« décembre 2003 | Main | février 2004 »

janvier 31, 2004

Une veillée politique

On a tous les deux mal dormi hier soir — le copain s’est levé à 4 h. Moi je suis resté au lit, à errer entre le sommeil et la connaissance minime, jusqu’à ce que la radio s’allume à la voix d’une présentatrice de la NPR. Le copain est allé chercher la voiture, prête en principe pour 6h30 (on est allé à la campagne, où le copain avait un rendez-vous d’affaires à 10h30). Il n’y avait pas beaucoup de circulation, heureusement.

Cet après-midi on va avec des amis à une sorte de levée de fonds pour Howard Dean — il y aura la mère du candidat (qui habite, on dit, toujours dans la Park Avenue à Manhattan) et son frère (domicile à moi inconnu). Je me demande comment cela va se passer finalement — ce sera probablement une sorte de veillée sur la candidature de M. Dean, mais on verra. Ensuite on va dîner à un restaurant français qui se trouve dans le village pittoresque de Chester. Le Restaurant du village, dont le propriétaire est d’Alsace, est censé être un des meilleurs restaurants dans l’état de Connecticut — mais à vrai dire cela ne veut pas dire grand-chose, surtout en comparaison avec les restos qu’on a à New-York (désolé de me montrer si snob, mais c’est la vérité vraie).

Manquant de sommeil et ainsi d’humeur plutôt sarcastique j’ai grand-peur de ne pas scintiller ce soir.

janvier 30, 2004

La débauche bon enfant

Voilà, le problème du code d’activation pour le logiciel Antidote Prisme est finalement (bien je l’espère) résolu, grâce à l’assistance solide d’un certain M. Demontigny, à qui je dois un grand merci!

On est en train de répéter des scènes de « Sex in the City » devant chez nous — à travers les persiennes des fenêtres du salon je vois Chris North assis sur le siège arrière d’une grande voiture noire (genre « Lincoln towncar » et Sarah Jessica Parker en robe rose avec un manteau dessus — c’est une scène de séparation, peut-être ? Il fait toujours très froid, ça doit être dur de travailler dehors des heures et des heures. (Je n’ai pas pris de photos parce qu’ils gueulent quand il y a des flashs — l’entrée à l’immeuble était bloquée hier soir par un bataillon de photographes aux appareils énormes qui cherchaient des photos de Sarah Jessica.)

On s’est « mal » comporté hier soir — l’ex-marine nous a encouragés à faire un tour de bars locaux. On a pourtant commencé au restaurant espagnol El Faro où l’on a mangé de la paella à la Valencienne accompagnée de deux pichets de sangria.

disquedur.JPG
Un must de geek — un disque dur USB portable

On est passé ensuite à un bar à vin qui s’appelle Rhône - dans la rue Gansevoort — trop chic, trop cher (les bouteilles de whiskey à $250 — on n’est pourtant pas à St-Tropez !), trop tendance. De là on a poursuivi nos recherches vinicoles à Automatic Slim’s, un petit bar très agréable au coin des rues Bank et Washington avec une barmaid adorable. Elle et les quelques clients regardaient et commentaient l'émission « Extreme Makeover ». Elle a refusé à servir une bière à un type bourré qui était entré avec des amis — plus tard elle nous a expliqué que c’est le genre qui aime se battre.

otherroom.JPG
En dehors du Other Room dans la rue Perry

L’ex-marine a trouvé la clientèle du bar suivant, The Other Room, dans la rue Perry, trop jeune — une jeune fille très belle nous a offerts des bières belges — c’était une sorte de promotion publicitaire mais on n’y est pas resté longtemps. C’est curieux, l’ex-marine n’aime pas trop les filles BCBG — il préfère les filles un peu moins correctes.

charleslanelanuit.JPG
On a emprunté la toute petite ruelle Charles Lane pour aller au bar West

À West, un bar nouveau au bord du West Side Highway, il y avait un jeune barman, grand et sexy (musclé mais pas trop) en t-shirt moulant mais aussi un peu distant qui s’appelait Tray (oui, je sais, c’est très — quelque chose). On parlait avec lu du film « Close Encounters of the Third Kind ». Il était fan de Truffaut — ce qui expliquerait un peu son look de cinéphile ennuyé.

billards.JPG
La table de billiards au Dugout

On est allé ensuite au Dugout, un bar gay « sportif » dans la rue Christopher. Il y avait très peu de monde. L’ex-marine et le copain y ont joué aux billards et un type énorme s’est installé au bar à côté de moi en me demandant si j’étais au courant du fait que ce soir-là, le bar accueillait les « chubby-chasers » — les hommes gros et ceux qui les aiment ! J’ai dû avouer que je n’avais aucune idée de cette soirée spéciale, on est entré comme ça, pour boire une bière. C’était assez drôle (mais on s'est vite sauvé, étant bien sûr trop minces !)

entreeduplex.JPG
L'entrée du Duplex dans le square Sheridan

solistemaries.JPG
Un jeune soliste montre ses talents à Marie's Crisis
Notre pub crawl a terminé à Marie’s Crisis, le bar à piano dans la rue Grove, où il y avait pas mal de monde — l’ex-marine en a finalement eu marre de pédés et il nous a quittés. Le copain et moi sommes restés quelques minutes plus tard avant de rentrer chez nous.

mariescrisisbar.JPG
La glace « francophile » derrière le bar à Marie's Crisis à la mémoire du patriote Tom Paine qui a vécu dans l'immeuble

janvier 29, 2004

Le Showbiz

Oh la la, c’est quand même un peu tôt pour tout ce bruit de machines à pousser la neige du trottoir à la chaussée — ils sont en train de préparer les extérieurs pour deux jours de tournage des derniers épisodes de « Sex in the City ». De retour de Paris où ils ont tourné quelques scènes avec Mister Big, l’équipe de la série va tourner pendant deux jours devant chez nous et de toute apparence on ne comptait pas sur la neige, qu’il faut donc éliminer du trottoir devant chez Carrie — une fille qui travaille pour la production nous a dit la semaine dernière que l’appartement de Carrie est censé se trouver dans la 77e rue est, mais comme Mlle Parker habite en réalité dans la rue Charles, à deux pas d'ici, c’est bien plus commode (pour elle) de tourner dans ce quartier.

tktsbooth.JPG
Les guichets TKTS dans le Times Square hier soir

Hier soir on est allé aux guichets de TKTS dans le Times Square où l’on peut acheter des billets à prix réduit pour les spectacles (tout comme l’ami de celui-ci a fait à Paris chez billetreduc). L’ami galeriste nous ayant posé un lapin (en effet, il a préféré rester chez lui à cause du mauvais temps — mais c’est exactement dans le mauvais temps qu’il faut aller au TKTS chercher des billets, quand il y a peu de touristes ou, bien pire, de gens du Nouveau-Jersey à faire ralentir les queues), notre choix de spectacle était ainsi plus grand, puisque nous n'avons pas tout vu comme lui.

Le copain, en bonne petite midinette qu’il est quelques fois, a voulu voir son héros sexy Hugh Jackman, l’acteur qui a joué Wolverine dans les films X-Men. Donc on a pris deux billets pour « The Boy from Oz » au théâtre Imperial dans la 45e rue. Nos places étaient tout en haut, dans le premier balcon sur le côté droit. Je ne m’attendais pas à grand-chose (les critiques ont été flatteuses pour l’acteur et plutôt négatives pour la pièce) mais heureusement pour nous, ce n’était finalement pas trop mauvais — le beau M. Jackman est athlétique, énergétique et plein d’humour. Les chansons, dont la plupart ont été écrites par le personnage principal de la comédie Peter Allen, le jeune musicien australien qui était venu faire carrière à New-York, où il a épousé la fille de Judy Garland, Liza Minelli. L’acteur Jarrod Emick (pas mal non plus) joue le copain Greg après son divorce de Minelli — c’est quand même émouvant (en dépit de tout le cynisme que je m’efforce d’y mettre) de voir deux beaux jeunes gens qui s’embrassent en chantant une chanson d’amour des plus sentimentales devant un public plein de fanatiques de Wolverine. M. Allen est mort du sida après un retour en Australie en tournée triomphale en 1992 mais la pièce s’est terminée dans un numéro tout ce qu’il y a de plus « camp » (terme notoirement difficile à définir ou à traduire) et tapette, plein de plumes et de strass avec un énorme escalier illuminé en esse du haut duquel on descend vers le devant de la scène aux rythmes brésiliens de la chanson très connue de « I go to Rio ». C’est tellement bête, joyeux, outré, de trop, qu’on ne peut plus résister.

janvier 28, 2004

Un bouquet cueilli dans les champs de la carnetosphère

Quelques morceaux cueillis dans la carnetosphère :

A ceux qui croiraient que l’investiture éventuelle de M. Kerry comme le candidat démocrate à la présidence américaine ne sera pas sujette à une « lamination » par les Républicains, voici quelques « thèmes » que les Républicains, sous la direction de Maestro Rove, pourront bien soulever à propos de M. Kerry, puisés d’un commentaire d’un billet chez Atrios. (Je n’ai pas corrigé les fautes d’orthographe — en plus, « librul » fait référence à un accent de plouc (surtout du Sud).)

« Carl Roves latest talking points to the right wing rabids of talk radio and teevee;
Kerry is a like John MaCain, a little nutty.
Kerry is a Hanoi Jane traitor [référence à l'actrice Jane Fonda qui a protesté contre la guerre au Viêt Nam] . He protested the war.
Kerrys old lady is an uppity eastern eletist bitch and she sounds like a ferner [c'est-à-dire, foreigner ou étranger], unlike the perfect Pickles [sobriquet méchant pour Laura Bush, la femme de George].
Kerry is a pinko librul.
Kerry will raise your taxes.
Kerry is for faggots.
kerry is a big spender.
Kerry likes the Hollywood elites.
This will only be the start. Wait till they get into his medical records.
Richard
»

Il faut admettre que l'histoire médicale de Kerry pourra bien lui nuire.

L’excellent carnetier Pierre Carion me trouve un peu pessimiste mais je continue à croire que beaucoup des suffrages pour Kerry viennent des gens qui ont voté pour lui parce qu’ils ne voulaient pas se souvenir d’avoir été trompés par Bush dans la guerre en Irak.

Voici un extrait pris du Daily Kos intitulé « Dean and the real buyer’s remorse » ou « Dean et le vrai remords de l’acheteur ». Il s’agit surtout de l’Irak, et la guerre illégale et injustifiée menée par Bush.

« But many of the non-core Dean supporters within the Democratic Party evolved on the Iraq issue to the point where, although they may side with Dean now, they did not start where Dean started. In fact, they probably started where Kerry and Edwards started: supporting the invasion, albeit with a sense of unease. Because their transformation more closely mirrors Kerry than Dean, voting for Kerry is more affirming. (Sample internal monologue: "Hey, if John Kerry was fooled and feels betrayed, well, I can understand that because I feel the same way.") On the other hand, a vote for Dean is a reminder that you believed in the president and his plan all along. »

Finalement, voici un article dans le Spectator intitulé « Escape from Barbarity » ou « La fuite de la barbarie » dans lequel un Anglais déménage pour la France et explique pourquoi dans cet article intéressant, surtout pour un étranger non-français. (Via
Letter from Gotham
).

Un ami de Paris vient de me téléphoner pour me dire que lui et son ami seront à New-York ce week-end avant de poursuivre leur trajet vers la Floride et les Îles Vierges pour quelques jours de vacances. C’est toujours un plaisir de les revoir. Ce soir, on va au théâtre — les rues bloquées par la neige, il y aura moins de touristes devant les guichets du TKTS.

janvier 27, 2004

Ça y est !

neigelanuit.JPG
Le pare-brise d'une voiture garée dans notre rue

Le temps qu'il fait

Je me suis dépêché de rentrer à New-York avant l’arrivée prévue d’une tempête de neige et de glace qui arrive vers nous de l’ouest. Avant de me « réfugier » en ville contre les éléments bientôt déchaînés de la nature hivernale j'ai toutefois eu le temps d’aller à la banque, où la caissière, gentille et grosse, donne toujours des friandises à Betty(cela va sans dire que pour Betty c’est sa banque préférée), et de ranger un peu la maison.

Il est certain que l’autoroute 95 dans le Connecticut fait partie des autoroutes les plus laides et les plus désagréables du monde entier. Il y a avait un peu moins de circulation cet après-midi mais malheureusement cela n’a pas rendu le parcours plus beau. Voici quelques photos.

pompeaessence.JPG
Une pompe à essence à la station-service Mobil de la sortie 21 de l'autoroute 95

i95engris.JPG
Vue de l'autoroute devant la station-service et le restaurant McDonalds
Ayant déposé la voiture au garage, Betty et moi, nous nous sommes dirigés vers le marchand d’aliments pour chiens dans la rue Christopher. C’est tenu par un type arabe sympa — lui aussi il donne des friandises à Betty. Je lui ai acheté une délicieuse oreille de porc (miam !) et un sac d’aliment sec.

pubdecurie.JPG
Une vieille pub pour une écurie pension depuis longtemps disparue sur le mur d'un immeuble près du garage

ruechrist.JPG
La rue Christopher à l'avenue Hudson

ruebedford.JPG
Le début — ou la fin — de la rue Bedford, ancien sentier vacher
C’est bien chez nous dans le Greenwich Village qu’on verrait les vitrines d’une pharmacie décorée pour les Oscar avec des photos de vielles vedettes et tout et tout. Xan Brooks dans cet article dans le Guardian pense que les sélections pour les prix sont un peu gênantes pour l’establishment hollywoodien. Je ne savais pas que Miramax avait demandé à Peter Jackson de tourner un seul « Seigneur des anneaux » avec tout le scénario des trois films en un seul d’une durée de deux heures seulement. Il leur a refusé.

vitrineoscar.JPG
Une vitrine de pharmacie dans la rue Bleecker dans le Village

Ce soir c’est la tempête de neige qu’on attend vers minuit — je vais regarder les infos à la télé sur l’élection primaire au New-Hampshire. Le premier ministre Tony Blair a failli être renversé par un vote au Parlement — le rapport Hutton sur la mort du scientifique David Kelly sera publié demain. On viens de commander quelques plats chinois qu’on va nous livrer — vu le temps infecte qu’il fait, je plains les livreurs en bicyclette, mais on lui donnera un pourboire généreux.

janvier 26, 2004

L'avenir économique des carnets

La carnetosphère francophone fait son entrée dans le carnet politique Whiskey Bar, dont le carnetier Billmon a passé la semaine à Davos pour le forum économique mondial. Billmon est allé à une conference sur les carnets dans laquelle trois des cinq conférenciers ont des carnets, un professeur de l’université de New-York, le célèbre carnetier japonais Joi Ito, et le fondateur et PDG d’ublog Loic Le Meur. Billmon n’a pas pourtant compris ce que voulait dire « ublog » et s’est un peu trompé de sa signification. Mais il a tout de même apprécié un sujet soulevé par M. Le Meur :

« The more serious problem, I think, was raised by Le Meur, the French blogger, who argued that blogs have the potential to become for the news media was Napster was for the music industry. Indeed, the impact on existing business models might be even worse -- Napster only allowed consumers to copy content; blogs allow them to create their own. The traditional media might not be able to cope with the competition, particularly at a time when some of its traditional revenue sources, such as classified ads, are already migrating to the Internet. »

Demain c’est le primaire du New-Hampshire. Je suis allé dîner chez l’amie écrivain. On était d’accord, avec un soupçon de résignation, que le gagnant sera probablement Kerry. L’Américain moyen n’est toujours pas prêt à accepter qu’il a été dupé par Bush et Cie — voter pour Kerry, qui a lui aussi voté pour la guerre, permettrait à cet « Américain moyen » de croire que tout le monde comme lui a été trompé par l’administration. Ce n’était donc pas sa faute. Dean, en prêchant contre la guerre, cupabilise ce même Américain moyen. C’est une stratégie politique difficile.

janvier 25, 2004

Choississez !

Lequel des deux est plus « présidentiel » ? Ce petit vidéo pourra peut-être vous aider à faire votre choix. Via Atrios.

janvier 24, 2004

Deux francophiles mortes

Encore des funérailles, celles-ci de la variante anglicane. Encore une fois on a récité une partie du chapitre 3 de l’Écclésiaste. Encore une fois on a parlé d’une passion pour la France de la part de la défunte (celle de la cérémonie d’aujourd’hui avait travaillé pour le service secret de l’armée américaine dans la 2e guerre mondiale à Alger avant de s’installer plus tard à Washington où elle a travaillé pour la CIA).

Il fait toujours très froid — -13º à présent. Je viens de raccompagner ma mère chez elle — elle est venue dîner chez nous ce soir, avec l’amie marchande de tableaux qui passe le week-end ici. J’ai fait une poule au pot pas trop mauvaise — c’est vrai, cela devient ma recette de secours quand je ne sais pas quoi préparer et l’on n’a pas envie de sortir. Il est vrai aussi que cela m’arrangeait d’utiliser dans sa présence pour la première fois la soupière que ma mère m’a donnée en cadeau de Noël.

Bon, je me couche.

janvier 23, 2004

Hier

J’ai passé en effet la moitié de la journée d’hier à assister aux funérailles de l’amie morte d’un accident de voiture (causé, selon l'autopsie obligatoire dans le cas d'un accident de route dans l'état de Connecticut, par un anévrysme cérébral) à Greenwich le vendredi dernier. Elles se sont déroulées dans une synagogue parce que l’église était trop petite pour la foule attendue. Et foule y était. C’était trop long, les hymnes « modernes » étaient inchantables, les témoignages personnels exprimés devant l’assistance étaient trop longs et souvent incohérents ou mal à propos ou même faux.

L’office terminé, je suis allé chez le mari où l’on recevait une foule de gens aussi — c’était un cocktail curieux, on était triste et mondain à la fois. Il y avait des photos de la défunte placées un peu partout dans le rez-de-chaussée de la maison, elle-même assez grande. Elle avait été très belle — impossible, finalement, mais belle. Son mari, un type formidable, était navré, il avait l’air d’avoir avalé un tas de calmants. Le salon était plein d’amis d’école des deux filles, garçons et filles. Les adultes circulaient d’une salle à l’autre, en passant par un énorme buffet dans la salle à manger, à un autre dans la grande cuisine, plusieurs bars. J’y voyais des gens que je n’ai pas vus depuis des années —ça faisait un peu l’effet du film « The Big Chill » mêlé à « The Ice Storm ».

Tout cela donne à réfléchir, c’est sûr. De distants souvenirs de soirées ivres dans son appartement de la rue de Fleurus, où pendant de longues parties de bridge on flirtait aussi bien avec le beau Bernard que la belle Ellen. C’est elle qui avait insisté pour qu’on aille Au Pied de Cochon manger de la soupe à l’oignon à quatre heures du matin— on voyait des tables de « grands » devant d’énormes plateaux de fruits de mer, les hommes en smoking, leurs têtes sur la table, les femmes en robe longue qui bavardaient en fumant sans se préoccuper trop de leurs maris endormis. Oui, c’est curieux, la mort.

janvier 21, 2004

Où je me plains d'à peu près tout

C’est dommage qu’il n’y ait pas de carnets francophones dans les concours des Bloggies 2004.

J’ai toujours des problèmes de code d’activation avec le logiciel Antidote Prisme. Après un tas de courriels, ça fait déjà trois fois que je téléphone au siège de Montréal où les réceptionnistes sont charmantes mais le type qui s’occupe de problèmes techniques n’a pas envie de parler avec moi directement. Il préfère m’envoyer des courriels pleins de suggestions qui ne résolvent pas le problème. M'enfin, qu'on me tout simplement un nouveau code qui marchera. (Et je n’ai que 15 jours de fonctionnalité qui me restent !) Bon, je téléphone demain matin.

Il fait toujours froid — le trottoir est couvert de glace et donc assez dangereux. On marche avec prudence.

Le copain a passé toute la journée dans le QG d’Howard Dean à Manhattan où il s’est offert comme employé de bureau volontaire. Là on a préféré ignorer les événements déagréables de lundi.

L’ami galeriste, avec qui on a dîné ce soir, nous a déclaré qu’il ne reste plus aux USA si Bush est élu (pour une première fois, bien sûr.) « Tu vas où alors ? » le copain lui a demandé. « Tu pars au Canada ? En France ? » « Hmm, je pense que le Mexique m’irait assez bien » il a répondu. C’est vrai, il fait bien plus chaud à Puerto Escondido, dans la province de Oaxaca, qu’à Baie-Comeau au Québec.

janvier 20, 2004

En famille

Je suis, je l’avoue, un peu — même assez — déçu par les résultats des « caucus » en Iowa hier soir. Pas parce que je suis tellement supporteur de Dean, mais plutôt parce que les médias bien-pensants en sont si jubilants. Les journaux et les chaînes de télévision, ils ont peur de Dean, surtout d’un « phénomène Dean » qui les rendrait désuets en se servant surtout de l’Internet pour enthousiasmer les foules.

tourbloomberg.JPG
La nouvelle tour Bloomberg en construction plus bas dans l'avenue Lexington

lesoiseaux.JPG
Une bande de « rats volants » voraces dans la 67e rue est

laparkavenue.JPG
Le côté ensoleillé de la Park Avenue

En ce qui concerne le vainqueur Kerry, je peux bien voter pour lui. Je connais même un peu sa femme, Theresa, née au Mozambique, qui avait épousé le sénateur John Heinz, membre d’une famille énormément riche de Pittsbourg et mort d’un accident d’avion. Mme Heinz s’est remariée avec le sénateur Kerry du Massachusetts, lui divorcé de sa première femme. Elle est simple, un peu farfelue, pas du tout prétentieuse ou collet monté. Elle viendrait dans nos bureaux à l’improviste et s’installerait dans une chaise à bavarder et à boire un café avant de gagner la gare de Pennsylvanie pour prendre le train vers Washington.

immeubledeluxe.JPG
Un immeuble de luxe très connu au numéro 580 dans la Park Avenue

hexpress.JPG
Une nouvelle ligne de métro — le « H Express » chez Hermès dans l'avenue Madison

Ce matin je suis allé à l’Upper East Side pour aider le père du copain à ranger ses sculptures sur la grande table en bois qu’on lui a donnée et qui fait partie de cette exposition d’œuvres de membres du club et de leurs femmes. À part les sculptures du père du copain et deux boîtes décoratives peintes par la femme de quelque membre, l’art exposé est d’un niveau vraiment risible. Le vernissage est pour ce soir — on y passera pour montrer un peu de soutien familial avant d’aller dîner avec des clients nouveaux du copain.

lentreeduclub.JPG
L'entrée du club dans l'ombre

lexposition.JPG
La table sacrée de chefs d'œuvres du père du copain — les tableaux et les aquarelles se trouvent plus loin dans la salle au fond

Je ne me suis pas encore rendu vraiment compte de la mort de cette copine d’université que j’ai apprise hier. Cela fait quelques années déjà qu’on ne s’est pas vus — dans mon cas, c’était fait exprès. Elle était alcoolique depuis des années et il était devenu de plus en plus désagréable de passer du temps dans sa compagnie, elle faisait des scènes terribles avec son mari. Mais elle avait aussi un côté d’une générosité inouïe. C’était une des dernières femmes avec qui j’avais couché, il y a bien longtemps, avant de me concentrer sur ma carrière de pédé exclusif. Un autre monde, qui m’a été rappelé encore en parlant hier au téléphone avec une amie commune que j’ai failli épouser. On s’était séparée assez maladroitement, elle était pleine de rancune (compréhensible, d’ailleurs), elle s’est ensuite mariée avec un type vraiment exécrable avant de le divorcer (enfin) pour se marier avec un type bien (que je ne connais pas). Il m’était étrange d’entendre sa voix de nouveau au téléphone après tant d’années.

janvier 19, 2004

Les accidents

On est parti un peu tôt de la campagne cet après-midi. N’importe. Il nous a fallu 4 heures de route pour rentrer à Manhattan — il y avait des petits accidents de voiture un peu partout (les gens ne savent vraiment pas conduire, ma foi !)

mareebasse.JPG
Marée basse

Quelques photos pour faire preuve que j’ai bien sorti Betty hier, dans la neige.

bettyenneige.JPG
Betty dans la neige avec son jouet favori — le palet rose

plagesousneige.JPG
La plage sous la neige

cygne.JPG
Un cygne solitaire

En rentrant chez nous il y avait deux messages sur le répondeur : une ancienne amie à moi est morte d’un accident de voiture à Greenwich, par où je suis passé il y a deux heures. L’enterrement aura lieu le jeudi prochain. C’est curieux.

janvier 18, 2004

La mauvaise humeur

On aurait du rester en ville ce week-end – il fait un temps infecte, mi-neige mi-pluie, et je me sens incapable de faire quoique ce soit d’utile ou meme de divertissant. Le copain lui est installe sur le lit en haut, le portable sur les jambes, à regarder un film idiot de la serie Pink Panther avec Peter Sellers comme l’inspecteur Clouzot – je n’ai jamais pu supporter ces films-là. Il y a la Betty aussi qui me fait des yeux de supplication canine qui veulent dire « pourquoi tu ne veux pas sortir jouer avec moi ? ». C’est parce que je suis paresseux, egoiste, insensible et tout le reste. C’est dire aussi que j’ai fort mauvaise conscience.

Pour mettre fin une fois pour toutes la fausse importance de la francophobie aux USA, on reste, du moins à New-York, tout à fait fascine par ce qui se passerait dans les restaurants parisiens. Le Times d’aujourd’hui publie, pour la nieme fois – c’est un sujet inlassable pour le Times – un long article sur quelques restaurants à Paris.

Ailleurs, M. Kerry devance ses rivaux dans les derniers sondages en Iowa – quelques carnetiers parlent meme de l’eclatement de la « bulle » Dean.

Une vingtaine (au moins) de morts dans une explosion devant les bureaux de Bremer à Bagdad, ce n’est pas une nouvelle à faire egayer le moral.

Bon, je me tais – je vais quand meme sortir la Betty, j’ai besoin d’accomplir au moins une seule bonne action pendant la journee.

(PS Le week-end s’est mal debute quand je me suis rendu compte en arrivant à la campagne vendredi soir que j’avais laisse mon ordinateur tout joliment range dans son sac dans le salon de l’appartement. Voilà pourquoi il n’y a que des accents graves dans ce billet – pour les autres, je n’arrive pas à les trouver sur Word for Windows.)

janvier 16, 2004

L'anglomanie (passagère)

Cette semaine je me suis permis un accès d’anglomanie, à commencer par la lecture du dernier tome des journaux intimes de Cecil Beaton, mort en 1980. Drôle, cinglant, superficiel, sentimental, humain à son tour, Beaton a mené une vie toute particulière de nomade mondain en compagnie de gens aussi ambitieux et aussi travailleurs que lui. Le chouchou de femmes de riches tels Mme Charles Wrightsman et la baronne de Rothschild, Beaton ne cachait pas, dans son journal, son mépris ou sa désapprobation pour certaines célébrités telles l’acteur lord Olivier, l’actrice Elizabeth Taylor et son mari d’alors Richard Burton. Il s’était lié avec un jeune escrimeur américain de Princeton qui s’est ensuite déplacé vers San-Francisco où il travaillait comme professeur — Beaton essayait d’aller le voir chaque fois qu’il se trouvait aux États-Unis. En 1974 il a subi une crise cardiaque ; le 11 janvier 1980 il décrit dans son journal l’arrivée du vétérinaire on avait appelé pour faire piquer son chat Timothy qui avait 17 ans et qui souffrait. Apprenant après une sieste la mort de son animal de compagnie, il est accablé de sanglots. « Now all was over and Timmy was alone, parted from us, while we were very much alone, parted from him.[…] I was still alive, but Timmy had gone through to oblivion. He was perhaps lucky ? Who knows ? » Il est mort lui-même une semaine après, grâce, on croit, à l’intervention d’un médecin compatissant.

Hier soir on a regardé les derniers épisodes de la série anglaise « House of Cards » (et je suis tout à fait d’accord avec l’opinion récente de Pierre Carion sur cette série — c’est comme Bush incarné en homme politique intelligent — arrêtez de rire, les méchants !) intitulé « The Final Cut », toujours avec l’incontournable Ian Richardson qui joue le premier ministre machiavélique. Comme les Bushistes, on fait commencer une petite guerre (en Chypre) pour essayer d’affermir la position politique du premier ministre. Le dernier épisode n’est aussi impressionnant que les deux premiers, mais l’ensemble c’est magistral.

J’ai lu hier cet article dans le Telegraph où l’on prétend que Londres serait plus une destination plus populaire pour les touristes internationaux que Paris. Il paraît que le copain et moi nous aurons l’occasion de tester quelques bases de cette hypothèse en février, puisqu’on nous prête un appartement à Knightsbridge pour une semaine. J’espère qu’il y fera un peu plus doux qu’ici.

J’ai aussi commencé à lire un livre que j’avais acheté à Londres l’année dernière : « Voltaire’s Coconuts or Anglomania in Europe » d’Ian Buruma, intellectuel anglais d’origine hollando-allemando-juive. C’est énormément lisible et intelligent. Le chapitre sur Voltaire est très amusant.

Le nouveau Sant Ambrœus, succursale new-yorkaise du restaurant milanais de luxe qui s’est installé à deux pas de chez nous, a reçu sa première critique dans le Times d’aujourd’hui. Oh la la, madame Burros n’est pas contente ! Je la connais un peu de vue, c’est une grosse femme d’un certain âge, pas du tout élégante, qui, comme tout bon journaliste américain averti, avait « profité » des événements affolants du 11 septembre pour « écrire » un livre de recettes sur la cuisine de confort. La cuisine de Sant Ambrœus ne s’intéresse que très peu aux critères culinaires de rassurance névrotique de Mme Burros, qui se plaint surtout de sa clientèle d'Européens minces et riches et d'« Américains qui voudraient faire comme eux ». Qu’est-ce qu’elle est jalouse, la Burros !

janvier 15, 2004

Le bon et le mauvais

Il a neigé hier soir et il fait toujours très froid. Mais c'est beau, la neige, (au moins au début !)

maisonenneigee.JPG
C'est la maison « idéale » devant chez nous agrémentée de quelques flocons de neige — c'est même plus joli, n'est-ce pas ?

4emerueouest.JPG
Il y a du soleil aujourd'hui dans la petite 4e rue ouest

Je suis très content d’avoir appris hier que cinq avocats militaires américains ont déposé des dossiers amicus curiæ(qu’on peut télécharger en pdf ici) dans lesquels ils attestent que « If there is no right to civilian review, the government is free to conduct sham trials and condemn to death those who do nothing more than pray to Allah ».

Il faut le faire, quand même, travailler dans et pour l’armée et protester ainsi contre ses chefs. Bravo.

De la politique mais d'un autre niveau: on se demande lequel (la Braun s'en va aujourd'hui en faveur de Dean) des candidats démocrates serait le plus sexy? Pour voir de belles photos du « chaud » Howard Dean, cliquez ici (merci à blah, blah, black sheep et à addaboy, qui lui se trouve actuellement à Park-City, dans le Utah, pour le festival du film indépendant Sundance.) Pour une photo (bien plus récente) du candidat Wesley Clark, cliquez ici.

Les excellents carnetiers politiques de Philadelphie, Atrios d'Eschaton et James Capozzola de la Rittenhouse Review ont tous les deux commenté sur les réactions désagréables suscitées par la comédienne américaine d'origine coréenne (mais elle est née aux USA, en Californie, je crois) à propos de remarques qu'elle a faites au « Bush Bash » organisé par Moveon.org à New-York lundi soir. Voici un extrait touchant du carnet de Mlle Cho dans un billet dans lequel elle répond aux courriels insultants qu’elle a reçus suite à la publication par Matt Drudge d’une partie du texte de ses remarques. Nos chers patriotes de la droite l’ont assaillie de courriels charmants dont on peut lire une jolie sélection ici. C'est du beau.

Mlle Cho écrit « I have been so rejected that I have come to expect it. I have learned to love that which is meant to harm me, so that I can stand in the way of those who are less strong. I can take the bullets for those who aren't able to. I am a warrior, hard as fuck. None of the hate directed at the honesty I am all about impressed me. » Je l’adore, la Cho.

On signale un peu partout (dans le Times d'aujourd'hui ainsi que chez Jim Romanesko de Poynter.org (dont « Everything you need to be a better journalist » est le slogan) un nouveau carnet web à http://campaigndesk.org/ écrit par des journalistes pour critiquer les journalistes qui travaillent dans la campagne présidentielle On verra ce que ça pourra donner.

Finalement, depuis plusieurs semaines déjà, comme d'autres dans le carnetosphère je lis régulièrement les billets de carnet du journaliste français Thomas Cantaloube, qui m’intéressent surtout par sa perspective « européenne » sur l’actualité politique américaine. Mais en fait son point de vue ne me semble pas si différent de celui qu’entretiendrait n’importe quel journaliste intelligent à l’esprit ouvert. Je ne me rappelle plus chez quel carnetier j’ai retrouvé le lien (Padawan ? Brain Not Found ? Everybody’s Weird ?) mais merci beaucoup !

janvier 14, 2004

Il fait trop froid !

En ce moment j’écoute à la radio la cérémonie de présentation du plan du mémorial des morts au World Trade Center — tous les hommes politiques sont là, dont le gouverneur George Pataki et le maire Michael Bloomberg. Le projet sélectionné, qui porte le nom d’Absence réfléchissante, est bien sûr un compromis, d’un point de vue esthétique, politique et intellectuel. C’est là une faiblesse des démocraties — voulant satisfaire au goût d’une majorité de leurs citoyens, elles ont souvent du mal à créer des monuments vraiment à la hauteur des événements qu’ils commémorent. Mais bon, c’est fait, c’est terminé, qu’on commence à le construire tout de suite !

maisonideale.JPG
Une maison de ville idéale — et c'est juste devant chez nous, ce qui serait bien commode pour les déménageurs, non ?

Les révélations de l’ancien secrétaire au Trésor Paul O’Neill continuent à faire fureur dans les milieux politiques.

L’amie marchande de tableaux m’a invité à l’accompagner dans une tournée des galeries d’art à Chelsea. Elle voulait surtout visiter la Spike où l’on prépare une exposition des tableaux de Martin Mull. Ce monsieur Mull est un personnage curieux — acteur très connu à la télé américaine, dans les séries « Fernwood Tonight » et « Rosanne », il avait étudié la peinture à la Rhode Island School of Design. À côté d’une carrière d’acteur très réussie, il a continué à faire des tableaux — l’amie marchande les collectionne et les promeut. On était en train de faire l’accrochage de l’expo quand on y est entré. M. Mull était charmant, très accueillant, un peu nerveux, comme tout artiste, de la réaction éventuelle du public à ces nouveaux tableaux (le vernissage est pour demain soir). Il a embrassé l’amie marchande. Moi je ne suis pas grand amateur de ses œuvres mais j’ai souri poliment en lui offrant quelques compliments anodins — les artistes sont toujours anxieux, il faut qu’on les rassure de leur talent — et finalement on est reparti les catalogues et les cartons d’invitation dans les mains.

On est passé voir l’expo du photographe Andrés Serrano chez Paula Cooper (l’amie l’a aimée, moi moins), les sculptures de l’artiste anglais Marc Quinn, des expos (pour moi) peu intéressantes chez Charles Cowles, chez Edward Thorp (la sculptrice Deborah Butterfield), chez PPOW (un photographe hollandais), et finalement chez Cheim & Reid où l’on exposait les photographies faciles et dédaigneuses (et énormément estimées par les critiques) de William Eggleston.

On a terminé notre balade à la galerie Jeff Bailey où j’ai pris ces photographies des dessins au crayon de couleur de l’artiste Julia Randall — ces dessins sont intimes, déroutants, très bien faits, marrants, inquiétants.

weirddrawing1.JPG
Un dessin de Julia Randall chez Jeff Bailey

unoiseauetrange.JPG
Un oiseau étrange (détail)

perruquebizarre.JPG
Une perruque un peu spéciale

Hier soir on était invité à dîner avec les parents du copain — j’ai dû écrire en écriture de chancellerie sur les cartes de table les titres des œuvres que le père du copain va exposer dans une exposition de membres du club dont il est membre.

Le froid est retourné depuis ce matin. Il fait –10º maintenant. Pas agréable du tout !

janvier 13, 2004

La partie de campagne gay

On est parti donc à la campagne vendredi après-midi pour fêter l’anniversaire d’un vieil ami du copain, qui avait été étudiant à l’université de Berkeley à la même époque que lui. La maison de l’ami et de son copain à lui se trouve au village de Hillsdale, une communauté tout ce qu’il y a de plus rurale, pas très loin des stations de ski des monts Berkshire dans le Massachusetts.

ilfaitfroid.JPG
Aïe, il fait froid !

On avait réservé une chambre dans le motel Celerohn (épellation bizarre qui doit signifier quelque chose, mais quoi ?) où l’on nous permettait d’emmener avec nous la Betty, toute contente de voyager avec sa meute.

celerohnmotel.JPG
Devant le motel

Il nous a fallu 2 heures et demie de route, passées pour la plupart sur le Taconic State Parkway, vieille autoroute commencée en 1927 et aménagée en parc, pour arriver à la cabane. Là on a dû réchauffer la maison à l’aide d’un fourneau à bois (si, si, cela nous a paru incroyable aussi) — pas trop dur quand il fait un temps disons normal, mais ce week-end (fait confirmé par nos amis carnetiers québécois au nord de nous) la température a baissé à des niveaux inattendus et records — il faisait –22º C dehors, et à peine 10º C à l’intérieur de la maison. Le copain de notre ami, qui fait sa deuxième année d’internat en médecine à l’hôpital New York-Presbyterian à New-York, avait dû rentrer chez ses parents à San-Francisco à cause de sa mère, qui avait subi une crise cardiaque grave. Vendredi soir on a mangé des pâtes avec une sauce plus ou moins bolonaise avec beaucoup de vin rouge pour nous réchauffer.

salonpedecampagne.JPG
Le salon de la cabane, dans un style rétro années 50

Après une nuit peu reposante au motel, on est rentré à la cabane pour le petit déjeuner de bagels, de fromage frais et de saumon fumé. Il y avait plus de monde — les invités arrivaient de Boston et de New-York. Il faisait toujours incroyablement froid ! Le petit déjeuner terminé on est allé faire un tour dans le village d’Hudson. Ce village subit en ce moment un embourgeoisement progressif dû surtout à l’arrivée de beaucoup de gays de Manhattan qui y ouvrent des galeries d’art, des boutiques d’antiquités et des restaurants et qui achètent des maisons secondaires qu’ils restaurent. Le nouveau musée d'art contemporain de la fondation Dia vient d’ouvrir à Beacon, un peu au sud. L’endroit devient à la mode.

hudsonmainst.JPG
La rue principale d'Hudson dans un sens...

hudsondanslautresens.JPG...et dans l'autre

On a un peu exploré la rue principale d’Hudson mais à cause de la température excessivement basse on n’a pas pu rester dehors trop longtemps et Betty était toujours avec nous, donc on ne pouvait pas aller dans un restaurant avec elle (il est strictement (et bêtement) interdit à New-York d’entrer avec un animal dans un endroit où il y aurait de quoi manger). On a finalement acheté des sandwiches qu’on a mangés dans la voiture, au grand plaisir de Betty.

La fête d’anniversaire s’est bien passée. Le copain de notre ami nous a surpris en rentrant de Californie et il y avait une trentaine de gens à manger des tortillas spéciales. J’ai bavardé avec un jeune que je connaissais et qui pensait aller vivre sur la côte ouest, à San-Francisco ou à Portland. Je le taquinais en disant que New-York lui manquerait beaucoup. On est rentré tôt au motel pour nous coucher de bonne heure.

immeublehudson.JPG
Un vieil immeuble restauré à Hudson

Dimanche on est passé une dernière fois à la maison pour dire merci et au revoir à nos hôtes avant de partir pour le village proche de Kinderhook, où on avait été invité à déjeuner avec d’anciens amis qu’on ne voit presque plus — ils habitent le Upper West Side à Manhattan, donc loin du Village, et puis ils passent leurs week-ends ici, dans le fameux « upstate » lointain. Une jolie maison en bois qui date de 1840, restaurée dans le goût néo-gothique du conservateur d’arts médiévaux au Metropolitan qui fait une moitié du couple — l’autre, un vieil ami à moi, est acteur (et avocat !) anglais qui travaille dans un énorme cabinet d’avocats à Manhattan. Un drôle de couple. On y a très bien mangé un ragoût d’agneau.

joliemaison.JPG
La belle maison de nos amis à Kinderhook, aux couleurs historiques correctes

unebelletable.JPG
Une table joliment dressée

chambreexotique.JPG
Une chambre d'hôte exotique, au papier peint de William Morris et un dessus-de-lit en velours rouge ancien

maisonhistoriquehudson.JPG
Leur terrain est adjacent à cette propriété historique, la maison de James Vanderpoel érigée aux environs de 1820

Nous les avons quittés vers 15h30 pour faire une escale « de pitié » (méchant mais vrai) à la maison du partenaire d’un vieil artiste décédé en août — on s’est trompé de route à plusieurs reprises, les autorités locales ne semblant pas se soucier trop de panneaux serviables. On y est enfin arrivé, c’était une très belle maison d’un goût simple et raffiné, où le type nous a offert du thé dans un petit salon jaune clair.

Retour à New-York vers 19h30 — on avait faim et froid. Il y avait des lentilles et des saucissons qui nous ont servis de dîner. C’est dur, les week-ends à la campagne homosexuels.

(PS — Le jeudi soir passé on est allé voir le film Big Fish. Intéressant. Critique plus élaborée à suivre.)

janvier 12, 2004

Le rattrapage carnetier

Le vendredi passé j'ai essayé à plusieurs reprises de publier un billet avant de partir en week-end à la vallée de l’Hudson située dans ce que nous nommons, assez vaguement, il est vrai, « upstate », c’est-à-dire toute cette partie de l’état de New-York qui se trouve au nord du comté de Westchester, (le Westchester étant considéré comme faisant partie de la banlieue connue de la métropole.) Malheureusement, j’ai eu (et j’ai toujours) des ennuis avec Antidote Prisme, qui me demande toujours mon code d’activation chaque fois que je l’ouvre et me signale qu’il ne me reste que 26,25,24 jours de fonctionnalité. Un type du service clientèle m’a conseillé de télécharger la version 2 du logiciel où il y aurait, selon lui, des corrections aux « coquilles » trouvées dans la version 1. Bon, je fais ce qu’il me suggère, mais quand j’essaye de l’installer, je reçois un avis me disant que puisqu’on ne trouve pas de version 1 (ce qui est vrai, je ne l’ai pas), on ne peut pas faire de mise à jour à la 2. J’ai envoyé à Druide un nouveau courriel ce matin pour leur montrer l’aspect circulaire de ce problème et de leur solution proposée — et je n’ai même pas « emprunté » ce logiciel !

dansla6eave.JPG
Dans la 6e avenue, vers le nord

Et puis, j’étais prêt de publier quand mon Safari a planté pour la nième fois — donc, tout perdu d’un coup et je n’avais plus de temps puisque le copain avait promis à notre hôte qu’on apporterait avec nous des bagels, ce mets typiquement new-yorkais qu’on consomme souvent avec du saumon fumé et du fromage frais. On est allé à une succursale des fabricants de bagels très renommés H&H dans la 46e rue ouest. (Un bagel, c’est probablement le contraire des élégantes et délicieuses offrandes qu’on trouve chez Ladurée ou Pierre Hermé, mais c’est quand même bon.)

nouvelimmeuble.JPG
De nouveaux appartements en construction dans la rue West Houston à Soho — venez vite avec vos euros !

Le matin je suis allé avec l’amie marchande de tableaux faire un tour dans quelques galeries à SoHo (il n’en reste pas beaucoup — la plupart se sont déménagées vers le quartier de Chelsea) où elle était obligée de voir une exposition d’un artiste (ex-producteur de télévision énormément riche, voilà le problème) dans une galerie plutôt louche dans Broadway. On y est allé à pied du West Village. Voici quelques photos prises pendant notre balade aller-retour.

broadway.JPG
Le Broadway, vers le sud

couloiranonyme.JPG
Un couloir anonyme dans un de ces immeubles de Broadway autrefois pleins de galeries

laruegrand.JPG
Dans la rue Grand vers l'ouest à Soho

drawingcenter.JPG
A gauche la façade claire du Drawing Center, fermé pour installation — on est allé ensuite chez Ronald Feldman où il y avait une nouvelle exposition de tableaux et de dessins de Leon Golub

westbroadway.JPG
Rentrant au West Village, on remonte le West Broadway

westbroadwayeast.JPG
La rue West Houston vers l'est

westhoustonst.JPG
La rue West Houston vers l'ouest
Demain j’espère publier les photos de notre week-end dans la vallée de l’Hudson.

On n’a pas eu de connexion Internet à la campagne donc je n’ai pas pu me mettre au courant de toute l’histoire de l’ancien secrétaire au Trésor Paul O’Neill — mais le livre dans lequel il parle d’« un aveugle entouré de sourds » est placé numéro 1 dans la liste d’Amazon même avant sa parution ! Faut le faire, non ?

janvier 08, 2004

Et si l'on faisait un peu de politique ?

Ça y est : le copain et sa partenaire se sont enregistrés dans le Marathon international de Big Sur qui aura lieu le 25 avril 2004. Il va falloir faire des réservations d’avion et tout et tout.

bleeckerst.JPG
Le coin des rues Bleecker et Perry dans le Village

L’ami galeriste est rentré de Berlin où il a passé deux semaines de vacances de fin d’année avec son petit ami. Au téléphone hier il s’est plaint de « l’impossibilité » pour nous Américains à nous payer des séjours en Europe. D’autres amis, de retour de Londres, s’en sont plaints aussi en regardant les factures des cartes de crédit. Pour les Européens et les Britanniques, c’est bien le moment de venir à New-York ou à Miami.

maritimehotelentree.JPG
L'entrée du nouvel hôtel Maritime à Chelsea

On est allé au « Dean Meetup » hier soir comme prévu mais avant d’y aller on a pris rendez-vous avec l’amie marchande de tableaux et une amie à elle, graphiste dans une maison d’édition, dans un petit restaurant français dans l’avenue Greenwich qui s’appelle Bouchon. Ce n’est pas mauvais, mais pas extra non plus. On a partagé un délicieux margaux (je ne m’en souviens plus du nom) avant de nous en aller à la brasserie où la « rencontre Dean » allait avoir lieu. À notre surprise (on avait vingt minutes de retard), il y avait au moins 80 personnes entassées dans une salle assez grande autour d’un téléviseur. Un jeune homme nous expliquait ce qu’on voulait accomplir avec une campagne de lettres personnelles écrites par les partisans de Dean de partout dans le pays aux électeurs démocrates d’Iowa et puis il nous a invité à participer personnellement dans les campagnes ou en Iowa ou au New Hampshire, auxquels on avait loué plein d’autocars pour y emmener des volontaires chaque week-end, séjour logé nourri et voyage aller-retour tout payé par la trésorerie Dean. La plupart des gens qui écoutaient dans la salle étaient des jeunes, hommes et femmes, dans leur vingtaine, avec quelques vieux (comme moi) éparpillés ici et là.

magnoliabakery.JPG
La Magnolia Bakery dans la rue Bleecker

On a ensuite regardé un DVD dans lequel la directrice de la campagne en Iowa nous a fait visiter les bureaux de Dean à Des Moines (je crois) dans lesquels des jeunes assuraient le fonctionnement, suivi d’un remerciement de la part de M. Dean, terminé par un enregistrement du discours d’Al Gore en déclarant publiquement son soutien à la campagne du gouverneur du Vermont. Quittant le pub, on s’est retrouvé dans un restaurant près de chez nous où l’on a commandé une autre bouteille de bordeaux et deux desserts à partager entre nous. Là on a parlé politique avec la serveuse sympa. L’amie marchande de tableaux nous a parlé du site www.bored.com où elle a passé des heures hier matin à rechercher toutes sortes de renseignements aussi intéressants qu’inutiles.

villagevanguard.JPG
L'entrée du célèbre club de jazz Village Vanguard près de chez nous dans la 7e avenue

Quelques sites à noter : voici une parodie des spots publicitaires antiBush dans le concours de Moveon.org, trouvée chez Calpundit.

Je ne savais pas qu’il y avait un concours qui s’appelle « Political Dot.Comedy » pour les sites politiques drôles, mais le voilà, dans sa version 2003. Un de mes sites favoris, l’excellent www.whitehouse.org a été gagnant, ainsi que le dessinateur Tom Tomorrow pour le site This Modern World.

rainyperryst.JPG
La rue Perry par le mauvais temps

janvier 07, 2004

Le facteur « S »

Bon, j’ai enfin installé le logiciel Antidote Prisme et jusqu’à maintenant cela semble marcher assez bien. Je l’ai « attaché » à mon exemplaire de Word et voilà, on va voir.

Il y a un article récent paru dans le « Seattle Post-Intelligencer » sur ce que l’auteur appelle le facteur « S » de l’électorat américain. De quoi s’agit-il, ce facteur « S » ? Voici un extrait de l’article :

« The answer, I'm afraid, is the factor that dare not speak its name. It's the factor that no one talks about. The pollsters don't ask it, the media don't report it, the voters don't discuss it.

I, however, will blare out its name so that at last people can address the issue and perhaps adopt strategies to overcome it.

It's the "Stupid factor," the S factor: Some people -- sometimes through no fault of their own -- are just not very bright. »

Il n’est pas surprenant que cet article ait vite fait le tour de la carnetosphère politique américaine de gauche et (surtout) de droite. Dans le Left Coaster le carnetier a lancé une « grenade de discussion » à partir d’extraits de cet article. Pour les carnetiers de droite, on peut googler le nom de l’auteur Neal Starkman pour en trouver un tas.

Ce soir on va assister pour la première fois à un des rendez-vous « locaux » pour le candidat démocrate Howard Dean. Ce « Dean Meetup » aura lieu dans une brasserie à deux pas de chez nous et on y va avec l’amie marchande de tableaux et une amie à elle. J’ai l’impression que ce sera une sorte de réunion familière de quelques personnes autour du comptoir du bar avec un représentant de la campagne de Dean qui nous parlera de ce que le candidat espère accomplir, de ce qu’on pourra faire pour lui, et ainsi de suite.

Voici le texte de la plainte officielle portée contre Bush et Cie par la femme d’un passager mort lors du crash de l’avion détourné en Pennsylvanie le 11 septembre 2001. Je ne sais pas si cela donnera grand’chose ou même si le tribunal l’acceptera.

(Pour l’Antidote Prisme, je l’aime assez bien. Le logiciel ne reconnaît pas les néologismes, tels « carnetosphère » ou « googler » , ce qui est normal, d’ailleurs. Il m’accuse de faire de l’ « analyse partielle » aussi mais j’avoue que je ne sais pas ce que cela veut dire. Il faut voir dans le bouquin.)

janvier 06, 2004

Ça commence

Ça commence pour de bon maintenant — les attaques contre le candidat démocrate à la présidence Dean s’intensifient, prennant dans certains cas un ton presque maniaque. Et on n’est qu’au début.

Il y a même les gens de droite qui s’inquiètent des soi-disant « zones de liberté d’expression » où l’on cantonnera, pour « raisons de sécurité » bien sûr, toutes les personnes voulant s’exprimer en public contre Bush.

Les gens de Moveon.org ont publié les 15 spots sélectionnés comme finalistes dans le concours « Bush in 30 Seconds ». Il y en a qui sont pas mal.

janvier 05, 2004

L'Europe, c'est trop cher

Voilà une première réponse domestique à la chute continue du dollar vis à vis de l’euro : le copain et sa partenaire en course à pied ont plus ou moins décidé de ne pas courir en Euroland cette année en faveur d’une course en Californie, à Big Sur. Au début ils ont considéré quelques marathons en Espagne, pays où l’on n’a mis pied que dans l’aéroport de Barcelone et sur l’île d’Ibiza, mais la course californienne est très recommandée par les coureurs. En plus, il y a le frère et la sœur du copain qui habitent en Californie, le frèredans la banlieue de San Francisco, la sœur à Los Angeles, chez qui on ne s’est pas présenté depuis bien longtemps. Quant à moi, ça m’est égal. La Californie ne m’attire pas spécialement mais on m’a toujours dit que la côte du Pacifique aux alentours de Big Sur est très belle.

janvier 04, 2004

Anesthésions-nous

Il y avait du monde sur l’autoroute hier après-midi mais finalement on a (pour une fois) fait la bonne décision, celle de rentrer tôt de la campagne. Il faisait gris, mais assez doux, mais on était tous les deux crevé, aucune envie de faire quoique ce soit — en rentrant du garage on est allé chercher des beignets chez le resto chinois qu’on a mangés chez nous. Quelques heures plus tard, sans avoir bougé de l’appartement, on s’est fait livrer un petit repas japonais (rouleaux de Californie, negimaki) qu’on a mangé en regardant des bêtises à la télé (il n’y a jamais rien à voir les samedis). A 21 heures on a passé un film de Woody Allen sur la chaîne publique, Another Woman, que je n’avais jamais vu — assez maniéré mais avec de moments surprenants (et plein d’acteurs excellents).

Aujourd’hui il fait presque chaud — j’ai continué à écrire des lettres, le copain est allé voir Maître et commandant dans le Times Square, pendant que je suis allé faire un peu d’exercice — c’est curieux le monde qui se trouve (comme moi ?) au gym un après-midi gris de dimanche en hiver. Le copain est rentré pour me dire que je n’aurais pas du tout aimé le film (trop de violence, surtout trop de chirurgie sans anesthésie !) et que son voisin de place l’avait dragué en appuyant son genou contre celui du copain. C’est un scandale, non ? On vit dans un tel monde...

On va se coucher tôt ce soir.

PS Je m’excuse pour la taille immodérée des photos publiées hier — c’est le logiciel Nikon que je n’arrive toujours pas à utiliser correctement.

janvier 03, 2004

Quelques photos

dartboard.JPG
C’est l’ex-marine qui nous a forcés de jouer aux fléchettes (un jeu qui s'appelle cricket, je ne sais pas pourquoi) dans un bar irlandais de la 14e rue

reveillon.JPG
C’est la table de réveillon de Noël avec la bisque de homard comme entrée

creche.jpg
C’est la crèche devant l’église catholique du village où l’on a assisté à la messe de minuit (tous bourrés mais polis)

laballe.JPG
La balle du nouvel an sur la pointe du village

legrandfeu.JPG
Le grand feu du réveillon du nouvel an

organisateur.JPG
Un des jeunes organisateurs de la fête du nouvel an (un type de Philadelphie, je crois, neveu d’une vielle femme du village)

janvier 02, 2004

Un peu de détente

Une journée de rattrapage pour moi (pour le copain, la première journée de travail de l’année, il est allé passer plusieurs heures chez de nouveauxclients à lui, un publicitaire de Boston et sa femme qui travaillent beaucoup à la maison et qui ont envie de pouvoir faire un tas de choses qu’ils ne savent pas faire) — j’ai écrit quelques lettres de remerciements, j’ai nettoyé à fond la cuisine, j’ai examiné le courrier qui s’entassait sur une chaise. Vers 2 heures je suis allé au gymnase où je me suis permis le luxe de faire mes exercices sans regarder l’heure. C’était agréable d’écouter la musique rock et pop médiocre d’une radio de Providence qu’on joue dans la salle. J’ai reconnu pas mal de gens (de vue seulement, je ne parle en général à personne)— par exemple un policier de l’état de Rhode Island bien solide et aux cheveux ras à la voix presque de fausset (un effet assez « Twin Peaks », vous vous en douterez). J’ai regardé deux émissions de télévision à la fois sur les postes suspendus du plafond devant les bicyclettes et les autres machines à transpirer : la bêtissime « Hollywood Squares » et la CNN — c’est muet (il faut avoir une radio FM pour écouter) mais soustitrépour les spectateurs aux difficultés auditives, donc je lis en montant l’escalier. Encore des vols de la British Airways retardés par les autorités américaines à Dulles, où pourtant le chef de la sécurité de l’aéroport a été arrêté hier soir pour ivresse publique selon le Washington Post. On se sent beaucoup plus sûr, n’est-ce pas ? On n’a pas eu d’histoires, paraît-il, à New-York, ni à Los-Vegas non plus. Heureusement, je suppose. Je me demande pourtant pour combien de fois on pourra continuer à crier « Au loup, au loup ! » sans résultats tangibles.

Un dernier dîner ce soir avant notre retour à Manhattan demain après-midi. Je me sens un peu zen, ce sont des amis, ce sera agréable. On rentre à New-York demain, pour éviter les embouteillages de dimanche soir et parce que le copain a un rendez-vous avec un autre client (hourra !) qui part dimanche soir pour Chang-haï.

Le logiciel Antidote est arrivé ! Je vais essayer de l’installer demain. Espérons que cela m’aidera à écrire.

Demain je vais faire mes excuses à l'hôte du brunch en lui expliquant que je n'était pas sortable à ce moment-là, c'est pourquoi j'ai choisi de rentrer chez moi pour ne pas déranger les autres invités plus sympathiques. Je vais écrire un mot aussi pour le décorateur gay à qui j'avais dit tout platement que South Beach était tout ce qu'il y avait de plus minable comme endroit, genre New-Jersey sur mer (ce qui est vrai d'ailleurs, mais la vérité peut être méchante) — son copain (un type affreux — un pédé de droite !) l'a laissé tomber (enfin !) et il était allé passer quelques jours au soleil de Floride du sud pour se distraire et pour se donner la force de recommencer dans le monde des « singles » — j'étais vraiment un salaud et il faut que je m'en excuse.

janvier 01, 2004

Ah la la, ça commence bien

Je n’en peux plus : je viens d’atteindre ma limite personnelle d’inanités mondaines il y a quelques minutes, lors d’un brunch offert par une femme pourtant assez sympa mais où il y avait trop de ces gens avec lesquels on n’a rien, mais plus rien, à se dire. Voilà un des inconvénients les plus lourds de la vie villageoise — on arrive à un point où l’on ne peut plus supporter la plupart de ses voisins. Cela m'est-il arrivé aujourd’hui ?

Je suis, il est vrai, d’assez mauvaise humeur aujourd’hui. Notre petit réveillon d’hier soir s’est assez bien passé — la poule au riz était mangeable — et l’amie écrivain nous a régalé d’histoires drôles et insolites de son passé. On parlait de Beaton et de Capote, on parlait politique (elle n’est toujours par convaincue par Dean), on parlait de Londres et de l’impossibilité à son avis des Anglais et leur flegme notoire qui la rendait toujours folle furieuse. On parlait de ces espions anglais notoires Anthony Blunt, Donald MacClean et le grand dandyGuy Burgess, qui faisait l’objet d’une pièce télévisée en 1983 « An Englishman Abroad » dans laquelle Alan Bennett raconte un épisode curieux qui avait eu lieu entre l’espion exilé à Moscou (joué par Alan Bates, décédé il y a quelques jours) et une actrice australienne Coral Browne, qui lui avait aidé à commander des vêtements et des chaussures sur mesure de ses fournisseurs londiniens tel John Lobb. « On les aurait pendus ici » a-t-elle déclaré, certainement avec raison.

Il était 23h20 avant qu’on n’ait même regardé l’heure, l’amie écrivain sirotait unecrème de menthe glacée, le copain somnolait sur le canapé, et j’écoutais cette femme extraordinaire. Presque aveugle (elle souffre de la dégénérescence maculaire) elle a pourtant vu la tête du copain quand elle est tombée par derrière sur le coussin du canapé, la bouche ouverte. « Ah, il faut que je m’en aille. » Je l’ai reconduite chez elle.

Le copain ne voulait pas aller voir la descente de la petite balle locale — j’y suis allé donc tout seul. Il y avait une quarantaine de personnes, de jeunes pour la plupart, assemblées autour d’un grand feu fouetté par un vent très fort du sud-ouest. Je n’en ai reconnu que deux. La balle est descendue accompagnée d’un compte à rebours, j’ai pris quelques photos et suis vite reparti à la maison, où j’ai retrouvé le copain endormi au lit, un nouvel épisode de « South Park » à la télé. J’avais du mal moi aussi à garder les yeux ouverts jusqu’à la fin de l’émission.

C’est dommage que le copain ne se rend pas compte de combien nous sommes privilégiés de connaître l’amie écrivain. Pour moi, c’est une honneur de faire partie de ses intimes. Pour lui, je me demande si c’est plutôt une corvée qu’il supporte seulement pour me faire plaisir.

Le carton du brunch d’aujourd’hui s’étant égaré dans la poubelle qu’est notre maison à présent, je m’étais décidé de ne pas y aller, ne sachant pas l’heure. J’étais en train de lire tout tranquillement quand une amie nous téléphone pour nous demander à quelle heure on pensait être chez X ? J’ai demandé au copain s’il voulait aller. Il a dit oui (sans beaucoup d’enthousiasme, pourtant) et on s’est habillé. Je savais cependant que cela allait mal quand je me suis rendu compte d’avoir déjà demandé au joli barman deux « spritzers » au vin blanc en cinq minutes — je m’ennuyais tant que je ne savais que boire. Quand on a commencé à servir le déjeuner, je me suis dit qu’il fallait me sauver de là tout de suite — j’ai dit au copain que je m’en allais. « Reste, si tu veux » je lui ai dit. « Moi, je n’en peux plus. » Je suis allé chercher mon manteau au premier étage. En descendent l’escalier je vois un type, pédé comme nous, qui a l’air inquiet. « Ça ne va pas ? » il demande au copain, qui lui répond « C’est Edouard, il fait une crise de nerfs » en haussant les épaules. « Ce n’est pas du tout ça, » je dis. « J’ai tout simplement pas envie de rester. » (Voici un aspect de ces scènes de la vie conjugale dont on voit moins dans les cartes de vœux et dans les toasts d’anniversaire.)