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mai 31, 2004

Un peu d'humour

C’est affreux et cela m’est venu de dKos.

Le copain essaie de ranger le linge propre mais il me demande constamment quels sont les draps qu’on met sur notre lit en haut et quels sont ceux qu’on met sur les lits (simples, pourtant, donc assez faciles à reconnaître, il me semble mais…) dans la chambre d'invité au rez-de-chaussée. C’est dire qu’il ne fait pas souvent le ménage et qu’il est donc « un peu » surpris par la « complexité » de la tâche.

On rentre à Manhattan demain, après avoir remis un petit chèque au chef charpentier en début de matinée (en principe on commence à travailler vers 7h30 mais cela dépend du temps — s’il y a de la pluie, il n’y aura personne).

mai 30, 2004

Les fleurs

Il faisait trop beau aujourd'hui pour s'inquiéter de ce qui se passe au Moyen-Orient. On est allé acheter une rose « Président Lincoln » avec une amie qui cherchait des géraniums pour ses jardinières à New-York. On a eu du succès tous les deux, et notre rose est plantée dans le jardin depuis cet après-midi.

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Les géraniums rangés dans une pépinière de la région

mai 29, 2004

M'enfin, qui l'a vraiment choisi ?

Je ne suis pas le seul à ne pas comprendre ce qui s’est passé à Bagdad hier — un coup par le Conseil intérimaire de gouvernement pour faire choisir un de ses membres comme premier ministre. Je me demande comment les Irakiens eux-mêmes vont réagir.

Les nouvelles de l'Arabie saoudite ne vont pas rassurer les marchés de pétrole mardi (lundi c'est férié ici).

mai 28, 2004

L'exode de masse

Il pleut sur New-York, ce qui rendra la circulation encore plus pénible, ce soir de début de la fête du Jour de commémoration qui marque le début « traditionnel » de l’été beaucoup plus qu’une journée de réflexion aux morts pour la patrie. (En effet, dans le sud où j’ai vécu, on n’a jamais célébré cette fête, qui était probablement trop yankee pour nos goûts de confédérés battus). Mais dans le Nord-est, c’est le grand début de saison estivale, le premier jour pour les locations de maisons secondaires tout au long des côtes de l’Atlantique et des Grands Lacs, ainsi que dans les forêts et les montagnes de Pennsylvanie, de New-York et de la Nouvelle-Angleterre. Ce soir, c’est l’exode en masse, et avec la pluie, ça va être affreux ! Nous, par contre, pour une fois, nous restons en ville ce soir pour dîner avec un ami qui arrive de Londres. On espère l’emmener manger dans un nouveau restaurant chic du quartier des grossistes de viande mais on n’a pu que laisser un message au répondeur ce matin, on ne nous a pas encore « agréés » pour avoir une table à 21h — l’ami londonien est, lui, très chic et branché, mais nous, hélas, c’est bien autre chose…

De toute façon, on partira demain pour la campagne, où la saison commence avec des cocktails et des dîners sur deux soirées de suite. C’est un peu le marathon mondain ! J’ai passé une bonne partie de la journée d’hier à adresser des enveloppes pour des cartons d’invitation pour une garden-party offerte par l’amie écrivain en faveur du jeune maire de notre village. C’est une fête de lever de fonds pour sa campagne, ça coûte 40 $ par personne (de grands débats sur le montant — trop élevé pour certains, trop bas pour d’autres). J’ai posté une bonne partie des invitations hier après-midi ; l’amie partenaire en course à pied va écrire des petits mots sur plusieurs cartons qu’on postera demain ou dimanche. On invite à peu près 300 personnes — évidemment on ne sait pas combien vont accepter à venir. S’ils acceptent tous, il va falloir beaucoup de canapés ! L’amie écrivain a choisi des œufs farcis (canapé plutôt vieilli qu’elle trouve toujours très à la page), des beignets de crabe et de morceaux de filet mignon sur des petites tranches de pain grille avec une sauce crème au raifort. Heureusement ce n’est pas moi qui dois m’en occuper.

On parle beaucoup dans les carnets du discours de Gore sur l’état de l’État dans lequel il a demandé que prenne fin ce « long cauchemar national » qu’est l’administration Bush. Hier j’ai versé 250$ à la campagne de M. Kerry pour aider à arriver au même but.

Avons-nous été les dupes des Iraniens et des Israéliens ? Cet article trouvé ce matin chez Cursor décrit les rapports pour le moins curieux qui existeraient entre les républicains de Bush père qui sont toujours parmi nous, les Iraniens et les membres du parti Likud en Israël.

Les menaces terroristes élevées citées par l’avocat général Ashcroft ne sont-elles qu’une préparation pour une suspension du scrutin de novembre comme suite à d’éventuels attentats sur le sol américain ? C’est-ce que pensent beaucoup de commentateurs chez Kevin Drum sur ce billet récent à propos du « crapaud » Ashcroft.

Et pour terminer avec une dernière personnalité délicieuse, on n’excuse pas la rédaction actuelle du Times de ne pas avoir nommé Judith Miller, la journaliste qui avait signé quatre des six articles actuellement sous examen d’authenticité pour avoir trop encouragé l’intervention militaire américaine en Irak en se servant de « données » non confirmées. Selon un billet de Steve Gilliard, Mme Miller était « long known for doing her best reporting on her back ». Là-dessus je professe mon entière ignorance (mais j’avoue que cela ne me surprendrait point). De toute façon, c’est sûr qu’elle était — et reste — grande tacticienne de salle de rédaction, qui ne l’a toujours pas renvoyée — elle la connaît peut-être trop intimement ? (C'est pareil dans toutes les boîtes, n'est-ce pas ?)

mai 27, 2004

Betty l'exigeante

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Betty, qui s'allonge devant son bol (caché derrière le placard en dessous de l'évier à gauche) pour faire l'affamée, sauf qu'il n'est que 15 heures. Elle exagère !

mai 26, 2004

Excusez-moi de vous avoir trompé

Chez le grand carnetier politique Atrios on nous rappelle aujourd'hui le grand méchant lord Voldemort des histoires de Harry Potter en appelant la menteuse branchée Judith Miller, amie du propriétaire du Times Sulzberger, « she-who-they-cannot-name » dans les excuses officielles offertes par le New York Times pour leur reportage erroné sur les « motifs » de la guerre en Irak. Je l’ai lu, cet article, hier soir avant de me coucher un peu tard, à la suite d’une trop longue partie de Civilisation (mais j'ai gagné, et pour de vrai, pas comme Bush). C’est frappant qu’ils se sentent obligés, les responsables du Times, de s’excuser auprès du public qu’ils ont eux-mêmes trompé. Et l'on remarquera toutefois qu’ils n’ont pas eu le courage de nommer ou de renvoyer publiquement ceux et celles qui ont écrit et permis ces reportages partiaux ou même tout simplement mensongers.

Ailleurs, dans un monde meilleur où l’Irak n’obsède personne, on trouve des troupes de lapinets acteurs. Si, si. Et ils jouent, ces bêtes talentueuses, de courtes (30 secondes seulement) versions BD des films The Shining de Stanley Kubrick et The Exorcist de William Friedkin (trouvé chez Glennalicious, lui-même trouvé chez Addaboy, qui font tous partie d’un groupe informel de carnetiers gays new-yorkais qui se voient de temps en temps.)

mai 25, 2004

La schizophrénie de l'actualité

On va jouer aujourd’hui les deux côtés du désastre irakien.

D’abord, le ridicule. On le sait, il y a des malins partout qui s’appliqueront à n’importe quoi. Ici les paroles « lyriques » de Donald Rumsfeld mises en musique. Le site SFGate nous propose deux exemplaires, dont l’un est intitulé « The Unknown » ou « L’inconnu » et l’autre « The Situation » ou « La situation ». Encore une fois, j’hésite à me permettre une nouvelle excursion dans le territoire thématique de Kill Me Again, mais j’espère que, vu la qualité profondément éphémère des chansons que je propose, il ne m’en voudra pas trop.

L’autre côté, c’est le très très sérieux caractérisé par ce commentaire d’hier sur le site de The Agonist par un certain Stirling Newberry. Voici une courte citation de ce tract incendiaire sur la responsabilité américaine en Irak :

We went into Iraq, flush with greed for cheap oil and prosperity - which was predicted and promised. We went in flush with hopes of fat contracts for mercenaries and construction. We went in hoping to even decades old scores and extract debts contracted with a regime whose word is not worth the ink it signed contracts with. We accepted blood money, and hunted for blood money.

There are, at this moment, thousands of American young people dead or maimed from this war. There are dozens of journalists, politicians, businessmen, who have made fat profits from their death and dismemberment. Who racked statues on their shelves from the acclaim for acting as propagandists and dupes - simply because the public and elites wished to be duped. Almost all continue to be well paid, and in positions of authority and prestige. It is this, beyond all else, that indicates that America has become criminal to its very core. We do not indict those who have shoveled the flower of our youth into the furnace of Iraq - we do all but knight them.

Je n’ai pas regardé le discours de Bush hier soir mais tout le monde parle de comment et combien de fois il a mal prononcé le nom de la prison infâme d’Abou Ghraïb. Non, j’ai préféré regarder quelques scènes de « A Beautiful Mind » pour une raison curieuse. En fait, deux raisons. La première c’était qu’en zappant j’avais entendu un morceau de musique qui me semblait nettement supérieur (beauté, nouveauté, style) à la plupart de la musique de cinéma. Il y avait une jeune femme, très belle, qui courait dans le parc abandonné d’une énorme maison à la recherche de je ne savais pas quoi. Je me suis arrêté pour écouter la musique. Une petite recherche sur Google m’a montré que le compositeur était James Horner, qui avait aussi écrit la musique pour Titanic (aïe) et pour un nombre presque incroyable d’autres films (y compris Troie, Braveheart et Star Trek : The Wrath of Khan !)

J’ai continué à regarder le film pour une deuxième raison — Jennifer Connelly. Je ne la connaissais que de nom. Mais il est arrivé que, lors de notre récent séjour en Californie, je me naturellement suis offert un massage que je voulais spécialement californien. J’ai donc opté, parmi une sélection considérable, pour le massage cranio-sacral que je ne connaissais pas. Bon, une femme d’une cinquantaine d’années — peut-être plus — est venue frapper à la porte de notre cabine. Elle était habillée tout de noir. Elle a monté la table de massage devant la grande fenêtre et m’a demandé d’ôter ma chemise avant de m’allonger sur la table — ce que j’ai fait. Elle a commencé le massage en me disant que je pouvais parler ou dormir ou n’importe quoi. On a donc commencé à se parler, de rien et de tout. Elle n’était pas vraiment belle, mais elle était attrayante. C'était un peu comme au psy — je parlais en regardant le plafond. Je parlais de mon travail, du copain,elle parlait de son divorce, de New-York, où elle est née et qu’elle avait quitté pour s’installer à Big Sur il y a dix ans. On parlait tous les deux de notre quartier de Greenwich Village. « Ma fille habitait dans la 12e rue ouest pour des années mais elle vient d’acheter une maison à Brooklyn Heights. » « Qu’est-ce qu’elle fait, votre fille ? » « Oh, elle est actrice. » « Oh, ça doit être dur. » « Non, pas tellement. Elle a eu de la chance. » « Elle joue dans des pièces ? » « Non, dans des films seulement. » « Ah, bon — alors c’est curieux qu’elle n’habite pas Los-Angeles. » « Ouais, elle loue des maisons là-bas quand on tourne. » Une pause. J’ai repris la conversation. « Est-ce que j’aurais pu voir un de ses films ? » « Peut-être » m’a-t-elle répondu. « Vous avez vu A Beautiful Mind ? » « C’est celui avec le type néo-zélandais ou australien Russell … euh… Crowe ? » « Oui, c’est ça. » « Ah bon, je crois que je l’ai vu dans l'avion. J’ai pas tout regardé. Elle jouait quel rôle, votre fille ? » « La femme. » Une pause. « Ah, je vois. C’est excellent. » « Oui. Elle a gagné un Oscar. » « Vous avez été fière d’elle ? » « Ouais, mais j’étais déjà très fière d’elle. » Hier soir en regardant le film je suis allé apprendre sur Internat un peu plus sur l’actrice fille de ma masseuse et c’est exactement ce qu’elle m’avait raconté en me mettant les mains sur le dos et sur le creux des reins.

mai 24, 2004

Bush ne vend pas assez de pubs

C’est curieux, les grandes chaînes ne téléviseront pas le discours de Bush sur le présent et l’avenir de l’Irak ce soir à 20 heures— c’est la période des sondages de popularité et tout le monde sait bien que les discours « présidentiels » n’ont aucun pouvoir d’attraction contre une bonne comédie de situation (Yes, Dear) ou la télé-réalité comme Fear Factor ou The Swan (trop dégueulasse, je ne peux pas regarder la chirurgie plastique et esthétique).

Je n’ai pas encore lu tout le texte préparé par les Anglais et les Américains pour le projet de résolution sur l’Irak à l’ONU. On se demande comment l’ayatollah Sistemi va réagir, s’il acceptera ce soi-disant transfert de pouvoir de l’autorité provisoire à un nouveau gouvernement irakien qui doit être choisi par M. Brahimi avant la fin de ce mois.

Pas encore de nouvelles de la belle-mère du copain. Peut-être plus tard ce soir.

mai 23, 2004

Je viens de rentrer de la gare où j’ai déposé le copain qui rentre ce soir à New-York par le train — nous avons traversé un de ces orages d’été énormes où il y avait plein de foudre et de tonnerre et une pluie torrentielle. On roulait à 60 à l’heure sur l’autoroute et on a failli manquer le train, qui était heureusement en retard. Betty venait avec nous — elle a énormément peur du tonnerre, ça la rend folle et tremblante, ça fait de la peine de la voir.

La belle-mère du copain va à l’hôpital demain matin pour se faire opérer pour un cancer aux poumons qu’on a découvert il y a quelques jours lorsqu’elle a subi une imagerie de résonance magnétique. On va essayer de l’enlever demain et elle restera à l’hôpital pendant cinq jours. Nous lui avons souhaité bonne chance — il n’y a vraiment rien à faire, elle ne veut pas de fleurs, ni de visites (elle ne veut pas qu’on la voie avec des tubes dans le bras et tout et tout, car elle est très fière de son aspect physique).

Le commentaire du journaliste Andy Rooney vient à la fin des émissions de 60 Minutes, un célèbre journal d’actualités présenté par la chaîne CBS dimanche soir à 19h heure de l’Est. Ce soir je n’en ai capté que les dernières deux ou trois minutes à la radio WCBS de New-York en attendant le copain dans la voiture, mais même ce court morceau m’a frappé. Voici comment M. Rooney a terminé ses remarques :

In the history of the world, several great civilizations that seemed immortal have deteriorated and died. I don't want to seem dramatic tonight, but I've lived a long while, and for the first time in my life, I have this faint, faraway fear that it could happen to us here in America as it happened to the Greek and Roman civilizations.

Too many Americans don't understand what we have here, or how to keep it. I worry for my grandchildren, my great-grandchildren. I want them to have what I've had, and I sense it slipping away.

Have a nice day.

Il y a quelque chose qui se passe ici, on le sent partout. Maintenant on en parle sur la télévision.

mai 22, 2004

Merci, Cannes !

Ce soir on fête la remise de la Palme d’or à Fahrenheit 9/11 de Michael Moore. Merci, Cannes ! Ça va nous aider à combattre le mal ici. On a invité la partenaire en course à pied et son mari, le maire et son partenaire et même l’amie écrivain qui est pourtant censée aller dîner avec un ami poète de retour d’Italie ! (Elle vient de téléphoner — elle regrette que son hôte vient de confirmer l’invitation à dîner, elle aurait préféré venir chez nous, où ça va chauffer). On a plusieurs bouteilles de brouilly et de margaux pour accompagner la salade de lentilles et le coq au vin que je prépare selon les recettes de Guy Martin.

mai 21, 2004

Ah, ce beau monde qu'on vit (tra la)

Sans vouloir en aucun cas tenter de rivaliser l’expertise musicale et poétique de Kill Me Again qui trouve une chanson correcte pour toutes les occasions, je pense que, vu tout ce qui se passe en ce moment, cela vaut le coup de commencer ce billet avec un lien vers cette chanson drôle et méchante (comme je les aime) écrite et interprétée par l’incontournable Eric Idle de Monty Python que j’ai trouvée chez Atrios. Parmi les meilleurs moments je compte celui où le Gobernator Arnold annonce fièrement, dans son accent hautement germanique, les prochains Jeux d’Hiver nucléaires à Los-Angeles). Délicieux (et cela va certainement faire enrager plus d’un républicain !)

En Irak, la dégringolade semble se poursuivre — commençons à Bagdad, où l’histoire de la descente d’agents américains et irakiens (et ces derniers suivant les ordres de qui, je me demande) chez Ahmed Chalabi confond les journalistes et les carnetiers américains (elle confond aussi en toute probabilité l’administration Bush, mais vu ses talents géopolitiques, ce n'est pas surprenant, je trouve). Le grand ami d’autrefois est devenu l’ennemi numéro trois ou quatre (sûrement après le grand Oussama et al-Zarqaoui (qui selon certains n’a peut-être pas décapité Nicholas Berg) mais devançant, voyons, Chirac et Zapatero). Comment cela s’est-il bien passé ? On publie un peu partout des photos prises lors du discours de Bush devant le Congrès où l’on voit le sieur Chalabi placé juste derrière Pickles la Meurtrière (de Fiancé !! — si, si, je ne le savais pas non plus).

On a de nouvelles photos de sévices faits aux prisonniers irakiens à Abou-Ghraïb publiées dans le Washington Post, qui semble en effet vouloir se faire pardonner pour avoir cru si aveuglement aux déclarations les plus mensongères des Bushistes pour justifier cette guerre de choix. Des vidéos aussi cette fois mais on n’y voit pas grand-chose dans celle publiée par le journal washingtonien. Il en existe d’autres, on nous dit, bien plus scabreuses. La banane dans le cul pour simuler la sodomie ne va pas réjouir tout le monde, je parie. (Pourquoi y a-t-il tant d’obsessions clairement homosexuelles chez nos amis les plus machistes, tels les flics, les militaires, les gardiens de prison ?)

On toujours (mais pour combien de temps encore) de croire que nos boys — et girls aussi, je suppose — ont pu attaquer une fête de noce dans l’ouest de l’Irak, pas loin de la frontière avec la Syrie (élevée tout récemment au statut de membre provisoire de l’axe du mal). Tout le monde est plus ou moins d'accord sur le nombre des victimes — plus que 40 de morts. Le Times décrit les diverses interprétations des événements comme « disputed » mais nous autres, on reste, avec d’amples raisons, sceptiques des explications officielles de soldats étrangers etc. De pire en pire.

Moi je n’ai aucune expérience personnelle avec la Sécu française — je n’ai jamais été malade ou blessé en France donc, et bien heureusement, je ne connais pas l’intérieur d’aucun hôpital français. Il m’était quand même intéressant de lire ce billet de Kevin Drum, anciennement CalPundit, dans son nouveau carnet publié sur le site de Washington Monthly, sur combien le système français de sécurité sociale serait supérieur, par le coût, par le service, et par le résultat, au nôtre (qui est, tout le monde le sait, parfaitement lamentable). Les commentaires à ce billet montrent beaucoup moins de francophobie qu’en général chez les grands sites visités par des milliers d’internautes. Et cette remarque, extraite d’un de ces commentaires, m’a fait sourire : The only real problem with the French system that I can see is the need to describe your symptoms in French. Not many of us can do that. Mais, nom de diouuu, c’est pour ça qu’on a des Alliances françaises, non ?

mai 20, 2004

Se canadianiser

Mais dites donc, il n’est pas facile de devenir Canadien. Selon les amis avec qui on a dîné hier soir, il s’agit d’un système de points gagnés pour avoir droit à la résidence canadienne (une sorte de « carte verte » hyperboréenne). Les diplômes comptent pour beaucoup. Parler français aussi. Plus facile serait de prouver une fortune d'au moins CAN 800.000 $ et de verser au gouvernement la somme de CAN 400.000 $ sans intérêt pour une période de quatre ans (je crois) — on vous remet une carte de résident tout de suite. (Dans le temps il était peu nécessaire à un citoyen américain d’avoir une carte de résidence pour vivre au Canada, mais actuellement on ne peut plus compter sur la bonne volonté des gouvernements de deux pays, donc la nécessité de faire les démarches officielles.)

Ils s’installent à Victoria moins pour des raisons politiques que climatiques — ils détestent tous les deux la chaleur de l’été et il ne fait chaud à Victoria que bien rarement. Un autre avantage, c’est que la vie est beaucoup moins chère qu’à New-York. Et leur déménagement n’est pas final — ils comptent garder l’appartement — un studio — qu’ils louent à Manhattan pour pouvoir repasser de temps en temps et le sous-loueront à un(e) ami(e). Pratique, ça.

Pour plus d'infos sur l'immigration au Canada, je suggère une visite au site excellent d'Ebb et de Hoëdic, tous les deux à Montréal, qui en savent beaucoup plus sur ce sujet.

mai 19, 2004

Les Délices de la circulation routière

La pluie, les travaux et la bêtise humaine sans bornes m’ont tous fait prendre trois heures et demie pour rentrer de la campagne à Manhattan. D'abord, j’avoue que j’ai moi-même eu un moment de grande stupidité en mettant Betty dans la voiture sans l’avoir permis de faire pipi etc. On roulait à 135 à l’heure quand elle a commencé à sauter du siège passager à la banquette arrière. Elle avait l’air tout nerveux et c’est quand elle s’est penchée vers moi pour me donner un coup de langue sur ma joue que j’ai finalement compris, bête comme je suis, qu’il fallait vite trouver un endroit où elle pourrait se soulager. On a pris la sortie la plus proche et on s’est dirigé vers n’importe quel emplacement où je pourrais me garer — pas facile, en effet, parce qu’il y avait beaucoup de maisons et je cherchais un lieu plus discret. La pauvre Betty se tortillait à côté de moi, qui l’encourageais à tenir bon. Voilà, on voit une petite aire de pelouse au long de la route. Je m’arrête, je sors, je mets la laisse et j’ouvre la porte pour Betty, qui saute de la voiture et explose ! Qu’est-ce que je suis mauvais parent ! La honte m’accable. On fait une petite promenade (faut qu’elle se vide) et puis, encore en route, il faut que je retrouve l’autoroute (on ne pouvait pas la rejoindre par où on est sorti — malin). J’ai donc fait quelques kilomètres en pays inconnu et pas très beau avant de repérer un panneau indiquant la direction à prendre pour l’autoroute.

Plus loin, c’étaient les travaux qui faisaient ralentir la circulation (en plus, c’était plein de poids lourds) — on tondait la pelouse du milieu, on repeignait les lignes, et tout et tout. À New Haven, à Bridgeport et à Stamford on est en train de refaire la chaussée (bien lentement, ce me semble). L’infâme Cross Bronx Expressway était bourré de monde, et j’ai failli me faire rentrer dedans par un VTT abîmé conduit par un type portoricain qui allait trop vite et ne voyait pas les voitures qui s’arrêtaient, comme la nôtre, devant lui. Le pont du Triborough, aussi en construction, n’arrangeait pas les choses — les filles aux portables au volant de Mercedes et de BMW, les grosses limousines, les taxis, tout le monde voulait se glisser dans les deux petites voies du FDR Drive.

Pour ajouter à ma joie, la 11e rue ouest était barricadée à partir de la 5e avenue à cause des réunions de la Commission d’enquête du 11 septembre, qui avaient lieu dans la grande salle de la New School. J’ai donc dû errer dans le Village (ce n’est pas facile avec tous les sens uniques) pour pouvoir me retrouver devant notre appartement.

Le copain n’a toujours rien fait pour son dîner ce soir. Non, je retire tout — il est allé chercher un bouquet de fleurs, d’ailleurs très joli, du fleuriste qui l’aime bien. Mais pour le reste, rien n’est prêt !

mai 18, 2004

Ça dort peu à la campagne

Le copain insiste que je reste ici à la campagne pour surveiller le commencement des travaux de restauration du porche. Je lui ai dit que je ne serais pas du tout content si je le découvrais en train de donner des câlins à un gros poilu moustachu du gym (il a des goûts des années 70 qui me consternent toujours) et il m’a assuré que non et qu’il a passé la plupart de sa journée dans la compagnie d’une bonne sœur responsable pour toute l’informatique dans les bureaux de l’Archidiocèse de New-York — donc, selon lui, il est presque saint.

La livraison de bois traité s’est effectuée ce matin à 6h30 — que ces campagnards se lèvent tôt, c’est tuant ! En plus, le type a posé les paquets de longues planches d’acajou dans la voie privée qui appartient à nos voisins au lieu de les mettre dans la nôtre qui se trouve à quelques pas plus loin du camion. Je me suis excusé auprès de nos voisins, qui sont très sympas et qui s’en moquaient, puisqu’ils garent leur voiture (une grande Lexus VTT) dans la rue et non pas dans la voie privée qui est de toute façon trop étroite. En principe on recommence demain matin et puis je m’en irai à New-York, où le copain prépare un dîner pour un autre couple homo qui quitte Manhattan pour s’installer en Colombie britannique, dans la capitale de la province, Victoria, et non pas à Vancouver. Le copain a grand envie de savoir comment ils ont fait pour obtenir des documents canadiens (ils ont déjà acheté un appartement là-bas). Il insiste sur ce qu’on cherche un endroit où partir au cas de la nouvelle désignation de Bush comme président — moi je voudrais bien considérer le Nouveau-Brunswick ou la Nouvelle-Écosse, mais lui s’intéresse plutôt à l’Europe.

De toute façon, il est difficile de se reposer tranquillement ici — j’ai hâte de retrouver notre lit matrimonial (ben, pas encore tout à fait matrimonial, mais bientôt, peut-être !) dans la chambre à coucher minuscule mais tranquille et délicieusement sombre où j’arrive (en général) à dormir à souhait. (Dommage que le copain refuse de me procurer chez son toubib charlatan des comprimés d’Ambien (distribué — en dépit du drapeau américain posé partout dans le site web — par une société pharmaceutique française Sanofi-Synthelabo, drogue divine, j’avoue, qui permet un sommeil profond et un réveil facile. Mais le copain a ses côtés puritains et il refuse d’être gentil et de m’en chercher quelques comprimés.)

Après une demi-heure de gémissements divers de la part de Betty qui me reprochait de l’ignorer, j’ai passé une heure à la plage avec elle tout en lisant le roman de M. Pellerin. Comme la bête (qui n’est pas aussi bête que ça en fait), je me couche tôt ce soir.

mai 17, 2004

Les satires possibles

Hier soir j’ai regardé un nouvel épisode des Simpson intitulé « Bart-mangled Banner. » Exceptionnel. La famille se fait arrêter pour antiaméricanisme (Marge défend son fils Bart accusé d’avoir diffamé la bannière étoilée) pour avoir violé le « Government Knows Best Act. » Incarcérés avec le « dernier des démocrates inscrit à la liste électorale » et d’autres criminels d’état, ils arrivent à s’échapper de la prison, révélée être celle d’Alcatraz au milieu de la baie de San-Francisco. Ils sont sauvés par un bateau sous pavillon français et se réfugient en France. La France, c’est le pays où les femmes ne vieillissent pas et où Marge s’habille en tailleur rose de chez Chanel. Mais l’Amérique leur manque et finalement la famille rentre chez eux en passant comme des immigrés par l’île d’Ellis devant la statue de la Liberté. C’est satirique, c’est formidable. Je l’ai enregistré pour le copain.

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On défait notre porche, planche par planche

Les travaux continuent chez nous. On a enlevé le porche — le bois traité arrive demain. J’ai dîné avec ma mère ce soir. Des foies de volaille et une bouteille de Sancerre peu remarquable.

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Une poubelle pleine de coquillages de paloudes qui font la base d'un potage local célèbre — le « clam chowder » de la Nouvelle-Angleterre

mai 16, 2004

« Press 3 »

Je me demande comment on va réagir ici à l’existence présumée d’un service secret supersecret, connu seulement par quelques employés du département de la défense et de l’Armée. M. Hersh passe à toutes les chaînes de télévision et de radio (je l’ai entendu sur la BBC, retransmise ici par une petite radio FM locale) et contredit avec ironie les protestations officielles du ministère qui traitent les nouveaux rapports de torture et de service secret comme « outlandish, conspiratorial, and filled with error and anonymous conjecture. »

Le mariage gay sera pleinement légal à partir de minuit ce soir au Massachusetts. Les pontificateurs de droite se demandent pourquoi le sujet soulève si peu de colère parmi les fidèles et les conservateurs du Midwest.

On a dîné hier soir avec le chef de campagne de notre maire — et le maire lui-même, fatigué et finalement un peu saoul vers la fin de la soirée. Le chef parle très vite, très fort, très macho — sa conversation ponctuée partout de « fucking » et de toute une panoplie de gros mots de routier.

Je viens de répondre à un sondage d’opinion automatique au téléphone. J’avais l’impression que c’était fait par ou pour les républicains car il y avait des questions comme « Do you think George W Bush is a good leader ? (press 1). Or is John Kerry a good leader (press 2) ». C’est forcer un peu la réponse, non ? Il y avait aussi cette question difficile : « Do you feel the best years for the United States are in the future (press 1) or in the past (press 2). If you’re not sure, press 3. » Voilà.

mai 15, 2004

Le début de la fin ?

Ma commande de livres chez Alapage.fr est arrivée hier — les deux romans de Pascal Pellerin et un livre de cuisine de Guy Martin. Il va falloir que je recommence à faire un peu de cuisine et j’avais envie d’essayer quelques nouvelles recettes (dont une soupe fraîche de pêches à la verveine trouvée à la page 1036 — miam !)

La journée a commencé tôt (huit heures et demie, ouf) avec une réunion du petit comité démocrate du village qu’on avait convoqué pour approuver la dépense de fonds en faveur de la campagne électorale de notre maire, qui se présente comme candidat pour le Sénat de l’état, un début de sa carrière politique dans le « grand monde ». Il est plutôt jeune (37 ans), très intelligent, et gay.

Il fait exceptionnellement beau aujourd’hui. J’ai passé une heure et demie à jouer à la chasse aux pierres avec Betty au bord d’une mer très tranquille et à commencer ma lecture de « Tout m’énerve ». Je suis rentré à la maison vers trois heures pour réveiller le copain, qui, bercé aux sons de la télé, faisait la sieste dans la chambre à coucher. On est alors allé aider le maire et son partenaire à décorer avec d’affiches électorales la salle où il allait annoncer officiellement sa candidature. Une centaine de personnes se sont finalement réunies à écouter quelques discours d’invitation et puis le discours du candidat, qui a cité, parmi d’autres, Mark Twain et Robert Reich. On dîne avec eux ce soir au restaurant.

La cote de Bush continue à baisser, ce qui me ravit, bien sûr ! Un bon début de soirée !

mai 14, 2004

Aucune explication nécessaire

Waouh !

Au gymnase « Les Troyens »

Les diverses critiques du film « Troie » en disent beaucoup sur les valeurs esthétiques, culturelles et cinématographiques de leurs pays d’origine. Dans le Times d'aujourd'hui, le critique A O Scott apprécie avec humour « a hugely muscled Brad Pitt modeling the latest in Hellenic leisure wear »

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Mais qu'est-ce qu'on doit suer en portant cette veste pendant la séance d'aérobic !

L’éducation américaine a depuis un demi-siècle laissé tomber l’étude du grec antique et du latin (l’enseignement de l’allemand a disparu des écoles et des universités dès le début de la guerre de 1914 — en fait dès 1917 pour nous ; pour le français il reste encore une douzaine d’années — peut-être) donc il est peu question chez nous de rester fidèle à l’épopée homérique dont le grand public ignore la version originale. Scott prend parti assez ironiquement en faveur des « Hollywoodiens » qui verront surtout dans l’histoire de ces Grecs maraudeurs les suites et les « prequels » qu’il leur reste à filmer. Il termine sa critique en prévenant Eschyle de donner un coup de téléphone à son agent.

Pour le critique du Telegraph à Londres, où les traces d’une éducation dans la littérature classique ne sont pas encore tout à fait éteintes, le film est une orgie d’arrogance, une arrogance sous-entendue américaine (via Hollywood). « What's more » Tim Robey remarque avec un ton acide très britannique, « Patroclus (the insipid Garrett Hedlund [ndlr, pas si mal que ça, à mon avis — voir en bas]), clearly the soulmate of Achilles in Homer, has morphed into his cousin, and they're so anxious not to be misconstrued that they spend most of the movie avoiding each other's gaze. »

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Quoi, je le trouve assez beau gars, moi, ce M. Hedlund, et non pas « inspide » comme le dit ce sacré critique méchant, qui en est sûrement jaloux !

Soulmate ! Mon œil ! Voilà un bel euphémisme. Patrocle, c’est le « beloved companion ». Le critique du Guardian ouvre son commentaire avec une scène imaginaire de studio hollywoodien, dans laquelle un infortuné propose qu’Orlando Bloom joue le rôle de Patrocle amoureux de l’Achille de Brad. (Un des multiples gardes du corps de M. Pitt s’occupe de ce cinglé aux idées désagréables.) Un correspondant français à Cannes commente dans Le Monde « Quant à la nature des liens qui unissaient Achille à Patrocle, c'est très simple : le bouillant guerrier était en fait le baby-sitter de son jeune cousin, c'est pour cela qu'il fut pris d'une telle colère lorsque Hector l'occit. » Ah, oui, maintenant je vois.

Mais bon, on est tous d’accord, cela ne se fait pas que le beau mari de Jennifer Anniston puisse jouer le rôle d’un homo même très très très guerrier ! À San-Francisco on comprend que ce film n’est pas pour ceux qui ont lu l’Illiade et qui s’attendent à une cinématisation de l’histoire tragique mais plutôt pour ceux qui « want to see Brad Pitt in a tunic. » Moi je veux bien voir M. Pitt habillé en tunique, je l’avoue, mais je me demande si finalement je ne devrais pas attendre la sortie de la version Falcon de cette jolie épopée « sword-and-sandals » .

mai 13, 2004

Morceaux choisis

Ça se passe ce samedi, à San-Francisco pour ceux qui s’y trouveront (on peut toutefois participer chez soi) — c’est le Masturbate-a-thon et je l’ai découvert grâce au Greater Nomadic Council, nom de carnet que je trouve vraiment poétique, évocateur.

T-shirts à la mode — Bush is Over. L’éditorialiste en fin de compte complètement médiocre Tom Friedman est arrivé (enfin) à la même conclusion. Maureen Dowd l’exprime avec moins de faux soucis. Ce passage en particulier m’a frappé : « The Bush hawks, so fixated on making the Middle East look more like America, have made America look un-American. Should we really be reduced to defending ourselves by saying at least we don't behead people? » (C’est moi qui souligne.)

Je pense que j’ai trouvé ce lien dans un commentaire chez Atrios. C’est la couverture de Private Eye. Hmmm.

Dans les commentaires du carnetier super-vedette Billmon (actuellement en route vers la Jordanie) on trouve beaucoup de Français et d’étrangers résidants en France. C’est fou ce qu’ils écrivent bien l’anglais. C’est agréable de lire des opinions de partout. (Et si on laissait plus de commentaires chez Netlex ?)

Finalement, ils écrivent comme moi dans une langue qui leur est étrangère. Mais je note avec un tout petit point d'envie que le niveau de leur anglais est nettement supérieur à celui de mon français. Encore pire, ils sont tout beaux et tout jeunes. Et ils habitent Paris — ah, y a pas de justice dans ce monde d’en bas. Comme eux, j’adore Almodóvar (un des meilleurs films de ma vie restera « La ley del deseo » qui n’est toujours pas disponible sur DVD — pourquoi ?). Et j’ai beaucoup admiré l’acteur mexicain Gael Garcia Bernal qu’on a vu dans le film Y tu maman también. J’ai hâte de voir « La mala educación ».

mai 12, 2004

Égaré dans un pays de mensonges

Il fait beau, le soleil brille, et les branches des arbres fruitiers sont lourdes de fleurs — et pourtant, un malaise nous accapare tous. Les unes des journaux nous montrent des photos atroces — mosquées en flammes, un détenu civil américain avant sa décapitation par des hommes masqués — et des titres qui troublent profondément, tels « Afghan Gives Own Account of U.S. Abuse », « Rumsfeld Aide and a General Clash on Abuse » et « Iraq Tape Shows the Decapitation of an American ». Chez le marchand de journaux du village, le véritable cœur de la communauté où tout le monde passe pour acheter le New York Times, le journal local et un carton de lait d’un demi-gallon, on regarde les infos présentées sur le petit poste de télévision posé sur un rayon derrière le comptoir et on secoue la tête. Rien ne va plus. Le prix de l’essence monte sans cesse (comme celui du lait, au fait), malgré les promesses de certains émirs saoudiens. La bourse semble traumatisée — elle balance de pertes en gain (à 15 heures on était en baisse, à la clôture on avait pourtant gagné 0,26 %). On nous lit chaque soir les noms des soldats tués en Irak. On se découvre tortionnaires et nos crimes font l’objet d’énormes investigations qui évitent toutefois de nommer les vrais responsables. On se sent égaré dans un pays de mensonges. Une jeune antiquaire me dit que personne n’achète plus rien — ils sont trop déprimés, dit-elle, par les actualités. J’ai parlé avec un nouveau retraité — « Il faut qu’on se débarrasse de ces voyous » il m’a dit en passant un gros pinceau plein de peinture blanche sur les piquets de sa clôture. Il a raison, il faut les chasser et puis essayer de restaurer un peu de décence, ici et à l'étranger.

mai 11, 2004

Des crises de chiens et d'hommes

De temps en temps, la Betty est saisie d’une folie presque hystérique dont il est impossible de connaître la cause certaine — les coups de tonnerre distants, que l’oreille humaine n’arrive pas à entendre, peuvent la rendre folle et c’était peut-être cela qui l’a affolée hier soir. Il y avait des orages qui passaient dans la région. À minuit moins le quart elle a commencé à trembler et à haleter, elle sautait sur le lit, puis de retour au plancher, de nouveau au lit, et encore au plancher. Ce ballet canin a continué jusqu’à 3 heures — aïe ! Après un deuxième comprimé de mélatonine, j’ai pu finalement m’endormir. À 6 h 30, je suis réveillé par la sonnerie du téléphone — le chef charpentier me téléphone pour me dire qu’il sera en retard ce matin. Qu’il est gentil ! Bon, je referme mes yeux fatigués et dix minutes plus tard le téléphone sonne encore. « Kelly ? » me demande la personne qui m’appelle. « Huh ? » je lui réponds. La personne raccroche. Je me laisse tomber contre l’oreiller. Encore la sonnerie. « Kelly ? » « Non, il n’y a pas de Kelly ici. Je crois que vous vous êtes trompées de numéro. » Clic.

Je me suis quand même arrangé avec l’amie écrivain qui a finalement choisi une mise en page convenable pour le carton d’invitation. Elle a approuvé une police Copperplate. J’ai tout faxé à l’imprimeur pour qu’on puisse me préparer un devis. On a travaillé aujourd'hui sur le devant de la maison, où la pourriture du bois est moins avancée qu’on ne craignait. On a remplacé les encadrements pourris des fenêtres avec de nouveaux.

J’ai regardé quelques minutes le témoignage offert par le général Taguba sur l’enquête qu’il avait menée sur la torture (oui, c’est ça le mot) pratiquée dans la prison d’Abou Graïb. Il a l’air correct, il a fait son travail. En ce qui concerne les autres, alors là, c’est bien autre chose. Des lèche-cul professionnels. Et ce sénateur Inhofe, idiot (typiquement) républicain d’Oklahoma, m’a fait hurler de colère quand il a prononcé son commentaire bête.

C’est vrai, je ne peux ni ne veux pas regarder la vidéo de décapitation de l’Américain Berg. L’idée même me fait frémir de dégoût. C’est quand même curieux qu’il avait été arrêté d’abord par les Irakiens, puis rendu aux Américains, et ensuite repris par des affiliés d’al-Qaïda. Un trajet curieux et en fin de compte triste.

mai 10, 2004

Et on se réveille tôt quand même

Le réveil indiquait 6h25 quand j’ai rouvert les yeux une première fois. Je n’avais plus tellement sommeil, mais je me suis efforcé, pour raisons d’inertie profonde sûrement, à rester au lit, les yeux refermés et à attendre les premiers bruits du chantier au bout de la rue. Mais cinq minutes plus tard, je me suis levé pour de bon. Il faisait beau et donc j’espérais revoir les charpentiers, qui sont arrivés finalement vers 7h45. Ils ont beaucoup travaillé aujourd’hui — les secousses causées par les marteaux ont fait tomber des verres à cocktail « grecs » qu’on avait empilés sur un rayon trop près du bord. Ce n’était pas une perte irremplaçable, mais j’avais peur que Betty ne marche sur les fragments, j’ai donc dû passer la serpillière.

Des ennuis aussi avec l’amie écrivain qui est toute fière de ne rien comprendre des ordinateurs ou de l’informatique — elle ne sait pas ce que c’est un document ou un fichier. Je l’avais apporté des exemples de texte pour le carton d’invitation qu’on prépare pour la fête qu’elle va offrir en juillet en faveur de notre maire. Je lui avais souligné qu’il ne s’agissait dans ces exemples que du texte à approuver — mais elle a insisté à critiquer la mise en page. Je lui ai alors expliqué que je n’avais pas moyen de le faire correctement sur mon ordinateur, puisque je n’ai plus de logiciel de mise en page. Elle m’a regardé avec un air de surprise dédaigneuse pour me dire « Mais tu ne m’as pas dit que ta machine ne marchait pas. » À bout de nerfs je lui réponds sèchement que, mon ordinatrice marche parfaitement bien et ce qu’elle me demande de faire c’est en effet d’écrire une lettre en bleu quand mon stylo est rempli d’encre noire. Ou de faire de la glace en se servant d’une casserole Le Creuzet — là c’est peut-être possible mais ce n’est pas très malin. Elle ne savait pas que les infographistes metteurs en page ne font plus leur travail à la main !!! Grrrr, c’est dur parfois, nom d’un nom.

C’est curieux combien peu d’infos nous arrivent de villes telles Najaf, où les troupes américaines se battent (plus ou moins, c’est-à-dire en général à partir d’hélicoptères et d’avions d’assaut) contre les sadristes. On sait qu’il y a quelque chose qui se passe là-bas, mais on n’a aucun reportage direct — les journalistes sur place ont bien évidemment peur de se mettre dans un tel danger et je les comprends. On a un peu l’impression de ce vide en lisant ce billet du carnet de guerre Iraq Dispatches d’un journaliste qui habite à Bagdad.

Cela commence à m’agacer, cette phrase hypocrite que Bush répète ad nauseam que « This is not the America I know ». Le carnetier Steve Gilliard en a aussi marre que moi, mais il le dit bien mieux dans ce billet convaincant et honnête.

mai 09, 2004

On se couche tard

On n’a jamais, dans notre famille, considéré la soi-disant « fête des mères » comme une fête vraiment légitime — on donne à ma mère des coups de téléphone un peu ironiques, en se moquant ouvertement de les avoir faits. C’est ce qu’on a fait aujourd’hui.

Le copain est rentré à New-York cet après-midi. Moi je reste ici pour « embêter » (par ma présence seulement) les ouvriers qui devront retourner chez nous demain matin pour continuer les travaux de reconstruction.

On a passé « Harry Potter à l’école des sorciers », qui est je crois le titre français du film « Harry Potter and the Sorcerer’s Stone » mais c’est possible que je me trompe, à la télé ce soir. Je l’ai regardé un peu par paresse. Hier soir, pendant que le copain ronflait doucement à côté de moi au lit, j’ai regardé « The Last Picture Show » de Peter Bogdanovich (en français « La dernière séance ») qui date de 1971. L’excellente actrice Cloris Leachman, une de mes favorites, a gagné un Oscar pour son travail hors du commun dans ce film très mélancolique. J’étais un peu saoul, j’avais bu pas mal de vin rouge, j’étais fatigué et j’ai pleuré à la fin du film en regardant Timothy Bottoms qui rentre en désespoir chez la femme qu’il avait brutalement laissée tomber pour lui demander une sorte de pardon sans paroles.

mai 08, 2004

Le président de l’Associated Press a prononcé ce discours sur la liberté de la presse aux États-Unis. Ce qu’il dit me fait peur.

Ailleurs, je viens de lire le manifeste de la presse offert par l'érudit Orcinus.

Finalement, je voudrais signaler le carnet The Daily Brew qui publie un billet exceptionnel — « We are all wearing the blue dress now » ou, dans ma mauvaise traduction, « Nous portons tous la robe bleue maintenant » sur l’importance mondiale de l’élection du président américain cet automne et la responsabilité ultime de l'électorat américain. (Ça me donne la trouille aussi.)

mai 07, 2004

Une journée pas comme d'habitude

Hier soir, vers 2h30, on a été réveillé par un coup de tonnerre tellement fort qu’on se demandait si une bombe avait explosé. On restait dans le lit à attendre les sirènes, les hurlements, mais rien n’est venu. Betty s’était déjà réfugiée en dessous du lit, ses oreilles supérieures avaient capté des bruits qui ne lui plaisaient pas du tout. Nous, on était en retard.

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On voit la fumée qui sort de l'appartement du cinquième étage

Il a fait beau aujourd’hui — un temps de t-shirt pour la première fois. Les sirènes qu’on avait attendues hier soir sont venues ce matin — il y a eu un incendie dans un immeuble pas très loin de nous. Les sapeurs-pompiers sont montés dans l’appartement par l’échelle. On a éteint les flammes en quelques minutes.

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Le sapeur-pompier monte l'échelle

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Les autres sapeurs-pompiers restent en bas...

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Il y en avait même en short

Quelques minutes après j’ai pris le métro pour me rendre à Bloomingdales où il me fallait acheter un cadeau de noces avant qu’on aille au déjeuner de noces à midi. Tout s’est passé avec une efficacité peu usuelle — à dix heures 20 il n’y avait presque personne au 6e étage où se trouve le service des listes de mariage. Le type m’a vite fait imprimer une liste de cadeaux désirés par le couple et j’ai choisi un jeu de couteaux de cuisine qu’ils avaient signalé. On l’achète et on l’amène au comptoir d’emballage, où une grosse femme l’a emballé d’une façon lente et méthodique et, finalement, pas trop mauvaise, mais j’étais pressé — il fallait rentrer, prendre une deuxième douche, me raser, m’habiller avant d’aller au restaurant où l’on s’assemblait. Je suis rentré chez nous à 11h20, et on était de nouveau dans le métro, en direction de la rue Franklin, à midi moins le quart.

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L'extérieur du restaurant Chanterelle dans la rue Harrison

Tellement on était efficace qu’on était tôt, et le copain a donc voulu faire un tour à pied du quartier, transformé ces jours-ci pour le festival de cinéma de Tribeca fondé par M. deNiro. Le guichet pour les séances se trouvait à quelques pas du restaurant.

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Le guichet du festival du film de Tribeca

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La toute petite rue Staple

Les mariés sont finalement arrivés de la mairie (ils ont choisi de se marier devant un fonctionnaire au lieu d’avoir un service religieux) — des flûtes de champagne, on les pose pour des photos. Et puis on mange. Le menu est fait de sept ou huit plats, chacun avec un vin spécifique. On commence avec un pâté de saumon qu’on accompagne avec un tokaï blanc assez sucré (même trop pour certains qui en ont demandé un autre plus sec). Un vin blanc sec avec le poisson grillé, et ainsi de suite, le tout terminé par un morceau de gâteau au chocolat et du champagne.

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Au restaurant

Le père de la mariée, d’origine grecque, a souligné le côté cosmopolite de l’affaire, en disant qu’il y avait du sang macédonien, grec, turc, bulgare, slave et sépharde dans leurs veines, le tout apprivoisé par les efforts d’une vielle Française qui était resté quinze ou vingt ans comme hôte de la famille. Elle était là et tout le monde lui adressait la parole en français. En effet, tout le déjeuner brillait d’un charme naturel et attrayant. Dans ce milieu civilisé, on détestait Bush — le copain était assis à côté d’une femme amusante de 78 ans qui est la belle-sœur de l’ancien gouverneur du New-Jersey Kean, choisi par Bush pour présider la commission d’enquête du 11 septembre — c’est Kean, le républicain modéré, qui a vraiment obligé la Condoleezza de témoigner en public.

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Le gâteau

On est rentré chez nous à pied — on a hésité un peu sur l’idée d’aller tout de suite à la campagne ce soir. C’est le copain qui a finalement décidé qu’on devrait y aller, et donc nous voici.

Je n’ai entendu que quelques sélections du témoignage de Rumsfeld devant les sénateurs, qui ne lui ont pas posé, à mon avis, de questions très difficiles. Mais bon, c’est un début.

mai 06, 2004

Une soirée bien new-yorkaise

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L'intérieur du pressing chinois de la 11e rue

On est allé dîner avec la belle-mère du copain (son père se trouve en Californie) — il fallait s’habiller correctement, donc un passage chez le pressing chinois (ouf, 84 $ de plus pauvre) avant de prendre une douche minute. Taxi au Upper East Side, où le copain a installé l’ordinateur.

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Des écoliers en uniforme jouent au baseball sur le toit d'un hôtel particulier dans la 65e rue, vu de l'appartement de la belle-mère du copain

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La nouvelle tour Bloomberg, en construction

Ensuite une courte promenade à son club. On l’a raccompagnée chez elle avant de prendre le métro vers le Village. Curieuses publicités dans le couloir de la navette entre la Grande Gare Centrale et le Times Square.

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Un exemplaire de la nouvelle pub pour la chaîne de radio « libérale » Air America dans le couloir de la navette entre la Gare Grand Central et Times Square

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Une photo de M. Rumsfeld, qui va se défendre demain devant le Congrès

mai 05, 2004

In vino seulement une sorte de veritas (on dirait)

Les bruits de machines venant du chantier au bout de la rue m’ont réveillé ce matin, comme chaque matin depuis deux mois. Vers huit heures et demie, le copain m’a téléphoné, sa tête lui faisait mal après les quatre bouteilles de rouge qu’il a partagées avec l’amie marchande de tableaux hier soir chez elle. Ils m’ont téléphoné de chez elle plusieurs fois hier soir — elle avait découvert ce carnet sur les favoris de l’ordinateur du copain dont elle se servait pendant son séjour avec Betty dans notre appartement. Elle a promis qu’elle ne l’a lu que deux fois mais en fait je ne la crois pas. Le copain était tout à fait bourré. Vers 23 heures 40 il m’a téléphoné de son portable, il rentrait chez nous à pied. Il m’a rappelé de nouveau vers minuit — j’étais content qu’il fût rentré, j’ai alors pu me rendormir (un désavantage de la vie en couple).

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Un gros-porteur à destination de l'Europe passe au-dessus de notre village vers 19 h 45 hier soir

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Quelques-uns des cartons qu'on a déménagés d'en haut vers le bas, avec une courte pause sur ce mur de pierre

J’ai néanmoins réussi à obtenir ce matin mon permis de conduire renouvelé — 66 $ pour le permis avec une photo moche, mais moins moche que l’ancienne, ce qui est déjà pas mal. Les charpentiers ne sont pas venus aujourd’hui — histoire de vacances. Si, si, après seulement deux jours de travail — ah, les conditions de travail aux É-U ne sont pas aussi désagréables qu’on pourrait croire ailleurs. Ils reviennent lundi matin — en principe. Le chef charpentier est allé faire une croisière sur le fleuve Hudson (quelle idée originale !) avec sa femme et Chris et l’autre assistant ne viennent pas sans lui. Voilà.

Moi j’ai fait la bête de somme cet après-midi en déménageant la comptable de la société historique de son vieux bureau au 1er étage à un nouveau dans le sous-sol de la bibliothèque. Au bout de quinze minutes j’étais trempé, ce qui m’a évité de me sentir obligé d’aller faire un peu plus d’exercice au gymnase.

Je parle à plusieurs reprises avec le copain à New-York, qui a toujours mal à la tête et qui essaie de se rétablir un peu en regardant « Star Trek Enterprise ». Je rentre demain pour un déjeuner de mariage d’un de mes artistes vendredi.

mai 04, 2004

Que faire ? Comment réagir ?

Bon, on nous dit qu’on va garder 135.000 soldats en Irak jusqu’en 2005. Hmm, reste à voir, à mon avis. On parle de vidéos de torture qui pourraient sortir bientôt — torture et violation de femmes et d’adolescents. Une bataille manquée de Fallouja en plus, toute une population tournée contre nous, ce sera fini — on prononcera la victoire et on foutra le camp, dans l’espoir de convaincre l’électorat de réélire Bush. La peur, les mensonges, l’hypocrisie officielle et intériorisée, la perversion de valeurs, l’ignorance, la bêtise. Tant d’aspects dégoûtants au cœur du militaire, qu’on savait déjà là mais qu’on a refusé de reconnaître — nos boys n’ont pas pu se comporter comme ça, les gens me disent ici. Ce n’est pas pire que les Arabes, expliquent d’autres. Il ne fallait pas le publier, disent d’autres encore, parce que cela met le reste de nos soldats en danger. Les Républicains passent à la télévision essayant avec difficulté de détourner les questions difficiles qui ne font que souligner l’incapacité de l’administration.

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La benne à déchets déposée devant chez nous — c'est une taille plutôt « boutique »

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Chris au travail

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Les lattes verticales qui vont laisser respirer la maison

Les travaux de réparation sur la hutte ont continué sous un soleil un peu froid. On a ôté les planches pourries, on a ensuite remis de revêtement papier et on a ajouté les lattes pour donner un petit espace entre le mur et les planches à clin — cela permettra à la maison de « respirer » et de ne pas garder l’humidité qui finalement pourrit le bois (ben, c’est ce qu’on nous dit, je ne sais pas si c’est juste). La semaine prochaine on commence à refaire le devant de la maison, avec le porche, qu’on remplace tout à fait.

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Pour ceux qui auraient de goût d'ouvriers du bâtiment un peu Village People, notre bourg en est plein ce printemps — en voici deux qui travaillent au chantier de reconstruction de l'usine incendiée l'été dernier

J’ai passé aussi une heure avec Betty à la chasse sous-marine de pierres et elle est contente et fatiguée. On vient de rentrer d’une courte séance extraordinaire pour approuver un petit prêt de 100.000 $ pour payer l’aménagement de notre ancienne caserne de sapeurs-pompiers en bureaux municipaux selon la réglementation sur les invalides et les handicapés (il faut par exemple installer un ascenseur à la salle municipale). Pas de dissension parmi les députés du village (pour qui on utilise toujours le terme 16e siècle de « burgess »).

mai 03, 2004

Que les travaux commencent !

Le copain m’ayant tellement culpabilisé de ne pas avoir rédigé un tout petit peu de texte pour son site d’affaires hier, je me suis levé vers six heures après un sommeil agité de rêves compliqués. J’ai fait le café et je me suis ensuite concentré sur le texte qu’il lui fallait et que je lui ai envoyé par courriel. Les charpentiers, attendus à 7 h 30, ne sont pas bien sûr arrivés — j’ai attendu jusqu’à neuf heures pour commencer à leur téléphoner (ce qui veut dire que je donne des coups de téléphone à leurs femmes, qui devront en principe leur transmettre mon message.)

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C'est l'épicier du village qui aime apprivoiser les bêtes, comme cet écureuil gris qui mange sa noix en pleine rue sans danger de circulation

Juste après avoir téléphoné, je me suis décidé d’aller faire renouveler mon permis de conduire, périmé, hélas, depuis quelques mois (c'est un délit, je l'avoue, mais pas trop grave, j'espère). Je suis d’abord allé faire le plein chez les Indiens (de l’Inde) qui ont acheté la station-service Shell du coin, après quoi j’ai passé une demi-heure sur l’autoroute en direction du bureau du fameux et fort détesté département de véhicules motorisés. Me trouvant dans le parking vide du dit bureau, je me suis alors demandé par quelle chance rare j’avais réussi à venir par un jour aussi peu actif. C’est alors que je lis sur la porte : « Sundays and Mondays – Closed ». La vache ! (C’est gentil de ne dire que ça, non ?) Retour d’encore autre demi-heure d’autoroute. Mais alors j’ai retrouvé les charpentiers qui ont commencé à défaire les planches à clin du mur est de la maison — un bruit proprement infernal mais en même temps bienvenu puisqu’il signalait le début de la réfection de la maison qu’on attend depuis presque un an. On avait ôté plusieurs planches quand la pluie est venue et il a fallu s’arrêter aujourd’hui pour reprendre demain matin.

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Les travaux commencent ! C'est Chris sur l'échelle

mai 02, 2004

On fait ce qu'on peut

C’est la fin d’une journée curieuse — je me suis levé tard, le copain avait sorti la Betty et ensuite a accompagné une amie au café du village, où ils ont pris le petit déjeuner ensemble. On a glandé chez nous à regarder toutes les émissions d’info qu’on passe tous les dimanches matins, ces fameuses « têtes parlantes » de généraux, de sénateurs, de diplomates et de journalistes qui font carrière en passant à « Late Edition », « This Week», « Meet the Press ». C’est là où l’on a vu le président des chefs de l’état-major Richard Meyers en uniforme qui a essayé en vain de faire pardonner les abus contre les Irakiens par les soldats américains en disant que les Irakiens en faisaient de bien pires. Il a admis de ne pas encore avoir lu le rapport accablant dont on parle dans l’article du New Yorker écrit par Seymour Hirsh. Ce rapport est paru en février dernier.

À 13 h 30 min, on est allé voir l’amie écrivain qui a envie d’offrir une grande garden-party cet été en faveur de notre maire qui se présente en novembre pour le sénat de l’état. Elle a envie de faire quelque chose contre les Républicains — elle avait travaillé autrefois dans la campagne d’Eugene McCarthy. On y est resté plusieurs heures à faire une liste d’invités, à rédiger un carton d’invitation, à gueuler contre Bush et les autres. On est parti, le copain et moi, dîner avec le maire et son copain (hé oui, il est notre Delanoë) et j’ai ensuite conduit le copain à la gare, où il a pris le train pour New-York.

mai 01, 2004

Des fleurs et des guerres