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mars 31, 2004

Une belle journée

Une journée qui a commencé tard — j’ai trop bien dormi, ma sœur est restée dans sa chambre, éveillée et sans doute ennuyée jusqu’à ce que je l’appelle. Je m’excuse et on prend le petit déjeuner ensemble. Elle par contre a mal dormi mais ne se plaint pas. Il fait très beau, même un peu chaud (j’avais mis un pull par précaution). On fait un tour des joailliers de la place Vendôme avant de se trouver dans la rue Royale où l’on a eu le plaisir de rencontrer une des grandes vedettes de la carnetosphère mondiale qui nous a heureusement permis de le faire sortir de son travail pour déjeuner avec nous. Un déjeuner très agréable, agrémenté d’un Gigondas frais choisi par le Capitaine, qui est aussi génial en personne que par écrit (et cela n’est pas toujours le cas, on le sait très bien). On a bu un Gigondas frais choisi par l’expert (donc, ni moi, ni ma sœur) et c’était délicieux bien sûr — (je suis, c’est vrai, porté sur la boisson et donc facile à plaire dans ce domaine, mais c’était vraiment bon.) Merci au capitaine pour ce petit goût de ces célèbres mousse Paris dont nous les ploucs on entend parler tant.

Quelques achats, beaucoup de promenades. Ce soir un dîner dans un restaurant marrant, où tout le monde a pris des asperges blanches (on n’en a pas pareilles chez nous) pour commencer, et ensuite j’ai eu un poussin rôti excellent. Notre tablée changeait de personnages pendant le dîner — des gens partaient, d’autres venaient s’asseoir à notre table. Un grand mélange d’anglais et de français. Un garçon extraordinaire, d’une langue méchante et drôle. Il faudrait que ma sœur apprenne à parler le français (elle le lit déjà mais n’ose pas parler).

Demain on pense faire un peu de culture — musées, galeries d’art, et ainsi de suite.

mars 30, 2004

Ça fait du bien de changer un peu d'air

Le départ de l’avion était retardé de plus de 2 heures comme suite à une grève du personnel du catering — on n’a même pas eu de films. Il n’y avait non plus des écouteurs pour le programme audio (franchement je ne sais pas s’il y en avait un de disponible) ou des masques pour dormir. On nous a demandé de fermer les volets de nos fenêtres pendant la plupart des heures de vol pour permettre aux gens de dormir cette nuit fugitive.

Une fois arrivés dans nos chambres d’hôtel, on est allés faire un tour à pied puisqu’il faisait si beau et si doux, nous arrêtant chez des amis avec qui on a rendez-vous plus tard dans la semaine. On s’est mis ensuite à trouver un restaurant dont ma sœur avait entendu parler dans le magazine Travel & Leisure — avec succès.

J’ai parlé au téléphone avec le copain, qui regrette, je l’espère, de ne pas m’avoir accompagné à cause de sa nouvelle entreprise. (Il a raison, d'ailleurs.) Rumsteck au poivre vert ce soir, avec un délicieux Côte-du-Bourg, et puis au lit pour récupérer un peu de mon sommeil perdu.

mars 28, 2004

Les démons du pessimisme

Je sais bien qu’il n’est pas de bon ton dans la haute société carnetière de parler du temps qu’il fait (il est même très très mal vu) mais je me demande quand même s’il n’est pas ce temps gris, venteux, et froid — c’est-à-dire tout à fait l’opposé de ce qu’on voit chez le Californien Pierre Carion, lui qui habite un paradis, du moins climatique — qui me pousse à des pensées désagréables sur l’avenir de ce pays — mon pays — peuplé d’immenses enfants gâtés (genre « j’ai le droit absolu à l’essence bon marché pour ma Hummer dont je ne me sers que pour aller au McDo où je commande tout ce qu’il y a de moins sain et de plus grossissant avant de rentrer chez moi où je regarderai les infos sur la chaîne patriotique Fox »). Je me sens déjà très fatigué de la campagne à la présidence, que Billmon au Whiskey Bar compare à la guerre des tranchées de 1914-18. Il se demande, vers la conclusion du billet, si, comme dans la guerre de 18, « le poids froid et mort de l’argent » l’emportera sur des « forces démocratiques ». Il conclut : « I guess we’re going to find out. » Hé oui, me suis-je dit, en allumant le chauffage.

Je n’ai jamais vécu sous une dictature — même quand j’étais en Afrique, dans le Zaïre d’autrefois, cela ne nous touchait pas beaucoup, le régime du président à vie Mobutu Sese Seko — ma peau blanche me dispensait de l’obligation de hurler des slogans devant les commissaires politiques de Kinshasa qui passaient nous voir au camp d’ouvriers du bâtiment où je travaillais. Je n’avais pas non plus à payer des pots-de-vin aux soldats pour pouvoir passer des barricades de route qu’ils élèveraient un peu n’importe où. Au milieu du pays où nous étions, il n’y avait pas de télévision, pas de journaux (mais les Européens recevaient toujours leurs Le Monde et Le Soir de Bruxelles par la poste, pourtant avec des semaines de retard et nous, Américains, on avait Time, The Economist et l’International Herald Tribune qu’on nous faisait venir par nos propres avions.) Il ne fallait pas insulter le gouvernement du pays hôte en public, ce qui est d’ailleurs normal, mais à part ces recommandations de sens commun, il n’y avait là rien de très répressif pour le « Gastarbeiter » blanc que j’étais. Mais en lisant les commentaires d’un billet publié par Billmon, cela m’a donné froid au dos de lire ce commentaire de quelqu’un (Pedro 27 mars 2004 à 4.19) qui a connu la dictature au Brésil — une dictature disons « moderne » et « efficace ». Je ne citerai ici que quelques phrases du début.

« As much as it pains me to admit it, some fellow drinkers at this bar may have a point when they issue dire warnings about proto-fascism. This stuff doesn't happen like you see in the movies, with boots on the street, secret service thugs all over the place, paranoia, the works. In fact, you barely notice it at all if you are not paying close attention. The sun keeps shining every day, you go out to work, you party on weekends, while someone you don't know and don't really care about gets silently arrested, tortured or murdered.

Ce qui suit est aussi fort.

Le pouvoir d’une dictature naissante c’est le refus par une partie importante de la population de se permettre de se rendre compte de ce qui se passe, devant ses yeux et ailleurs. Ils ne veulent pas surtout qu’on les dérange — c’est le primum mobile de la politique de ma mère, par exemple, et il n’y a rien d’extraordinaire dans sa perspective personnelle limitée. Qu’on les laisse tranquilles, à regarder leurs matchs de golf à la télé, que la bourse ne baisse pas, qu’on leur dise qu’ils seront bien protégés contre tous ces dangers venus de l’étranger, c’est tout ce qu’il leur faut. C’est ce que Bush leur promet. Et c’est ce que cherche la moitié de la population, paraît-il — le calme ignorant, qui refuse toute explication qui pourrait nuire à son confort anesthésié.

M. Clarke résiste toujours tous les efforts exercés par les troupes de la Maison blanche à le confondre — il vient de demander qu’on rende publics tous les documents jusqu’ici secrets qui ont affaire à la Condoleezza et à lui. C’est un défi marrant — les bushistes oseront-ils l’accepter ? J’en doute fort.

Dans certains journaux, dont le Newark Star-Ledger via Suburban Guerilla, on lit des éditoriaux qui demandent à la Rice de se présenter devant la Commission d’enquête sous serment. Elle parle, elle parle, mais elle n’ose toujours pas répondre à des questions dont elle n’aurait pas déjà préparé les réponses. Ça pèse de plus en plus sur la Maison blanche.

Finalement, M. Rich, relégué à la rubrique « Arts » dans le Times, est toujours excellent dans son article sur « l’infoganda » — néologisme pour la propagande qu’on essaie de faire passer comme de véritables informations. Tout est faux, tout est « fake news » destiné à renforcer la politique de Bush et surtout de ses manipulateurs. Tout cela n’allège pas l’esprit.

mars 27, 2004

L'exemple chinois

Ah, si seulement on avait réagi comme les Taïwanais

Un week-end abrégé

On avait décidé hier soir de ne pas mettre à l’essai la déviation proposée par le Département du transport du Connecticut pour contourner le pont fondu jeudi. Au lieu de cela on a loué une vidéo — « Sunshine » avec Ralph Fiennes — et fait livrer du chinois (une grande soupe aux nouilles pour moi, du mai fun au poulet pour le copain). La cuisine était bonne, mais le film m’a un peu déçu, un peu trop hollywoodisé pour mon goût. C’est quand même marrant de voir le sensible M. Fiennes (plus apprécié des femmes, je trouve, que par des gays) faire l’amour avec trois femmes à des époques soi-disant différentes dans l’histoire — c’est le grand-père, le père et le fils. Les scènes de Budapest et des tournois d’escrime sont bien. Mais toute l’histoire triste et sordide de cette famille hongroise juive avait l’air assez nettoyé.

On s’est couché de bonne heure parce qu’on voulait partir très tôt le lendemain — on a réglé le réveil pour cinq heures et quart. Le copain est allé chercher la voiture pendant que j’essayais de me réveiller d’un sommeil pas reposant avec plusieurs tasses de café.

Nos craintes d’un voyage long et difficile ne se sont pas réalisées — on est arrivé à la déviation vers sept heures quarante et il n’y avait pas trop de monde (et très peu de poids lourds) et on s’est retrouvé de nouveau sur l’autoroute une vingtaine de minutes plus tard en direction de l’est.

Le copain a un rendez-vous avec sa partenaire de course à pied à huit heures. Moi j’irai je pense au gymnase et ensuite on rentra à Manhattan où un ami nous a invité à fêter son anniversaire dans la nouvelle discothèque Avalon, où toute boisson sera gratuite jusqu’à minuit (quel bonheur !) et où je vais pouvoir m’humilier en dansant en public (quel plaisir !)

mars 26, 2004

Un saut dans l'inconnu autoroutier

C’est enfin le retour définitif (ben, on l'espère !) du printemps — il fait beau, les premiers crocus poussent leurs fleurs pointues jaunes et bleues en dehors des petits bouts de terre éparpillés au long des longs trottoirs en béton. L’amie écrivain m’ayant dit, un jour en passant, qu’elle avait beaucoup aimé les chocolats de chez Fauchon qu’on lui avait donnés à Noël, je suis retourné aujourd’hui à la succursale de l’avenue du Parc où je lui ai acheté une boîte de chocolats variés qui ont l’air, je l’avoue, délicieux, mais je n’y ai pas touché.

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En route vers le chocolatier, en passant par la salle principale de la gare Grand Central, qui me fait toujours plaisir

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On débouche dans le cañon sombre de l'avenue du Parc, qui n'a rien de très vert malgré le nom joli que lui ont donné les promoteurs immobiliers

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Un petit immeuble résidentiel, au numéro 417, au milieu de tours commerciales — le dernier immeuble « comme il faut » au sud de la 57e rue, et, on me l'a dit, là où se trouve l'appartement de M. et Mme Kofi Annan

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La succursale new-yorkaise du célèbre établissement parisien

Mais nous ne savons pas, le copain et moi, quand nous allons partir pour la campagne ce soir, puisque l’autoroute I-95 est actuellement fermée (si, si !) entre les sorties 25 et 26 à cause d’un accident de poids lourd survenu hier soir sur un pont autoroutier où plusieurs milliers de litres de mazout ont été versés sur la chaussée. Ils ont pris feu (il en y a une photo dans cet article du Times, et les piliers en acier se sont fondus ! Donc il va falloir qu’on prenne une autre route pour nous rendre tout au bout de l’état. C’est assez embêtant en fait.

mars 25, 2004

En attendant les suites...

Il est toujours trop tôt pour savoir jusqu’à quel point et comment les témoignages d’hier devant la Commission d’enquête vont influencer les campagnes des concurrents à la présidence. Pour les bushistes, il s’agit de « spin, spin and more spin » comme une toupie déchaînée — la Condoleezza (avec deux z, s.v.p.) ne peut pas se permettre de témoigner devant la Commission par « privilège présidentiel » mais elle se permet très volontiers de parler à la télé, à rédiger des « op-ed » dans le Washington Post, à révéler des courriels jusqu’alors considérés comme secrets mais, à sa requête, rendus publics.

C’est bien lassant, toute cette négativité sans cesse ! Pour la combattre, je me suis mis à rechercher quelques villages avec lesquels on pourrait proposer un jumelage avec notre village au Connecticut. Il faut essayer de réparer, même un tout petit peu, nos relations internationales bouleversées par les bushistes. Jusqu'à présent, j’ai repéré les villages suivants : Ferragudo, au Portugal ; Locmariaquer en France ; Brixham en Angleterre ; Gopalpur-on-sea en Inde; et finalement, Markopoulo en Grèce, où je suis déjà en contact avec une femme qui connaît notre petit port de pêche au Connecticut. C’est beaucoup plus édifiant que de relire les mensonges proférés par l’administration.

mars 24, 2004

« Je vous demande pardon »

« We failed you. » Incroyable.

Clarke a ensuite demandé pardon auprès des familles des victimes des attentats. (Pour le texte intégral de ses remarques on peut aller ici dans le site du Times.)

Au Daily Kos un des contributeurs a écrit : We should all work hard to not over-interpret the significance of what's happening today. But with an opening statement like that, which is bound to be a prominent piece of the coverage of Clarke's testimony, it's hard to not think that after September 11th itself, that this might be the most momentous day of the Bush presidency.

On ne sait vraiment pas à quoi on s'attend

Les séances publiques de la Commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre ont recommencé aujourd’hui à huit heures 30. J’ai un peu écouté le témoignage du directeur actuel de la CIA, George Tenet. C’est le témoignage de Richard Clarke qui est le plus attendu — cela commencera en principe à 13h30.

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Les ordures de premier monde

L’enquête obsède les carnets Web politiques américains. J’ai l’impression qu’on se demande si l’on va laisser tomber, probablement par hasard, une révélation renversant les mensonges présentés à tous venus depuis les attentats au World Trade Center.

C’est très remarqué que la Condoleeza n’accepte toujours pas de se présenter devant la Commission. Elle refuse surtout de prêter serment, ce qui pouvait lui rendre sujette à d’éventuelles poursuites judiciaires. On parle aussi de Bush, qui passe des centaines d’heures partout dans le pays à obtenir de l’argent pour sa campagne électorale mais qui refuse de permettre à la Commission plus qu’une heure en privé pour lui demander des questions (il ne prêtera pas serment non plus).

Hier soir on a dîné avec l’ami péruvien dans un restaurant portugais du quartier, Alfama — moi j’ai commencé avec du jambon fumé (une sorte de prosciutto portugais) avec des tranches d’orange et ensuite j’ai eu un délicieux ragoût d’agneau. Le copain a pris un potage de tomates et ensuite un filet mignon cuit sur une planche de pierre foncée chauffée — on découpait un morceau de viande qu’on laissait ensuite cuire sur la planche chaude avant de le tremper dans une sauce piquante à base de pili-pili ou une autre, plus douce. L’ami péruvien a commencé avec des coquilles Saint-Jacques à la vapeur suivies d’une morue salée préparée avec des pommes de terre. Vu la différence de tous nos plats, on a laissé au propriétaire le soin de choisir le vin qui nous conviendrait. Il nous a suggéré un Esporão Reserva 2000, très bon, très parfumé.

mars 23, 2004

Devant la Commission d'enquête

Je suis en train d’écouter les témoignages faits devant la Commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre — l’ancienne secrétaire d’état Madeleine Albright est en train de défendre sa position vis-à-vis d’Al-Qaïda contre les accusations du président de la commission, l’ancien gouverneur républicain du New-Jersey, Thomas Kean. (Il ne faut pas oublier que l’établissement de cette commission d’enquête fut vigoureusement résisté par l’administration Bush.) L’ambiance auditive est assez tendue — on a déjà fait quelques remarques (il est souvent difficile à savoir qui dit quoi) très politisées sur l’un des témoins à venir (le célèbre « terroriste » nouveau Richard Clarke (qu’on a nommé à plusieurs reprises « the elephant in the room » — l’éléphant dans la pièce) qui vient de révéler les inepties des Bushistes d’une manière pour le moins saisissante). La Albright n’est pas bête — un des membres de la Commission a essayé de la faire reconnaître un lien assez vague entre quelques terroristes reconnus et Saddam Houssein mais elle a réussi à détourner la question.

Le vocabulaire diplomatique m’intéresse. Une des membres vient de demander à l’ancienne secrétaire d’état « You issued a démarche or a warning… ». C’est la première fois que j’entende le mot « démarche » dans une conversation en anglais. (Par contre, on le voit assez souvent dans des textes diplomatiques ou dans les articles sur les affaires étrangères.) En général le mot, selon le Concise Oxford Dictionary, signifie un « political step or proceeding, esp. initiating fresh policy. ». Le sens d’« avertissement » paraît un peu nouveau, ou spécialisé.

Il fait beau aujourd’hui, un peu moins froid qu’hier, mais toujours trop frais pour moi. Le copain est sorti voir un client avec son interne (qui adore l’Angleterre et n’aime pas la France — en bon boyfriend discret je me suis tu). Moi je reste avec le peintre ukrainien, moins bavard (voire muet) que son collègue trinidadien qui n’est pas venu aujourd’hui. Le peintre travaille à présent dans la chambre à coucher et il sera plus tard dans le salon et le bureau du copain pour peindre les plafonds.

Le secrétaire d’état actuel Colin Powell est en train de parler devant la Commission. Malgré sa soi-disant loyauté, aussi malhonnête que mal placée, on ne peut pas nier que c’est un beau parleur. Je ne crois pas toutefois qu’il possède un seul os honnête dans tout son corps (« not an honest bone in his body » — c’est très métaphorique, l’anglais.)

mars 22, 2004

Refait à neuf

On est en train de peindre l’appartement — du moins une partie, dont la cuisine, la salle de bain, notre chambre et une salle minuscule indéterminée que nous appelons notre « vestiaire » puisque c’est là où se trouvent nos deux placards. On a sonné à la porte à 7h50 et les deux peintres sont entrés, la Betty aboyait de joie et d’alerte aux étrangers parmi nous mais elle s’est vite tue, subornée par les caresses du jeune Trinidadien d’origine indienne au sourire de vedette de cinéma et le vieil Ukrainien qui répare les tuiles dans la salle de bain.

On est rentré chez nous hier soir, vers 21h30, et c’est le copain qui m’a fait venir à la porte de la salle de bain dans laquelle on pouvait entendre un bruit étrange de grattement qui sortait d’où on ne savait pas très bien, mais en toute probabilité dans l’enceinte creuse de la baignoire ou de l’intérieur du mur. On était tous là, tous les trois, trois paires d’oreilles tendues, à écouter le bruit d’origine inconnue ! Moi j’ai laissé allumer la lumière dans la salle de bain et suis allé me coucher. Betty s’est installée confortablement dans l’embrasure de la porte de notre chambre à coucher, véritable chienne de garde contre tout monstre qui choisirait ce moment pour sortir de sa tanière cachée et venir nous abattre pendant que nous dormions. En effet, à quatre heures du matin, Betty a commencé à aboyer d’une voix nerveuse, comme si elle avait entendu quelque chose de curieux, d’inhabituel — nous l’avons calmée et nous nous sommes rendormis.

Hier dans la voiture on a écouté l’émission radio de l’émission télé 60 Minutes sur la chaîne CBS (la station WCBS se trouve au 880 sur la bande MA). Là il y avait une entrevue extraordinaire avec l’ancien chef antiterrorisme de l’adminstration Bush Richard Clarke et la journaliste Leslie Stahl. M. Clarke a accusé Bush et son équipe d’avoir négligé tous les avertissements sur les intentions éventuelles d’Al-Qaïda aux États-Unis pour se concentrer exclusivement sur l’Irak, qui ne posait pourtant plus aucun danger pour le pays depuis au moins huit ans. La journaliste Stahl a « surpris » le porte-parole bushiste Hadley qui avait essayé de nier les souvenirs de Clarke — elle lui a annoncé avoir deux confirmations d’une rencontre et d’une conversation qu’il avait niée, après quoi il n'a pu que balbutier « But... Uh...» Délicieux. Pour ne nommer que quelques favoris, le carnetier Billmon commente l’entrevue ici et le carnetier Josh Marshall en offre d’autres commentaires pertinents ici.

C’est aujourd’hui, en plein milieu de la peinture de l’appartement, bien sûr, que le copain attend son « intern » pour la première fois. Cet « intern » c’est un jeune homme qu’il avait rencontré quand ils travaillaient ensemble dans le bureau de la campagne électorale de Dean. Ce jeune homme cherche un travail dans l’informatique (vente, service, je ne sais pas quoi) et comme il n’y a pas beaucoup de postes disponibles en ce moment, surtout pour les jeunes sans expérience, le type a demandé au copain s’il pouvait bien travailler pour lui pour rien, surtout pour apprendre et pour avoir quelque chose à ajouter à son CV. Le copain a dit oui et ils vont commencer ce matin, malgré l’état chaotique de l’appartement (mais le bureau du copain n’a pas été touché).

On n’entend toujours rien sur les élections en France à la radio publique — peu importe, je prends mes infos de plus en plus par Internet. On y montrera peut-être plus d’intérêt au deuxième tour. (Non, je me suis trompé, on vient de présenter une info assez longue et informative sur la montée de la gauche dans les élections françaises. Et ici la bourse baisse.)

A ne pas manquer: ce billet délicieux du célèbre PaCa sur les élections françaises, dont voici un petit extrait super succulent:« Marine Le Pen, c’est sur son physique, forcément, que nous viennent nos premières réflexions. Putain c’quelle est môôôooocheûûûuuuh ! Plus hommasse que la plus hommasse des hollandaises. C’est mignon comme prénom Marine, c’est joli comme tout. Eh ben ça lui va pas. Dagmar Le Pen, ça, ça sonne bien, ça c’était un p’tit nom vraiment fait pour elle. Non mais franchement : on dirait son vieux père déguisé en trav’ ! »

mars 21, 2004

Quelques réflexions sur la France et les Français de l'étranger

Voici quelques photos de la manifestation anti-guerre hier à New-York prises par le carnetier James Wagner qui remarque à propos du manque de reportage par les médias sur la marche : « While I'm also thinking just now that the demonstrators who marched out to Versailles in 1789 didn't need the NYTimes to help them bring their own king back to Paris, where he was capitally eliminated a few years later, I have to admit that the French have generally been much more courageous about seeing that their governments remain responsible than we have. »

Extrait d’un billet publié hier dans le carnet Daily Kos: « I know it's not the most popular thing to say, but the French are right. »

Sur la couverture du numéro du New Yorker de cette semaine est une illustration intitulée « Manhattan Mirage » d’une épicerie typiquement new-yorkaise, un « delicatessen » de quartier, dont tous les produits offerts à la vente sont d’une élégance inhabituelle — du champagne, des huîtres, même une pile de numéros du Monde. (A vrai dire, la signification comique de tout cela m'a échappé, mais bon, je sais que je ne suis pas brillant.)

Le copain, Betty et moi, nous nous sommes promenés un peu cet après-midi et au petit chantier naval du village j’ai vu ce nom de bateau qui m’a fait sourire.

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Et à croire qu'il en y avait été trois qui ont précédé cette Chérie-ci !

mars 20, 2004

Manifester ou pas (quand c'est déjà trop tard)

On n’est pas resté en ville, le copain et moi, pour manifester contre l’invasion de l’Irak puisqu’il nous semble que, comme le dit ce dicton assez idiot, « the cow is out of the barn » — cette vache, elle est déjà bien sortie de la grange. On ne peut plus ne pas envahir l’Irak, il faudrait maintenant chercher un moyen convenable de nous en retirer, sans pour autant laisser le pays sombrer plus profondément dans l’anarchie voulue par des extrémistes de tous bords — une solution onusienne serait bienvenue, à mon avis. On foutrait le lèche-cul Bremer à la porte en y installant quelqu'un (un Européen, un Asiatique, un Sud-Américain ou un Africain) moins partisan. Ce chef temporaire aurait des troupes ONU pour lui permettre d’assurer la sécurité des habitants du pays et on commencerait à établir des moyens par lesquels le peuple irakien pourrait s’exprimer librement sur le gouvernement qu’il cherche — et non pas un gouvernement déterminé par les intérêts d’étrangers comme Bremer (ou Chalabi, par exemple, qui s’installera tout de suite à Londres quand les troupes américaines quittent l’Irak). On parle ici beaucoup dans les médias de la « nouvelle constitution irakienne » mais on oublie de noter que cette « constitution » ne fut signée que par un « conseil » d’« hommes politiques » choisis non pas par les Irakiens mais par les envahisseurs et que, une fois les troupes étrangères parties, cette « constitution » sera très probablement déchirée en mille morceaux sur un petit mot de l’ayatollah Sistemi, qui a raison de dire qu’elle ne représente pas les vœux du peuple irakien, qui n’ont toujours pas eu l’occasion de s’exprimer sur quoi que ce soit.

Attendons donc la fin du mois de juin — le moment où l’on parle d’un transfert de pouvoir du gouverneur américain aux « autorités » irakiennes — et attendons ce qui se passera lors de la convention républicaine à New-York en fin août. C’est à ce moment-là qu’il va falloir manifester contre l’orgueil sans bornes des néocons — même quand le cercle de Bush & Cie engage une sorte d’armée privée de paramilitaires pour se protéger contre tout opposant (automatiquement nommé un terroriste, bien sûr) — j’avoue que cette nouvelle m’a fait surtout penser aux SA d’Hitler, les fameuses Chemises brunes de l’Allemagne prénazie qui ont travaillé à persuader la population de la « justesse » de leur cause par le moyen de la force.

Ce matin en visitant le site de la BBC j’ai découvert une niche toute particulière de bd qui m’était jusqu’alors inconnue — ça s’appelle « yaoi » et il s’agit d’un genre de manga dans lequel il y a un amour entre deux hommes mais pour autant ce n’est pas fait pour les pédés, mais écrit pour et par des femmes qui aiment ça (ou au moins lire des bd là-dessus.) Pour ceux ou celles qui pourraient s’y intéresser, il y aura un grand congrès d’amateurs de yaoi en octobre 2004 à San-Francisco. On trouve tout sur Internet !

mars 19, 2004

Les courses

Pour une perspective lucide et intelligente sur la politique américaine, je recommande encore une fois à tout lecteur francophone d’aller lire l’excellent carnet web du journaliste français Thomas Cantaloube, en poste à Washington. Il est très bien renseigné.

Je viens de corriger mon geoURL. L’ancien me plaçait tout près du terrain du World Trade Center, bien que je me trouve au cœur du Greenwich Village, soit environ 3,8 kilomètres au nord.

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Betty, bien coiffée pour une fois, au repos sur le futon du salon

Betty est allée hier chez le coiffeur canin. Après trois heures de traitements (si, si) elle est rentrée belle et propre, et moi plus pauvre par $70 (non compris le pourboire de $10).

Cet après-midi, le copain est allé voir son physiothérapeute qui s’occupe de son épaule qui lui fait mal. J’ai aussi l’épaule qui fait mal, celle de droite, mais je n’aime pas les médecins. Je préfère croire aux bienfaits réels d’un manque total d’attention, la guérison par inadvertance, si vous voulez — une sorte de science chrétienne sans l’ingrédient religieux. C'est malin, non ?

On va ce soir à la campagne — on part un peu plus tôt que d’habitude, à 18h30 au lieu de 19h. On verra ce que ça donne pour la circulation, toujours difficile les vendredis soirs.

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La 5e avenue au coin de la 11e rue

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Le côté ouest de l'Union Square et le début de l'avenue du Parc

J’ai dû acheter des lunettes pour lire et c’est à la librairie Barnes & Noble de l’Union Square où j’en ai trouvé la plus grande sélection. Je suis passé d’abord à la grande librairie d’occasion Strand, où j’ai trouvé une biographie du designer influent Van Day Truex. Ensuite, à Barnes & Noble, j’ai trouvé les lunettes Foster Grant qu’il me fallait (quatre paires — je les casse si facilement !) et un bouquin pas cher sur le paganisme en Europe (moi je veux bien rétablir un gentil culte des arbres, c’est pas méchant, ça ne coûte pas trop, c'est vert, c'est écolo et cetera).

J’étais en train de faire mes exercices quand la figure désagréable de Bush s’est présentée à la télé — il se félicitait pour l’invasion de l’Irak, en répétant les mensonges et les contre-vérités déjà énoncées par toute la bande. Même plus importante que la guerre en Irak, pour l’électorat américain, sera, selon ce carnetier, la hausse continue du prix de l’essence. Les Américains croient qu’ils ont le droit d’avoir l’essence bon marché.

mars 18, 2004

Le lendemain de la fête

Encore des cartes — celle-ci, trouvée sur Gawker localise les donateurs aux diverses campagnes politiques à Manhattan. Les cartes de Boston, de Los-Angeles et d’autres villes, comme celle d'Houston, sont intéressantes aussi.

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Mon bureau en voie de transformation en salle à manger

Notre dîner d’hier soir s’est bien passé — on est resté à bavarder jusqu’à 1h30, ce qui est tard pour ce qu’on appelle ici, dans le vocabulaire de nursery affecté, « a school night » ou une veille de classe. On avait trop de plats « au vinaigre » (des asperges pour commencer et une salade après le ragoût). Le vin, un rouge de Californie Beaulieu Vineyard Coastal 2000, n’était pas mal. L’un des invités, un jeune homme intelligent et assez beau qui avait été l'ami pendant un certain temps de l’écrivain très tendance Dale Peck (que je connaissais moi un peu du gym où autrefois on faisait tous les deux nos séances d’exercice). Lui ne se plaît plus à New-York, qu’il trouve triste et « over », dépassé. Il pense s’installer sur la côte ouest, à Seattle ou à Portland ou même à San-Francisco (rêve pas hyperoriginal, mais bon, ce n’est pas toujours nécessaire, comme on le dit, de réinventer la roue.) Il a peut-être raison. C’est difficile, en effet, à savoir — le copain et moi, on ne sort presque plus dans les boîtes ou les discothèques. Nos vies se sont embourgeoisées. On ne fait plus la foire tous les week-ends — maintenant on va à la campagne où l’on est (plus ou moins) sage. Mais c’est sûr qu’il y a maintenant, par exemple, moins de grandes folles travesties (et on parlait hier soir de Hedda Lettuce, Chiclet, Ruby Rims, RuPaul et d’autres aussi « célèbres ») dans notre monde qu’avant. Oui, nous avons changé, mais cela ne veut pas dire automatiquement que la ville n’a plus de vie, n’offre plus rien d’excitant ou de fou. Il s’est même contredit un peu en décrivant une revue montée quelque part dans l’East Village dans laquelle deux folles se sont habillées en les Tours jumelles (dansantes et chantantes) que les spectateurs ont bombardées de petits avions en papier. Ça, c’est un exemple de l'esprit véritable de New-York. Il ne faut surtout rien prendre au sérieux — ou presque.

Le copain est sorti déjeuner avec son père aujourd’hui — ils sont allés au restaurant italien Sant’ Ambrœus qui se trouve à deux pas de chez nous au coin de la rue Perry et la rue 4e ouest. Très bonne cuisine, selon le copain, et en plus il a été dragué par la comédienne Sandra Bernhardt qui était là avec des amies. Il lui a souri en disant bonjour. Ce soir il me laisse encore seul — il va dîner avec une femme folle, chasseuse de têtes dans l’informatique avec laquelle il a failli travailler — mais elle n’avait pas voulu diviser la compagnie à 50 % chacun, elle avait voulu garder 51 % pour elle, ce à quoi le copain avait dit non. Mais ils sont restés très amis. Moi je vais continuer ma lecture d’un livre acheté à Londres — 1939 : The Last Season, une sorte de « Vie quotidienne à Londres chez les Anglais aristocratiques avant la guerre de 39 ». Je vais me coucher très tôt.

Je ne comprends pas ce qui se passe à Kosovo. Pas plus que les bombardements hier soir à Bagdad et à Bassorah.

mars 17, 2004

Les preuves photographiques

Voici quelques photos d’hier, l’après-midi sous la neige à Midtown et le soir dans le bar l’hôtel Tribeca Grand à — vous l’avez deviné — Tribeca.

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La maison dans laquelle se trouve l'appartement de « Carrie Bradshaw », en face de chez nous

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En route vers le métro, dans la 4e rue ouest

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L'avenue Madison dans la neige

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La cinquième avenue dans la neige

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L'entrée à l'hôtel Tribeca Grand la nuit (désolé pour l'éclairage — je ne sais pas faire marcher l'appareil)

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Vue du plafond intérieur de l'hôtel prise d'en bas au bar

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La chienne possédée nous rejoint au bar — chose rarement permise à New-York et qui a ravi en particulier un groupe de Japonais cynophiles

mars 16, 2004

Le retour de l'hiver

Mais c’est pas possible, il neige fort en ce moment — on s’y attendait pour l’après-midi et il n’est que onze heures et quart. Il faut que j’aille au gym (c’est le régime, et ça marche, mais bien lentement, once par once) et puis il faut acheter un cadeau d’anniversaire qu’on va offrir à un ami lors du dîner ce soir au restaurant Chanterelle à Tribeca. À l’avis du copain, que je partage, ce restaurant manque de simplicité et de naturel — tout y est trop compliqué, trop « m'as-tu-vu ». La cuisine est bonne, la carte des vins excellente, mais l’ambiance nous laisse plutôt froid. En plus, les gens y vont comme pour rendre un culte à la cuisine — on a l’impression d’être au milieu d’un temple culinaire, on ne parle qu’en tons dûment liturgiques, il n’y a pas de gaieté, pas d’imprévu, pas d’esprit. C'est lourd. Mais bon, nos amis, ils aiment ça. Ils ont réservé, à cause du mauvais temps, une chambre dans un hôtel du quartier, le Tribeca Grand, où je ne suis jamais allé et où on accepte les chiens (« avec plaisir » selon le concierge avec qui on a parlé hier), parce que nos amis ont une terrier de Norfolk, mignonne, petite et agressive qu’ils ne peuvent pas laisser seule dans la maison de banlieue au Connecticut. Donc, la princesse canine passera la nuit à Manhattan dans un hôtel de luxe. Tant mieux pour elle !

Demain c’est le tour du copain de préparer un dîner pour la Saint-Patrick pour six invités qui viennent chez nous, occasion tout à fait extraordinaire puisque c’est la première fois qu’on essaie de faire un dîner dans notre taudis (et je n'exagère pas). Je lui ai suggéré de préparer un ragoût irlandais en l’honneur de la fête du saint irlandais. Voilà la recette qu’il a choisie. C’est fait avec de la Guinness (site plutôt ridicule).

La Saint-Patrick, c’est la fête la plus redoutée de toute l'année des habitants de Manhattan — c’est l’invasion des banlieusards qui gueulent, boivent et vomissent partout. La Saint-Patrick, c’est un jour férié pour toutes les écoles catholiques de la région, dont beaucoup des écoliers défilent dans la grande marche de la Saint-Patrick dans la 5e avenue, cette marche qui continue tout bêtement à défendre aux gays de défiler sous une bannière propre à eux. Chaque année il y a des arrestations de militants du groupe ILGO (Irish Lesbian and Gay Organization) et les files d'agents de police qui encerclent la cathédrale de St-Patrick pour empêcher les militants de « prendre d’assaut » ce sanctuaire réactionnaire. Le Village, notre quartier, sera ensuite envahi par des masses de jeunes (dont certains sont, je l’avoue, pas mal, surtout si on apprécie, comme moi, le genre voyou de banlieue musclé qui deviendra bientôt pompier ou flic comme son père ou son oncle). Mais en général nous, les autochtones, préférons rester chez nous la nuit de la Saint-Patrick.

mars 15, 2004

Le hasard carnetier

Depuis l'enfance j’adore les cartes et j’apprécie beaucoup la nouvelle carte de la carnetosphère francophone que j’ai trouvée chez mediaTIC. J’attends avec impatience la prochaine mise à jour (qui se fera toutes les 24 heures selon son créateur Benoit Fries, à qui j’offre mes sincères félicitations. Une petite question : à quand l’interactivité des points colorés ? ) Je suis passé ensuite, je ne sais pas trop pourquoi, au site similaire de brainoff, par où j’ai découvert par hasard deux carnets — l’un, en espagnol et destiné aux informaticiens purs et durs, parle pourtant de la politique et de l’élection dans son pays dans un beau billet titré « Una victoria amarga ». J’en étais fort impressionné. Ensuite j’ai cliqué sur un point rouge qui est apparu au centre du continent nord-américain. Encore un carnet inconnu au nom de Dru Blood ! Dans un billet intitulé Fear Mongering and « Winning » la carnetière d’Austin (oui, cet îlot texan de la raison, et c’est là où habite aussi la très-marrante PasFolle, je crois) déplore l’hypocrisie de beaucoup de nos compatriotes qui déclarent tout bêtement: on est avec nous ou contre nous. Je cite Mme Blood !: « What. Utter. Bullshit. » Ben, il faut avouer qu'elle est concise, la Blood. Et en plus elle a raison (à mon avis, bien sûr.) C’est curieux ce qu’on trouve quelquefois par hasard.

La carnetosphère politique américaine de droite est tout à fait enragée (merci Tom Tomorrow pour le lien) des résultats du vote en Espagne. Avant dimanche, les Espagnols étaient salués comme des héros dans la guerre contre le terrorisme — et voilà, aujourd’hui on parle de lâches et de peureux, presque de traîtres. Ils usurpent même le terme favori pour les Français qu’on a changé (que voulez-vous, la mode ne s'arrête jamais !) en « gazpacho-eating surrender monkeys », lu dans un commentaire chez le carnet politique de droite (j’allais écrire « d’extrême droite » mais dans le contexte de la politique américaine actuelle ce ne serait pas vrai) Allah is in the House.Ce matin, dans une émission sur l’élection espagnole, le présentateur, un bon vieux libéral new-yorkais, a eu le culot de demander tout haut : Will the Spanish bolt from Iraq ? C’est le verbe « bolt » qui montre le parti pris du présentateur — cela signifie « quitter rapidement un endroit ou une situation particulière », avec un sous-entendu de lâcheté et d’irrésolution.

C’est peut-être dans l’air (malgré une température de printemps aujourd’hui) — même le sacré Atrios, qui ne se laisse pas décourager trop facilement, a remarqué ce matin dans ce billet titré « La fin du siècle américain » : You know, there are just some days when I survey the rhetorical landscape and find it hard to imagine that this whole grand nation isn't starting to come crashing down… Cette pensée me passe par la tête aussi, et plus fréquemment quand on entend ce qu’on raconte à la télé à propose de l’Espagne — on se rend vite compte qu’il n’est aucunement question, dans les médias américains, d’essayer de présenter les informations d’une façon équitable et vérifiée, mais de les présenter d’une manière qui convient tout à fait aux préjugés et malentendus préexistants des spectateurs. Car au fond ces chaînes ne sont là que pour faire consommer et pour gagner de l’argent en vendant des spots publicitaires, donc il vaut mieux ne pas froisser les gens en leur montrant une interprétation de l’actualité qui leur donnerait moins envie d’acheter les produits vendus dans les spots. Les informations proposées par CNN ou par MSNBC (ou, dans un autre format, par le New York Times) ne sont que des appâts prédigérés autour desquels on range les pubs lucratives.

À quand l'édition américaine du Guardian ????

mars 14, 2004

Un brunch éclair

Encore quelques révisions de l’interview avec l’amie écrivain que j’ai vite tapées avant d’envoyer le texte corrigé par courriel à l’éditeur à New-York, qui, elle, part pourtant pour l’Europe ce soir mais bon, pour ma part, c’est terminé.

J’étais en train de m’habiller pour aller au gymnase quand le copain me téléphone pour me signaler qu’il avait invité des amis à venir déjeuner chez nous — vers midi et demi. Donc je n’ai pas pu traîner parmi les beaux gosses du gym et j’ai dû rentrer directement en passant chez l’épicier pour trouver des œufs, du lait, du café, des « English muffins » (ignorés des Anglais, mais bon...), de la confiture aux fraises et du pâté de saucisses — pour en faire une sorte de brunch, quoi. On a vite rangé la maison (toujours bordélique quand il n’y a que nous) et voilà, on cuit les saucisses, on brouille les œufs en y ajoutant de l’oignon haché, on fait griller les « muffins » dans le four.

Les dernières infos parlent d’une victoire des socialistes en Espagne, ce qui serait un résultat vraiment étonnant vu les événements récents (et un avertissement, peut-être, aux républicains de Bush ?) Bon, cela me permet de signaler ce site pour le jouet « Dishonest Dubya — Lying Action Figure ». (J’aime surtout le truc avec le bretzel.)

Je n’ai pas encore vu les nouvelles pubs pour Bush dont on parle un peu partout — c’est l’effet du Tivo, je suppose, qui nous empêche de regarder les spots publicitaires mais j’ai beaucoup ri en regardant les storyboards (au secours, madame La Grande Rousse toujours vigilante, il paraît qu’il n’y a pas de mot en français pour signifier « ces planches à histoire » — est-ce vrai ?) proposés par certains malins, trouvé chez la Suburban Guerilla.

Et pour terminer ce billet encore plus profondément dans la superficialité, voici un questionnaire qui m’a intrigué — il s’agit de déterminer ce qu’on cherche physiquement chez une autre personne. C’est drôle, mais la photo du type choisi selon mes critères ressemble en fait assez au copain. Va savoir. (J’ai trouvé ce questionnaire chez le carnet Republic of T qui vient de Washington DC.)

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Voici l'homme de mes rêves, selon les critères de attraction.match.com

mars 13, 2004

Il fait beau ici mais...

Ici il faut beau, ensoleillé, toujours un peu froid et avec trop de vent. Il est agréable de pouvoir rester à la maison à regarder la télé ou à errer de site en site sur Internet. Le téléphone ne sonne pas, on n’a pas d’obligations mondaines ce soir, c’est la détente – ou le contraire justement de ce qu’on a ressenti les jours suivant les attentats contre le World Trade Center il y a deux ans et demi. Je me rappelle aujourd’hui, en réfléchissant aux événements survenus à Madrid, cette étrange sensation de vulnérabilité et d’incrédulité dont il me reste encore des traces — ce mardi on fête, par exemple, l’anniversaire d’un ami dont le bureau se trouvait au 86e étage de la tour sud du complexe, là, exactement, où le second avion a pénétré le gratte-ciel. Lui avait de la chance de se trouver à l’heure fatidique dans un avion volant vers Chicago — ils ont dû atterrir quelque part au Michigan, où il a loué une voiture pour rentrer auprès de sa femme au Connecticut. C’est bien le hasard qui règne, d’une façon ou d’une autre, sur tous nos sorts, mais on n’y pense pas, sauf quand il arrive un désastre choquant, mais en fin de compte, d’une simplicité ahurissante — quelques explosifs dans des sacs à dos à détoner par le moyen de sonneries de portables. Conduire un avion dans un immeuble, c’est l’évidence de l’idée qui m’étonne plus que l’exécution.

Mais il fait beau ici, et l’Europe, dont on sait que l’Espagne fait partie, est loin — les réactions américaines notées par le carnetier de ma vraie vie à new york dans son billet du 12 mars 04 sont probablement typiques. Je l'ai remarqué aussi. C’est un peu le retour au bon vieux temps, quand ce qui se passait ailleurs (en Europe, en Asie, en Amérique du Sud) ne nous concernait que bien vaguement. Si selon la formule « errare humanum est », il est aussi, ou peut-être plus, humain, je trouve, d’oublier, surtout si on oublie exprès. Cela nous servirait à quoi d’imaginer toutes les horreurs qu’on pourrait nous faire à Manhattan, dans le métro, dans nos gratte-ciel, dans nos rues et nos avenues ? On stocke (surtout depuis l’année passée et surtout pour le chien) un peu d’eau au fond du garde-manger, où l’on a aussi jeté quelques piles AA pour le poste de radio si on arrive à le retrouver à temps — mais à part ça, on n’y pense pas, de peur de ne plus pouvoir sortir de l’appartement. Heureusement qu’il n’y a que moi, le copain, et la Betty dans la meute — on pourra nous débrouiller, je m’assure, et puis paf ! je coupe cette ligne de réflexion. C’est assez, faut pas y aller trop loin.

Il fait beau ici mais je sais qu’on assiste aujourd’hui à de nombreuses obsèques en Espagne. Le copain et moi, nous sommes en train de choisir un hôtel à San-Francisco pour fin avril, c’est le niveau de questions qu’on se pose ici tandis que chez d’autres familles on se demande comment on va faire pour vivre, ou survivre la disparition d’un être aimé — un père, une mère, l’amie ou l’ami. Je ne veux pas porter de jugement sur l’une ou l’autre de ces activités, qui rentrent toutes les deux dans la gamme d’activités humaines du début du 21e siècle. Mais je me sens toutefois un peu comme l’enfant qui demande à ses parents, « Mais comment se fait-il, maman-papa, qu’il puisse faire beau ici et mauvais là-bas ? On est bien tous sous le même ciel, n’est-ce pas ? »

mars 12, 2004

Voir c'est croire

Le quotidien italien Corriere della Sera publient ici des photos impressionnantes des attentats madrilènes et des manifestations immenses qui se sont déroulées aujourd'hui partout en Espagne en protestation contre ces attaques.

Et demain ?

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Voilà, la première révision de l’interview avec l’amie écrivain est terminée. Je la lui remettrai demain à la campagne pour ses révisions à elle. Il paraît qu’on lui a parlé de la possibilité de faire un film de son livre, qui est une sorte de mémoire d’une vie de jeune mariée en Europe centrale avant la Deuxième Guerre mondiale.

À la télé au gymnase j’ai regardé Bush qui allait à la résidence de l’ambassadeur d’Espagne à Washington pour y déposer ses condoléances au peuple espagnol. Pour une fois il agit correctement. D’après ce que je lis et je vois d’ici, la possibilité d’une origine islamiste pour les attentats augmente, surtout avec la découverte d’un détonateur dont ETA ne s’est jamais servi jusqu’à présent. S’il s’agit en effet d’une attaque d’al-Qaïda sur un allié des Américains « infidèles et impérialistes », cela compliquerait les choses pour M. Aznar (ainsi que ses amis politiques), qui avait vendu la participation espagnole à l’intervention préemptive menée par les États-Unis et la Grande-Bretagne en Irak en disant que cela affaiblirait les terroristes partout dans le monde. Dans ce billet d’hier, le carnetier politique Billmon considère les effets politiques et surtout électoraux de tels désastres (dans le cas de l’Espagne, à trois jours seulement d’un scrutin):

« If all this reminds you of the electoral dynamics of terrorism in another large industrialized democracy, it probably should. Dick Morris has already described key elements of the politics of permanent war -- and how they might be applied in the United States. Now they're going to be field tested in Spain.

The paranoid will no doubt leap -- if they haven't already -- to the Reichstag fire analogy (even though to this day it's not clear whether the fire, and the judicial coup that followed, were a deliberate provocation or just a brilliant piece of political improvisation on Hitler's part.) Let's face it: One of the creepiest things about the post-9/11 environment is the way it's made a whole raft of conspiracy theories harder to dismiss out of hand.

But if you really think the Popular Party staged the Madrid bombing for its own political benefit -- and that the Bush crew is planning something similar here -- then you might as well head for the hills now. There is no hope.

The rest of us, though, are just going to have keep plugging away, in hopes that here in America the terrorists can be thwarted between now and November, and that a viable progressive approach to anti-terrorist policy can be found -- one that avoids authoritarian (and ineffectual) police-state tactics, but also prevents the kind of bloody mayhem we saw today. »

La paranoïa explicite de ce billet m’a à vrai dire étonné. Mais j’avoue que, entre nous à New-York, on parle ouvertement de la possibilité d’une attaque « terroriste » juste avant les élections en novembre. Il est certain qu’un tel incident aiderait les Bushistes à convaincre l’électorat de la nécessité d’actions les plus sévères contre le fantôme omniprésent du terrorisme mondial. Mais on ne peut pas, au moins à présent, se laisser sombrer dans de spéculations aussi troublantes. Pour le moment il n’y a rien à faire que d’essayer de trouver un moyen non totalitaire d’arrêter ce genre d’« efforts de persuasion violents » contre les populations civiles.

mars 11, 2004

Tristeza

Les nouvelles des attentats meurtriers de Madrid m’ont ôté le désir de publier le billet tout léger que j’avais préparé tôt ce matin. Ces événements me rappellent combien il est vulnérable ce que nous nous convenons d’appeler la civilisation. Vulnérable oui, mais par contre pas vraiment fragile. Je n’ai aucun doute que les Madrilènes ne sortiront de ces épreuves que plus forts. Il faut se dire qu’un attentat de cette ampleur, de ce niveau de tuerie gratuite, c’est presque un baiser ensanglanté qui souligne l’importance, aux yeux des malfaiteurs surtout, de la ville attaquée. Mais pour le moment, on est en deuil pour la ville de Madrid.

Sélian, carnetier dans mes liens et écrivain de grand style, habite Madrid et a publié aujourd'hui un billet personnel sur les attentats. Heureusement il n’a pas été touché.

mars 10, 2004

« Mais j'ai pas dit ça ! »

J’ai reconduit l’amie écrivain chez elle hier soir vers minuit moins le quart — pour nous c’est tard. J'avais fait du flétan farci au crabe, le tout arrosé d'un Saint-Véran adéquat. Le dîner terminé, l’Anglaise a préféré rentrer chez elle à pied, en dépit du fait qu’elle habite à l’autre côté du village et qu’il faisait assez froid.

L’amie écrivain m’avait donné hier soir la transcription d’une interview menée par une amie pour une revue littéraire hongroise — un de ses livres vient de sortir en Hongrie et cette revue cherchait à publier une interview avec l’auteur. C’est une amie à nous deux qui lui avait posé les questions voulues par la revue et c’est cette amie qui s’est fait faire une transcription de l’interview, qu’elle a ensuite rendue à l’amie écrivain, qui ne savait pas comment réagir. Elle avait cru que l'amie préparerait l'interview pour l'envoyer à la revue mais il paraît que non. Moi j’en ai lu quelques pages ce matin — c’est un peu flou mais intéressant, il faudrait ôter les hésitations, les répétitions et les hors de propos. Ce que je lui ai offert de faire. Elle a accepté, avec un soulagement un peu énervé par sa situation « déasagréable » vis à vis l'amie interviewer. (Ils sont très sensibles, les artistes.) Donc, je mets ma casquette d’éditeur/journaliste afin de lui remettre une version « corrigée » de l’interview (par précaution j’ai aussi les cassettes audio) le week-end à venir.

mars 09, 2004

La bêtise est sans préjugé

Les homos sont souvent aussi bêtes que les hétéros et s’il en fallait des preuves, cet article du Times y répondrait. Tout comme il a dû avoir des Allemands juifs qui disaient à propos d’Hitler, « Oui, oui, je sais, il exagère, d’accord, mais il ne faut pas oublier combien il fait pour nous protéger contre les bolchéviques. » Il y a en plus le cas de Mary Cheney, fille lesbienne du vice-président, invisible depuis quelque temps et qui ne répond pas aux coups de téléphone des journalistes. Pauvre petite, on dirait que l’hypocrisie la rend muette.

Le dîner ce soir s’est bien passé — il y avait une invitée imprévue, une Anglaise de retour d’Australie, où habite une de ses filles. On s’est bien marré en disant des choses pour lesquelles un pauvre Afghan serait enseveli pour des décennies à Guantánamo !

mars 08, 2004

Un coup de spleen hivernal

Un temps morne aujourd’hui — il a neigé, c’était comme de la poussière. Notre voisine de derrière la maison, une femme qui nous a été charmante et accueillante dès notre arrivée dans le village, s’est fait opérer une deuxième fois d’un cancer du pancréas dont elle ne va sûrement pas survivre bien plus longtemps. Son mari, libertarien provocateur avec qui j’aime bien me battre en sirotant tous les deux des vodkas martinis, son fils qui se marie en mai, tout le monde est bouleversé. Il n’y a rien à faire, évidemment, qu’espérer un petit miracle peu probable. D’autres amis ont dû faire piquer leur chien à l’âge de 19 ans. Il ne pouvait plus marcher et avait des crises. C’est bien dur pour les parents (ou, comme il faut maintenant appeler ceux qui ont un animal de compagnie — ce sont en anglais des « guardians », ce qui signifie un peu protecteur et tuteur à la fois — et l’animal n'est plus un simple objet de propriété.) Je vais leur écrire un mot de condoléances demain.

Voici une vue extraordinaire prise par un steward d’une ligne aérienne canadienne au-dessus de Manhattan. Il remarque dans son carnet (aussi vulgaire que marrant) qu’il était surpris qu’on pût (est-ce correct ? C'est Antidote qui me l'a indiqué) de nouveau passer comme ça à destination de l’aéroport La Guardia.

Des pâtes ce soir, un peu de télé et de lecture avant de me coucher. Demain j’invite l’amie écrivain chez nous pour dîner — le copain est à New-York où il sort ce soir avec l’ex-marine (comme toutes les fois qu'on sort avec l'ex-marine, ce sera une saoulerie). Je suis chiant de sagesse ce soir, n'est-ce pas ?

mars 07, 2004

Un soupçon de printemps

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Les premières pousses de printemps

Très belle journée aujourd’hui, un début de printemps. On est allé tous les deux (ce qui est de plus en plus rare, comme je préfère en général rester au lit dormir une petite heure en plus) jouer avec Betty — une amie était déjà là, au parc canin, avec ses deux chiens, et une inconnue avec son caniche standard noir qui n’avait que deux ans. Qu’ils sont fatigants à cet âge ! Ça court, ça saute, ça pique les jouets aux autres chiens. Betty, elle, n’aime ni les enfants ni les petits chiens, surtout énergiques, mais à part quelques grognements d’avertissement, Betty n’a rien fait de plus. L’amie part la semaine prochaine avec son mari et leurs deux enfants (c’est bientôt les vacances de printemps) en Espagne, où ils vont passer presque deux semaines à la découverte de Séville, de Cordoue et de Grenade — l’Andalousie, quoi. J’en suis, je l’avoue, assez jaloux, je ne connais presque pas l’Espagne et j’ai toujours aimé les Espagnols que j'ai rencontrés à New-York.

Hier soir on s’est bien amusé — ma voisine de table, une femme élégante de plus de 80 ans, m’a expliqué avec hilarité qu’elle voulait bien renoncer pour le carême à ses apéritifs quotidiens de vodka Stolichnaya versée sur des glaçons avec un zeste de citron, cela ne voulait pas dire qu’elle ne buvait pas de vin pendant la même période. Un banquier new-yorkais a essayé de nous montrer pourquoi un délit d’initiés comme celui commis par Mme Stewart n’avait en réalité aucun effet sur le prix de l’action vendue mais la tablée n’a pas été convaincue. Certains ont remarqué, comme l’a fait Phersu dans les commentaires au billet d’hier, que d’autres avaient réussi d’éviter d’être inculpés pour de crimes beaucoup plus graves que ceux pour lesquels Mme Stewart a été déclarée coupable — oui, c’est vrai, mais cela ne change rien aux faits de l’affaire Stewart. Elle a été trouvée coupable d’avoir menti. Que d’autres ont menti avant elle, et sur des sujets d’une importance bien supérieure aux quelques $40.000 qu’elle aurait perdus en ne vendant pas ses actions, oui, d’accord. Mais elle reste coupable tout de même.

J’essaie d’aider un ami local à faire un site web qui va lui gagner quelques sous (il y vend des pubs) — comme homme d’affaires, il est presque aussi pitoyable que moi ! J’espère que cela marchera. Le copain est allé avec sa partenaire à comment gravir en courant les collines — oui, il n’y a probablement rien de pire, de plus désagréable, à mon avis, que de gravir une colline impossible à plusieurs reprises. Moi je suis allé courir moi aussi mais seulement à travers le village, un parcours d’une trentaine de minutes, pour faire battre le cœur — je m’efforce à faire au moins 30 minutes d’exercice par jour.

Le copain rentre à New-York cet après-midi. Moi je dîne avec ma mère et j’ai invité la partenaire en course à pied de m’accompagner chez elle. C’est moi qui vais faire la cuisine — quelque chose de très simple, du poisson grillé, par exemple. Je vais essayer de ne pas trop boire de vin blanc — dans ce genre de rassemblement familial, il est souvent très tentant de boire à excès afin de ne pas se disputer.

mars 06, 2004

La pluie et le réparateur hongrois de chauffe-eau

Il a plu toute la journée — et en plus ce matin j’ai découvert qu’on n’avait pas d’eau chaude. En robe de chambre je suis descendu au sous-sol pour inspecter le chauffe-eau mais à vrai dire à mes yeux non professionnels ça n’avait franchement pas l’air d’avoir beaucoup changé et de toute façon je n’avais aucune idée où je devrais regarder. Donc, je suis remonté au rez-de-chaussée et j’ai téléphoné à un électricien local, un émigré hongrois qui s’appelle Laszlo. Malgré la pluie le copain était allé courir avec sa partenaire et moi je suis allé au gym, où j’ai quand même pu prendre une douche chaude après une assez bonne séance d’exercice. Le copain a dû en prendre une froide chez nous (hi hi). Mais Laszlo m’a rappelé et m’a assuré tout gentiment qu’il passerait chez nous cet après-midi avec une résistance de chauffe-eau (c’est probablement cela qui a sauté). Il n’est toujours pas venu et bientôt il va falloir me raser en faisant bouillir de l’eau pour la verser dans l’évier, parce qu’on sort ce soir.

Les malheurs de Mme Stewart me laissent un peu froid (toutes les filles au gym en parlaient, dans de tons plutôt bien disposés vers la diva domestique), mais Mme Stewart est en réalité d’un tempérament aussi aimable que n’importe quel homme d’affaires immensément riche et très fier de l’être. Elle savait très bien ce qu’elle faisait en mentant aux autorités.

mars 05, 2004

Trop de questions

Voici quelques questionnaires plutôt bêtes mais aussi drôles que j’ai trouvés hier et avant hier dans la carnetosphère.

À quel point êtes-vous Européen ? Partant d’un point d’origine très « british » (et satirique), ce questionnaire, trouvé chez A Fistful of Euros, suggère des réponses à faire sourire ou geindre selon les opinions.

Un autre questionnaire, trouvé au carnet d’un beau garçon de Toronto, vous aidera à déterminer quel acteur (ou, pour être exact, « célébrité mâle ») vous allez épouser selon vos réponses aux questions. (Le mien, c’était Josh Hartnett, pas mal, non ?)

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On prend des billets d'avion pour San-Francisco, chéri ?

C’est chez http://www.talkleft.com/Talk Left que j’ai trouvé ce lien vers une bande animée flash (je crois) titrée « The Lord of the Right Wing » et payée par l’organisation www.bushrecall.org. Ce n’est pas super mais je suis tellement « Bush-hater » que même les efforts moins réussis de dénigrement du « Résident » actuel de la Maison blanche me plaisent.

Hier je suis allé avec l’amie marchande de tableaux visiter une galerie à louer — ce n’était en effet qu’une grande salle carrée appartenant à une autre galerie qui cherchait à louer pour faire baisser leur loyer. L’une des galeristes, d’origine anglaise, avait travaillé dans une galerie à Naples avant de venir à New-York, sa collègue venait d’une galerie à Londres. C’est tellement difficile à faire de l’argent en tenant une galerie d’art, et avec l’économie telle qu’elle est en ce moment à New-York, ces deux-là avaient décidé à sous-louer cette pièce qui leur servait de salle de projet. Mais cela n’allait pas marcher pour l’amie marchande de tableaux.

Ensuite on est allé voir une ancienne galerie récemment fermée dans la 21e rue — il n’y avait personne et pas de numéro de téléphone de contact, donc nous nous sommes dirigés vers la galerie Paula Cooper où il y avait une exposition Carl André pour demander à un de nos amis qui y travaille s’il connaissait la disponibilité des locaux d’à côté. Pas de chance. Finalement on est passé au bureau de la société d’emmagasinage à laquelle appartient tout l’immeuble et on a appris que la galerie avait été déjà louée.

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Dans la galerie élégante Paula Cooper

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Vers le sud dans la 9e avenue, le nouvel hôtel Gansevoort au fond — pas encore ouvert au public

Nous avons dîné avec l’ex-marine, qui pense s’installer bientôt à Houston, dans un restaurant japonais charmant dans la 13e rue — je ne me rappelle plus du nom — et ensuite on est allé boire quelque chose dans un bar tranquille du quartier, le Kava Lounge. J’ai réussi à empêcher l’ex-marine de nous faire consommer trop d’alcool (son désir incessant) et après avoir déposé l’ex-marine à la station de métro de la 14e rue, où il prendrait le train L pour rentrer à Queens, on est rentré pas trop tard chez nous.

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La décoration murale au fond du bar Kava Lounge

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Une nouvelle présence russe à New-York — les stations service Lukoil, comme celle-ci dans la 8e avenue

Ce soir, c’est la campagne.

mars 04, 2004

Vivre ailleurs

J’ai envie d’aller habiter Beyrouth. (Bien, presque. Les enlèvements d’Occidentaux d’autrefois me font toujours hésiter.) Cet article alléchant sur la renaissance de cette ville est paru ce matin sous la rubrique « House & Home » (ce qu’on avait l'habitude d'appeler avec dédain « la rubrique coussin » en contraste avec les articles d’actualités) du Times d’aujourd’hui. En effet, j'ai plusieurs amis libanais et d'origine libanaise qui rentrent au Liban de temps en temps — mais ce sont leurs parents surtout qui rentrent pour y vivre. Les enfants habitent et travaillent à Paris, à Londres et à New-York.

On parle de la nouvelle pub de Bush sortie hier — on ne la verra que sur quelques chaînes câblées visant les hommes, qui sont presque deux fois plus enclins à voter pour Bush que les femmes. La Laura (alias « Pickles ») y parle beaucoup, en off. D’autres nomment le style des pubs : « Mourning in America » ou le deuil en Amérique, un jeu de mots sur les pubs (très efficaces d’ailleurs) de Reagan titrées « Morning in America » ou le matin en Amérique.

Aujourd’hui j’accompagne l’amie marchande de tableaux qui veut voir un local à Chelsea pour y faire une sorte de galerie/bureau. Elle a une cousine qui arrive bientôt de Los-Angeles et avec qui elle a envie de faire une sorte de commerce artistique.