Les feux d'artifice
Fêtez le 4 juillet à New-York, mais tout en confort chez vous, en passant par ici.
« mai 2004 | Main | juillet 2004 »
Fêtez le 4 juillet à New-York, mais tout en confort chez vous, en passant par ici.
L’activité continue du week-end dernier m’a laissé avec un mal à la gorge importun et une fatigue dont j’ai du mal à me remettre, surtout ici à la campagne, où le concert des travaux de construction débute à 7 heures précises avec en général le retentissement du martèlement soutenu d’un pieu en train de se faire foncer dans le sol suivi du cri reposant de la scie à métaux. Ah oui on est tranquille à la campagne.
Étude de perspective de l'avenue du Parc
Dimanche on est sorti une dernière fois avec la nièce du copain dans un restaurant supposé chic du quartier de ses parents La Goulue, fréquentée, du moins un dimanche d’été quand la plupart de ses habitués auraient quitté Manhattan, par un monde disons divers et souvent douteux.
Extérieur du restaurant La Goulue avec une grosse bagnole immatriculée au New-Jersey (naturellement) stationnée devant les tables
On avait à côté de nous deux grosses femmes aux cheveux laqués couvertes de bagues vulgaires du genre qu’on retrouve trop souvent ici dans les endroits dits chic. Elles se sont plaintes de tout ce que leur a apporté le garçon français, qui par contre s’en foutait tout à fait, tellement il était habitué à cette clientèle impossible à satisfaire. J’étais bien content d'y échapper et de me retrouver sur le trottoir ensoleillé de l’avenue Madison.
La 5e avenue vide de circulation automobile avec sa raie lavande à la fin de la marche de la Fierté gaie dimanche dernier
Ce soir-là, après son retour de l’aéroport JFK où il avait accompagné sa nièce qui rentrait à San-Francisco, le copain et moi nous sommes allés voir le film du moment maintenant abrégé en F9/11 dans un cinéma de la 3e avenue. Pour être sûr d’avoir des places, on avait déjà acheté nos billets sur Internet par le service billetterie Fandango.
Au cinéma Loews
La séance de 18h30 était complète, en majorité des jeunes, mais j’avais une folle de quartier à côté de moi qui s’offrait pendant les bandes-annonces et le film un commentaire audible, mais incompréhensible sur tout ce qu’elle voyait à l’écran. En ce qui concerne le film, il présente à mon avis peu de renseignements nouveaux qu’un fanatique d’actu sur Internet ne connaîtrait déjà. Les liens financiers entre les Saoudiens et la famille de Bush me semblent des rapports de riches en fin de compte assez banals plutôt qu’une vaste conspiration contre la démocratie. Ceci n’est pas dire que ces rapports n’ont aucun intérêt pour ceux qui se demanderaient comment ça marche en réalité, notre joli monde capitaliste, mais les Bushes y sont comme pleins d’autres, à protéger et à accroître leurs avantages. L’histoire de la fuite de Saoudiens des États-Unis dans les jours après les attentats me semble aussi une fausse piste — dans la confusion bureaucratique du moment, on a jugé bon de faire partir des citoyens saoudiens parents de Bin Laden et membres de la famille royale aussitôt que possible pour leur éviter une éventuelle vengeance de la foule qui verrait dans chaque Arabe un ennemi à abattre. D'accord, c’était un geste « amical » de la part de Bush, mais je ne trouve pas que cela prouve quoique ce soit de complicité extraordinaire entre les dirigeants de ces deux pays. Les scènes de guerre en Irak sont difficiles à regarder — et même quand on ferme les yeux, on entend des cris atroces, des gémissements. L’injustice évidente du recrutement militaire me semble tout à fait juste — ce sont des défavorisés qui vont dans l’armée, tandis que les fils et les filles de la bourgeoisie vont aux études universitaires. En fin de compte, je trouve que c’est un film à voir, malgré quelques longueurs et malgré un style documentaire un tout petit peu décevant.
La pluie m’a réveillé vers 4 heures du matin — c’est bienvenu ici où l’on commence à parler d’une sécheresse estivale. J’ai bien sûr laissé ouvertes les fenêtres de la voiture, mais bon, ça séchera.
Comme la plupart des Irakiens, on a été surpris par la « remise » de « souverainté contrôlée » abrupte d'hier de l'Autorité provisoire au gouvernement irakien (également provisoire, à ce que je vois). On verra ce que ça donne dans les jours à venir.
On est toutefois content des décisions prises hier par la Cour suprême en ce qui concerne les droits légaux des « combattants ennemis » incarcerés à Guantánamo et ailleurs. Un début de changement de régime ?
Merci, la France
Je suis allé voir Fahrenheit 9/11 ce soir — ma critique suivra (peut-être). Il faut que j'aille à la campagne pour une réunion demain matin (8h30). Mmmm...
La fierté gaie célébrée (et commercialisée, bien sûr) dans une vitrine de la boutique Ralph Lauren dans la rue Bleecker
Il n’y a plus aucun doute, je suis incontestablement une vraie vieille tapette — j'avoue que j’ai adoré « 42nd Street », tout plein de strass, de paillettes, de beaux danseurs de claquettes, des chansons hyperconnues et drôles (« Shuffle off to Buffalo », « Lullaby of Broadway» (avec ses paroles délicieuses : « When a Broadway baby says good night, It's early in the morning, Manhattan babies don't sleep tight until the dawn »), « We’re in the Money » et « Forty-second Street »), des décors d’une exubérance hilarante, une énergie extraordinaire, et la joie évidente de jeunes gens qui adorent danser sur une scène à Broadway. Réalisée par le chorégraphe Gower Champion, « 42nd Street » est une véritable orgie de claquettes et les spectateurs d’hier soir, pour la plupart les touristes, l’ont vivement appréciée, un rugissement sourd se déverserait du grand balcon pour terminer en cris de joie et en applaudissements (il devait avoir beaucoup d’amis des acteurs dans la salle) au milieu d’un numéro hallucinant.
Après le spectacle, on est allé dîner au Café Un Deux Trois où la nièce nous a décrit le mauvais comportement du frère du copain pendant le divorce des parents. Histoire frappante et pas très gaie.
Persée avec la tête de Méduse
Une partie de rugby mixte ?
Une cour en pierre de deux étages volée de je ne sais pas où avec des statues
On est passé au musée Métropolitain avant d’aller à Times Square — on a vu l’exposition « http://www.metmuseum.org/special/se_event.asp?OccurrenceId=%7B9FA99BE0-39CD-48AF-9514-84531AF6C5A3%7D Dangerous Liaisons », une exposition de vêtements aristocratiques du 18e siècle présentés sur des mannequins dans des décors authentiques du 18e siècle français. L’une des conservatrices est une amie qu’on connaît de la campagne, où elle s’est installée avec son mari.
L'extérieur du musée Métropolitain sous une pluie d'été
On fait la croisière sur la Circle Line cet après-midi. (Plus tard — nos projets ont changé — on est allé voir la statue de la Liberté et l’île d’Ellis et son musée de l’immigration — des photos demain).
Un quartier résidentiel de l'arrondissement de Jamaica, en Queens, autour de gare de l'Airtrain vers l'aéroport JFK
On approche l'aéroport JFK, avec la tour de contrôle au fond
L'aérogare de l'ancienne compagnie aérienne TWA construite par l'architecte célèbre Eero Saarinen
Elle est charmante, la nièce du copain. Elle s’appelle Gillian et elle a dix-sept ans. Elle est grande (1 m 73) et mince et belle. On avait rendez-vous ce matin devant la nouvelle succursale de Bloomingdales à Soho, dans Broadway proche de la rue Broome — beaucoup plus petit que le magasin principal de l’avenue Lexington, ce magasin est beaucoup plus agréable, plus propre, et plus aéré.
La façade de Bloomingdales Soho
Vue de Broadway vers le nord...
...et dans l'autre sens, avec la tour gothique de l'immeuble Woolworth au fond
Tout un mur rempli de textes en français au 4e étage du magasin — encore un peu de francophilie new-yorkaise
Sentiments de quartier, visibles de l'intérieur du magasin
Des fleurs artificielles et réelles
On lui a trouvé une belle robe noire Moschino (collection cheapandchic) et des sandales qu’elle portera demain soir quand on va dîner dans un grand restaurant chic.
Vue du premier étage du restaurant populaire Hamburger Heaven dans l'avenue Lexington à l'angle de la 62e rue
Après une courte escale chez le tailleur qui allait reprendre un peu la partie haute de la robe, trop large, on est allé à pied à travers le parc Central jusqu’au Musée d’histoire naturelle dans le Central Park West, où je les ai quittés pour rentrer à l’appartement.
Balko, le husky fidèle, dans le parc Central
Une allée bien verte
Nettoyage de l'ange de la fontaine de Bethesda dans le parc Central
Le garage à bateaux du parc Central, transformé en café-restaurant
Les tours de Central Park West, dont la toiture verte du Dakota au milieu
Les tours jumelles de l'immeuble San Remo
Un autre immeuble de grand luxe sur le Central Park West, le Beresford, résidence du comédien hyper-new-yorkais Jerry Seinfeld, parmi d'autres
L'entrée principale du Musée d'histoire naturelle avec la statue équestre du président Théodore Roosevelt
Tête de squelette de dinosaure dans le hall d'entrée du musée
Une petite sale bête qui surveille les gens qui font la queue devant les guichets au musée
Ce soir on pense prendre un verre au musée Métropolitain (c’est ouvert tard le vendredi soir) avant de nous rendre au Times Square pour aller au théâtre. Une journée new-yorkaise bien remplie !
Le dîner chez l’ami galeriste s’est bien passé en dépit du fait qu’on était tous un peu fatigués. Il a fait cuire d’abord les épis de maïs venus de Long-Island sur le petit gril à gaz monté sur un banc à la terrasse.
Le gril mignon sur la terrasse
Me pencher au-delà de la barri¡ere me donne toujours le vertige — la 8e avenue en bas
Ensuite sont venus les hambourgeois. On a ingurgité bien sûr pas mal de margaritas en regardant le coucher de soleil. Il y avait avec nous une amie marchande d’art et son mari avocat, tous les deux nouvellement venus à Manhattan pour de bon (ils avaient un petit appartement ici depuis longtemps, mais ils viennent de vendre, après deux ans d’attente nerveuse, une grande propriété dans un village en Arkansas pour s’installer en définitive à New-York.) On est rentré assez tôt.
Les terrasses de Chelsea
Crépuscule
Les toits verdoyants de l'hôtel Chelsea
Au cœur de Chelsea
Dans la chambre de l'ami galeriste, le nouveau poste de télévision qui fait partie d'un troc pour un tableau — il n'est pas bête, le galeriste, et il avait envie d'avoir un poste à écran plat. L'artiste est content aussi !
Le lendemain je me suis réveillé à 5h30 pour pouvoir boire au moins une tasse de café avant de m’en aller vers le garage pour prendre la voiture dont le point indiquant l’entretien sur le tableau de bord était passé au rouge vif hier en rentrant de la campagne. En général je crois que c’est un truc fait par Honda pour plaire aux garagistes agréés qui gagnent, naturellement, énormément d’argent à inspecter les voitures et ensuite remettre la jauge au vert rassurant. Mais bon, que puis-je faire ? J’ai bien peur de me trouver un jour avec un moteur foutu en pleine autoroute ou en traversant le pont des Trois Bourgs (tiens, c’est joli, ça — autrement connu par son nom anglais du http://www.nycroads.com/crossings/triborough/ Triborough Bridge), donc j’accepte de payer la rançon (905,05 $ cette fois, aïe !).
Une petite victoire de la francophonie, dans le quartier de Clinton (anciennement La cuisine d'enfer !), à Manhattan
Je suis rentré au village par métro et je suis passé par un café au bout de notre rue pour prendre un café au lait. Une Française somnolente était au comptoir à préparer les petits déjeuners et les cafés. J’ai essayé de travailler un peu sur le portable que j’avais emmené avec moi, mais il y avait trop de bruit, trop de mouvement — un plus jeune parlait fort et nerveusement à un moins jeune de ses talents d’auteur de discours (c’était un rendez-vous d’embauche, je crois). Il y avait une belle blonde qui commentait les articles du Times à son beau compagnon dont les cheveux mouillés indiquaient une sortie récente de douche. Finalement, il y avait http://www.vogue.co.uk/whos_who/Calvin_Klein/default.html Calvin Klein, tout mince, tout déglingué par l’abus d’alcool et de drogues, qui s’est assis à côté à une table d’amis. Je suis rentré à l’appartement où il faisait, en fin de compte, moins de bruit.
Vers 15 heures je suis allé à Times Square pour acheter des billets pour la comédie musicale classique « http://www.42ndstreetthemusical.com/ 42nd Street » qu’on donne, dans une reprise, dans un théâtre réaménagé dans la 42e rue.
Une photo pas très originale de Times Square
Le copain avait invité sa nièce, qui habite San-Francisco et qui vient d’avoir son diplôme de « high school », de venir passer un week-end à New-York. Elle arrive cet après-midi à l’aéroport JFK, où on va la retrouver. Le copain lui a organisé tout un week-end de tourisme (elle est venue à New-York toute jeune seulement une fois) — on commence ce soir au Upper East Side, où elle couche chez ses grands-parents (le père et la belle-mère du copain). Demain, c’est le shopping, à Bloomingdales Soho, à Bergdorf Goodman, et à Saks. Le musée Métropolitain et la collection Frick demain après-midi avec son grand-père. Le théâtre le soir et un souper après le théâtre dans un café français du quartier. Samedi, c’est les musées le matin et une croisière autour de l’île dans un bateau de la Circle Line l’après-midi. Dîner à Soho. Dimanche, rien de trop tôt, un brunch élégant dans le quartier des grands-parents, et ensuite le retour en Californie. Pas mal, je trouve. Une sorte de menu de dégustation de la ville. C'est drôle que ce soit aussi la fête de la Fierté Gaie ici — mais la nièce du copain habite avec sa mère, ses deux sœurs et son beau-père dans le quartier du Castro ! Donc elle en aura déjà tout vu.
Une vue de la 8e avenue vers le nord — je la traversais pour me rendre encore au garage d'entretien où j'allais récupérer la voiture pour la conduire jusqu'à au garage au Village
Pas de places au cinéma pour la première new-yorkaise du film « Fahrenheit 9/11 ». On a essayé, le copain, l’amie marchande de tableaux, et moi, de voir hier soir le nouveau film de Michael Moore au cinéma qui se trouve dans la 3e avenue. Pas moyen, évidemment. On est donc allé manger japonais avant de rentrer chez nous.
Ô, que c’est ennuyeux, tous ces embouteillages ! J’ai quitté la campagne vers 13h30 sous la pluie.
Vers la sortie 57
J’ai choisi le Merritt Parkway parce que la radio nous conseillait d’éviter un embouteillage de 18 km sur l’autoroute I-95 en prenant la Merritt Parkway. Ce que j’ai fait. Tout allait parfaitement bien jusqu’à la frontière new-yorkaise, où les files de voitures se sont tout d’un coup arrêtées pour des raisons inconnues. Plus loin les embouteillages ont recommencé, à cause d’un accident, qui a lui-même causé d’autres accidents. Oh la la, quel cauchemar dépourvu d’intérêt.
Trop de grosses bagnoles à Westchester
En passant à côté du village huppé de Scarsdale au nord de New-York
Ce soir on va chez l’ami galeriste qui nous prépare un dîner sur sa terrasse.
Dimanche j’ai lu ce portrait sociologique d’un tortionnaire en uniforme David Passaro. (Il n’était pas officiellement en uniforme, je sais, mais il avait travaillé pour la CIA, qui l'a ensuite transféré à une société privée.) Je connais des tas comme lui, on les voit dans la salle de muscu, les plus intelligents deviennent gendarmes de l’état — des state troopers aux cheveux coupés ras, les autres deviennent des flics locaux, ou s’engagent dans l’armée ou dans les Marines. Là, dans le milieu militaire, on les aime bien, ces gars-là. Même s’ils ont des CV un tout petit peu compromis (violence domestique, petites bagarres publiques, etc).
Mais pour les gays en uniforme, c’est autre chose, naturellement. Il ne faut surtout pas qu’il y ait des gays dans l’Armée, même si on a du mal à garder les soldats hétéros sans prolonger leurs séjours en Irak. On n’en veut absolument pas ! Non, non, non. (S'ils me regardent dans les douches, je vais mourir de honte et de gêne — même si je porte un maillot de bain, ce qui est maintenant la mode dans les vestiaires, selon ce billet trouvé chez Le Petit Calepin.)
Les latrines extérieures
On n’avait pas dans notre petit village, un système d’égouts unifié qu’en 1971, date à laquelle les villageois ont été obligés de se raccorder au système d’égout municipal. Dans les maisons du quartier populaire (pêcheurs, travailleurs dans l’usine d'à-côté) où nous habitons, il y avait beaucoup de familles qui n’avaient pas de toilettes intérieures — en voici une latrine extérieure qui reste — latrine à deux portes. C’est sûrement une des dernières qui restent dans le village et la propriétaire, Mme Souza, née aux Açores il y a très longtemps, en est très fière.
Il a fait extraordinairement beau aujourd’hui mais cela ne m’a pas empêché de me laisser envahir par une mélancolie informe et indéfinie. On a passé une partie de l’après-midi à lire le Times à côté de la piscine d’une amie.
Un voilier de plaisance baigné dans la lumière du coucher du soleil d'hier soir
On a plus tard inauguré la terrasse inachevée d’un couple ami qui nous a offert un petit apéro sur le toit de leur maison en restauration. Ensuite on est allé chez ma mère, qu’on avait invitée à dîner. En vieillissant elle devient de plus en plus radine, inculte, illogique, égoïste, hypocrite, menteuse et paresseuse. C’est le sosie, en effet, de sa propre mère, qu’elle a traitée de « salope » ce soir à cause de la manière dont elle avait toujours accueilli l’aînée de mes sœurs. Cette sœur n’avait jamais raison, sa coupe de cheveux ne lui allait jamais, elle ne savait pas se tenir correctement, et ainsi de suite. Ma mère joue elle aussi les favoris parmi ses petits-enfants. Elle ne s’en rend même pas compte. C’est une bien triste destinée, la génétique.
On descend vers la piscine
Le copain a demandé à ma mère si elle pouvait contempler voter pour quelqu’un d’autre que Bush dans les élections. Elle a dit oui, mais elle a ajouté qu’elle aurait du mal à voter pour Kerry (donc, c’est une menteuse). Je lui demande alors qu’est-ce qu’elle trouve de particulièrement désagréable chez Kerry. Elle ne sait pas quoi répondre, elle dit seulement « Je ne veux pas parler politique avec toi ». « Mais vous m’avez dit qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas avec Kerry. Expliquez-vous alors. » Elle a pris son verre de vin. Le copain, qui avait fait commencer ce sujet dangereux, me dit de laisser tomber, ce qui m’énerve encore plus, bien sûr. « Il n’aime pas particulièrement les impôts car il est bien plus riche que vous » je lui dis. « Oh, c’est parce qu’il s’est marié avec la Heinz… » « Qu’est-ce que vous avez contre Teresa Heinz ? Elle est plutôt charmante, c’était une cliente de X.» Silence. « Au moins elle n’a pas tué son copain, comme madame Bush. » « Quoi ? » Le copain s’interpose. « Dans un accident de voiture. » « Mais c’est curieux, vous ne trouvez pas, » j’ajoute méchamment « que le type qu’elle a tué dans cet accident était son petit ami. » Silence. « Et son dossier a été effacé. »
La clématite est en forme cet été
Mais la vérité ne lui intéresse aucunement. Comme une trop grande partie de ses concitoyens.
Cette année je n’avais pas l’intention de participer à Blogtamusique (manque d’idées de billet sur un sujet musical étant la seule raison) mais la découverte aujourd’hui de ce groupe musical m’a fait reconsidérer. Voilà les incomparables, les inoubliables George Bush Singers, trouvés chez And then. Savourez-les.
Les dernières pivoines
C’est la fin des pivoines — les roses ont fleuri cette semaine, je les ai trouvées presque par terre à cause d’une pluie forte hier soir.
Qu'est-ce qu'elle est travailleuse, la Betty !
Une fois arrivée chez nous, Betty a vite commencé à nous laisser savoir ce qu’elle voulait faire. La pelouse du phare nous étant interdite à cause d’une grande fête qu’on y donne ce soir, on est allé à la petite plage au bout de notre ruelle. J’ai réussi à trouver un morceau de béton pour servir de pierre à chasser. C’est tout ce qu’il nous a fallu pour nous amuser une bonne heure.
La chaleur continue nous a convaincus d’aller au cinéma ce soir au lieu de la campagne . Le copain a voulu voir Les chroniques de Riddick. On est donc allé à une séance de 20h, pas mal de monde, pas mal de jeunes hommes musclés en débardeur à la Vin Diesel. En ce qui concerne le film, bof — il y a du beau, il y a du médiocre, il y a Vin Diesel, dont l’attrait principal me paraît ses muscles et son manque de talent d’acteur, ce en quoi il ressemble à M. Schwarzenegger en moins drôle. Ça plaît aux mecs de 14 ans surtout. Et au copain, j’ai honte de l’avouer.
J’ai commencé à découvrir le nouvel appareil photo — on commence bien sûr avec des photos de famille. Voici notre « fille poilue » — elle a envie d’aller jouer dans l’eau !
Notre fille a chaud
(La date de ce billet n'est pas correct — j'ai essayé de publier avant minuit, mais le site était inaccessible, je ne sais pas pourquoi.)
(Le 20 juin: Grâce à Laurent qui s'y connaît, j'ai pu réctifier la date de ce billet).
Mon appareil photo a disparu hier soir. Je l’avais mis dans la poche de la veste du costume que j’avais mis pour aller dîner dans les beaux quartiers, à voir un restaurant français au nom de L’Absinthe. Décor agréable faux Art nouveau de brasserie française (voici leur site officiel), notre serveuse n’était pas des plus sympathiques. Française d’un certain âge (ni jeune ni âgée), elle ne donnait pas l’air de se plaire dans son boulot, en prenant nos commandes d’une manière assez sèche et irritée. Bon, on n’y peut rien, nous, on nous a mis à cette table pour six au milieu de la section moins chic. Je n’ai pas trouvé la cuisine exceptionnelle non plus, un pâté en croûte pour commencer, un steak au poivre en plat principal. La sœur du copain parle comme une pie sous méth dans une voix haute et aiguë, c’est à rendre fou. (Plus tard, quand on rentrait à pied à l’appartement où elles sont descendues, la nièce du copain dit, exaspérée, à sa mère : « God, mother, stop being such a freak ! » — elle avait raison.) Le mari n’y était pourtant pas — dommage, j’avais envie de me foutre un peu de sa gueule de réac — mais il était resté à Los-Angeles, donc pas moyen de nous amuser à ses frais. Le copain et moi nous sommes rentrés chez nous en passant d’abord (comme il était tôt) au bar G (lien plein de snark), où l’on s’est plu à regarder la séduction d’un grand jeune homme par un autre, plus grand et moins jeune, mais très beau, tout en sirotant nos cosmos frappés. C’était un peu un épisode de « Queer As Folk » version américaine (qui se passe en principe à Pittsbourg) en live.
C’est en quittant le bar quand j’ai remarqué que je ne sentais plus l’appareil dans ma poche. On y est rentré pour voir mais il n’y avait rien, et en plus, je ne vois pas comment l’appareil a pu sortir d’une poche de veste. On me l’a peut-être piqué dans le métro ? La Française désagréable au restaurant n’aurait eu sûrement aucun intérêt à prendre un appareil aussi minable que le mien. Donc, reste le mystère
C’est pour cela que j’ai accompagné le copain au temple de la guiquerie (devinez ce que cela veut dire !), le grand magasin de tous les trucs cool en informatique, le J&R devant l’Hôtel de Ville et son parc. On a ouvert une boutique exclusivement pour les appareils photo numériques où j’ai regardé des Canon, des Nikon Coolpix, des Pentax. On est allé ensuite dans le magasin principal où le copain a acheté pour un client un concentrateur et une carte réseau tous les deux sans fil et une souris sans fil et puis j’ai fait un tour chez la section Apple (au 3e étage, un peu loin, quand même) avant de nous rendre au comptoir Appareils photo, où j’ai finalement choisi un autre Nikon pour remplacer la disparue. Je me suis engagé à lire cette fois le mode d’emploi !
C’est quand même assez étonnant de voir sur la une du Times le titre en grosses lettres noires : « Panel Finds No Qaeda-Iraq Tie ». En plus petit, mais toujours sur la une, on lit ceci : « Rumsfeld Issued An Order To Hide Detainee in Iraq » pour l’empêcher de voir un représentant de la Croix rouge. Dans l’éditorial, on trouve en titre « La simple vérité » et où on lit : « Of all the ways Mr. Bush persuaded Americans to back the invasion of Iraq last year, the most plainly dishonest was his effort to link his war of choice with the battle against terrorists worldwide. »
On commence à voir des pancartes pour Kerry collées aux balcons et aux grilles des escaliers de secours.
Il fait toujours chaud et lourd — la chambre climatisée nous a permis quelques heures de sommeil avant d’être forcés de nouveau à vivre dans le fourneau qu’est notre appartement. La ville paraît sale et épuisée par la chaleur, les gens sont à peine habillés (là on voit du bon et du moins bon).
En montant la 8e avenue à Chelsea...
On vient de poser des bannières pour la Fierté Gaie
Je me suis fait photographier pour un nouveau passeport à seulement 8,20 $ chez une photographe chinoise. Il y avait à côté de sa boutique une nouvelle qui offrait des massages thérapeutiques chinois pour pas cher. Hop, je suis entré, un petit Chinois très trapu en débardeur m’emmène dans une section de l’arrière-salle divisée par des rideaux bleu pâle. Il y a d’autres clients, hommes et femmes, qui sont en train de se faire masser. On entend des bruits et des gémissements. C’est curieux. Je commence par un massage des pieds. Le masseur est assez dur, j’ai du mal à retenir moi-même des gémissements de douleur, ça fait mal, mais ça fait du bien aussi (au je le crois et l’espère). A la fin de 40 minutes de torture/plaisir, il m’indique de me retourner sur la table — il me demande ensuite si je veux continuer pour une heure totale. Je balbutie que oui, je veux bien continuer — d'ailleurs, c’est vrai — et il continue à me tordre et à me battre avec ses petites mains musclées. Étonnant. Il s’appelle Peter et ne parle que quelques mots d’anglais.
Étrange poème sur le trottoir devant l'ex sex-club Hellfire réaménagé en restaurant chic: on peut y lire: We leave the world more weak in the knees that Christopher Reeves
Une partie tranquille de la rue Greenwich dans le Village
Ce soir on va dîner avec la sœur, le beau-frère et la nièce du copain, arrivés ce matin de Los-Angeles pour voir quelques universités sur la côte est pour la fille. Les parents y sont aussi, heureusement. Le beau-frère, financier hyperbourgeois, s’est converti au catholicisme il ya quelques années et maintenant il est devenu le pire des réactionnaires. La belle-mère du copain nous a dit qu’il a récemment fait arrêter ses abonnements au LA Times et au NY Times qu’il juge trop libéraux. Le copain et moi, nous proposons de parler de l’obligation de l’avortement pour les familles qui n’auront pas reçu de permis d’enfants (ou quelque chose d’aussi extrême) pour le rendre fou furieux pendant le dîner. À suivre.
Une flique cavalière bavarde avec un des alcolos du cercle AA de la rue Perry
Il fait une chaleur étouffante ici, Betty et moi, nous nous sommes réfugiés dans la chambre à coucher où on a tout de suite mis la climatisation en marche. Le copain et son esclave Chris — euh, je veux dire « son stagiaire » — restent dans le « bureau » devant de multiples écrans. Tant mieux pour eux. Le sans-fil n’est pas extra dans la chambre — c’est diminué je crois par le gros frigo interposé entre le concentrateur dans le bureau et notre chambre.
Pas trop d’ennuis routiers en rentrant de la campagne aujourd’hui. J’étais accompagné cette fois d’une amie que j’ai déposée à l’angle de la rue 96e et l’avenue du Parc. On a parlé politique et ragots de village. Elle va ce soir au ballet. Moi je vais voir l’ami galeriste qui vient de rentrer de Paris, où il est allé fêter l’anniversaire d’un de ses grands amis — j’ai envie de boire des margaritas (c’est bien la saison et avec la chaleur qu’il fait… en plus, ça fait presque quatre jours pendant lesquels je me suis très bien tenu, pas un record personnel, mais presque !). Le copain fait un apéro dans un bar de la 23e rue ouest pour quelques-uns de ces anciens collègues — il va leur demander de travailler à mi-temps pour lui, suite à des contrats d’entretien qu’il vient de recevoir de trois petites sociétés, dont une firme de comptables et deux d’architectes. Ça démarre, son truc. Il faut dire que je suis content pour lui, et fier aussi de ce qu’il a réussi jusqu’à présent. (Une raison en plus de me saoûler ce soir.)
On parle de Fahrenheit 9/11 qui vient d’ouvrir ici hier soir au cinéma Ziegfeld devant 1.100 spectateurs. Le critique de la chaîne Fox l’a aimé ! Qu’est-ce qui lui a pris ? (Je vais le saluer avec une margarita de plus !)
On le savait bien, mais ça vaut le coup, je trouve, de le répéter : l’intervention militaire en Irak était illégale. Et les Britanniques le savaient. La radio publique se demande très publiquement si l’autorisation de la torture en Irak ne passait pas tout près de la Maison blanche. Des républicains californiens essaient de faire peur aux opérateurs de cinéma qui vont passer Fahrenheit 911 dans leurs salles. Encore une journée type dans l’Amérique nouvelle.
À part ça, une bonne journée. Je suis allé au gym où j’ai fait une heure de cardio pour me payer la journée d’inactivité relative d’hier. J’ai remis les recettes de la vente de pâtisseries à la secrétaire du comité du parti démocrate local. Elle était ravie du montant. Comme moi.
Désolé pour l’inaccessibilité du site le samedi et le dimanche, due à la mise à jour un peu compliquée de la source d’énergie de secours chez l’ami qui héberge ce carnet. De toute façon, on a passé un week-end excellent, du beau temps, ensoleillé et pas trop chaud. Le copain a passé une grande partie du samedi à faire des croissants au beurre qu'on allait vendre pour gagner du fric au petit parti démocrate local.
Le désordre dans la cuisine, grâce au copain
Ça prend du temps, les croissants, d’abord à préparer la pâte et ensuite à la laisser reposer au frigo pendant un certain moment pourqu'elle fermente. Pendant cette préparation on a regardé à la télé un sport dont on n’avait même jamais entendu parler : le plongeon synchronisé. C’est quand même très agréable de voir de beaux jeunes gens super en forme et presque déshabillés qui font des plongeons tout à fait incroyables — à deux ! C’étaient des épreuves éliminatoires qui se sont déroulées à St-Louis pour choisir des gens qui vont aller à Athènes cet été.
Des pivoines blanches de notre jardin
On s’est couché de bonne heure puisque le copain devait se lever à cinq heures pour commencer à cuire les premiers croissants au four. L’odeur délicieuse s’est répandue partout dans notre petite maison et la Betty s’est vite réveillée dans l’espérance d’y goûter elle-même. Moi je l’ai suivie en descendant à la cuisine.
On est resté devant le petit magasin du marchand de journaux à vendre toutes sortes de pâtisseries plus ou moins faites à la maison (il y avait quelques tricheurs qui avaient acheté leurs contributions au supermarché) pendant toute la matinée. Il y avait des gens en voiture qui se sont arrêtés devant la petite table pleine de choses pour nous dire qu’ils voulaient acheter n’importe quoi pour défaire Bush. Il y avait même des républicains connus qui nous ont acheté des brownies et des petits gâteaux en nous disant « Anybody but Bush. » C’est extraordinaire. On a fait 1 063 $ de ventes, ce qui n’est pas mal pour un peu de pâtisseries. Ensuite nous sommes allés faire un peu de voile. On a déjeuné sur le bateau avec des sandwichs à la dinde. Betty adore la mer — elle en est une véritable louve !
On va vers le bateau dans la navette
Une maison au bord de la mer avec le drapeau en berne à cause de Reagan — pour combien de temps encore, on se demande
Le copain est rentré à New-York ce soir avec une amie qui allait jusqu’à Stamford, d’où il a pris le train de banlieue à destination de la station Grand Central. J’ai des courses à faire demain, et je rentrerai mardi matin. Les travaux sur le porche sont terminés, on cherche maintenant des peintres.
Dans le beau temps, on a de la chance d’avoir une terrasse, surtout à Manhattan, où elles sont plutôt rares. Voici quelques unes vues du nouvel appartement de la belle-mère et du père du copain, où je suis allé poser quelques tableaux.
Des terrasses urbaines pour tous les goûts...
Dans un effort d’éviter le plus possible tout contact médiatique avec les funérailles de Reagan qui se déroulent ce matin à Washington, je me suis promené un peu dans de nouveaux coins de la carnetosphère politique, à commencer par ce carnet politique au nom révélateur de the rude pundit, dont je signale le billet extraordinaire (attention, pas pour les prudes ou les adorateurs du feu président) intitulé « Le cadavre de Reagan ». Chez ce « pontificateur grossier » (c’est quoi, vraiment, la traduction française de « pundit », lui-même mot d’origine hindoue ?) j’ai trouvé le site marrant de Blonde Sense, une blonde qui habite la banlieue de New-York, dans la Long-Island (devrait-on écrire l’Île Longue ?) et qui a la langue un peu verte elle aussi. À partir de the rude pundit, j’ai aussi trouvé le carnet d’un journaliste que j’avais connu dans une vie passée — il s’appelle The Swami Uptown (le Swami qui habite un des quartiers en dessus de la 59e rue). Dans le temps il a travaillé pour New York magazine (il bosse actuellement pour AOL où il est « editorial director », dites donc), il était fort ambitieux, je le voyais de temps en temps chez des amis très branchés. Maintenant il tient un carnet web qui paraît assez intéressant.
C’était par l’intermédiaire de The Raw Story, revue d’actualité et d’opinion liée toujours par the rude pundit, que j’ai trouvé cette histoire curieuse (et ridicule) d’une organisation basée au Texas (à quel autre endroit) qui cherche à organiser une émigration intérieure de chrétiens fondamentalistes vers l’état de Caroline du sud. Une fois installés dans l’état, où ils comptent, un peu comme les Mormons à l’Utah mais en plus révolutionnaires, saisir les rênes du gouvernement et le forcer finalement à quitter l’Union fédérale des États-Unis pour donner un état véritablement chrétien. (Ignorent-ils vraiment le fait qu’on a déjà essayé de faire pareil — et que c’est en Caroline du sud que l’effort raté a commencé ?) L’exode chrétien propose la prise politique de la Caroline du sud parce que, selon son site web, l’état serait déjà favorable à leur action, prévue en 2007. En effet, ce n’est pas si mal que ça en Caroline du sud. Il y a l’île de Hilton Head, transformée en Éden sablonneux bourgeois, il y a Charleston, véritable univers à part, il y a la plage de Myrte avec ses luna-parks et ses motels prolos réaménagés en « hôtels populaires ». Ma grand-mère a longtemps habité une petite ville industrielle du nord de l’état, où se trouvaient les filatures à coton qu’on faisait marcher avec la puissance hydro-électrique au long de la « ligne de chute » du Piémont appalachien. On y était tous très dévots (au moins officiellement) et on payait la cuisinière (noire bien sûr) la grosse somme de 45 $ la semaine pour passer la plupart de sa journée devant les bains-marie dans lesquels elle préparait des « grits » (aliment presque inconnu à nous, citadins urbains (bon, c’est beaucoup dire, je sais, mais par comparaison avec l’endroit où habitait ma grand-mère…) d’Atlanta, fière capitale du Nouveau Sud où l’on a bien voulu laisser tomber les vestiges « folkloriques » du passé sudiste) pour le petit déjeuner. (Ma grand-mère pourtant n’en prenait jamais, donc c’était pour nous, qui y avons ajouté du beurre et du bacon. Mes sœurs en rafalaient, moi, je le trouvais plutôt lourd. Il l'est.)
Il est de plus en plus évident que la veuve Reagan, ancienne actrice, s'est faite réalisatrice d’un film sur les funérailles, avouons-le, pompeuses et hollywoodiennes de son mari, autre acteur moyen, dans lequel elle figurerait en star endeuillée, rôle attrayant. La comédie politique du drame veut qu’on entendra des discours élogieux prononcés à la cérémonie religieuse qui aura lieu demain à la Cathédrale nationale (en fait, la cathédrale épiscopale du diocèse de Washington, rien de plus, en aucun cas « nationale » dans un sens officiel) — et les orateurs seront tous républicains ou étrangers (Mme Thatcher parlera, ainsi qu’un ancien premier ministre canadien). Pas de Clinton, pas de Carter. Les deux Bush. Ce n’est que du cinéma. (Avec le succès et les recettes décevantes de « Pearl Harbor » ?)
Je tiens aussi à féliciter Matt, Olivier et les autres pour leur participation à la manifestation qui s'est déroulée à Bègles ce samedi dernier. Il n’est pas toujours facile ni commode (ni sage) de défendre publiquement la justice et la moralité (les vraies, pas celles présumées par certains) et je sais combien il est important de déclarer, surtout en réponse à la haine et l’incompréhension, qu’on ne l’acceptera pas. Donc, bravo à tous et à toutes de la part d’un sympathisant new-yorkais (qui se prépare pour notre « show-down » en août.)
Ça fait deux jours de suite que j’entends à la radio (ce matin sur l’émission quotidienne de Brian Lehrer sur la station WNYC et hier sur l’émission Fresh Air présentée par Terry Gross) des interviews avec un certain James Bamford, journaliste et ancien producteur de télévision, qui vient de sortir un livre sur les (fausses) raisons de la guerre en Irak au nom de « A Pretext for War ». Ce monsieur Bamford n’est pas grand orateur mais dans les remarques qu'il a faites lors des deux émissions, il a décrit l’existence d’un projet nommé A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm préparé par The Institute for Advanced Strategic and Political Studies et proposé au gouvernement israélien de Benyamin Netanyahu en 1996. Parmi les noms des auteurs de ce rapport figurent ceux de Richard Perle, Douglas Feith, et David Wurmser. M. Perle, grand ami et protecteur de Chalabi, a démissionné tout récemment du Defense Policy Board, M. Feith est devenu sous-secrétaire de la défense chargé de politique, et M. Wurmser actuellement fait partie de l’équipe du vice-président Cheney pour les affaires au Moyen-Orient. M. Netanyahu avait rejeté le scénario d’une guerre préemptive déclenchée par Israël contre le Liban, la Syrie et l’Irak. N’importe. Les auteurs de ce plan, qui ressemble à une sorte de « Greater Israel Co-Prosperity Sphere », ont attendu le bon moment quand, aux États-Unis, ils ont pu « revendre » le fruit de leurs « recherches » sur la sécurité au Moyen-Orient. Ce moment, c’était l’avènement de Bush à la Maison-Blanche. L’attentat terroriste du 11 septembre leur a simplement fourni la justification qu'il leur manquait. C’est pourri. Mais ne vous inquiétez pas — les funérailles hystériques de Reagan vont sûrement submerger ces petites nouvelles désagréables.
L’apothéose aussi hypocrite qu’amnésique de Ronald Reagan n’a pas, malgré tout le bruit vain qu’on entend, pu chasser la découverte et la publication par le Wall Street Journal d’un mémoire officiel de l’administration Bush sur la légalité de la torture des « unes » des carnets politiques américains d’hier (ici, ici, ici et surtout ici) et du Times d’aujourd’hui, au moins dans sa version électronique (je ne sais pas encore où cet article se trouve dans le journal imprimé, où la position physique d’un article compte pour beaucoup dans la cote d’importance qui lui est donnée par ces fameux éditeurs si amis de gens comme la menteuse Judith Miller). Bush se trouverait élevé, par les machinations légalistes de ses conseillers du département de la (soi-disant) « Justice » et des forces armées, au rang d’empereur hors la loi (aussi connu par le gentil mot de Führer, d’où le Führerprinzip dont on parlera plus loin — la Cour suprême a en fin de compte choisi un prince pour nous gouverner, un prince (plus ou moins de droit divin, on le suppose) qui n’a aucune obligation d’obéir à la Constitution (vieux morceau de papier rédigé par des « déistes » plus ou moins athées, après tout) mais qui peut lui passer outre pour protéger ses « sujets » contre un danger quelconque. L’excellent Billmon en a révélé plus hier soir, quand il nous a présenté l’avocat en chef des forces aériennes américaines, une certaine Mary L. Walker, dont la nomination au poste date (surprise !) du sacré règne de Reagan (que son nom soit loué). Il s’agit bien sûr (ça vous vous en doutiez un peu, non ?) d’une folle aussi républicaine que « chrétienne » qui était responsable du groupe de spécialistes légaux qui a proposé le statut d’exception du président vis-à-vis de l’illégalité de la torture. Voilà le véritable héritage de Reagan laissé à cette république — notre taliban à nous placé un peu partout dans la bureaucratie fédérale prêt à labourer pour le bénéfice de n'importe quelle divinité républicaine.
À l’opposé de « l’Amérique » vue par les médias, Sale bête n’est pas en deuil pour la mort de Ronald Reagan, un des pires de tous nos présidents (et il y en a un choix). Il a représenté pour moi tout ce qu’il y a de confortablement bête et content de soi dans la société américaine. Un bien mauvais acteur, il était facilement manipulé par sa femme Nancy, plus féroce qu’on n’avoue, et ses conseillers. Il s'en foutait. C’est vrai qu’on l’aimait bien, mais on ne devrait pas en être fier. Le véritable héritage de Reagan est le désespérant Bush — Ronnie « l'homme du peuple » en même plus bête et dangereux, sans posséder pour autant le pouvoir d’énoncer de réponses faciles à des questions complexes, comme l’a fait Reagan (talent d’acteur ?). Non, on n'est pas en deuil, on est plutôt en dégoût causé par la sentimentalité nauséabonde que ce genre d'événement relève chez nos journalistes et nos commentateurs « impartiaux » pour qui l'histoire n'est qu'une marchandise à faire vendre aux consommateurs qui la préfère gentille et sympa.
On vient de rentrer d’une séance de « Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban ». C’est beau, c’est bien filmé, j’ai beaucoup aimé l’hippogriffe, qui mange et qui s’assoie, les jambes croisées, tout comme la Betty. Mais je commence à en avoir un peu marre de l’intérieur de l’école de Hogwarts — M. Potter a peut-être besoin de s’étendre au-delà de ce petit monde une ombre trop pittoresque.
J'étais prêt à publier un grand billet plein de photos plus ou moins intéressantes d'hier, mais Safari a (encore une fois) planté pour des raisons qui me restent toujours inconnues. J'avais préparé le billet en Word mais je l'avais effacé, vu que c'était déjà transféré à Movable Type en format html (je suppose). J'allais le poster ce soir, de retour de la 66e rue est, où l'on a mangé dans le restaurant français plutôt viellot Sel et Poivre dans l'avenue Lexington. Mais bon, il est tard, l'informatique n'est jamais aussi fiable qu'on ne le dit. Demain ira, je l'espère, mieux.
Une fille qui chante karaoké à Positively 4th Street
Choisissant une soirée de répit (on sort ce soir, on est sorti beaucoup le week-end dernier) malgré notre anniversaire, le copain et moi nous avons décidé d’aller voir le film « Troie » aux cinémas Regal qui se trouvent dans la cité du parc de la Batterie et qui sont toujours déserts.
Le chantier du WTC vu de la rue au crépuscule
Où l'on a acheté le pop-corn et le coca lite
Après une bonne demi-heure de pubs (celle pour Fanta était aussi ridicule que les publicités Mentos, connues surtout pour ses aspects bizarrement européens) le film a commencé — au début il n’y avait que nous deux dans la salle et on s’était mis au milieu du premier rang de la partie élevée.
Confortables, mais vides
Plus tard six spectateurs de plus nous ont rejoints — toutefois pas une foule. J’ai dû fermer les yeux pendant la plupart des scènes de bataille. Je trouve que les coiffures longues, historiquement correctes, de Patrocle et d’Achille ne leur allaient pas du tout — et l’on s’est en plus débarrassé de la « mâle poitrine » d’Achille (« shaggy breast » en anglais, « στηθεσσιν λασιοισι » en grec antique, « bear » ou « ours » en pédé moderne) en faveur du torse lisse et luisant de Brad Pitt. Hé bé (ou Hébé, pour faire plus grec), il faut bien se mettre au goût du jour.
Le chantier vu du 2e étage du cinéma
On travaille sur l’emplacement des anciennes tours jumelles et sur d’autres immeubles endommagés dans le quartier. Le film terminé, le copain et moi nous avons pris la http://www.pps.org/downtownnyc/place?place_id=13 rue Greenwich pour rentrer au Village.
Vue vers l'est à partir du cinéma
Il faisait beau et frais, et on a passé plusieurs petits bars et restaurants nouveaux qu’on ne connaissait pas ainsi que de nouveaux immeubles d’appartements qu’on est en train de terminer. Quartier curieux, en effet, un peu à part. Il est agréable de pouvoir retrouver toujours les noms des anciennes sociétés qui s’y trouvaient — des importateurs d’épices et de café venus de pays exotiques.
Je venais de rentrer de Londres, où j’avais accompagné ma mère dans un effort filial de distraction après la mort subite de mon père. Avant de partir j’avais adressé un ultimatum et ce mardi-là, un jour après le jour férié de Memorial Day, on s’était convenu que j’allais avoir la réponse. Je ne m’y attendais pas vraiment à grand-chose. C’est pour ça que je m’étais habillé en jean et en t-shirt noirs, parce que je comptais faire la foire (et noyer ma déception) dans les bars pédés de la 2e avenue. Je suis descendu en métro du Upper West Side pour aller au Lower East Side en route vers la 2e rue est. On m’a ouvert la porte extérieure pour me permettre de monter à pied au troisième étage. Je n’étais pas du tout sûr de moi, surtout dans la petite chambre à coucher qui donnait sur la 2e avenue (je ne voulais pas être rejeté dans le salon, devant le colocataire, que je connaissais aussi.) On a commencé par ne pas parler de rien de spécial. « C’était bien, le voyage ? » « Oui. Et le week-end à Fire Island ? » « Excellent. » Pause. Je me demandais alors si j’avais dans mon pantalon une pièce de monnaie pour pouvoir téléphoner à un ami quand je serai sorti de l’appartement et entré dans une vie inconnue et solitaire qui me faisait peur. « Tu t’es décidé ? » Je l'ai fait exprès de ne pas regarder. « Ma réponse est oui. » Je n'ai pas bougé. Je voyais les gens en bas dans la rue. Il faisait beau et doux, il était vers 7 heures du soir. J’avais entendu la réponse comme dans un rêve — il avait dit oui, mais je n’avais aucune confiance en ce que j’avais entendu. Il y avait un silence prolongé. Je lui ai regardé d’un air presque désorienté. Il a souri et a ensuite répété la phrase tant espérée, mais, je l’avoue, peu attendue : « Ma réponse est oui. » A ce moment-là j'étais saisi d'un bonheur rare dans toute vie. Nous sommes tous les deux rentrés chez moi. Tout cela s’est passé il y a treize ans et alors j'étais, et je reste, très reconnaissant au destin et à tous les dieux qui m'ont permis de commencer cette vie à deux.