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septembre 30, 2003

Cueillez, cueillez

Très belle journée d’automne. Je me suis levé tôt. Tour de journaux et de carnets sur Internet accompagné d’une grande tasse de café au lait. Ensuite un peu de ménage avant d’aller chercher l’amie écrivain, toute contente de la photo énorme à la une du « Times »de Laura Bush recevant le baise-main du président français à Paris — l’amie écrivain m’assurait que Laura en était ravie, puisqu’elle était sûre que Bush la traite comme une brute. Moi j’ai protesté que Laura avait tout à fait l’air de se demander « Mais qu’est-ce qu’il me fait, ce grand étranger sournois ! ». L’amie écrivain a dit non de sa tête. « Je suis une femme. Je connais cette expression. » « C’est un argument injuste, » je lui réponds (très justement à mon avis). « Vous trichez, madame. » Elle s’en fout, contente seulement de « gagner » la partie. On va à la clinique où elle se plaint à haute voix sur le fait qu’on est obligé d’attendre en dépit des heures de rendez-vous fixées à l’avance. Il y une dizaine de personnes assises dans la salle d’attente, toutes plus laides et mal habillées les unes que les autres. L’amie écrivain, une grande beauté de jadis maintenant bien déchue, l’a remarqué très fort en disant « Look at us here, a pretty pathetic bunch, all right. »

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L'amie écrivain en 1946

Il n’y avait pas trop de circulation sur l’autoroute. J’ai écouté le début d’« Un amour de Swann » sur cassette. Le copain est allé à sa première consultation d’affaires ce soir — je le rejoins à Chelsea pour dîner.

L’affaire Wilson gagne toujours de l’importance médiatique, ce qui me rend bien content.

septembre 29, 2003

L'insomnie des justes

Le copain est rentré à New-York en train hier soir tandis que je suis resté à la campagne parce que j’avais une réunion d’un conseil d’administration bénévole ce matin. La femme de ménage de l’amie écrivain a dû aller à l’hôpital à cause d’une pneumonie — en fait, elle est beaucoup plus que qu’une simple femme de ménage pour l’amie écrivain, elle est une amie, une confidente, un soutien moral — et puis une fois hospitalisée, les médecins ont découvert des histoires de kyste et d’infections utérines qui suggèrent la possibilité d’une hystérectomie. J’ai donc conduit l’amie écrivain au supermarché où elle a fait ses achats de vivres pour la semaine à venir ; je la conduirai chez un de ses médecins demain matin avant de rentrer à New-York.

Ce soir le copain est en réunion avec son graphiste. Moi je regarde la télévision pour suivre le déroulement de l’affaire de l’agente de la CIA — la chaîne ABC a ouvert son journal d’actualité avec un long rapportage sur l’affaire. Tout le monde se méfie un peu d’une investigation éventuelle menée par l’Avocat général Ashcroft, un des hommes politiques les plus partisans de toute l’administration Bush. On commence à l'appeler « Wilsongate ».

Malgré une nuit peu reposante (je ne sais pas pourquoi il m’était si difficile de m’endormir hier soir — je pensais peut-être un peu trop à ce que le copain est en train de faire — en tout cas, j’étais mal reposé quand j’ai entendu la sonnerie (grotesque, d’ailleurs on l’a acheté exprès pour ça) du réveil à 7 h), j’ai pourtant réussi à passer un peu de temps au gymnase, la seconde journée de suite après une trop longue pause.

septembre 28, 2003

Sang versé

Diable, il y a du sang dans l’eau et les requins tournent autour ! La carnetosphère politique américaine (de gauche — celle de droite maintient un silence absolu jusqu’à présent) est électrisée par les nouvelles d’une enquête demandée par la CIA sur les origines d’une « fuite » d’information par laquelle le nom d’une agente secrète de l’organisation a été révélée par un journaliste conservateur. Celui-ci, Robert Novak, avait donné le nom de la femme du diplomate américain qui est allé examiner la vérité de l’histoire qu’Irak avait essayé d’importer de l’uranium du Niger. Ce diplomate a ensuite critiqué l’administration Bush et c’est à ce moment-là que les Bushistes ont décidé de révéler le nom de sa femme, agente de la CIA, pour punir son mari d’avoir eu le culot de critiquer l’administration. C’est la CIA qui a demandé au département de la justice une enquête sur la source de la révélation, qui est un crime punissable de 10 ans de prison.

Dans le « Times » d’aujourd’hui il y avait aussi deux articles sur les relations franco-américaines, ici et ici.

Du dernier je cite:

« In the United States, France-bashing has traditionally been cost-free. In an interview with MSNBC last year, Dick Armey, the outgoing House majority leader, put the case bluntly: "I learned real early on that if you're having a discussion about foreign policy, just say something disparaging about the French, and everybody will think you know what you're talking about." »

Rien de très nouveau.

septembre 27, 2003

J'aime les défilés

On a eu un défilé dans le village cet après-midi, pour remercier les pompiers, tous volontaires, de leurs efforts lors de l’incendie qui a failli détruire tout le quartier où se trouve notre hutte. On y avait invité une troupe de joueurs de cornemuse écossais (aucune idée pourquoi, mais ça se passe comme ça ici, même quand la plupart des joueurs, tous en joli kilt de plaid rouge , sont d’origine italienne).

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Un jeune batteur de tambour

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Mais dis donc, comment se fait-il que le même type se trouve au milieu d'une autre photo ?

Il y en avait qui étaient de beaux gars (à mon avis), comme celui-ci, beau batteur de tambour, costaud et haut de plus de 2 mètres, avec lequel j’ai chanté des chansons militaires d’une obscénité ahurissante dans un bar local. Suivi d’un dîner mondain où tout le monde se battait sur la « question irakienne » avec deux ambassadeurs retraités qui connaissent depuis 30 ans le vice-roi Paul Bremer et qui le trouvent très bien. On s’est convenu de nous rejoindre l’année suivante à la même date pour faire la critique de tout ce qui se serait passé en Irak depuis.

septembre 26, 2003

Attention ! On vous regarde (mais pas de très près)

Ça fait très — peut-être trop ? — calme ici — pas trop chaud, ni trop frais, un ciel couvert, on n’entend pas de sons de travaux routiers. Se passe-t-il quelque chose dont je ne suis pas au courant ? New-York s'endort ? Je me demande.

C’est M. Poutine qui a ouvert la séance de la Bourse d'hier ; il part aujourd'hui pour le Camp David où Bush essayera de le convaincre d’envoyer des troupes en Irak. Mais ce Poutine, il est plus malin que ça, je crois. À suivre.

L’amie marchande de tableaux vient de me téléphoner pour me raconter une histoire extraordinaire — elle avait été sommée à paraître devant un comptable fonctionnaire du fameux et terrifiant Internal Revenue Service qui lui avait demandé de subir une vérification de comptes d’impôts personnels — c’est bien le cauchemar de tous les consultants indépendants et tous ceux qui travaillent à la pige. En plus, l’amie marchande de tableaux avait été l’exécutrice testamentaire de sa grand-mère, décédée il y a un an, donc il y avait plein de documents compliqués sur l’héritage dans ses dossiers fiscaux. Accompagnée de son comptable, elle s’est donc rendue à la réunion pour entamer l’investigation obligatoire. Tout le monde assis dans le petit bureau, la fonctionnaire du Fisc sort une feuille d’un dossier et la remet à l'amie marchande de tableaux en lui disant, « Est-ce que vous reconnaissez aucun de ces noms-là ? » L’amie les regarde — ce sont tous des noms qui ont l’air plus ou moins arabe — et elle répond que non, elle ne connaît aucun de ces gens. La fonctionnaire est — quelle surprise ! — assez sympa et lui explique que quelqu’un avait utilisé son numéro de Sécurité sociale pour ouvrir un compte en banque à Salisbury, dans l’état de Maryland. On y avait fait des versements en liquide de sommes assez importantes, c’est pour ça qu’on avait « coché » sa déclaration d’impôts, qui portait bien sûr le même numéro d’identification. Mais il est interdit au IRS de donner des renseignements supplémentaires sur les transactions financières, même douteuses, et l’amie marchande de tableaux, déjà grande paranoïaque (c’est ici dans l’histoire où j’ai bien commencé à rigoler) a dû ensuite déposer des plaintes officielles au commissariat de police du quartier ainsi que chez le bureau local du FBI en Maryland et chez d’autres bureaucraties ineptes à New-York et ailleurs. La plupart de ces « serviteurs publics » lui disent que ça ne leur regarde pas. Quand elle demande à savoir des noms des fonctionnaires avec lesquels elle parle, eux, ils lui répondent seulement : « L’officier de service » en refusant de lui donner leurs noms de famille. Ah c’est parfait — comme si avec ce niveau d’intelligence et d’attention qu’on va pouvoir empêcher à quelques terroristes à peine plus organisés de nous tomber dessus. Finalement, folle de frustration, elle a téléphoné au département de la justice, où elle a retrouvé un type qui lui a semblé bien et un peu éveillé. On se marrait en disant qu’on allait la jeter tout au fond de « Gitmo » — une expression d’argot militaire pour la base de la baie de Guantánamo — avec les autres étrangers hostiles à la suprématie américaine ordonnée par le Tout-Puissant judéo-chrétien. Et même si elle n’est pas, l'amie marchande de tableaux, strictement étrangère, on la sait incontestablement hostile à la politique du Grand Führer, donc elle mériterait bien quelques mois au moins de prison ferme. Il n'est pas permis de douter de l'excellence de tous ceux qui travaillent dans le département de la sécurité de la patrie. Pfff.

septembre 25, 2003

Le déjeuner d'affaires

Les choses vont vite : le copain a choisi un nom pour son entreprise et l’a enregistré chez le secrétaire d’état de l’état de New-York (il leur a envoyé par courrier le formulaire rempli, ainsi qu’un chèque pour un montant d’à peu près $150 — et voilà, on est propriétaire d’une société à responsabilité limitée !) Et il a depuis hier soir son premier client — c’est l’ami galeriste qui a besoin de refaire tout le système informatique de la galerie. Pour l’ami galeriste, la question la plus importante est ou de rester chez Windows ou de repartir à zéro sur Mac (son petit ami berlinois est hyper Macophile.)

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Partie d'une installation d'art japonaise à Rockefeller Center

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L'entrée de Christies à New-York

Je suis allé déjeuner aujourd'hui avec une nouvelle amie qui travaille chez Christies dans le département de la peinture du XIXe siècle et une autre amie qui habite au Connecticut. On a pris rendez-vous dans l’entrée de la grande société des commissaires-priseurs qui se trouve dans le Rockefeller Center dans la 49e rue. Il fait chaud et beau. On est allé manger dans un restaurant proche dont les spécialités sont les fruits de mer. Divorcée, chic mais aussi un peu désabusée, elle cherche un nouvel ami mais n’a pas envie de sortir seule dans des bars — en plus, elle a deux enfants, dont la plus âgée est en pension en Angleterre et l’autre va à l’école à Manhattan. Son ex, qui veut se marier avec une jeune Irlandaise catholique, a envie de faire faire une annulation officielle de leur mariage (malgré les deux enfants et une durée de 18 ans). Ça lui est égal — d'ailleur il avait déjà fait annuler son premier mariage pour pouvoir se marier avec elle dans une cérémonie catholique. On était entouré de gens très BCBG, on buvait du vin blanc, ça faisait vraiment une scène de « Sex in the City ».

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Un peu d'humour new-yorkais vu à Tribeca (j'y suis allé avec Betty pour voir son vétérinaire)

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La patinoire saisonnière transformée en café au centre du Rockefeller Center

La nouvelle amie est rentrée à son boulot, j’ai déposé l’autre amie chez Saks dans la 5e avenue.

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Moi aussi, I love New York (pour les gratte-ciel comme celui-ci)

On n’aura pas finalement de rapport définitif sur la présence (ou l’absence) d’armes de destruction massive en Irak, semble-t-il. M. Kay et compagnie n’ont rien trouvé mais cette conclusion ne réjouit point les Bushistes qui insistent maintenant sur les programmes scientifiques qui auraient pu mener à des telles armes. Ils nous ont menti, c’est tout, et ils font tout ce qu’il faut pour qu’on le saisisse pas clairement. Parce que l’Irak, ça n’a qu’une importance relativement insignifiante dans le schéma global de la réaffirmation du pouvoir américain sur toute la planète.

A la radio on passe un enregistrement du « débat » qu’ont eu les candidats au poste de gouverneur de Californie — on entend les cris aux accents bien étrangers d’Arianna contre ceux, également étrangers, d’Arnold. On ne peut qu’en rire.

septembre 24, 2003

Ce n'est pas que la saison qui change

Ça y est, le copain a donné sa démission ce matin. Il quittera la banque en deux semaines. Hier on a dîné avec l’ami péruvien qui travaille dans l’informatique. Il avait conseillé au copain de ne pas accepter une participation à 49% dans la société proposée par l’amie partenaire. Moi je serais plus content s’il parvenait à travailler avec l’ami péruvien, plus calme et plus raisonnable mais on verra. Le copain a parlé au téléphone avec l’amie partenaire en rentrant chez nous et comme elle ne voulait toujours pas faire une société à participation égale, ils se sont mis d’accord d’annuler leur proposition initiale. Pour le moment, donc, le copain sera seul dans cette entreprise. On essaie de trouver un nom convenable — qui exprimera le côté affaires, bien sûr, mais aussi le côté utilité. On s’est couché vers minuit hier soir et moi je me suis réveillé tout d’un coup à 5 heures, le copain m’a suivi à 5h30. On était tous les deux anxieux de l’avenir devant nous.

Hier aussi j’avais écouté trois des discours prononcés à l’ONU pendant qu’un orage terrible nous passait dessus — celui de Kofi Annan m’a semblé sage, grave et diplomatique. Celui de Bush n’a rien offert de nouveau, à part la distraction nouvelle de l’esclavage de jeunes adolescentes. Le discours de Chirac, traduit simultanément par une femme à l’accent anglais très fort, m’a semblé par contre un peu abstrait — les phrases comme « mondialisation de la solidarité » n’ont pas pour nous la résonance positive qu’elles ont pour les auditeurs européens. J’ai apprécié cette partie de son discours : « Nous combattons le terrorisme par les armes. Mais ce n’est pas suffisant. Il renaîtra sans cesse si nous laissons prospérer l'extrémisme et le fanatisme, si nous ignorons qu'il tire prétexte des conflits non résolus et des déséquilibres économiques et sociaux du monde. » L’assemblée générale l’a bien applaudi. Bush n’est même pas resté dans la salle pour l’écouter.

ITV (Grande Bretagne) a diffusé le 22 septembre le film documentaire de John Pilger qui s’appelle « Breaking the Silence ». Dans ce film le journaliste confronte quelques-uns des responsables américains de la guerre de Bush en Irak en exposant les mensonges utilisés par les conservateurs pour justifier cette invasion. Je me demande si on osera le diffuser ici — sûrement pas par nos grandes chaînes nationales qui ont trop peur de contrarier le régime à Washington.

Pour répondre un peu publiquement à ionel qui remarque dans son commentaire à ce billet :« concernant le "trial", il aura lieu dans un petit peu plus d'un an lorsque les américains éliront, ou pas, un nouveau président. jusqu'à nouvel ordre le peuple américain est souverain, et c'est l'élection qui sanctionnera ou pas Wolfowitz. ça me paraît en fait un bien meilleur système qu'un tribunal. pourquoi faire ce que vous dénoncez vous-même, des jugements sommaires en petit comité ? le mieux est d'exécuter Wolfowitz dans l'isoloir. » Oui mais on a déjà vu que la soi-disant "souveraineté" du peuple américain peut être « légalement » balayée par un système corrompu (c’est qui qui a choisi ces juges-là ? Bush père ! Ah, maintenant ça se comprend.) Je ne propose pas vraiment de tribunal, mais je voudrais tout de même que les gens comme Wolfowitz et Perle et Feith soient obligés de défendre leur propos et leurs données dans une sorte de tribunal public où il y aurait un véritable examen contradictoire au lieu de discours tout simplement mensongers à la télé, de faux articles dans les journaux, et les explications « officielles » de la Maison Blanche. Donc, pas de « jugement en petit comité », mais un examen très ouvert de ce qu’ils disent. Sinon, on n’arrivera jamais à avoir la vérité à temps.

septembre 22, 2003

La résistance aux mensonges

Pour donner suite à mon billet d’hier sur la conférence du secrétaire adjoint à la défense Paul Wolfowitz, il y avait dans le journal papier du « Times » d’aujourd’hui une grande photo pour illustrer l’article sur la conférence qui a montré le carnetier new-yorkais James Wagner debout en silhouette dans la salle de la New School avec son placard à la main et dont le texte est paru dans la légende. On peut aussi lire ici dans « The Morning News » un compte-rendu assez extraordinaire (pour l'évènement et pour le compte-rendu) de toute la conférence rédigé par le nouveau rédacteur en chef de Gawker Choire Sicha, dont voici un court extrait pour donner une idée de comment tout s’est passé dans la salle :

« Wolfowitz has said no more before the first person shouting ‘Murderer!’ is removed.

After a little bit of banter with Goldberg, Wolfie says ‘I’m glad that the Iraqis are free so that they can speak the way we do,’ and that sets off two more screaming people. They get led off to wherever. I am so tense I may never crap again. »

Je me demande aussi ce qui s’est vraiment passé avec l’aumônier américain musulman à la base militaire de Guantanamo qui vient d’être détenu (mais pas encore officiellement inculpé d’un crime) par les autorités militaires pour espionnage. S’il doit subir une cour martiale, aura-t-on le droit de connaître les accusations et les preuves éventuelles ? À suivre.

septembre 21, 2003

Montrer du courage

Le carnetier new-yorkais James Wagner a protesté ce soir contre contre deux des architectes conservateurs (MM. Jeffrey Goldberg et Paul Wolfowitz) de l’invasion américaine de l’Irak lors d’une conférence faite à la New School. On les a hués dans la salle mais les protestataires ont été vite enlevés par les agents de sécurité. M. Wagner s’est mis debout en montrant un placard sur lequel il avait écrit :

« ON TRIAL!
NOT
ON STAGE! »

Ou, dans ma traduction approximative,

DEVANT LE TRIBUNAL!
PAS DEVANT LE PUBLIC !

C’est bien, n'est-ce pas ? (Je veux dire le mot d'ordre, pas ma traduction.)

La fièvre

C’est la fièvre de nouveaux plans et de nouvelles idées qui possède le copain aujourd’hui — il vient de courir 34,5 km ce matin en préparation pour le marathon du 3 novembre — et l’amie partenaire lui a déjà téléphoné trois fois pour discuter du plan d’affaires pour la société qu’ils vont monter. Elle lui avait d’abord proposé une participation 60/40 en faveur d’elle-même — moi j’ai remarqué qu’à ce moment-là il valait mieux tout simplement travailler pour elle. Le copain a répondu en proposant une participation à égalité et elle vient de suggérer qu’elle en détienne 51%. Le copain est allé voir un ami banquier pour réviser le plan d’affaires avec lui — c’est un Écossais qui vient de s’installer avec sa femme dans le village et il est très fort en finance. Il faut parler aussi avec l'ami graphiste qui va préparer un logo. Il y a aussi un rendez-vous avec le comptable de l'amie partenaire lundi soir. Et un autre mardi soir avec l'ami péruvien qui est partenaire lui aussi dans une société de technologie informatique.

Ensuite on va aller chez ma mère pour installer le nouvel iMac qu’elle a reçu hier et sur lequel elle jouera aux jeux de patience et de bridge qu’elle adore.

septembre 20, 2003

Le barbecue

Ce soir le copain, qui ne fait la cuisine que bien rarement, nous fait une sorte de barbecue — du maïs, des oignons « doux » et de gros steaks, le tout grillé sur notre petite terrasse à côté du jardin. Les moustiques sont partis, je ne sais pas trop pourquoi, mais on peut maintenant laisser ouvertes les portes la nuit sans attirer toutes sortes de bêtes désagréables. Cet après-midi j’ai découvert une demi-douzaine de bouteilles de Crozes Hermitage dans une caisse qu’on avait oubliée dans le sous-sol bordélique. Youpi ! Il faut pourtant que je sois plus sage que normal ce soir, puisque j’ai acheté aujourd’hui des chaussures de course à pied et j’ai besoin de faire un peu d’exercice demain.

Le copain donne sa démission au chef mercredi matin à 8 h 20. Hmmm.

septembre 19, 2003

Combien, et comment

Ça n’arrive jamais comme prévu — on attendait tout patiemment chez nous, le copain collé au téléphone, moi installé dans la minuscule chambre d’hôte, la porte fermée et une grande tasse de café posée sur la petite table de jeu qui me sert de bureau, à essayer de travailler sur un texte. Finalement il arrive, le type, un gros barbu qui porte des jeans et une chemise polo foncée tout trempée de sueur (il fait toujours humide même depuis le passage rapide d’un des « bords » d’Isabel ce matin — une petite tempête pleine de vent et de pluie qui n’a duré que 45 minutes), et il nous demande, « Alors, les documents à signer ? » Bien sûr nous n’avons rien reçu, on croyait qu’il allait nous les apporter. Des coups de téléphone portable (« Ben, y a pas de service portable ici, n’est-ce pas ? » « C’est irrégulier, oui. ») et on apprend que tout est encore dans le camion livreur du Fedex qui n’est pas encore passé chez nous. Le type doit faire signer un autre accord de refinancement dans un village à 20 minutes du nôtre et il nous quitte en nous disant de lui téléphoner quand les documents seront livrés. Ah, c’est bien ça, les tortillements de la bureaucratie.

D’autres que moi ont remarqué la disparité dans les chiffres de soldats américains tués en Irak ces derniers jours. La télévision arabe Al-Arabiya avait signalé 8 morts dans une embuscade près de Khaldiya, à l’ouest de Bagdad. Mais Centcom n’annonce que 2 morts dans de circonstances très différentes (« incident non-hostile » et « tué par une ligne électrique »). On se demande quels sont les véritables chiffres ou si l’on essayait de nous cacher quelque chose.

septembre 18, 2003

Gare aux orages tropicaux !

Il fait un peu de vent dehors, le ciel est couvert, les nuages vont de l’est à l’ouest (ce qui n’est pas normal), et on a déclaré ce matin un « avertissement d’orage tropical » valable sur les trois états contigus, le fameux « Tri-State Area » de la pub automobile, dont l’immonde New-Jersey, le New-York et le Connecticut font partie. Le copain et moi, nous partons ce soir pour la campagne — il nous faut signer des papiers pour le refinancement de notre hutte là-bas (les taux d’hypothèque actuels sont si bas grâce aux économistes bushiens qui veulent redémarrer une économie déjà en déficit insoutenable pour aider à la réélection de leur chouchou — donc on ne pouvait pas ne pas refaire l’hypothèque).

Cette carnetière politique offre une analyse psychologique intéressante (et un peu sceptique) du nouveau candidat démocrate à la présidence américaine le général Wesley Clark, de qui on ne sait pas trop pour le moment. (Elle était chasseuse de tête, encore une !)

Maintenant je vois comment on travaille vraiment dans les agences de publicité — on les paie pour ça ?

PS — Tout le monde (à part les névrosés de droite) se moquent de l'article paru ce matin dans le Times dans lequel le pauvre Thomas Friedman déclare la guerre à la France. Pour lire quelques réponses à cet article hyper-débile il faut aller ici chez Atrios.

PPS: Et ici !

septembre 17, 2003

L'inconnu et l'incertain

Avec un vrai plaisir malveillant j’ai noté aujourd’hui, comme l’ont fait d’autres (ici et ici) avant moi, le retour imminent des frites appelées « à la française » sur les menus des restaurants de la Chambre des représentants à Washington. Quelle bêtise, tout ça !

La réunion et le dîner d’hier soir avec l’amie partenaire du copain se sont assez bien passés. Je ne peux pas dire que je me plais beaucoup dans sa compagnie — elle est très intelligente, très concentrée sur ce qu’il faut faire dans les affaires, très perspicace (elle est chasseuse de tête et doit évaluer les gens qui viennent chez elle d’une manière efficace et précise pour pouvoir les placer et gagner son fric). Mais elle est aussi criarde (sa voix et son rire pourraient bien presque briser des glaces), vulgaire (toujours beaucoup de gros mots), anxieuse de se faire voir (elle fait allusion constamment à des célébrités de deuxième ou troisième rang et aux boutiques de mode où elle achète ses vêtements un peu trop « Ab Fab »). Donc, c’est un problème — je sais que je ne supporterai pas un demi-jour dans le même bureau qu’elle, mais le copain, lui, croit qu’il pourra travailler avec elle. « Tu sais bien que vous deux, vous allez vous engueuler tout le temps » je lui ai dit en quittant l’amie à la gare Grand Central, où l’on avait dîné dans le Oyster Bar d’en bas (elle a énervé le serveur en critiquant le potage aux palourdes et aux pommes de terre pour ne pas avoir assez des deux ingrédients principaux — elle lui a dit d’aller demander au chef d’en ajouter, le serveur a répondu qu’il ne pouvait pas, elle lui a dit ensuite « Si, si, voyons, je dîne ici depuis 25 ans (gros mensonge) » et elle l’a renvoyé avec un geste de sa main. Moi et le copain, assis devant moi, on se sentait tout à fait mal à l’aise devant ce comportement injustifié et à la fin du dîner j’ai laissé un pourboire particulièrement généreux au garçon pour nous avoir soufferts sans nous donner une bonne claque.) Le copain compte donner sa démission la semaine prochaine — il resterait à la banque encore deux semaines, après lesquelles il se déménagerait vers Midtown. La semaine prochaine ils vont parler de se constituer en société commerciale (une Sarl probablement, pour laquelle on n’a pas réussi hier soir de trouver de nom), ils iront voir le comptable, on ajoutera au bureau des lignes téléphoniques,et tout et tout. Elle lui a dit aussi qu’il ne faut pas qu’il s’habille en « geek » ou en soullion — c’est costume chic et chaussures chères (« les chaussures, c’est tout qu’on remarque chez un homme » — des conseils qu’on m’a déjà offerts à plusieurs reprises dans de différentes circonstances) — « Tu dois faire le partenaire d’une grande société capable d’entretenir à égalité avec nos clients chefs d’entreprise » lui a-t-elle dit avec fermeté — lui, qui est bien mauvais pédé et qui a horreur de faire du shopping et se fout tout à fait de la coupe d’une veste, dont il ne comprend mais rien, rien ! Il va donc falloir faire une visite chez Bergdorf Goodman Men et Paul Stuart pour trouver des costumes bien convenables.

Donc, ça va bientôt changer chez nous (pas de possibilité pourtant qu'on s'installe au Texas, détesté d'ailleurs beaucoup plus par le copain, qui y est allé souvent pour son travail, que par moi) — il y aura probablement moins de week-ends à la campagne, le copain va devoir bosser dur pendant un certain temps (et pour combien de temps — on ne peut pas savoir). Mais j’espère surtout que ça lui fera plus content. Il a raison de vouloir faire quelque chose qui lui plaît. Je ne sais pas si ce plan actuel va réussir. L’amie partenaire s'exclame qu’ils vont être riches. N’ayant aucun talent pour gagner de l’argent, je ne sait pas si elle dit ça comme ça, pour motiver. On va bientôt voir.

PS: Ce site est délicieusement superficiel, je viens de le découvrir bien sûr chez Gawker.

septembre 16, 2003

Un dîner d'affaires

Je viens d'être convoqué, sous peine de quelque chose de désagréable mais non spécifiée, de dîner avec le copain et l’amie partenaire pour discuter de leurs propositions d’affaires. Est-ce un piège ? Dois-je avouer que telle ou telle idée est tout à fait déraisonnable et complètement idiote ou par contre dois-je seulement sourire en faisant le sage laconique ? Et l’amie, elle est vraiment folle, en plus, surtout depuis qu’elle a cessé de boire. (L’abstinence m’a toujours paru une espèce de folie grave, n’est-ce pas, ainsi que le laconisme !) Mais bon, je ferai le bon écouteur et j’éviterai des commentaires trop sarcastiques ou « spirituels ». Je promets. Parole d’honneur !

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(Cette photo de légumes bio au marché n'a absolument rien à voir avec les sujets de ce billet, désolé pour l'impertinence)

Je ne me rappelle plus comment j’ai trouvé cet article hier mais il souligne encore une fois, bien tristement, combien c’est toujours facile que la fameuse sortie du placard, comme Fadawan le décrit avec une élégance sombre chez lui, puisse tourner mal. Malgré tout le progrès qu'on connaît, il ne faut pas oublier les expériences douloureuses et même mortelles que peut causer une simple déclaration d’amour.

septembre 15, 2003

L'avenir

Les vieux du village disent que c’est les nuits chaudes et humides (comme celle d’hier) qui attirent les ouragans — le grand bonheur de ces éventuels désastres naturels c’est de donner aux gens du nouveau à discuter, à la télévision, à Internet, et dans la rue. Aujourd'hui c’était la ruée dans les « delis » pour acheter des bougies et des piles — avec le même plaisir qu’on regarde un film d’horreur. En réalité, on s’attend à peu : beaucoup de pluie, un peu de vent, puis c’est fini. C’est la Caroline du Nord qui sera en toute probabilité la cible des vents et des pluies qui arriveront avec Isabel.

Le copain commence à se préparer pour un grand changement dans sa vie professionnelle et par conséquent dans notre vie à deux. D’abord, ça ne marche plus à la banque, où l’on l’a réaffecté à une section sous un chef qu’il n’apprécie pas du tout et qui ne l’aime pas non plus. En outre, il a toujours eu envie d’être son propre patron — un tel changement lui fait peur, mais je suis déterminé à le soutenir au maximum dans sa décision. J’ai moi aussi envie de changer un peu d’air et si c’est à cause du bonheur du copain, tant mieux. Il a pourtant un grand défaut : il est trop sympa. C’est pourquoi j’ai été content d’apprendre qu’il pensait faire quelque chose en partenariat avec son amie « chasseuse de tête » qui, elle, est plutôt dure et « pratique », c’est-à-dire qu’elle sait comment faire pour que ses factures soient payées — un talent utile dans n’importe quelle petite entreprise nouvelle.

septembre 14, 2003

Une bonne journée

Ai pu dormir jusqu’à 8 heures. Ai terminé quelques petits devoirs pendant que le copain faisait son entraînement de course (24 kilomètres — seulement !— aujourd’hui — il suit un régime spécifique pour le marathon). Ai discuté avec la nouvelle curatrice d’un musée local sur une prochaine expo sur l’usine qui a été en juillet détruite par un incendie — on va inviter quelques ouvriers à donner de courtes conférences informelles au musée sur leur travail et leur vie dans l’usine, qui datait de 1846. On va les enregistrer, une sorte d’histoire orale du coin. Ai joui d’un déjeuner inattendu chez des amis — filets de saumon grillé, une salade de riz à la menthe, un délicieux gâteau aux carottes, des vins blancs d’Alsace — et plein de rires et de conversation amusante. Ai passé le reste de l’après-midi sur la plage avec Betty en lui jetant des pierres et en relisant WH Auden, surtout le très très beau « In praise of limestone » qui me frappe depuis la première fois que je l’aie lu il y a des années :

« …But the really reckless were fetched
By an older colder voice, the oceanic whisper :
‘I am the solitude that asks and promises nothing ;
That is how I shall set you free. There is no love ;
There are only the various envies, all of them sad. 
»

Ai lu le billet de Navire sur un « autre carnetier parisien » (lol) — qu’est-ce qu’il sait manier la langue de Shakespeare ! Il est surdoué, ce capitaine !

On va prendre un verre chez l’amie écrivain et puis on rentrera chez nous dîner. On se couchera tôt parce que le copain doit prendre le train de 6h28 demain matin.

Journée excellente, en somme.

septembre 13, 2003

La réalité assistée

Matinée de papotage au marché — une de mes collègues à notre table nous a emmerdés pendant une bonne demi-heure sur ses problèmes de télécommande pour son magnétoscope. Il y faisait beaucoup de vent, on dit que c’est à cause de l’ouragan Isabel qui s’approche du continent nord-américain.

On a gaspillé tout l’après-midi, le copain et moi, à manger des hambourgeois et à regarder des émissions débiles à la télé enregistrées par le Tivo — « Gay Weddings » chez Bravo et « The Reality of Reality », aussi chez Bravo, où l’on discute le « problème » de l’ « assisted reality » — la réalité assistée, jolie phraséologie !

Pour un autre point de vue intéressant sur New-York,voici le carnet d’un New-Yorkais francophile (« we really do love the French ») que je ne connais pas du tout (il habite pourtant pas très loin de chez nous, à Chelsea) mais dont j’apprécie beaucoup le style et l’écriture. Ça m’a amusé en plus qu’il a vu la même scène que moi chez Gagosian hier (on est en train d’installer la sculpture de Serra pour une expo qui ouvrira bientôt). Il partage aussi mon malaise pour les « scènes » ostentatoires de commémoration des attentats. En plus il prend de belles photos !

septembre 12, 2003

En attendant un week-end calme

Deux années après les attentats contre les États-Unis, il reste toujours bien trop de questions sans réponses, comme l’indique cet article d’un journal philadelphien retrouvé chez cursor.

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Une épicerie francophile?

Je me suis senti, je l’avoue, encouragé en lisant l'éditorial dans le Times intitulé « The Other Sept. 11 », en deuxième position après celui sur la commémoration du 11 septembre « new-yorkais », sur les événements qui ont eu lieu au Chili. On ne l’a pas tout à fait oublié et le Times reconnaît que « our hands have not always been clean, and it is important to recall Chile’s Sept. 11, too. » (Désolé mais je n’ai pas pu retrouver le lien pour cet édito, la citation vient du journal papier.)

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Pas de pause pour commémorer quoique ce soit dans ce tournage d'une pub pour Verizon dans le quartier chic du marché de la viande en gros

On va à la campagne ce soir. Le copain en a marre de la banque — hier soir il est allé dîner avec une collègue pour parler avec elle d’un projet peut-être intéressant. Pour moi ce serait facile de quitter la galerie. On verra.

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Le déménagement d'une sculpture de Richard Serra hier chez Gagosian à Chelsea

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Le ravin sombre créé par deux immeubles pleins de galeries

On prévoit la pluie demain — j'ai consenti à surveiller avec quelques autres le petit marché aux légumes et aux fleurs hebdomadaire qui a lieu le samedi dans le village en été et en automne. Quand il pleut, il y a naturellement beaucoup moins de monde. Il n'y a rien à faire. On s'assoit sous une petite tente blanche pour trois heures. Mais je n'ai pas pu me décommander.

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Une belle fin de saison

septembre 11, 2003

Rien de spécial

Je sais que ce n’est pas de bon ton, surtout aujourd’hui, mais en fin de compte, et depuis déjà longtemps ça me tape sur les nerfs, toute cette industrie de la commémoration des morts du 11 septembre. La mort, c’est simplement ce que c’est. Voici un texte d’une carnetière israélienne écrit suite (je crois) aux derniers attentats meurtriers à Jérusalem :

« Watching my mother die I realized that life has no meaning.

We are, and then we are not. That is all.

There is no meaning to death. There is no such thing as a needless death or an unnecessary death, just as there is no such thing as a meaningful death.

We live. We die. »

Ou même dans ce très beau billet de Netlex, où il cite Sénèque : « La mort la meilleure est celle qui nous plaît. » (Je suis allé voir la vieille amie à la maison de repos — je suis entré dans sa chambre, elle respirait difficilement, les yeux fermés, elle ressemblait déjà à un cadavre. Je n'ai pas voulu la réveiller — j'ai eu tort peut-être — l'infirmière m'avait dit avec un hochement d'épaules « Allez, réveillez-la. Pourquoi pas ? » Pourtant ça me gênais de l'incommoder. Puis l'infirmière ajoute : « C'est vrai que je viens de lui donner un calmant. » Je lui ai laissé un petit mot.)

Je suis pleinement désolé en réfléchissant aux difficultés personnelles, morales, psychologiques, financières etc que les survivants des morts du 11 septembre ont dû souffrir. J’en ai connu moi-même quelques-unes, lorsque mon père est mort dans un accident d’avion. Sa mort subite et imprévue a laissé une tristesse profonde chez moi, chez mes sœurs et surtout chez ma mère — une absence ressentie qu’on évoque dans la famille en disant « If Daddy were alive… » Mais il ne l’est pas, et on l’accepte. J’ai donc horreur de cette « sentimentalisation » vraiment triviale des incidents du 11 septembre. Mis à part le côté politique des attentats, ce ne sont en réalité que des « incidents », impressionnants par le nombre de témoignages publics et audiovisuels et le nombre de victimes d’une agression commise à une échelle jusqu’alors inimaginable hors des livres de sci-fi et le fait qu’ils ont eu lieu dans la ville la plus grande et la plus hypermédiatisée de l’empire du moment. Voilà, c’est un « fait divers » aux proportions incroyables — mais ça reste au fond un « fait divers ». On comprend tout à fait la douleur réelle de ceux dont les amis, les femmes, les maris, les enfants leur ont été brutalement ôtés, mais je suis plutôt dégoûté par tout ce rituel pompeux et factice(et très très politique, il ne faut pas le nier) qui entoure cet anniversaire. Tout ça me fout dans une humeur massacrante (l'adjectif sonne bizarre, je sais).

Et ce n’est surtout pas pareil au renversement du gouvernement légitime de Allende au Chili, dû comme tout le monde le sait maintenant à une intervention spécifique du gouvernement américain de l’époque — une action criminelle commise par un état dont les responsables élus et nommés sont censés ne pas être des voyous — ce qui n’est pas le cas pour les adeptes « illuminés » d’Oussama ben Laden, qui sont plutôt des gangsters, tout comme le type, lui aussi « illuminé » qui a tué le médecin pour avoir fait des avortements. A mon avis ce serait plus « moral » et sain, d'un point de vue d'éducation civique, de commémorer ce qui est arrivé à Santiago-du-Chili et de parler de notre participation (c'est ce qui se passe d'ailleurs maintenant à Boston, chez les catholiques), mais on sait très bien que ça se passera pas ici, où on préfère de loin le mièvre et le faux de sentiments produits sur mesure pour les caméras de télévision.

Mais bon, il fait beau, il y a plein de gens dans la rue qui semble ne pas trop s’intéresser aux lugubres cérémonies qui se déroulent « downtown ». On est sorti hier soir avec la marchande de tableaux, qui répond maintenant à toute question à laquelle elle n’a pas de réponse véritable en disant tout simplement: « Oh, then the terrorists have won. » Ça n’a aucun sens, bien sûr, mais c’est dire dans quel monde absurde et surréel on vit à présent qu’à l’entendre on ne rit pas — au moins pour quelques secondes.

septembre 10, 2003

La sénilité (chez moi et chez les autres)

Je vous demande pardon — j’avais écrit un billet (rien de très intéressant — c’était plus ou moins à propos de ce nouveau système de sécurité pour les passagers aériens) et je croyais l’avoir publié avant de partir pour une réunion où j’allais donner mon opinion (plutôt négative et la seule à l’être) sur un projet dans le village devant une cinquantaine de mes concitoyens villageois. Je l’avais même copié collé dans la page MovableType — mais je ne l’ai pourtant pas publié — c’est curieux, je ne m’attendais pas si tôt à la sénilité.

L’été fini pour de bon, c’est un peu curieux de retourner à Manhattan la veille du 11 septembre. Le maire a désinvité le vice-président Cheney qui vient demain pour commémorer les attaques des célébrations au site avec les familles. « Pour raisons de sécurité » explique-t-on. Il fait vraiment très beau actuellement — pas trop chaud, pas trop humide, tout le monde est toujours bronzé, toujours décontracté. Mais il y a une sorte d’appréhension de demain dans les médias, surtout avec la réapparition de Ben Laden.

Mais on sort ce soir. J’ai envie de fêter l’emprisonnement du trésorier d’Enron — le premier des « hommes d’affaires » de la boîte houstonienne à tomber pour de vrai.

septembre 08, 2003

L'empire (des insensés)

Au Whiskey Bar Billmon réfléchit, un peu à la Netlex, c'est-à-dire avec intelligence et soin (mais en beaucoup moins bilingue que celui-là) sur la chute de l’Empire romain (avec des citations délicieuses de l’historien anglais du 18e siècle Gibbon, dont les premiers ouvrages ont été écrits en français) et le programme « impérial » de l’administration Bush.

Avec la nouvelle facture de $87 milliards annoncée hier soir par Bush pour payer notre aventure en Irak il y même les Républicains purs et durs qui gueulent. (Gaspillage de temps pourtant agréable.)

Je vais passer cet après-midi à une maison de repos dans le Rhode-Island voisin pour voir une amie très vieille qui vient de se casser la hanche en sortant du lit. (Elle ne pèse pourtant que 43 kilos.) Comme la duchesse de Devonshire dans cet article un peu « lite » paru dans le « Times » de samedi, elle parle avec un accent tout à fait désuet qui m’enchante (j’aime les langues et les accents).

septembre 07, 2003

Trop peu trop tard et probablement trop cher

Rien de nouveau dans un discours plat et ennuyeux. Il avait l’air nerveux, comme si quelqu’un l’obligeait à accomplir une tâche désagréable.

septembre 06, 2003

Soyez les bienvenus !

Chic, c’est exactement ce que j’espérais — un comité de « bienvenue » new-yorkais pour les Républicains qui s’attendent à venir à Manhattan pour fêter la rénomination de la marionnette Bush en septembre 2004. Trouvé chez Gawker.com, ce site servira apparemment de bureau central pour les protestations de masse prévues l’année prochaine à New-York. On y annonce déjà des manifestations contre l’avocat général John Ashcroft qui vient ce mardi pour encourager l’extension de pouvoirs donnés aux autorités du gouvernement par le Patriot Act, voté lâchement par la Chambre des représentants peu de temps après les attentats du 11 septembre. Puis, il y a aussi Bush qui annonce un discours télévisé demain soir (dimanche) sur la guerre en Irak — nouveau signe de faiblesse de l’administration. Espérons que la France et l’Allemagne ne se laisseront pas tenter par les éventuelles blandices (merci, La Rousse) proférées par l’Oncle Sam déguisé en Colin Powell.

septembre 05, 2003

Il faut bien rire

Une nouvelle carte des états de l'Europe vus (et rebaptisés) par le porte-parole (singulièrement débile) du département d’Etat américain Richard Boucher, qui a dénigré la France, l’Allemagne, la Belgique et le Luxembourg comme n’étant que des « pays chocolatiers ». Via l'incontournable cursor.

Il y a quelque chose qui ne va pas avec le nouveau site anglais d’Al Jazeera — quand j’y passe une fenêtre de téléchargement s’ouvre comme pour un fichier pfd (sauf que c'est un fichier « aspx » ??? ) mais il n’y a toujours rien qui vient. Je me demande aussi pourquoi j’ai du mal très souvent à visiter Heures Creuses avec sa nouvelle adresse qui termine en php3 ? Je me sers de Safari comme navigateur, donc c’est peut-être à cause de quelque incompatibilité que j'ignore ? Quand j'efface le 3, ça marche beaucoup mieux.

À signaler aussi est ce billet, dont l'auteur s'appelle Mewn. C'est un vrai styliste comique, ce Mewn, et il m'a fait rire tout haut ce matin en le lisant. Bravo ! (Et c'est une heureuse découverte de Navire.net.) Merci à vous deux.

septembre 04, 2003

Je ne savais pas que tu étais là

L’ex est parti et cela n’a pas été finalement trop dur à supporter. Il est arrivé vers 21h15 tout en s’excusant de son retard — il est resté trop longtemps chez des amis à bavarder, ce qui m’arrive aussi très souvent donc je ne pouvais pas trop le critiquer en toute justice. On a ouvert une bouteille de vin rouge (il faisait frais) et on a bavardé nous aussi. Il habite à Jacksonville en Floride et il n’a pas envie d’y rester. Il sortait pendant un certain temps avec un pianiste philippin mais cela n’a pas marché. Il est sorti avec des prostitués et a fait le tour des bavardoirs sexe, ce qui m’a semblé un peu triste pour lui, parce qu’au fond il est sympa et bien-intentionné même s’il n’arrive souvent pas à le montrer. Il lui manque un peu de cynisme aussi. On s’est couché vers 1h30. La nuit il a plu des torrents, j’ai dû me lever vers 4 heures pour fermer la fenêtre de la chambre. Je suis finalement descendu à la cuisine vers 8h30, et l’ex dormait encore dans la chambre d’hôte, la porte ouverte, que j’ai fermée pour le laisser dormir plus tranquille. J’ai fait du café après avoir allumé l’ordinateur. Il pleuvait et l'on pouvait entendre le son d'un bulldozer qui ramassait le débris de l'usine incendiée.

Il a dormi jusqu’à 10h30 — on a bavardé encore un peu puis on s’est habillé. Je lui ai fait faire un petit tour en voiture de quelques maisons à vendre que les parents du copain m’ont demandé d'aller voir. Puis on est allé déjeuner dans le village. A deux heures il est parti pour l’aéroport de Providence pour son retour en Floride. Hier soir il a dit qu’il regrettait toujours d’avoir raté le truc qu’on avait, nous deux. Je lui ai répondu que s’il avait accepté de partir avec moi pour nous installer à San-Francisco, on se serait vite séparé et j’y serais sûrement mort du sida. Donc, c’était pour le mieux qu’il m’avait refusé. On s’est embrassé sur les joues avant de nous coucher dans nos chambres respectives. Ah... Si j’avais su, toutes les journées d’angoisse, mes yeux et mon esprit noyés de pleurs, que j’en arriverais là, une soirée d’automne peu remarquable, à l’embrasser tout simplement sur la joue avant de monter dans ma chambre bien tranquillement…

Depuis quelques temps je lis une sélection de carnets tenus par des gens qui habitent au Moyen-Orient. Parmi ceux-ci je dois recommander surtout le carnet assez nouveau d’une jeune Irakienne habitant Bagdad dont le site s’appelle Baghdad Burning. C’est un carnet en quelque sorte complémentaire à celui, de renommée mondiale, tenu par Salaam Pax qui lui a fait tout récemment une guéguerre de carnets semblable à celle qui a éclaté entre Navire.net et Emmanuelle.net. À lire « Baghdad Burning », dans un anglais qui devrait faire honte à plus d'un diplômé d'université américain, on se rend compte tout de suite que Mlle Riverbend serait nettement moins indulgente envers les occupants américains de sa ville que son homologue carnetier Pax. On la cite de plus en plus dans les carnets politiques américains que je lis, et je l’ai trouvée la première fois par le moyen du carnet d'un Britannique résident en Israël, Expat Egghead.

Hier par hasard j’ai trouvé un site bilingue anglais-français qui s’appelle « Incoherent Thoughts » et qui en dépit de son nom a l’air très intelligent. Rédigé par une Française qui flotte « between Paris and Kurdistan » ce carnet parle des affaires kurdes, en Irak et ailleurs, et présente encore un côté un peu différent aux événements au Moyen-Orient. À propos des carnets irakiens cités plus haut, la carnetière d'Incoherent Thoughts remarque, fort pertinemment, que « Ces blogs de jeunes Bagdadi sont intéressants quand on les lit pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des blogs de jeunes gens de Bagdad, éduqués, parlant anglais, ayant un accès à Internet, et dont l'appartenance à une classe moyenne ou même aisée fait que l'occupation américaine occasionne une chute de leur niveau de vie, ou à tout le moins un surcroît d'inconfort. Mais si l'on se fixe uniquement sur leurs paroles pour avoir une vue de « ce que pensent les Irakiens, » cela risque de donner une vision singulièrement faussée. »

M’intéressant à savoir s’il existait d’autres carnets francophones dans cette région, je suis allé tout naturellement chez Blogolist.com, où j’ai visité un site censé être de Tabriz en Iran — c’est ce site-ci, d’un romancier qui s’appelle Jack Sigurson et où je n’ai rien trouvé d’iranien (j’ai aussi cherché une indication géographique mais je n’en ai pas trouvée). C’est pareil pour ce site censé être de Téhéran (un carnet qui s’appelle « Noname » hébergé chez U-Blog).

Toujours curieux je suis passé faire un tour chez quelques-uns des onze ( ! ) carnets d’un endroit américain au nom de Shemya, qu’on voit sur la gauche de Blogolist sous la rubrique Blocalisation. Le premier, c’est « j’aime j’aime pas » dont les coordonnées géographiques sont « 48867,2333 » (je ne suis pas arrivé à trouver un moyen de localiser une ville par les coordonnées). Or, il se trouve que Shemya, c’est une île dans les Aléoutiennes, et cela me surprendrait beaucoup de trouver onze carnetiers, francophones ou autres, sur cette île bien lointaine de la France profonde, comme du reste du monde. Pourtant, voilà « Le Fiel de la nation » qui se proclame « The über-blog anti-tout et pro-rien » et qui se situe (« <meta name="icbm" content="45750,4850" /> »)dans cette petite île perdue. Alors, est-ce une faute d’ordinateur qui n’arrive pas à bien situer ces coordonnées données ? Ou est-ce peut-être qu’on voudrait se donner des coordonnées plus exotiques que celles de, disons, Gonesse, de Villiers-le-bel, ou de Hoboken dans le New-Jersey ? Je n’en sais rien, mais je trouve c’est faire un peu la publicité « erronée » de dire qu’on est de « Point Hope » quelque part aux États-Unis quand en fait on écrit des Hauts de Golan, on est Canadien et on a marqué Montréal dans le code source du carnet (d’ailleurs très intéressant). N’y aurait-il un moyen de vérifier les coordonnées géographiques des carnets soumis à la liste des carnets dans Blogolist.com ?

Pour terminer, et pour ceux qui aiment ça (comme moi) : Un autre site ironique anti-Bush. Oui, on peut toujours espérer.

septembre 03, 2003

L'amour et les décombres

Il m’agace comme acteur mais ça m’amuse que Johnny Depp parle ainsi des États-Unis. (Heureusement pour lui qu’il habite dans le sud de la France, sinon...)

Encore des preuves, s’il en fallait, que le New-Yorkais moyen ne pense pas comme ses concitoyens. Seulement 20% disent qu’ils voteraient pour Bush en 2004. Par contre, 64% ont dit qu’ils voteraient pour le candidat démocrate (n’importe lequel, je suppose).

Il fait moche aujourd'hui — toujours gris et frais — et en plus j’ai un ex qui vient ce soir de Cap Cod, en route pour la Floride, où il habite. Rien qu’à lui parler au téléphone (ce qu'on a déjà fait plusieurs fois depuis hier) me rappelle combien ça n’aurait jamais pu marcher pour nous deux. Il est souvent difficile à admettre que l’ « amour » qu’on a éprouvé pour telle ou telle personne n’était pas en fait le sentiment élevé qu’on prétendait mais la manifestation plutôt d’un désir physique et sentimental qui en dit beaucoup plus sur notre caractère à nous que sur les qualités, réelles et non, de l’être « aimé ». Ça m'agace en plus il n’a jamais su gérer son temps — il m’a longuement expliqué ce matin pourquoi il fallait faire une étape ici, une course là, tout en m’assurant qu’il voulait absolument venir me voir — j’ai failli lui dire que j’avais changé de plan et que j’allais rentrer à New-York cet après-midi, mais avec un roulement d’yeux d’irritation invisible pour lui, je me suis tu. Il espère arriver chez nous vers 19h30 — moi je l'attends à 21 heures. Le copain en a souri. Il a bien le droit.