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juillet 29, 2003

Le stress

Bon, j’ai démissionné comme prévu (voir ici pour une explication partielle) à l’assemblée générale de l’association — la moitié de la salle en était surprise, l’autre ravie. C’est bien comme ça la politique, comme l’a très bien noté ionel dans un commentaire au billet cité en haut, mais pour moi c’était un véritable soulagement de pouvoir laisser tomber toutes ces histoires désagréables qui m’ont entouré pendant trois ans et demi. Il faisait très beau, on est allé déjeuner, le copain, notre hôte, et moi, dans un restaurant très simple où les souvenirs amers s’en allaient avec chaque bouchée de salade.

J’avais accepté une invitation pour nous trois de venir prendre un verre sur un assez grand voilier amarré dans le port (un Concordia) mais le copain et son ami se sont arrangés pour pouvoir échapper à cette réunion et donc j'ai dû allé à bicyclette (bravo Mister Armstrong, nous sommes fiers de vous !) tout seul au chantier maritime/marina du port où un jeune employé de la marina m’a emmené dans la vedette auprès du voilier d’un de ses chefs, copropriétaire de la marina. Cocktail plutôt bizarre, avec le vieux monsieur qui respirait à l’aide d’un tuyau d’oxygène, sa femme qui s’affairait avec des amuse-gueules, leur fils, gros et dodu, et l’ami de leur fils, lui aussi gros et dodu, les doigts pleins de bagues démesurées. Moi je n’ai pris qu’un verre d’eau minérale en dépit des protestations de madame la mère qui me proposait énergiquement du vin blanc (argentin). Je me suis sauvé après une longue heure de conversation plutôt forcée et j’ai ensuite rejoint le copain et son ami pour aller manger des homards à côté du port où l’on célébrait la « Bénédiction de la flotte », une fête annuelle pour commémorer les pêcheurs morts durant l’année et pour célébrer la culture portugaise de la plupart des pêcheurs locaux. On a mangé nos homards et on a bu pas mal de bière avec les jeunes du coin (dont je reconnaissais pas mal de la salle de sport) qui draguaient les filles en jeans moulants.

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C'est la place Vendôme du coin, n'est-ce pas ?

Dimanche matin on s’est levé assez tôt parce que le copain et l’hôte allaient faire une course de cinq miles à 10 heures — la partenaire en course du copain est venue avec nous, spectatrice elle aussi, comme moi. La course a commencé et a terminé devant un centre commercial des plus élégants où il y avait quatre magasins : un bar (sponsor de la course), un magasin de spiritueux, un vidéoclub et librairie porno, et un mont-de-piété ! Il faisait chaud et humide, ce qui m’arrangeait, petit voyeur que je suis, parce que les coureurs enlevaient leurs tee-shirts.

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Le début de course

Après la course on est rentré chez nous pour déjeuner et pour regarder le défilé de la bénédiction qui, chaque année, descend l’une des deux rues principales du village pour remonter l’autre vers l’église catholique où l’évêque (un nouveau, qui n’a pas fait de saletés avec des enfants de chœur) du diocèse, le curé (très sympa), et quelques politiques saluent les participants.

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Une troupe de danseurs traditionnels portugais dans le défilé de la Bénédiction

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On regarde passer le défilé

L’ami coureur du copain est parti vers trois heures de l’après-midi et l’ami galeriste est arrivé du Vermont vers 17 h 30, hors de lui suite à une histoire de pneu crevé qu’on n’a pas pu facilement réparer à cause d’un écrou spécial abîmé qu’on a dû enfin souder. On lui a vite versé un grand verre de vin blanc bien frais, ce qui marchait pour le calmer un peu. On a fait un petit tour des ruines de l’usine détruite par le feu avant d’aller aider le copain à sortir son gonflable de l’eau et de dîner.

Lundi on s’est levé encore très tôt pour aller à la gare, où le copain a pris le train pour New-York. J’ai participé à une réunion à 8 h 30 (encore des trucs bénévoles) et après on est allé manger un petit déjeuner très américain d’œufs brouillés, de toast au beurre, de « home fries » — morceaux de pommes de terres frits — et du bacon. Comme il faisait très beau et très chaud, j’avais proposé à ma mère de venir chez elle pour déjeuner dans une sorte de cantine qui donne sur la plage — l’ami galeriste, la partenaire en course et moi, nous nous sommes tous rendus chez ma mère et de là à une jolie terrasse ensoleillée où l’on a bu des limonades et on a mangé des salades de poulet au cari — il faut faire un effort pour distraire les gens qui viennent nous voir !

De retour chez nous, l’ami galeriste est rentré à New-York et moi j’ai continué à faire le ménage à la maison, où les parents du copain viendront passer quelques jours la semaine prochaine. Ce n’est pas mon passe-temps favori, mais bon… J’étais moi-même prêt à partir (plus ou moins) vers 19 h 30, je suis allé faire le plein avant de prendre l’autoroute maudite Interstate 95, où on nous a fait arrêter pour des travaux à cinq endroits. Je suis arrivé devant l’immeuble à 11 heures, fatigué, énervé et affamé. En rentrant du garage j’ai eu des mots (assez anodins à mon avis) avec le copain qui s’est pourtant fâché. La vie en couple ! C’est le stress du voyage — on part ce soir à 21 heures pour Paris d’où l’on continuera jusqu’à Helsinki (on a des billets Air France — je n’aime pas les DC-10 de la compagnie Finnair qui fait le trajet New-York – Helsinki sans escale.) C’est toujours pareil : on stresse avant de voyager. J’ai dû vérifier l’itinéraire, les passeports, les confirmations de chambre d’hôtel — le copain, lui, a fait sa valise ce matin en silence total. On s’est finalement échangé quelques politesses avant qu’il n’aille au bureau, c’est un premier signe de « dégel ».

J’emmène avec moi l’ordinateur mais je ne sais pas si je vais pouvoir me connecter ou publier depuis Helsinki — on verra ça sur place. Encore des courses de dernière minute à faire (chercher des euros, passer prendre le nettoyage à sec, faire ma valise à moi, etc) donc je m’arrête d’écrire un mot de plus.

juillet 25, 2003

Savoir arrêter

Il y a des gens, comme moi, qui ont du mal à se rendre compte des limites au-delà desquelles on dépense du temps sans pour autant s’approcher au but voulu — ce qui me rappelle ces vers de Shakespeare : « The expense of spirit in a waste of shame » (dans le sonnet 129 où il s’agit plutôt d’un amour futile, mais bon, c’est la dépense de l’énergie qui compte pour ce billet grincheux.) Après de longues discussions utiles avec plusieurs amis et « conseillers » (dont l'amie écrivain) je me suis décidé à démissionner d’une association bénévole (au moins en principe) dont je fais partie du conseil d’administration depuis 5 ans et au sein duquel je présidais un comité responsable pour l’entretien d’un immeuble légué à l’association et aussi pour un programme disons littéraire. Dans le cadre de ce programme on offrait un grand appartement en haut de cet immeuble (avec un immense patio au 3e qui donne une vue splendide sur tout le village et les baies environnantes) pour un an à un écrivain, en échange de quoi l’écrivain (ou poète ou universitaire) sélectionné doit offir de faire une conférence gratuite aux habitants du village. Simple en principe, compliqué en réalité, car les fonds mis à côté pour payer les frais de l’immeuble (entretien régulier, impôts) n’avaient pas été particulièrement bien gérés et les responsables, tout comme ceux de la CIA et du FBI aujourd’hui, cherchaient à éviter pendant des années toute investigation financière des comptes qui aurait démontré leurs erreurs de jugement bureaucratiques. En effet c’est vraiment stupéfiant combien les histoires sorties d’Enron et d’autres entreprises se sont reflétées, en plus petit, chez cette association — au fond, personne au conseil d’administration ne voulait se faire des ennemis en signalant les irrégularités commises de façon quotidienne — un problème réel à Wall Street aussi bien qu’ici. Il y a trois ans j’ai pourtant commencé à gueuler. La réaction fut rapide : on m’a traité de déloyal, de fauteur de troubles, de sale New-Yorkais (avec pédé sous-entendu, bien sûr). J’ai dû faire recours à la solution standard américaine : j’ai trouvé un avocat. Alors là, c’était la trouille (effet désiré), on ne jouait plus. Ils ont ensuite accepté d’embaucher un comptable et de procéder à une vérification des comptes (il a quand même fallu au conseil d’administration deux ans de discussions âpres avant qu’ils ne l’acceptent.)

Mais ce n’était que le début des histoires désagréables. On m’en voulait de plus en plus d’avoir « révélé » les inepties d’autres membres du conseil d’administration — on « habite », c'est-à-dire on passe nos week-ends ici dans un petit village où tout le monde se connaît plus ou moins — c’est tout à fait pareil quand on répète aux dévoués de Bush les mensonges qu’il a prononcés : ils se mettent en colère et vous traitent d’antipatriotique ou de « méchant » ce qui pourrait être pire. La vérité, on s'en fout ! C’est en effet cela qui m’a le plus choqué dans toute cette histoire— la plupart des gens n’ont aucune envie de chercher la vérité, ils ne veulent en réalité que renforcer leurs préjugés. Ce qui rappellera bien sûr la façon dont l’administration Bush a promu l’invasion en Irak — on a raison même si on ne trouve pas de raisons raisonnables. C’est pareil avec Fox — la vérité n’a que très peu d’importance, c’est le succès de l’assaut politique qui compte. Le caractère de Bush, on le trouve, bien malheureusement, chez beaucoup d’Américains. En le critiquant, on les critique aussi. (Cela va sans dire qu'ils ne l'apprécient pas.)

Bon, tout cela pour dire que j’en ai eu assez : on a la réunion générale demain matin où on nous demande de faire devant le public un compte-rendu sur ce qui s’est passé pendant l’année. Ce que je ferai. Et puis j’annoncerai ma démission, avec soulagement. Il y en aura certains qui feindront la surprise ou la déception, mais la plupart s’en réjouiront. Je savais que je n’allais pas réussir à faire ce que notre comité voulait : on n’avait pas assez de voix au conseil, rempli de membres agréés par le chef du parti républicain du village — vieux « company men » conservateurs, partisans de l’ordre oligarchique prôné par Bush père, leur idole.

Il faut savoir arrêter. Il y a plein d’autres choses que j’ai vraiment envie de faire. Il faut que je m’y mette sans plus traîner.

juillet 23, 2003

Prévisions météo

L'annonce des morts des fils de Saddam Hussein ne m’a pas réjoui — il semblerait bien qu’on ne leur ait offert aucune occasion de se rendre. Lancer des missiles dans une maison privée, ça évite, je suppose, trop de questions posées. D’après ce qu’on nous a dit, ces deux types n’étaient pas du tout sympas et on les a accusés depuis longtemps d’avoir commis pas mal de crimes vraiment atroces mais il est évident que la nouvelle « législation juridique » imposée par les militaires américains et anglais n’admet pas l’innocence présumée des traditions juridiques occidentales (à part le Texas, où ces « finesses » légales n’ont pas cours). Bon, ils sont morts (ben, on le suppose, on ne va sûrement pas nous mentir afin de promouvoir une position politique !) et on annonce en même temps les morts de deux GIs, avec huit blessés, aux environs de Mosoul, la ville où l’on a fait sauter les tyranneaux — d’après tout ce qu’on nous a dit ils auraient dû être contents, ces Irakiens, mais ils continuent à nous tirer dessus. Va savoir !

Autre curiosité des affaires internationales actuelles : l’administration Bush était tellement impatiente d’envahir l’Irak pour toutes sortes de raisons qu’on ne voulait pas admettre en public, au point où elle a dû en inventer pas mal, mais quand il s’agit d'un petit pays plein de noirs qui s’entretuent et qui n’ont pas de pétrole ni des missiles qui pourraient tomber on sait bien où, ben, alors là, on ne se hâte pas d’y intervenir. Pas question de guerre préemptive seulement pour protéger des populations civiles qui vous prient à plusieurs reprises de venir les aider. On n’est pas impérialiste, nous (ou bien on préfère choisir nos conquêtes militaires selon les taux éventuels de rendement pour les sociétés qui financent le régime républicain.)

J’ai quitté New-York une heure avant les incidents survenus cet après-midi (coups de feu, deux conseillers blessés, dont un est mort depuis) à l’Hôtel de Ville, que j’ai appris en écoutant la radio dans la voiture. Hier on a eu de violents orages, on en prévoit d’autres ce soir — il y avait des parties de l’autoroute FDR Drive qui étaient inondées, ce qui créait de grands embouteillages aussi frustrants qu’inutiles (la voirie municipale est mieux entretenue à Kinshasa qu’à Manhattan, même en temps de guerre civile) Betty, inconsolable contre le bruit de tonnerre, tremblait de peur à côté de moi, ses yeux grands ouverts. On est allé voir les parents du copain qui voulaient nous présenter une femme qui les avait accompagnés sur leur croisière en mer Baltique — une petite sotte, en effet, qui n’aimait ni Copenhague, ni Helsinki, et qui n’avait aucune idée de ce qu’elle venait de visiter à Saint-Pétersbourg. J’ai donc bu et j’étais charmant, je la flattais (elle avait eu froid dans sa cabine) en disant que c’était parce qu’elle était si mince. « Vous avez visité la maison de Pouchkine ? » je lui ai demandé. « Non, » elle m’a répondu, « mais on nous l’a montrée du car, en passant. » J’ai souri poliment.

Non, je ne suis pas de bonne humeur — il fait lourd dehors comme il l'est dans mon esprit. J'attends avec impatience l'orage purificateur.

juillet 22, 2003

Les fatwas mondaines et l'efficacité de la prière

On n’a pas fait grand chose ce week-end et pourtant je suis crevé — le copain est arrivé vendredi soir et on est allé dîner dans le petit restaurant à la mode dans le village — toujours plein de monde donc on a dû attendre jusqu’à dix heures avant de pouvoir nous asseoir à une table, le temps de boire deux vodka martinis. On a bien mangé, notre serveur était le beau et gentil Kenny qui avec sa petite amie loue une maison pas loin de nous. On est rentré assez tard, mais le plus difficile c’est que le copain se lève à 6 heures et demi samedi pour courir avec sa partenaire en course, celle avec qui il va bientôt faire le marathon d’Helsinki.

Le copain avait parlé avec l’amie marchande de tableaux qu'il avait invitée à passer le week-end chez nous. Elle est arrivée par le train de 11h30 et nous sommes tous les trois — moi, le copain et Betty la chienne — allés la chercher à la gare. On a fait ensuite un petit tour des boutiques du village où elle a acheté des trucs et des cadeaux pour ses nièces qui habitent à Sydney, en Australie.

Ça fait des années que l’amie marchande de tableaux parle de rouvrir une galerie d’art à elle (elle a été directrice de galerie pendant plusieurs années) — et on avait inspecté ensemble le local que je lui avais signalé il y a deux semaines. Elle s'est ensuite empressée de dresser un projet d’affaires assez détaillé (photos d’œuvres et biographies d’artistes qu’elle montrera, bilan de dépenses et de recettes prévues pour deux ans, historique des prix atteints aux enchères pour les œuvres, etc) qu'elle avait déposé chez des clients amis très riches qui allaient l’examiner — elle cherche un investissement de US$500 000,00 de trois investisseurs, soit $1 500 000 au total.

Samedi j’ai invité ma mère à dîner chez nous et c’était le copain qui s’est occupé de tout cuisiner (à part la salade de tomates à la menthe) sur le gril à gaz : blancs de volaille marinés, des oignons « doux » de Vidalia (en Géorgie, l’état où j’ai été élevé), des épis de maïs, accompagnés de plusieurs bouteilles de rosé de Provence bien fraîches. Ma mère était en forme et on s'est bien amusé. Après avoir déposé ma mère chez elle (elle n’aime pas conduire la nuit) on est allé rejoindre quelques amis dans le petit restaurant du village, toujours pleins de monde les week-ends de « haute saison » quand le port est plein de gens en croisière qui y font étape. Là on a rencontré le jeune maire de notre village, tout à fait saoul, qui gueulait contre une femme qu’on connaît bien et qui, d'après lui et un autre) l’avait traité avec un manque de respect éhonté dans une réunion quasi-officielle qui avait eu lieu dans l’après-midi. Il déclarait à tout venant qu’il ne pouvait plus supporter les méchancetés de cette femme et qu’il avait donc émis une « fatwa » contre elle, qu’il appelait « un cancer sur le corps du village ». En fait, c’était assez drôle, c’est un type qui se maîtrise toujours (ou presque) mais cette femme l’avait tellement énervé qu’il n’en pouvait plus. On a quitté le restaurant vers 1 heure et la bande s’est décidée d’aller à la maison la plus proche pour continuer à écouter les engueulades avec encore un peu de vin (vous vous en doutiez) et c’est là, dans un salon décoré de chintz fleuri, que le maire nous a révélé qu’il avait causé la mort en priant ! Si, si! Et en plus il nous a assuré que cette « technique » avait marché trois fois sur quatre. Il a dit ensuite qu’il allait prier pour la mort « dans l’année » de cette femme ennemie et qu’on allait voir le résultat.

Le matin suivant l’amie marchande et moi, en buvant nos cafés, nous nous sommes demandés si l’on ne pouvait pas « ajuster » ce principe intéressant de la prière « létale » à un niveau d'utilisation un peu plus pratique : on supposait que pour causer la mort de quelqu’un par la prière il faudrait une concentration de prière hostile qu’on ne pensait pas, nous, pouvoir maintenir suffisamment ou avec la force requise — mais on cherchait à déterminer combien de prière « négative » il nous faudrait pour, par exemple, faire grossir un ennemi, ou pour lui donner des boutons ? Car nous, on ne cherchait pas tellement à éliminer les gens qui nous seraient antipathiques qu’à les importuner de manières variées. C’est l’amie marchande de tableaux qui a pourtant noté que le maire dans sa diatribe avait ajouté une condition importante sur l’efficacité éventuelle de cette méthode de faire disparaître les ennemis : il fallait que Dieu l’approuve ! Alors là, ça posait encore des problèmes de résultat surtout s'il fallait d’abord réussir à capter l’attention divine et ensuite espérer que le torrent de prière serait suffisant à le convaincre de laisser périr l’être visé. Sur quoi, on s’est mis d’accord, on ne pouvait pas trop compter.

Le copain et l’amie marchande de tableaux sont allés faire de la voile dimanche après-midi (il a fait un temps splendide) tandis que moi je suis resté en peignoir à lire les journaux et à regarder encore « The Fluffer » et un téléfilm assez marrant sur Martha Stewart (« The Martha Stewart Story ») avec Cybill Shepherd.

Lundi on s’est levé tôt pour arriver à la gare à 6h25, d’où le copain a pris le train pour New-York. L’amie marchande de tableaux a dormi jusqu’à 11 heures tandis que je faisais le ménage — quelquefois j’ai l’impression que le copain croit que ce sont des elfes ménagers qui viennent ranger chez nous — après quatre machines de linge, je commence à en avoir marre ! L’amie marchande de tableaux est rentrée hier après-midi en train (avec un arrêt inattendu d’une heure — ô le service ferroviaire américain — aux environs de Stamford, à cause d’une panne de courant dans la gare de Pennsylvanie). Moi je rentre cet après-midi, on va dîner ce soir avec les parents du copain.

juillet 18, 2003

À quand la vérité ?

Un tas de nouvelles qui auront peut-être des répercussions politiques importantes : un général américain en Irak a prononcé la phrase interdite de « guerilla war » ; un autre GI est mort aujourd’hui à Bagdad. Des documents sortis du très secret Energy Task Force dirigé par le vice-président Dick Cheney et rendus publics par Judicial Watch (une sorte de lobby de tendence plutôt conservatrice et férocement anti-Clinton) révèlent des cartes pétrolières de l’Irak . Ce qui sert à renforcer l’idée que, pour l’administration Bush, la guerre en Irak, c'était « all about the oil. » Et finalement, la mort du Dr David Kelly, expert en armes de destruction massive et employé du ministère de la Défense britannique, près de chez lui en Oxfordshire. J’ai l’impression que cela va choquer profondément l’opinion publique anglaise.

juillet 17, 2003

Les mères

Bonne journée pas tout à fait gaspillée : je me suis levé assez tôt avec une trace de gueule de bois suite au dîner d’hier soir avec ma mère, où j’ai commencé avec une vodka tonic chez elle, puis un vodka martini « spécialité du bar » au restaurant, pour terminer avec une bouteille de Sancerre partagée. La « spécialité » consistait en un faux glaçon moulu en plastique avec une sorte de lumière rose qui rougeoyait au milieu. J’ai découvert un peu par hasard que ma mère a l'intention d'établir un fidéicommis « résidentiel » dans lequel elle versera sa maison qui sera donc libre d’impôts à son décès. En principe, mais je n’ai pas toujours confiance dans les conseillers de ma mère, qui a souvent tendance à tout simplement croire en des gens « bien » comme elle dit sans pour autant vraiment comprendre tous les aspects d’une décision particulière. La soirée était pleine de souvenirs : voyages ensemble à Prague, à Venise à Noël, à Rome avec mon père, en Afrique. Elle ne croit pas pouvoir revisiter l’Europe, elle n’a pas assez de force, faute d’avoir cessé totalement tout exercice physique à part porter un verre ou une clope à sa bouche. Bon, c’est ce qu’elle a choisi. Elle m’a demandé, de retour chez elle, où se trouvait maintenant un ami chinois-américain qu’elle aimait bien. « Je parlais avec G » (le nom de mon premier grand ami, un Américain que j’avais rencontré au Zaîre), je lui ai dit, « et il m’a dit que T se trouve dans l’île de Sakhalin, où il travaille pour une firme pétrolière. » Un moment de silence. « Je n’ai pas aimé G. » a-t-elle dit, sans émotion. Je n’ai rien répondu, je le savais déjà depuis très longtemps. C’est le copain qui s’en est réjoui quand je lui ai raconté la soirée.

juillet 16, 2003

Ailleurs

Quelquefois quand j’ai envie ou besoin de m’éloigner du quotidien qui m’environne je me plais à feuilleter les atlas et les cartes qu’on a collectionnés, un peu par hasard, pour des voyages contemplés et pour ceux qu’on a finalement faits. On trouvera chez nous des cartes routières pour l’état de Connecticut, et une autre, à une échelle plus grande, pour la partie sud-est de l’état. Il y a aussi un atlas routier Michelin pour la France et un autre, signé National Georgraphic, pour le continent nord-américain. Je viens de retrouver dans la bibliothèque désordonnée un « Atlas des peuples d’orient » par André et Jean Sellier que j’avais acheté à Paris et dans lequel il fait bon de flâner aux bords du lac de Van (actuellement en Turquie orientale) et par le moyen duquel je me permets de m’imaginer assis sur une banquette en cuir rouge usé dans le fonds obscur d’une taverne à Trébizonde tenue par une vieille Grecque qui m’offre en argot maritime français mêlé à l'accent de Smyrne un verre de vin doux, presque trop doux, et très jaune.

On m’attend ce soir chez mère pour dîner.

juillet 15, 2003

Plaire à tout le monde

Commentaire reçu le 15 juillet 2003 à propos de mon billet du 28 mai :

« Tu n'as qu'à voir la nullité des commentaires qu'on t'envoie pour comprendre la nullité de ton texte. J'ai d'abord cru à une blague. Tu es tout ce que je vomis et ta vie me fait dégueuler. »

Posted by: Fuck you at juillet 15, 2003 11:35 AM

C'est quand même surprenant parce qu'en général ni moi ni ma vie ne suscite autant d'intérêt. Mais non, désolé de vous avoir trompé au début, il n'y a pas de blague délibérée. De la bêtise, oui, sûrement. Des morceaux assez prétentieux, d'accord. Donc, en toute sympathie je vous conseille d'éviter d'en lire une ligne de plus afin de protéger vos biens contre les vomissures salissantes.

juillet 14, 2003

La politique, c'est partout !

Tout est politique, on s'en rend bien compte après avoir passé deux heures et demie dans une réunion d’un conseil d’administration pour une association bénévole : nous étions en train de nous préparer pour l’Assemblée générale annuelle des membres qui aura lieu le samedi 26 de ce mois. Dans nos réunions nous suivons (plus ou moins) la réglementation parlementaire établie par un certain Capitaine Robert de New-Bedford, port au Massachusetts, où en 16, suite à une réunion désordonnée de l’église baptiste dont il faisait partie du conseil d’administration, il a rédigé son texte archiconnu aux États-Unis « Robert’s Rules of Order » sur la bonne conduite d’une réunion. On a entamé une discussion pour savoir si l’on devait accepter des motions de l’assemblée pour les nominations de nouveaux membres du conseil — le chef du parti républicain du village, un immigré irlandais du nord du pays, donc protestant, et qui parle toujours avec cet accent irlandais un peu sorti des pubs à la télé pour les céréales d’enfants que j’ai du mal à supporter, il commence à balbutier quelque chose sur le problème d’un éventuel coup d’état de l’association par le moyen des nominations proposées par l’assemblée. Le plus idiot, c’est que c’est comme ça qu’il a été élu lui-même, par une cabale de républicains enragés par leur défaite écrasante dans les élections dans le village. Ils ont donc décidé de saisir la direction de cette association bénévole pour en faire une sorte de gouvernement alternatif à celui (démocrate) choisi par les électeurs. Alors là, j’ai gueulé, « Mais c’est vous et vos amis qui avez fait ce genre de coup d’état ! » Il était gêné et n’a rien répondu, mais les autres savaient que j’avais raison, même ceux qui voudraient bien qu’on agisse en petit Politburo pro-républicain — ils ont peur que je ne fasse savoir leur lâcheté dans le (petit) grand monde du village. Donc, silence et finalement ils ont accepté d’admettre des motions de nomination des membres pendant la réunion. Un petit coup pour la démocratie, en l’honneur de la prise de la Bastille.

juillet 13, 2003

La francophilie immobilière ?

Deux ex-pompiers viennent de quitter la maison après m'avoir interviewé pour une heure à propos de ce que j’avais remarqué lors de l’incendie récent dans le village — ils travaillent, je suppose, pour les compagnies d’assurance qui mènent une des enquêtes sur les origines de l’incendie. Tout le monde en parlait hier soir. Nos amis sont retournés de Provence — le mari a annoncé qu’il a envie d’y acheter une maison — une grande victoire personnelle pour moi parce que c’est à cause de moi (voyage d’introduction au Midi (Côte d’Azur, Vence, Avignon, Ramatuelle) prévu pour la semaine après le 11 septembre auquel on a dû, tous les quatre, renoncer — les bureaux du mari se trouvaient au 86e étage de la tour sud du World Trade Center et lui, à bord un avion à destination de Chicago ce jour-là, a perdu une soixantaine de collègues) qu’ils sont allés en Provence la première fois l’été dernier. Ils s’y sont tellement plus qu’ils viennent de refaire plus ou moins le même voyage cet été, à côté de Vence.

Le copain est allé faire de la voile avec Betty pendant que je restais dans le village à bavarder avec des gens, dont une vieille de 88 ans qui est rentrée chez elle de l’hôpital suite à une chute assez grave. Elevée en France et en Angleterre dans les années 20 et rentrée en Amérique à la crise de 1929, elle est un vestige d’un monde passé. Sa maison se trouve à côté de l'usine incendiée et la famille n’a pas voulu lui en parler de peur de trop l’inquiéter — elle a appris ce qui était arrivé par un coup de téléphone d’une nièce de Londres ! Cet après-midi elle m’avait dit qu’elle avait peur maintenant qu’on ne lui dit plus la vérité sur rien. Elle a raison.

« Happy Bastille Day, France ! » (demain, je sais, mais je serai toujours au lit quand le jour se lèvera à Paris.)

juillet 11, 2003

L'iniquité des pères

Je me suis levé tôt ce matin, je ne sais pas pourquoi, et j’ai profité de ces heures supplémentaires en état éveillé, et aussi du temps pluvieux, pour errer un peu dans Internet — je m’intéressais un peu aux réactions allemandes sur les paroles du sous-secrétaire d’état italien au tourisme Stefano Stefani à propos des « bêtes blondes » qui descendent chaque été de leurs forêts brumeuses pour venir se bronzer sur les plages italiennes. Les Italiens en sont plutôt gênés si l’on croit aux résultats de ce sondage paru dans le journal romain « La Repubblica », dans lequel les 89 pour cent de ceux qui ont répondu trouvent que le sous-secrétaire devrait démissionner. Les Allemands, au moins quelques-uns, me semblent nettement plus troublés par cette bouffonnerie que leurs « co-continentaux » anglais ou français (ça leur fait sourire peut-être) — « Die Zeit » a publié hier un article très intéressant de Michael Naumann intitulé « Die blonden Bestien » avec en sous-titre « Vom Schaden und Nützen des Deutschland-Klischees » (Du dommage et de l’utilité de clichés sur l’Allemagne – ma traduction à moi) dans lequel l’auteur reconnaît que, comme les Mongols avec Genghis Khan, le nom de l’Allemagne sera associé « noch sehr, sehr lange » au Troisième Reich. Il remarque sans aucune hésitation un peu plus loin : « Doch eines kann das Museum wirklich nicht verschweigen: dass der Genozid ein deutsches Verbrechen war. Es ist das Stigma unserer Nation. » C'est le stigmate de notre nation. Ni plus ni moins. Dur et juste, il n’ose même pas s’interroger sur le moment dans l’avenir où ça pourrait disparaître, le grand péché de tout un peuple. C’est curieux combien, pour les Italiens, les paroles du responsable gouvernemental leur paraissent plutôt idiotes, mesquines et en fin de compte minables, tandis que pour certains Allemands, elles ont de nouveau ouvert les interrogations sur la position des Allemands dans le sein de l’Europe. Seront-ils jamais pardonnés ? Leur faudra-t-il porter pour l’éternité les stigmates des crimes commis par leur nation ? Quelles sortes d’amertume spirituelle et de rancœur est-on en train de perpétuer chez ce peuple crucial par tant d’aspects pour la réussite de l'Europe ? (Je signalerais ici les histoires, drôles et révélatrices, des carnetiers Paca (dans billet sans hyperlien intitulé « PaCoff Pellerivinovitch Kohlerivna crache encore au Goret » du 7 mars 2003), Mesaventures (ici) et Monavissurtout (ici, mais sans hyperliens) sur leur goret anti-germanophobique Helmut (on l’appelle aussi Hermann !) von Goret.) Quand diront-ils, les Allemands, de ces sentiments évidemment si répandus, de ces blagues pas tout à fait innocentes ou inconscientes, d’une manière ou d’une autre, « Genug » ?

On a tous nos stigmates nationaux (Américain, je pense par exemple aux horreurs de l'esclavage pratiqué par au moins certains de mes aïeuls dans le Sud) — je me souviens du malaise qu’a ressenti l’amie écrivain lors de son premier séjour en France après la guerre en 1947 à cause de la collaboration : dans le milieu mondain et littéraire qu’elle habitait avec ses parents, installés à Paris depuis la fin des années 30, il y avait pas mal de connaissances françaises soupçonnées de collaboration avec les Allemands. C’était une époque de récriminations et de représailles, mais la France en est sortie finalement. Les dictatures de Franco, de Mussolini, de Pinochet, des généraux argentins, ce sont des moments historiques pleins de honte et d’atrocités particulières et généralisées. La culpabilité reste-t-elle dans l’état lui-même, dans le peuple qui le constitue, ou seulement chez quelques dépravés qui ont forcé les autres à les suivre dans le chemin du mal ? Cela me fait penser à ce passage de la Bible qui m'a toujours frappé par son manque de pardon possible : « […] ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui visite l’iniquité des pères sur les fils, sur la troisième et sur la quatrième [génération] de ceux qui me haïssent,…» Exode 20 : 5. Ou bien ce vers du prophète Ézéchiel, chapitre 18 : 20, « L’âme qui a péché, celle-là mourra. Le fils ne portera pas l’iniquité du père, et le père ne portera pas l’iniquité du fils ; la justice du juste sera sur lui, et la méchanceté du méchant sera sur lui. »

L'Europe « profonde » fera quelle option ?

Ce long billet chez Manu (trouvé via les liens de Pierre Carion) sur le soi-disant « rêve américain » m'a naturellement saisi l'attention, surtout que je ne le partage pas, faute d'être né là-dedans. C'est pour nous ce que représentait pour beaucoup la Californie d'autrefois, pas celle qu'on abandonne actuellement pour le Montana ou l'Idaho, qui ne sont pas du tout pareils, bien sûr. À une certaine époque je m'imaginais émigrer au Brésil — rêve abandonné depuis longtemps — et maintenant, on se sauve où ?

juillet 10, 2003

La vie quotidienne (et péniblement banale) dans le New-York contemporain

Encore des courses à faire ce matin (la galerie est fermée pour deux semaines) : je suis allé acheter des saucissons à l’ail au Jefferson Market pour l’amie écrivain. Ensuite j’ai amené le sac de linge sale à la fille hispanophone dans la buanderie à deux pas de l’appartement. Passage rapide au pressing chinois avant d’aller chercher la voiture dans le garage — notre rue était encore une fois barrée pour cause de tournage de film, une refection (« remake » ?) d’un film « ancien » de 1977 « The Goodbye Girl ». Il y avait plein de véhicules de production un peu partout, et des cônes oranges pour bloquer le stationnement de voitures devant chez nous — un grand type noir d'aspect un peu dur mais en fin de compte assez sympa m’a permis de laisser la voiture devant l’appartement pendant que je chargeais le coffre. On est parti pour la campagne vers 11 h 20, la circulation roulait à peine, même sans travaux routiers. Le copain me rejoint par train demain après-midi.

Les deux journaux télévisés de ABC et de NBC ont ouvert leurs émissions avec ce qu’on commence à appeler le « mensonge » prononcé par Bush lors de son discours de « l’état de l’union » en février passé. Enfin ! Avec 2 morts de plus de soldats en Irak aujourd’hui, ce « mensonge blanc » commence à hanter publiquement la Maison blanche. Mieux vaut tard que jamais.

juillet 09, 2003

Les courses

Ce matin je me suis dédié à l’obtention de nos visas russes — il nous fallait des photos, qu’on s’est fait faire hier soir, et il fallait remplir plusieurs formulaires compliqués et pleins de questions qui faisaient plutôt peur — votre assurance médicale est-elle valable en Russie, par exemple — je n’en savais absolument rien, évidemment. J’ai dû aller à la banque pour obtenir deux chèques émis par la banque à l’ordre du Consulat russe à New-York (« cashier’s check » ça se traduit comment ?) — ce n’est pas bon marché, les visas russes ! Métro jusqu’à la 86e rue est, d’où j’ai continué à pied, traversant l’avenue du Parc, pour arriver à la 91e rue est, dans laquelle se trouve le consulat.

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L'avenue du Parc vers la 88e rue

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Le consulat russe dans la 91e rue

Une petite foule de gens devant une porte à droite de l’entrée principale (fermée) — un petit vieillard sort de temps en temps pour dire aux gens quelque chose en russe que bien sûr je ne comprends pas. Tous les avis sont en russe à part une indication sur la porte qui dit « Push » donc c’est un peu difficile de savoir ce qu’il faut faire. Après une bonne demi-heure, deux Américains montent l’escalier et sonnent à la porte qui s’ouvre comme par magie — on aperçoit une porte intérieure marquée « Visas ». Je l’essaie moi-même — on entre et passe vite au bureau où il y a quatre guichets : une caisse, un autre pour ramasser les passeports munis de visas, et deux pour déposer les demandes. J’ai eu de la chance — j’avais laissé passer une femme devant moi qui s’est trouvée devant un petit Staline pas marrant. Au guichet où je me suis présenté très humblement, il y avait un petit homme tout pâle, qui m’a pris mes documents sans trop les inspecter et m’a rendu un reçu pour récupérer les passeports la semaine prochaine. La femme qui est passée devant moi a eu des ennuis avec son interlocuteur qui a refusé d’accepter son chèque en paiement — j’avais les mêmes chèques, mais on ne m’a pas fait d’ennuis, la caissière les a timbrés et encaissés sans commentaire — et j’ai finalement quitté le petit bureau pendant qu’elle insistait à parler avec le « chef » — aussi probable, je me suis dit, qu’une apparition subite de Lénine.

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L'avenue Lexington (avec le nouveau siège social de Bloomberg en construction)

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Le grand magasin Bloomingdales

J’ai repris le métro jusqu’à la 59e rue — je n’aime pas beaucoup ce quartier mais il y a une boutique de stylos tenue par une famille d’origine coréenne que j’aime beaucoup à la 61e rue et l’avenue Lexington. Donc je suis sorti faire un tour chez eux, où finalement j’ai acheté un stylo à encre japonais Namiki donc le bec en or est aussi souple qu’une vraie plume — nécessaire pour l’écriture de caractères japonais et chinois et agréable pour le gaucher que je suis. De cet ancien quartier de grands magasins, dont il ne reste plus que Bloomingdales, je suis rentré chez moi au Village, où j’ai reçu un coup de téléphone de l’amie marchande de tableaux. Elle m’a demandé de l’accompagner pour voir un local qu’elle pensait louer pour en faire une galerie d’art. Après avoir vu tout l’immeuble de quatre étages, nous sommes allés au restaurant belge Markt dans la 14e rue et la 9e avenue pour échanger nos impressions en mangeant des moules au vin blanc et une salade de crevettes accompagnées de quelques bouteilles de Chimay bien fraîches.

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La galerie potentielle dans la 10e avenue

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Une bonne bière avec ...

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des moules et des frites !

On est rentré chez nous, en passant par la nouvelle maison (c’est vraiment trois petites maisons qu’on combine) du ménage Susan Sontag et Annie Liebowitz qu’on est en train d’aménager — je ne savais même pas qu’elles étaient un couple ! On photographiait des mannequins pour une revue japonaise dans la rue Gansevoort.

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Le monde de la mode dans la rue Gansevoort

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La nouvelle maison de Mlles Sontag et Liebowitz dans le Village (d'après certaines sources non vérifiées)

Quelques exemples du français un peu bizarre qu’on emploie à New-York. Non, ça ne s’explique pas vraiment.

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Un panneau auto-publicitaire à Chelsea

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Je ne vois vraiment pas la nécessité de cet « à » curieux au milieu du nom et de l'adresse de l'immeuble en anglais, mais c'est bien ça le snobisme linguistique

juillet 08, 2003

La chaleur

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Vue des ruines de l'ancienne usine à l'aube

Cette histoire d’incendie de l’usine, pour le village où nous passons nos week-ends c’est un peu les attentats du World Trade Center en tout petit et bien sûr sans les morts. La police continue à bloquer plus ou moins la circulation automobile dans notre quartier (j’écris « plus ou moins » parce qu’en principe on n’a le droit de conduire dans les quelques ruelles ouvertes du quartier que si l’on y habite — mais les agents permettent à leurs copines, à leurs amis et aux membres de leurs familles d’y circuler pour regarder les dégâts, donc il y a souvent une file de grosses voitures remplies de grosses personnes qui roule lentement devant notre maison — les catastrophes, ce sont les fêtes des pauvres, dicton maintenant vérifié personnellement). Mais il y a aussi de bons côtés à cette festivité du désastre — le fameux « silver lining » ou doublure d’argent du gros nuage de tempête — le village a été envahi par les agents paramilitaires en uniforme bleue (un peu façon CRS) du « célèbre » bureau (au centre de l’histoire sanglante de Waco) au nom poétique « d’alcool, tabac et armes à feu » — c’est bien sexy, vous ne trouvez pas, tous ces vices ensemble ? Bon, les gars de l’ATF, en t-shirt bleu souvent assez moulant, il y en avait quelques-uns qui étaient disons « agréables aux yeux », comme le petit costaud à droite dans la photo, qui ne montre pas ses yeux d’un bleu clair nison beau sourire — j’ai passé quelques bonnes minutes à bavarder avec lui à propos des causes possibles de l’incendie.

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« Real Men »

Ils se promènent tous en macho pur et dur (ça fait plutôt sourire), tout comme ces jeunes soldats américains en Irak qui se font tirer dessus tous les jours — il y a cette bravade extérieure qu’ils ont apprise à l’école et au lycée et qui les poussent à s’engager dans l’armée ou dans la police et à s’acheter des VTT sur lesquels ils collent des drapeaux américains ou des mots d’ordre comme « These Colors Don’t Run », à mon avis un des plus tristes et révélateurs. Qu’y a-t-il à faire ? C’est de la chair à canon qui ne s’en rend pas compte — ce ne sont pas les fils ou les filles de Cheney ou de Bush ou des autres chefs du gouvernement qui se battront contre un ennemi invisible et omniprésent en Irak.

Je suis rentré à New-York hier après-midi — j’ai dû déposer deux tapis légèrement endommagés par la fumée chez une amie, dont la maison était une des quatre à subir de sérieux dégâts dans l’incendie de jeudi. Le concierge dans cet immeuble chic de Central Park South, un beau Slave, m’a traité en livreur indigne — c’est tout à fait typique et en plus je n’étais pas spécialement bien habillé, donc pas une personne de qualité — en m’indiquant tout hautainement où il fallait porter les deux tapis pliés que je sortais du coffre de mon humble et, je l'avoue, assez dégueulasse Honda garée devant l’entrée élégante. C’était vers 8 heures du soir, l’heure du crépuscule doré, une heure quand la ville semble étinceler — je suis descendu chez nous au Village en prenant la 5e avenue et c’était vraiment un plaisir de revoir ces édifices « amis » qu’on connaît depuis si longtemps baignés dans cette lumière particulière et caressante.

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Le coucher de soleil reflété par les tours de l'Upper East Side dans le Central Park South

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La vue dans l'autre sens, avec les tours (en construction à gauche) du nouveau siège de AOLTimeWarner et d'un immeuble Trump à droite (ancienne tour Gulf & Western)

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Vue insolite de l'Empire State Building prise au feu rouge en descendant la 5e avenue à la 34e rue

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Le Flat Iron Building à la 23e rue et la 5e avenue

À la radio on nous annonce une « alerte de chaleur » pour aujourd’hui. Je vais aller me faire couper les cheveux très courts et il faut que je me fasse faire une photographie pour un visa russe — on espère, le copain et moi, faire un petit tour de trois jours à Saint-Pétersbourg en août, mais les visas touristiques pour la Russie, ce n’est pas tout ce qu’il y a de plus facile à obtenir. Il faut remplir un formulaire indiquant dans quelles guerres (si, si — et en plus au pluriel !) vous avez été combattant — et cela n’est que le début ! Il faut noter chaque pays qu’on a visité depuis 10 ans — c’est en représailles pour un formulaire similaire voulu par le Département d’Etat américain des ressortissants russes. Histoire de Tchétchénie, je crois, et du « terrorisme mondial ».

juillet 05, 2003

Quand l'imprévu arrive

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Une chaleur plus qu'estivale chez nous jeudi après-midi

Désolé pour mon manque de billets — on a eu une fête du 4 juillet un peu différente cette année. L'incendie a commencé la veille du Fourth, vers 16 h 20 — j'étais dans la maison avec l'oncle du copain, qui donnait à manger à son petit chien (une sorte de terrier Jack Russell arrondie et définitivement pas de race pure !), quand j'ai entendu l'alarme. La suite se voit dans la photo, prise devant notre petite maison (en bois !) située à 50 m de l'usine en flammes. Heureusement qu'il n'y a pas eu le vent usuel qui va de l'ouest à l'est, sinon tout le quartier aurait été incendié. On nous a fait quittés la maison vers 19 h et mon beau-frère est venu nous chercher, les trois réfugiés et les deux chiens, vers 19 h 30 pour nous conduire chez ma mère, où on a fait un grand dîner avec beaucoup de vin, avant de rentrer chez nous, le copain, Betty et moi sans l'oncle, qui préférait profiter du confort garanti d'une chambre chez ma mère, vers minuit — la police ne barrait plus la route à la maison aux piétons et après un petit tour chez les pompiers, qu'on connaît, on s'est endormi en écoutant le bruit rythmique et rauque des moteurs des pompes à eau qui continuaient à verser de l'eau sur la carcasse de briques et les maisons d'à côté. Le courant, coupé depuis 17 heures dans le quartier, n'est retourné qu'hier soir, vers 20 h 30 et le téléphone a été rétabli un peu plus tard, avec le branchement câble aussi. Voilà pour le moment. Les types du gouvernement fédéral arrivent aujourd'hui pour commencer leur investigation sur les origines de l'incendie.

juillet 02, 2003

Betty et la clé du succès dans la vie

Pour réussir dans la vie il faut avoir un but. Les pierres précieuses ou les pierres tout court, cela n’a aucune espèce d’importance. C’est pourquoi Betty est à la fois plus intelligente et plus efficace que moi. Voici la preuve.

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Elle guette

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Elle fonce

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Succès !

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Alors, il me faudrait combien de « pierres » pour me payer une maison pareille ?

juillet 01, 2003

Sur les planches

J’ai passé une excellente soirée hier chez l’amie écrivain — elle a préparé une quiche lorraine et une purée de carottes de son potager. Depuis son retour chez elle de la maison de repos elle a moins faim et elle ne boit presque plus de vin. On a bavardé sur tout le village — rupture de fiançailles trois jours avant la cérémonie, l’état de santé (perte de mémoire) d’une vieille femme qui a fait une chute dans son jardin et qui s’est cognée contre une dalle, soupçons de rupture d’un couple de homos (l’un reste ici, l’autre reste à New-York et en Californie), la vente (réelle ou pas, on n’est pas sûr) d’une maison dans le village pour une somme stupéfiante (plus de $6 millions !). Puis on a parlé d’acteurs qu’on aimait (l’amie écrivain amait bien Katherine Hepburn, dont elle connaissait la sœur, mais elle trouvait que l’actrice n’avait pas de vrai « glamour ») — on aimait bien aussi Meryl Streep et Glenn Close, mais là aussi, pas de « glamour », au moins du genre de Marlene Dietrich ou d’Ingrid Bergman.

Elle m’a décrit un dîner offert par sa mère au Ritz lorsque ses parents habitaient Paris, dans un appartement dans la place du Palais-Bourbon. Parmi les hôtes il y avait l’acteur américain Robert Montgomery, avec qui elle a dansé (et qui serait plus tard le père de l'actrice Elizabeth Montgomery de la série de télévision « Bewitched » ), et le comédien anglais Noël Coward. Elle est tombée amoureuse de Charles Boyer dans une pièce d’Henri Bernstein qu’elle a vue à Paris et d’un très jeune Rex Harrison dans la comédie « French Without Tears » de Terrence Rattigan. Tous les deux étaient inconnus aux États-Unis en 1941, l’année qu’elle a dû quitter l’Europe pour rentrer en Amérique. On parlait théâtre parce que je venais de terminer la lecture d’une pièce de Jean Anouilh « Ardèle ou la marguerite » qui a eu sa première représentation le 3 novembre 1948 à la Comédie des Champs-Élysées. Je connais Anouilh seulement de nom — ses œuvres se sont complètement perdues de vue — mais j’avoue que cette pièce m’a étonné par son sens de l’ironie et du cynisme. Un petit exemple :


LE COMTE

Elle (sa maîtresse) vient de boire du laudanum. Ce n’est pas la première fois qu’elle essaie. Il faut que je file tout de suite.

LA COMTESSE (sa femme)

Gaston, vous vous couvrez de ridicule. Vous croyez donc que cette petite guenon vous aime assez pour se tuer ?

LE COMTE

Assez pour faire semblant sûrement. Et un beau jour, elle peut très bien ne pas réussir à se rater.



On parlait d’une redécouverte éventuelle de pièces françaises de cette époque, oubliées à tort — et aussi de Tennessee Williams, qu’elle connaissait un peu à New-York et dont elle n’apprécie que « La ménagerie de verre » et « Un tramway nommé Désir » (« mais » ajoute-t-elle, « c’était peut-être à cause de Brando et de Laurette Taylor. ») Elle déteste « La nuit de l’iguane » que pourtant j’aime énormément, tout comme « The Excentricities of a Nightingale », qu’elle ne connaît pas.

J’ai passé une heure à jouer avec Betty à la plage — il fait très beau aujourd’hui. Dîner ce soir avec ma mère. Je vais boire, je pense.