s’en est même pas rendu compte. Je me suis alors demandé comment j’allais faire pour éviter le pire — tout d’un coup, j’ai jeté un coup d’œil sur M. Stern et je l’ai vu qui sanglotait en silence, les larmes coulant à flots sur les joues. J’ai immédiatement tourné les yeux vers mon « pupille » qui lui aussi pleurait comme un enfant. Car c’étaient de vrais artistes musiciens, ces deux types. Je n’en suis toujours pas revenu.

Dans le cadre de « blogue ta musique » On trouvera chez Gvgvsse un billet amusant sur ce qu’il faut faire quelquefois pour avoir une place gratuite au théâtre.

C’est le carnet Netlex qui impressionne toujours par le soin méticuleux apporté à tout sujet qu’il traite. Aujourd'hui, c'est la musique. Netlex, c'est un vrai « role model » carnetier.

juin 20, 2003

« New York 1997 » (et au delà !)

Visite éclair à Brooklyn hier soir pour voir un ami, ancien colocataire du copain à Berkeley, où ils étaient tous les deux étudiants à l’université de Californie, qui, les études terminées, s’est changé de côte, tout comme le copain, en s’installant à New-York. D’origine bangladeshi, il habite les États-Unis depuis une vingtaine d’années, quand sa mère divorcée a quitté Dakka pour s’installer en Californie. Par suite d’une inadvertance un peu idiote de la part de sa mère, ses papiers n’ont jamais été tout à fait en règle auprès des autorités de l’immigration, et avec le nom arabe qu’il porte, et étant en principe musulman, il — et nous — avait peur qu’il ne lui arrive une histoire de déportation injustifiée, mais il a depuis un an engagé un avocat qui est en train de démêler le désordre bureaucratique. Il est décorateur d’intérieur (il a même travaillé pour ma mère !) et il vit depuis plusieurs années avec son ami T qui fait son internat en médecine à l’hôpital Columbia Presbyterian tout en haut de l’île de Manhattan. Ils habitent un loft à Brooklyn qu’ils ont acheté il y a cinq ans, ayant eu des difficultés pour acheter un appartement « coopératif » à Manhattan. (Les immeubles « coopératifs », avec leurs règlements particuliers à chaque immeuble, posent souvent d’importants problèmes aux acheteurs d’appartements. C’est une forme de propriété commune à New-York mais assez rare ailleurs, où les immeubles sont plutôt en copropriété.)

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L'hôtel de ville de Brooklyn

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Vue de quelques gratte-ciel à Brooklyn

Comme convenu, le copain et moi, nous nous sommes retrouvé dans la station de métro Borough Hall à Brooklyn, d’où on est parti à pied pour trouver le loft — suivant la rue Court (devant les tribunaux municipaux) on est passé devant l’Hôtel de Ville de Brooklyn (ville indépendante jusqu’en 1898 et par sa population la quatrième ville américaine) pour traverser l’avenue de l’Atlantique, une des artères principales de Brooklyn et au long de laquelle se trouvent les plus grandes communautés arabophones de la région.

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L'avenue de l'Atlantique à Brooklyn

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Une nouvelle épicerie fine arabe dans le quartier d'Atlantic Avenue à Brooklyn

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Les maisons aménagées à Brooklyn

Avec la hausse des loyers à Manhattan et la baisse importante des taux de criminalité dans ce quartier, Brooklyn connaît actuellement une renaissance remarquable. La rue Smith fait l’axe d’un nouveau quartier jeune et branché qui ressemble un peu à l’East Village d’avant.

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La rue Smith à Brooklyn

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De vieilles maisons en bois à Brooklyn

L’ami bangladeshi nous a emmené manger dans un restaurant « francisant » plutôt que vraiment français qui s’appelle pourtant « Robin des Bois ». Le copain a choisi un risotto aux fruits de mer, moi j’ai pris, comme d’habitude, le poulet rôti, et l’ami a pris je ne sais plus quoi. (Le futur médecin est resté à l'appartement — il voulait se coucher très tôt parce qu'il devait faire une « journée » à l'hôpital de 30 heures sans arrêt à partir du lendemain matin.) On nous a fait asseoir à une assez grande table de ferme à côté de l'arrière-cour, ouverte au ciel et où, dans un coin, on pouvait fumer. À l’autre côté de notre table il y avait un jeune Français, tout mignon, avec une Américaine qui essayait de lui parler en français — avec difficulté, ce qui a dû ennuyer assez le jeune Français, surtout parce qu’il parlait un anglais excellent, mais il a été poli, patient et souriant malgré tout !

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L'entrée au restaurant Robin des bois dans la rue Smith à Brooklyn

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Le nouveau bar gay du quartier de Boerum Hill

En accompagnant l’ami après le dîner dans la rue Smith, il nous a fait entrer dans le nouveau — et pour l’instant l’unique — bar gay du quartier, où il n’y avait que deux personnes assises au zinc, un homme et une femme. Ça avait l’air pas mal, gentil, intime. On a eu la chance de trouver un taxi (quelquefois un problème hors de Manhattan) et on est rentré au Village, où l’on est descendu dans la place Sheridan, où le copain s’est acheté un yaourt glacé maigre avant de rentrer chez nous.

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Du monde aux environs de la place Sheridan à Manhattan

Ça fait du bien de sortir de Manhattan de temps en temps !

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La rue Christopher sous la pluie

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Inscription trouvée sur le trottoir devant la galerie à Soho

Ce matin j'ai enfin réussi à voir l'exposition de l'ami peintre à Soho — le jeune galeriste est arrivé à la porte verrouillée avec une demi-heure de retard, il s'en foutait complètement et m'a même prié de rester en bas encore quelques minutes pour lui permettre d'allumer les lumières. J'ai lu cette inscription peinte sur le trottoir devant la galerie — je me demande s'il se serait dépêché d'ouvrir un peu plus vite si j'avais tenu une mitrailleuse à la main. (C'est bête et méchant, je sais, mais quelquefois on voudrait bien voir les expressions si un jour ...)

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Deux maisons du 18e dans la rue King à la périphérie de Soho

juin 19, 2003

Et si l'on s'argentinisait ?

C’est multilingue, c’est spécial, c’est ouvert à tous, c’est phoons, trouvé via errance… de michel saint-denis.

Découverte personnelle d'un processus politico-social nouveau : « argentinisation », nom qui décrit la descente plus ou moins pénible et consciente d’un pays de loi vers un état qui ressemblerait à l’Argentine de l’époque des généraux, puisé (dans sa forme anglaise de « Argentining ») chez le carnet Unqualified Offerings via Atrios.

L’article s’intitule : « La chance des Irlandais… et des Français et des Canadiens et des Allemands et ainsi de suite » et c’est écrit par un journaliste Alan Bisbort, revenu aux États-Unis d’un séjour de 10 jours en Irlande, dans le numéro du 19 juin 2003 du « Hartford Courant ». Je n'en citerai que deux petits morceaux qui seront, je crois, suffisants pour montrer l’essentiel de son argument et le ton presque d'avertissement son point de vue.

« There will come a time, when and if George W. Bush wins the 2004 election, that many first-rate Americans will give serious thought to emigrating from the country of their birth, this place formerly known as the land of the free. If you haven't at least given some fleeting thought to this possibility already, then you aren't paying attention to what's going on here. You are, shall we say, living in a fool's idea of paradise. »

Il s’explique un peu plus loin :

« I'm convinced that America is in the grip of a monstrous delusion, one that bears no resemblance to the rest of the world's reality. The passive acceptance of corruption and lies that is the foundation of this current house of cards strikes me as a collective version of the go-along-to-get-along mentality that rules families victimized by abuse and addiction. »

Cet article m’a vraiment étonné, parce que c’est la première fois que je lise un article publié dans un grand journal américain qui parle de l’émigration comme un choix raisonnable devant la situation politique actuelle. Même pas chez Mark Morford du « San Francisco Chronicle », lui-aussi ennemi acharné du régime Bushiste. Je me dis que c’est sûrement alarmiste — mais en fait peut-on en être vraiment sûr ? (C'est un peu comme ces histoires d'alertes jaune ou orange — après plusieurs jours d'infos hystériques, j'ai finalement cédé, m'allant à l'épicerie pour acheter quelques bouteilles d'eau minérale (française), surtout pour le chien.) Et on pense inévitablement aux bons petits Allemands qui se sont dit la même chose en 1933.

J’ai trouvé l’article par un lien publié chez SmirkingChimp.com. Les commentaires à ce lien sont intéressants aussi — on parle, par exemple, de la possibilité d’un « Anscluß » d’un Canada trop « antiaméricain » (et trop proche) !

juin 18, 2003

Charabia

Il est intéressant à noter qu'il existe maintenant, du moins chez l’administration Bush, quatre catégories de dictateurs dans le monde. Il y a, dans la première catégorie, les dictateurs qu’on renverse, comme Saddam Hussein en Irak et, depuis déjà des décennies, tous les quasi inconnus en Amérique du sud et en Amerique centrale. Dans la deuxième catégorie se trouvent les dictateurs qu’on aime ou qu’on trouve utiles, comme ce monsieur Karimov, chef d’état de l’Ouzbékistan. (Il ne faut pas oublier non plus les chefs d’état, élus en toute légalité, tel Allende au Chili, qu’on renverse ou qu’on veut renverser (le cas Chavez au Vénézuéla) parce qu’ils n’aiment pas assez les grosses sociétés américaines.) Dans la troisième catégorie on a les Kim Jung Il et les imams iraniens, qu’on aimerait bien renverser mais qu'on n’ose pas par peur de déclencher une petite guerre nucléaire. Pour la quatrième catégorie, ce sont des dictateurs comme Mugabe ou même Idi Amin — mais ce sont de pauvres Africains, sans pétrole et sans argent, donc on les laisse tranquilles.

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L'élégante 14e rue commémorée dans « Hello Dolly »

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Ben, c'est pas la Madison Avenue

Hier soir le copain m'a convaincu d'aller voir « Finding Nemo », le film d’animation fait par Pixar et sorti par Disney. La qualité technique est bonne — le scénario dépourvu de la moindre originalité (donc, très usine Disney) et donc hyper-vendable. La salle était pleine de gosses bruyants accompagnés de leurs parents indifférents.

Pourquoi les « art handlers » — le nom qu'on donne en anglais aux transporteurs de tableaux et d’autres œuvres d’art — sont-ils si souvent beaux ? Ce matin à la galerie j’ai accueilli deux gaillards, grands de presque 2 mètres chacun, bien bâtis, souriants et bronzés, qui sont venus prendre des tableaux. Le plus déconcertant, c’est qu’ils regardent toujours très soigneusement tout ce qu’on expose avant de s’en aller avec les toiles emballées. Ce sont vraiment de très fins connaisseurs de l’art ! Et ils sont mignons en plus.

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Du monde dans l'Union Square

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Un de nos cinémas favoris (on y vend des « slurpies » (miam) !)

J’ai pris un chemin blogosphérique tout ce qu’il y a de plus indirect pour aboutir ce matin à ce carnet web (mais son hébergeur Free.fr semble en panne en ce moment) écrit par un Américain qui habite Paris. Je le trouve insupportable, ce carnetier, pour deux raisons, toutes les deux excellentes, vous verrez : d’abord, parce qu’il s’est arrangé on se demande bien comment pour s’installer dans cette ville extraordinaire qu’est Paris et ensuite parce que sa maîtrise du français est impeccable. Donc, je suis complètement jaloux.

Le copain fait une course ce soir dans le Central Park sponsorisée par Nike. L’ex-marine le fait aussi — je ne sais pas si j’irai les voir courir. On allait manger après avec les parents du copain, mais ils ont annulé parce qu’ils partent demain à midi pour une croisière en mer Baltique et ils n’ont pas encore préparé les bagages.

Ça fait du bien à lire qu’on n’est pas les seuls à devenir dégueulasses !

juin 17, 2003

Le week-end (presque) perdu

On a pu finalement réctifier les gaffes commises (par moi) samedi après-midi sur mon gabarit Movable Type — l’ami péruvien, véritable génie en ordinateurs, a pu restaurer les mots de passe que j’avais par erreur effacés — je ne peux même pas dire comment je l’ai fait mais c'était très, très facile, je vous assure ! Histoire de mots de passe, de témoins à supprimer chez le navigateur Safari (dont je me sers depuis plusieurs jours), mais il semble que tout est maintenant rentré en ordre. Du moins je l'espère.

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La grande tente où a eu lieu le « gala »

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Les tables décorées de pivoines roses et blanches

Je ne me suis pas tellement amusé au gala samedi soir — aucune raison particulière. J’étais d’humeur ni bonne ni mauvaise, plutôt neutre. Sous la grande tente montée pour la soirée je regardais dérouler le classique menuet mondain des nouveaux arrivés atour des notabilités locales — qui se trouvait à quelle table à côté de qui. Il y a quatre ans tout cela m’avait assez diverti, mais cette fois j’y ai trouvé moins d’intérêt.

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La décoration était tout à fait BCBG des beaux quartiers ? l'horrible combinaison, tant aimée des filles du Connecticut et de Southampton, du rose et du vert citron

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Est-ce qu'on s'amuse ou pas ?

On m’avait placé entre deux femmes charmantes (c’est le copain et une amie qui se sont occupés du placement, donc là j’avais, je l’avoue, du piston) avec qui j'ai eu de longues discussions sur la débâcle qu’est Bush et des réactions hystériques et irréfléchies de la plupart de nos compatriotes sur les attaques terroristes au World Trade Center — la femme à ma gauche avait été à Londres pendant les bombardements de cette ville par l’aviation allemande, ce qui lui donnait naturellement une perspective disons plus complète de ce genre d'incidents et de comment y réagir. Comme d’habitude j’ai trop bu (du vin blanc assez mauvais). On est ensuite allé prendre un verre dans un restaurant du village et de là on a continué la fête chez des amis où l'on a bu encore du vin, du bon cette fois. Vers 3 heures le copain et moi nous sommes rentrés chez nous à pied (un des grands avantages d’habiter dans le village — on peut se saouler sans avoir besoin de conduire).

Le dimanche matin, c’était un peu une scène tirée du film « The Lost Weekend » — non, mais, c'est normal qu'on ait tous les deux des petites gueules de bois. Vers une heure on a commandé des pizzas, qu’il a fallu presque 2 heures (si, si !) pour livrer — ce n’est pas commode, la campagne — et qu’on a mangées sur le lit en regardant le film K-Pax (de la science-fiction un peu « light ») avec Kevin Spacey enregistré au Tivo. Le copain a décidé de rentrer en train le soir parce qu’il avait une réunion fixée pour 8 heures le lendemain.

Je ne sais pas pourquoi mais j’ai mal dormi dimanche soir . Je me suis réveillé toutes les deux heures, d'une heure à 7 heures — c’était un coup de téléphone qui m’a finalement réveillé pour de bon vers 8 h 45. J’ai fait la lessive et la vaisselle (après avoir pris une douche, car on n’a pas trop d’eau chaude). A midi je suis allé chez ma mère, avec qui j’ai déjeuné dans un restaurant de son village, une station balnéaire qui date de la fin du 19e siècle. Il faisait un temps couvert et assez frais et il y avait des petites bandes de touristes et de familles qui traînaient, à l’air ennuyé, de boutique en boutique. Ma mère m’a remis des copies de son testament révisé (pour être conforme aux lois de l’état de Rhode Island) dont je suis l’exécuteur et de son « testament médical ». De retour chez moi, j’ai sorti la Betty pour une bonne heure de natation et de « chasse aux pierres » au bord de la mer.

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C'est là où Betty cherche ses pierres sous l'eau

Betty et moi, nous avons quitté le village vers 7 heures du soir pour commencer notre retour — en général les lundis il y a moins de monde sur l’autoroute — mais j’avais oublié que maintenant c'est la saison infernale des travaux routiers qui commencent. Il y avait cinq zones au total sur l'autoroute où la circulation s’est complètement arrêtée — c’est à rendre fou furieux quand on voit les ouvriers qui fument et mangent des sandwiches — donc, au lieu de 2 heures et demie de route, il m’a fallu 4 heures et quart pour arriver à Manhattan. Énervant.

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Les roses sauvages du littoral (aïe, encore cette combinaison peu saine du vert et du rose, trouvée dans la nature !)

J'ai pourtant pu terminer l'audition des dernières cassettes d'histoire française — en route vers l'île d'Elba, l'empereur déchu, se promenant la nuit avec un prêtre taciturne, tourne le visage vers le ciel étoilé.

« Autrefois je connaissais les étoiles, » dit-il. « Je les ai toutes oubliées.» Je ne sais pas pourquoi mais cela m'a paru très triste.

juin 14, 2003

La bêtise générale

Je crois que j'ai fait une grande bêtise en voulant changer le gabarit du carnet ce matin ? je n'arrive plus à être permis à ne rien modifier, ce qui m'embête un peu. C'est le copain m'a trouvé ce moyen un peu indirect pour continuer à télécharger des billets. Le problème c'est que je ne comprends rien de toutes ces recommandations de php et de cgi et tout le reste ? j'avais voulu seulement rangé un peu le site, puis voilà, je suis expulsé de mon propre carnet. Et je ne peux même pas expliquer comment je l'ai fait. C'est fort, non?

juin 13, 2003

La critique

A six heures et demie hier soir l’ami galeriste a téléphoné pour savoir si on voulait aller dîner avec lui et malgré mon état physique toujours, euh, précaire j’ai dit oui parce que je ne voulais plus rester dans l’appartement, où je m'ennuyais à mort. Donc le copain et moi nous sommes allés rencontrer l'ami galeriste au restaurant Inside, qui se trouve au numéro 9, Jones Street, dans le Village. On l'a bien trouvé là, assis à une table au centre du restaurant étroit, un grand verre de vin blanc devant lui. Il nous avait dit qu’on aimerait bien la cuisine et effectivement c’était un des meilleurs repas que j’ai jamais mangés à New-York. Moi j’ai commandé un martini (américain, c’est-à-dire avec de la vodka) à la pomme Granny Smith — délicieux, pas sucré du tout, au parfum de pomme légèrement amer, le tout d’un joli vert très pâle, délavé (naturellement), avec de petits éclats de glace flottant en dessus du liquide. Pour commencer j’ai pris une salade de betteraves (mélange de petites betteraves rouges et jaunes avec une sauce vinaigrette) et ensuite du poulet rôti avec des cœurs d’artichauts et des pommes de terre. Il n’y avait qu'assez peu de monde, et l’on se demandait comment ils allaient faire pour continuer. On va leur faire de la pub, parce que ce n'est pas cher et on y mange très simplement mais très bien, ce qui n'est pas toujours le cas ici. Le copain a pris un dessert — un « banana split » assez farfelu. Une fois rentrés chez nous, l’orage a éclaté — la Betty s’enfuit en dessous du lit où elle restera jusqu’au petit matin.

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Je n'ai pas osé prendre une photo de gens qui dînaient

Les critiques d’arts sortent tous les vendredis dans le « Times » — chaque galeriste y jettera au moins un coup d’œil pour voir quels amis — et quels ennemis — ont été l’objet, en tant que galerie ou artiste, d’une critique approbatrice ou négative de la part d’un des cinq critiques de la section « Arts » du journal. Je viens de recevoir un coup de téléphone d’un artiste dont on a cité le nom dans une de ces « mini-critiques » offertes pour concurrencer les listes d’expos à voir dans New York Magazine et Time Out. Je suis content pour lui — ce n’est pas du tout facile d’être peintre, et une petite ligne de reconnaissance fait énormément de bien.

juin 12, 2003

L'égalité, à peu près

La grippe ne veut pas me lâcher. Il fait lourd, on s’attend à des orages, le soleil me manque.

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Le fleuve Hudson à marée haute

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Au long du fleuve Hudson, côté Manhattan, avec l'Empire State Building au fond

Comme d’habitude on ira à la campagne demain soir. Samedi il y a un « gala » pour la petite société historique du village, on se mettra en smoking et tout et tout. Il y aura tout le gratin du village. Nos noms figurent sur le carton d’invitation, mais séparément, pas comme ceux des autres couples hétéros qui sont ou « Jane and John Smith » ou « Mr & Mrs John Smith », parce que le président ne voulait pas d’ennuis avec les traditionalistes. Si, si. On se demande parfois, le copain et moi, jusqu’à quel point doit-on se taire ? Cela fait longtemps que nous avons quitté exprès le ghetto homo pour vivre dans le monde en minorité plus ou moins assimilée (sur le sujet de l’assimilation, il y a bien sûr pas mal de polémique : voici deux opinions plutôt négatives ici et ici). En général on n’a pas regretté cette décision. Il y a sûrement des gens qui n’approuvent ni notre choix ni notre détermination de ne pas le cacher, mais l’homophobie est plutôt mal vue et ceux qui en souffrent n’osent plus l’exprimer trop ouvertement. Est-ce cela, le progrès ? Peut-être.

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Une tente sur le quai aménagé du Hudson River Park à la rue Christopher

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La rue Christopher à la 7e avenue

juin 11, 2003

L'antiaméricanisme français (suite)

J’ai oublié de noter cet article publié dans le « Times » de lundi sur le chef d’orchestre William Christie. L’article m’intéressait surtout pour deux raisons : d’abord, c’est impressionnant de voir combien cet homme est responsable pour l’appréciation actuelle de la musique baroque française, et ensuite, parce que M. Christie, né à Buffalo, est un Américain qui vit à Paris depuis 33 ans. Selon l’article, il a même pris la citoyenneté de son pays d’adoption, tout en retenant son passeport américain. M. Christie note qu’il a « his complaints about French arrogance and policy, but he is downright worried about his native land. »

Contrairement à ce qu’on pourrait lire dans les carnets web d’autres résidents notoires d’origine américaine en France, il ajoute ceci : « Ordinary citizens there are told things about the world by rather unscrupulous and, I think, evil people, and they believe them. I find many aspects of what's happening in the States today rather frightening. » Moi aussi.

L'antiaméricanisme français

La grippe que m’a (tout gentiment) donnée le copain commence à perdre sa force, grâce aux doses répétées (mais, attention, pas abusées, mes jours de toxicomanie sont finies, euh, plus ou moins) de tablettes d’Alka Selzer Plus Cold™ au zeste d’orange — c’est vraiment la cure miracle, dont l’effet salutaire dure en général quatre heures au minimum avant de s’en aller lentement. Je ne suis pas homéopathe ; je n’avale pas des tas de gousses d’ail comme le fait le copain ; je ne bois pas non plus des gallons de jus d’orange, que pourtant j’aime bien mais pas dans des quantités exagérées. Mais ma petite maladie, qui m’a empêché d’aller au gym ce matin, m’a par contre donné l’occasion de réfléchir à un sujet abordé assez férocement par Laurent de l’excellent navire.net dans ce billet.

L’antiaméricanisme, version française ou une autre, ne me surprend pas trop. Franchement je le trouve tout à fait normal qu’une très grande partie, peut-être la majorité, de la population de cette planète soit plus ou moins énervée par les citoyens d’un pays, si riche, si consommateur, si égoïste, si incurieux, si injuste, si aveugle, si autosuffisant, si insouciant, si inconsistant, qui agit si souvent à lui seul en seigneur titré (ou bien policier) de la terre entière. Quand on voit des gens qui se promènent un peu partout comme des sculptures vivantes du sculpteur hyperréaliste Duane Hanson, cela ne fait pas trop honneur (à mon avis) à la nation américaine, quelle qu’elle soit. Mais bon, tout le monde sait bien qu'on arrive à ça dans une culture de centres commerciaux, de restauration rapide (et pleine de matières grasses malsaines), de grosses voitures bouffeurs d’essence. Mais est-ce spécialement américain, tout ça ? Dans sa manifestation actuelle, oui, un peu, mais on voit cette culture en train de se reproduire ailleurs qu’en Amérique du nord — il y a la variante japonaise et bientôt, et certainement plus importante parce qu’il s’agit d’une population vraiment géante, la variante chinoise de consommation « à l’américaine ». Il est certain que l’antiaméricanisme générique est construit d'un mélange indéfini de jalousie et de dégoût — les proportions exactes dépendent des gens, de leurs expériences particulières et de leurs espoirs.

L'antiaméricanisme existe aussi parce qu'il y a trop de nous, Américains. On est à 2 millions de personnes chez nous, officiellement, selon les estimations du Population Reference Bureau. C'est beaucoup. Et ils bougent. On nous voit presque partout — soldats en Irak, missionnaires en Afrique, investisseurs en Asie et en Amérique du sud, touristes en Europe. On est là, à faire du bien ou du mal, habillé par K-Mart ou Gap, sincère mais embêtant à la fois, ne parlant pas la langue, un peu perdu. On voit nos visages aussi, à la télé et au cinéma — Madonna, Michael Jackson, Tom Cruise, Keanu Reeves, etc. On écoute Britney, Christina, Justin Timberlake un peu partout. Le monde non-américain est bombardé tous les jours par cette « culture » médiatique d’origine nord-américaine, habille à plaire et à faire dépenser en euros, en yen, en rials, aussi bien qu’en dollars. N’est-il pas assez, tout cela, pour qu’on dénonce, avec plus ou moins de violence selon le pays et la culture attaqués, la source de cette invasion constante ? Bien sûr que oui, et cela se comprend parfaitement. Reste à savoir si les contre-attaques arrivent vraiment à arrêter quelque chose — on n'a qu'à réfléchir sur ce qui se passe actuellement chez les jeunes Iraniens à Téhéran, où l'on essaie toujours, avec une impuissance croissante, de repousser la culture soi-disant américaine.

L’antiaméricanisme français possède bien sûr ses propres traits qui reflètent l’histoire et la réalité françaises. A l'époque de Franklin et de Jefferson, qui se sont tous les deux beaucoup plus à Paris, les Américains, c'étaient des créatures rares, étranges, curieuses — mais en fin de compte ils ne comptaient pas pour beaucoup dans les calculs politiques de la France. Les Français nous aimaient bien. Avec l'indépendance américaine et la Révolution française, les rapports entre les pays se sont bien sûr modifiés — les Français sont devenus de révolutionnaires enragés et les Américains de ploucs conservateurs. Les liens angloaméricains se sont resserrés pendant le 19e siècle, et les États-Unis sont devenus surtout plus allemands.

La guerre de 1914, à laquelle les Américains n'ont pas voulu participer qu'en 1917, n'a pas augmenté l'antiaméricanisme français — on n'a qu'à lire les romans de Hemingway et de Fitzgerald pour se rendre compte que les Français ont accueilli les nouveaux arrivés bien correctement. Avec la guerre de 1939, les Américains ont encore hesité avant de s'immiscer dans les affaires européennes mais là encore, après la libération de Paris, on rencontre plusieurs exemples d'Américains qui s'installent en France (Ellsworth Kelly, James Lord, Ned Rorem) sans se plaindre d'un antiaméricanisme particulier.

Il est certain que les rapports de puissances ont fondamentalement changé après la guerre et je ne le trouve pas du tout surprenant que des Français, tout comme les Anglais, habitués à jouer un rôle prééminent dans les relations internationales, se sont vexés à voir leur importance dans le monde réduite par rapport à celle des États-Unis ou de l'Union soviétique. Et alors ? Cela me paraît tout ce qu’il y a de plus naturel, ce regret d’une gloire passée et cette hésitation à la croire partie pour de vrai (et qui sait, au fond, si elle ne reviendra pas ?) Cet antiaméricanisme disons « de réaction », on le voit aussi à Londres, chez les gens qui n’acceptent pas qu’ils aient à faire avec des colons rustres devenus riches et puissants. (Cette attitude reste assez cachée, surtout dans un pays submergé économiquement et physiquement par l’Amérique bien plus que ne l'est la France — il y a quelques mois j’ai lu dans la section immobilier du « The Daily Telegraph » que 60% pour cent des appartements de luxe dans le centre de Londres étaient loués par des Américains.) Moi-même, je n’ai jamais rencontré d’antiaméricanisme en France — j’ai vu des manifestations à Paris contre Regans la guerre au Viêt Nam, manifestations contre la politique américaine de l’époque, j'ai vu des slogans sur les murs — mais on ne m’a jamais dit rien de déplaisant. Ouais, dans le temps j’ai entendu des chauffeurs de taxi qui ont peut-être murmuré quelque chose à propos des « amerloques » mais depuis quelques années de visites fréquentes en France, plus rien de désobligeant. (Ce n'est pas antiaméricain, par exemple, d'engueuler des Américains qui se comporteraient mal — on n'a pas le droit d'agir comme un imbécile seulement parce qu'on est américain, surtout à l'étranger.)

Pour les antimondialistes et leurs amis, ça n’a jamais été pour moi une question d’antiaméricanisme — ils luttent contre une certaine idée, élevée en religion chez nous, de l’économie soi-disant libérale. Mais je ne les trouve pas pour autant « antiaméricains » même si plusieurs de leurs actions visent les sociétés américaines.

Finalement, en ce qui concerne certains carnetiers américains résidant en France, je suis sûr qu’ils ont leurs raisons particulières pour écrire de la façon dont ils le font : faire enrager les gens, inciter les esprits au moyen de propos faciles et méchants, ça plaît à certains. Mais la solution est évidente : faut pas aller chez lui ou chez elle, car ça les encourage, les visites, et, le compteur en baisse, ça leur donnera beaucoup moins de plaisir et ils s’arrêteront, faute d’audience. En fin de compte je parierais volontiers que ces gens ne seraient guère plus contents s’ils se trouvaient à New-York (que Dieu le défende, comme on dit ici) ou à San-Diégo (bonne chance à M. Carion.) Vive la troïka anti-merdique !

juin 10, 2003

Il y a des moments

Il y a des moments, naturellement rares, où l’on semble pouvoir tout faire, où tout devient facile, clair, évident. Dans ma mémoire cela m’est arrivé deux fois : la première fois c’était quand je prenais une leçon de tennis. Adolescent, je jouais assez bien au tennis, pas extra mais tout à fait convenable. Pendant cette leçon où jusque-là il ne s'y était passé rien hors du commun, je me suis tout d’un coup rendu compte que quelque chose avait changé — le temps se ralentissait, tout allait beaucoup plus lentement, et j’avais donc beaucoup plus de temps pour me positionner vis-à-vis de la balle, que je retournais parfaitement. Ce n’était pas de l’exaltation que je ressentais mais tout le contraire: un calme lucide et retenu. Ça a continué pendant plusieurs minutes. L’entraîneur, un vieux pro longtemps hors du circuit, m’est venu de l’autre côté du court, une expression curieuse au visage, pour me demander ce qui s’était passé. Je lui ai répondu que je ne savais pas, mais que tout m’était devenu plus facile — il n’a dit rien pendant quelques secondes puis il m’a demandé si cela m’intéresserait de faire partie de l’équipe qu’il entraînait et qui allait faire le circuit juniors en tennis dans le sud-est des États-Unis. (Je ne l’ai finalement pas fait.)

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Une statue de Gandhi avec un bouquet de roses fané dans l'Union Square

L’autre fois qu’il m’est arrivé cette facilité surprenante c’était dans un cours de latin. Moi j’avais changé de collège et je me suis retrouvé alors pensionnaire dans un collège en Nouvelle-Angleterre, perdu au milieu des sapins et des hêtres, où dans nos chambres victoriennes on captait les stations de radio de Montréal plus facilement que celles de Boston. J’avais déjà fait deux ans de latin en Géorgie – une préparation solide (Jules César, Pline, et alii) mais quand même pas à la hauteur des études classiques faites au nouveau collège, où l’on offrait cinq années de grec classique, plus une année de grec du Nouveau Testament, et six années de latin. Dans ma troisième année de latin,donc, nous étudiions « Les métamorphoses » d’Ovide. Le professeur de latin était un petit dur aux cheveux coupés en brosse qui entraînait aussi l’équipe « varsity » de hockey sur glace — il s’appelait Rock Gillespie (pour nous, officiellement, « Mister Gillespie », mais « Rock » tout court quand il n’était pas là et on parlait de lui). J’avais déjà beaucoup travaillé pour essayer de rattraper mon manque de vocabulaire et parce que Rock me faisait un peu peur aussi, marchant lentement derrière nous, qui étions tous assis à une grande table ronde, en nous demandant de traduire un passage à l’improviste. « Monsieur D—, m’a-t-il interpellé un jour dans voix rauque et basse, voulez-vous nous traduire le passage à partir du vers numéro 89 jusqu’au vers 113. » C’étaient des vers qu’on n’avait pas encore étudiés , qu’il fallait « déchiffrer » sur place sans avoir recours aux dictionnaires. « Euh, » j’ai commencé, en regardant le passage dans mon livre — et puis, tout d’un coup, c’était comme si les mots se sont réarrangés sur la page — ça restait du latin mais je lisais ça comme si c’était en anglais, un simple texte de journal qu’on lit au petit déjeuner. Le cœur battant, j’ai terminé ma traduction orale. Personne n’a bougé. Finalement, le prof a dit, « Merci, Monsieur D—, très bien » avant de continuer la leçon. Mais à la fin de l’heure, Rock m’a arrêté dans le couloir pour m’encourager à poursuivre mes études en latin — mes parents par contre ont trouvé que mon programme d’études ne donnait pas assez de place aux sciences. Ils m’ont convaincu à laisser tomber le latin en faveur de la science physique — erreur que, malgré les jolies protestations chant&eacut