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septembre 30, 2004

En rêvant un peu d'un Nouveau-Brunswick virtuel

Il faisait frais, presque froid, et il y avait plein d’étoiles dans un ciel sombre et dégagé des nuages de la matinée. En rentrant en voiture de chez ma mère j’ai eu l’occasion de trouver une station de radio de la CBC venant de Moncton au Nouveau-Brunswick, au 1070. C’était bien agréable d’écouter ce doux accent canadien qui m’avisait tranquillement de la météo à l’Île du Prince-Edouard (en degrés Celsius — ce qui fait toujours exotique et effectivement incompréhensible pour nous, les fahrenheitiens). Mais il allait faire seulement 1º quelque part en Nouvelle-Écosse (en aparté je recommande fortement les photos du Cap-Breton liées par Martine — ça ressemble vraiment à la côte californienne en plus boisée). En touchant le bouton de la radio j’ai ensuite retrouvé la grande station de Montréal Info 690 qui pourtant ce soir n’était pas très distincte. J’adore ces petits moments de canadianité (si cela peut se dire) qu’on éprouve dans les parties un peu perdues de la Nouvelle-Angleterre, où, par des nuits fraîches et étoilées, on circule sur des routes désertes à l’écoute de nos voisins du nord, sages et un peu détachés du tumulte d'ici.

L’irréalité particulière de cet endroit m’est confirmée en entrant ce matin dans l’église où on allait célébrer les obsèques d’une vielle femme d’origine portugaise morte à l’âge de 96 ans (quand même !). Sur le parvis j’entends deux femmes sombrement habillées qui se saluent en chuchotant dans un portugais très dialectique originaire des Açores et modifié depuis par les conditions de vie aux États-Unis. Ce ne sont plus que quelques vieillards qui continuent à parler entre eux ce portugais bien particulier.

La messe était, comme toujours, un mélange du beau, de l’ennuyeux, du niais, de l’irrationnel, du vrai et du pathétique — tout à fait comme la vie elle-même, quoi ! N’ayant pas été élevé catholique, je n’ai aucune connaissance approfondie du service religieux catholique à part quelques ressemblances assez fortes avec le service anglican de mon enfance. Je le trouve curieux qu’on chante l’Agnus dei en latin, qu’on prononce le Notre-Père dans la même traduction anglaise traditionnelle (donc un peu protestante, non ?) que la nôtre qui doit dater du 16e ou 17e siècle (tout en laissant tomber la fin « protestante » de « For Thine is the kingdom, the power and the glory, for ever and ever, amen »), et qu’on récite les passages de l’Évangile dans un anglais des plus quelconques — une de ces traductions fades, correctes, où il manque la moindre trace de poésie. Pour les hymnes, c’est pareil — on chante l’Ave Maria de Schubert (le chanteur était atroce — cela a dû horrifier la défunte dans son cercueil, puisqu’elle avait été professeur de musique), le Pie Jesu (chanté par une femme avec du talent), et finalement l’hymne de sortie, un hymne « moderne » et « populaire » qui ressemble grotesquement à la chanson sentimentale pop « The Wind Beneath My Wings » chantée (plutôt mal à mon avis, mais avec le succès étonnant qu’on a vu) par la comédienne Bette Midler.

Et ce soir, le « débat » présidentiel, le premier. On ne s'attend pas à grand-chose.

septembre 29, 2004

La maternelle — à perpétuité

Il fait un temps infect — conséquence du cyclone Jeanne, dont la prononciation courante a été ajoutée par l’amie écrivain à la catégorie toujours croissante d’imbécillités agaçantes » contre lesquelles il est inutile de se battre — voici sa raison : en anglais, il existe un nom de femme très répandu qui s’écrit Jean et se prononce plus ou moins « djinne ». Le nom de femme « Jeanne » qu’on avait donné au cyclone qui a suivi Ivan est indubitablement un nom d’origine française et devrait donc, d’après la logique implacable de l’amie écrivain, se prononcer plus ou moins « jâânne » ou à la française, pour le différencier du nom de femme Jean. Mais chez nous, à la télévision, on prononce immanquablement Jeanne comme « djinne ». Ce qui la rend folle, l’amie écrivain — il faut reconnaître qu’elle est un peu sensible à ce genre d’outrage à la logique.

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Une maison turquoise

Bon, on a eu presque 9 cm de pluie depuis hier soir — ce qui est bien peu, c’est vrai, en comparaison avec l’échelle floridienne, mais ça lasse finalement.

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Une grange un peu délabrée qu'on a passée, le copain et moi, pendant sa course à pied d'entraînement (de 35,5 km !) pour le prochain marathon de Philadelphie en novembre, à travers les champs — chuis pas idiot, moi, je l'accompagnais à vélo !

Je dîne ce soir avec ma mère, que je n’ai pas vue depuis quelques semaines. Ma sœur m’a téléphoné hier soir, un tout petit peu grise, je crois, pour me dire que la môman était tombée il y a quelques jours en sortant du lit. Pas gravement, mais elle s’est fait du mal au coude (elle a la moquette partout dans sa chambre et elle ne se souvient pas de s’être cogné contre les bords de la table de chevet, mais bon, il y a toujours des mystères). On va installer donc ce matin un de ces systèmes d’appel d’urgence Lifeline. Là, pas de problème, on est tous d’accord dans la famille. Mais ce qui a surtout ennuyé ma sœur (et mon autre sœur aussi avec laquelle je suis moins ami) c’est que les noms de son « homme à tout faire » et de sa femme de ménage se trouveraient en tête de liste des gens à avertir automatiquement en cas d’urgence et non pas celui de la sœur qui habite à 30 minutes de chez ma mère. Ah la la, la crise familiale explose.

Un bref appel téléphonique ce matin pour confirmer le rendez-vous de ce soir. Ma mère m’annonce l’installation du truc Lifeline. Je lui remarque en passant que son choix de « gens à avertir » n’a pas tellement plu à ses filles. « Ah, bon ? Je ne savais pas. » « Ben, oui. » « Mais X habite tout près et il pourrait plus facilement me soulever si j’étais tombée. » « D’accord, mais je crois qu’ils avertissent d’abord le SAMU et ensuite les gens sur la liste. » « Ah ? On verra. » « C’est pourquoi je préfère qu’on avertisse d’abord [ma sœur] et ensuite les autres — de toute façon, c’est pas X qui va s’occuper de vous, c’est les techniciens médicaux. » « Ah, t’as probablement raison. Bon, je changerai la liste. »

Même pas fâchée, la mère. Et imaginer que ma sœur avait cru (non sans quelques justifications raisonnables, je l’admets) que notre mère voulait culpabiliser exprès ses deux filles ! (Non, non, il ne faut surtout rien conclure de la présence de ces deux livres largement annotés sur la table de chevet de maman : Le prince de Machiavel et Psychopathologie de la vie quotidienne de Freud.)

septembre 23, 2004

Oh les beaux jours

Il fait un beau temps d’automne — ensoleillé le jour, agréablement frais la nuit. Cela aide à oublier un peu le bruit continu de la campagne électorale. L'expulsion de l’ancien chanteur Cat Stevens, qui s’appelle maintenant Yusuf Islam, des États-Unis pour des raisons inexpliquées suscite des réactions de dérision ironique au lieu d’outrage, dont on est peut-être débordé.

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Les nouveaux venus à la lumière du soleil couchant dans le quartier des parents du copain, à savoir l'Upper East Side

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Les contrastes de quartier

On est allé voir les parents du copain hier soir et on les a finalement invités à sortir dîner avec nous. On n’a pas parlé politique, mais la belle-mère du copain a avoué avoir peur de la baisse de Kerry dans les sondages. Je lui ai donné l’adresse Internet de www.pollingreport.org pour lui permettre de vérifier elle-même un tas de sondages réunis.

Les morts en Irak font une sorte de sombre basse continue au fond de la bande-son de cette saison. On n’en parle pas, mais on l’entend. On ne sait toujours pas ce qui s’est passé avec les Italiennes, mais on craint le pire, bien sûr, tout en espérant un sort heureux pour elles. La marionnette Allawi a fait un discours devant le Congrès ce matin mais je ne l’ai pas écouté. « Je suis venu devant vous pour vous dire que tout va parfaitement bien dans le meilleur des mondes bla-bla-bla. »

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L'Opéra Métropolitain dans le Centre Lincoln

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Le théâtre Vivian Beaumont, un des plus beaux des grands théâtres Broadway, avec la stature d'Henry Moore dans le bassin décoratif

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De nouveaux immeubles et gratte-ciel s'élèvent dans le quartier

Un déjeuner d’affaires aujourd’hui dans la succursale du côté ouest, dans le quartier du Centre Lincoln, du restaurant mexicain célèbre Rosa Mexicano — une cuisine mexicaine vraiment supérieure. J’ai pris des enchiladas au poulet après une entrée de sauce guacamole piquante préparée à la table.

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La librairie Three Lives & Co

Hier je suis allé à la petite librairie du coin Three Lives où j’ai acheté un exemplaire en livre de poche du roman d’Evelyn Waugh, Brideshead Revisited, un des meilleurs livres du 20e siècle à mon humble avis. Le copain a envie de le lire après une discussion qu’on a eue à son propos avec des amis chez nous samedi soir dernier. J’ai acheté en même temps le roman inachevé de Truman Capote, Answered Prayers. C’est extraordinaire, et c’est marrant, il écrit comme parle l’amie écrivain — direct, ironique, un peu brusque, et très américain des années 60. Voici un extrait typique : « Also I had a number of private clients, men and women I massaged and trained in figure and facial exercises — although facial exercises are a lot of crap ; the only effective one is cocksucking. No joke, there’s nothing like it for firming the jawline. » Et ainsi de suite.

septembre 21, 2004

L'escalier rouge

On a tué un deuxième otage. Quand vont-ils reconnaître qu’on les considère, ces faux « coopérants » (qui gagnent en passant des salaires hors taxes considérables, il faut se souvenir — comme moi, au Zaïre, il y a longtemps), des parasites ? On n’est pas là pour aider le peuple irakien — on est là pour gagner de l’argent. Qu’on les foute dehors, c’est bien, mais je ne peux pas dire qu’ils sont tous innocents, ces gens qui cherchent leur fortune dans un pays qui ne les a pas invités. Les pauvres particuliers, je les plains bien sûr, mais il ne fallait pas espérer un gain facile dans ce pays. Comme au Liban il y a quelques années, pendant la guerre civile, le gouvernement américain disait aux gens qui voulaient s’y rendre qu’il ne serait plus responsable de leur sort. On devrait admettre la même situation en Irak. On sait que c’est dangereux pour un Occidental — c’est bien la raison qu’on les paie autant.

Je n’ai pas écouté le discours entier de Bush devant l’ONU. C’est dommage, je trouve, qu’on ne l’ait pas hué. Cela aurait fait un « sound bite » exceptionnel — mais l’ONU aurait-elle trop peur d’être une fois pour toutes chassée des conforts de New-York ? Je me pose la question. Genève, c’est gentil, mais finalement, en dépit de ce qu’on prétend de l’indépendance des Suisses, comme au temps des nazis, quand les grands de l’Europe ont besoin d’un petit coup de main invisible de la part des Suisses, c’est vite fait. Non, non, je les comprends tout à fait — est-ce noble ? Non, pas tellement. Est-ce raisonnable ? Bien sûr. Aimer le confort et la sécurité (achetés quand même à quel prix moral), c'est tout ce qu'il y a de plus humain, n'est-ce pas ?

Assez de ces noires pensées de fin de soirée — voici un joli escalier que j’ai vu en rentrant du garage cet après–midi.

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Un peu de chic dans la rue Perry

Cyril a tort (commentaire au billet du 20 septembre) quand il écrit « Bientôt 4 ans de plus de Bush pour vous et c'est bien fait. » Pour moi, franchement, Bush ne pose aucun problème financier. Je fais partie de ceux qui gagnent (et gagneront) de l’argent à cause de lui et de ses décisions, donc si je m’inquiétais seulement de l’épanouissement continu des avantages financiers offerts par l’équipe Bush, je me trouverai tout ravi, tout content de sa (ré?)élection. Mais il y a d’autres valeurs qui comptent pour moi — elles ne sont pas très compliquées ou sophistiquées, je suis désolé — je tiens, par exemple, à un sens d’équité pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance idiote et heureuse d’être né dans une famille aisée comme la mienne, à une impartialité devant la loi et une opportunité normale de faire ce qu’on veut de sa vie — « the pursuit of happiness » quoi. Et George Bush s’est montré incapable de soutenir ou même de comprendre ces valeurs-là. C’est pourquoi je ne peux pas être d’accord sur ce « c’est bien fait » s’il gagne (et c’est déjà beaucoup dire, vu les trucs qu’on fait encore en Floride) un autre mandat de quatre ans.

septembre 20, 2004

Rire ou pleurer ?

L’automne est arrivée — le chauffage s’est allumé automatiquement ce matin, puisqu’il faisait moins de 10º dans la maison.

On vient d’apprendre (vers 17 h) la mort d’un otage américain tué par une bande d’insurgés irakiens. Je me demande quelle sera la réaction chez nous demain.

Kerry a fait un discours aujourd’hui devant les étudiants de l’université de New-York. Je n’ai pas encore lu le texte en entier. Bush parle demain devant l’ONU — je l’aimerais bien si plusieurs délégations quittaient la salle pour protester sa présence, mais je n’ose l’espérer.

Voici un billet tout à fait extraordinaire qui raconte une histoire de métro new-yorkais (trouvé chez Suburban Guerilla) dans laquelle la carnetière essaie un moyen invraisemblable de repousser ces évangélistes qui se plaisent à embêter les passagers pendant leurs trajets souterrains.

septembre 17, 2004

En attendant les pluies

On attend les pluies d’Ivan qui montent la côte est — on va essayer de quitter Manhattan avant qu’ils n’arrivent et inondent les autoroutes.

L’amie marchande de tableaux est rentrée de Los-Angeles et on est allé boire un apéro chez un autre marchand d’art avec une conservatrice du Musée d’art moderne de San-Francisco qui prépare une exposition qui vient au Musée Métropolitain le printemps prochain (avant d’aller ensuite en Allemagne et à Londres). Après deux bouteilles de champagne on est tous allés à un vernissage pour l’artiste Matt Mullican qui avait lieu dans une nouvelle galerie du quartier Tracy Williams Ltd, au numéro 313 de la 4e rue ouest, dans une petite maison particulière de brique. Malgré la fête juive de Rosh Hashanah (Nouvel An) il y avait du monde, plusieurs marchands d’art assez connus, ainsi des conservateurs puissants et des artistes en vue. Le copain est sur le coup tombé amoureux du barman, un beau mec aux cheveux noirs à la barbe de deux jours — pas mal, j’en conviens, mais pas vraiment à mon goût.

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Des tableaux vidéo

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Un horloge vidéo

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Une partie de sérigraphie

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L'artiste-photographe Louise Lawler

On est allé manger dans un resto mexicain bondé de monde — il me fallait des margaritas et de la climatisation glaciale pour combattre l’humidité. Mais les gens criaient, notre serveuse était débordée, la machine à margaritas glacées était en panne, et tout et tout.

Les sondages Gallup sont pourris. C’est incroyable, on n’arrive plus à croire en n’importe quelle source d’informations — surtout quand le PDG donne de l’argent au parti républicain. Mais merci les carnets web de nous faire connaître ces supercheries.

septembre 16, 2004

Prudence ou timidité ?

Je ne prétends pas avoir aucune intelligence particulière sur la bonne ou la mauvaise conduite de la campagne présidentielle du sénateur Kerry mais je fais partie de ceux qui craignent que le candidat démocrate ne soit un peu trop enclin à ne pas s’engager directement avec son concurrent. Est-ce par prudence, ou par timidité ? Est-ce qu’il attend les débats pour se montrer plus fort, plus combatif ? Je n’en sais rien, mais il est difficile de regarder passer les jours toujours sans avoir un sens qu’on arrive à quelque chose de définitif et de crédible chez lui.

Voici un court métrage politique un peu déprimant — God Bless Bush's America — que j'ai trouvé chez Americablog.

septembre 14, 2004

Les vérités sur mesure

Bon, maintenant c'est au tour d'ABC de faire savoir que, selon les experts à eux, les documents révélés par la chaîne CBS rivale ne seraient pas tout à fait crédibles. Je n’en sais rien, je l’avoue, mais peu importe, la vérité, elle est maintenant divisée en deux, une vérité de droite et une autre de gauche.

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Le temple de la beauté Equinox dans l'avenue Greenwich, qu'on a passé en route vers le Centre gai et lesbien dans la 13e rue ouest

Le copain m’ayant obligé d’aller voter dans l’élection primaire, on est sorti de l’appartement en direction du Centre gai et lesbien où se trouve mon bureau de vote. Là il y avait pas mal de monde mais aucune indication électorale. Mais après une courte explication de la part du type à la réception on a vite compris qu’il n’y avait pas d’élection dans mon district parce qu’il n’y avait aucune élection contestée. On s’est promené un peu dans la 14e rue ouest, où il y a plein de nouveaux restaurants français — Cassis, Gavroche — mais finalement on est retourné au très familier Miracle Grill pour une salade de poulet et des margaritas.

septembre 13, 2004

Une politique post-rationnelle

Les lecteurs plus ou moins fidèles de ce carnet reconnaîtront sans surprise qu’il ne m’est pas toujours facile de rester optimiste sur le résultat de l’élection présidentielle américaine en novembre prochain. (À noter : dans ce cas particulier, « optimiste » veut dire le renvoi immédiat de Bush chez lui au Texas au moins si l’on ne trouve pas un moyen légal de le foutre en prison tout de suite.) C’est vrai, un certain pessimisme s’est glissé dans la carnetosphère politique, y compris dans mon petit coin désordonné. La réalité ne compte pour rien, les bonnes manières non plus. Considérons un peu la liste d’erreurs commises par Bush et Cie rédigée par Eric Alterman à l’occasion du 3e anniversaire de l’attaque terroriste du 11 septembre 2001. Mais les sondages continuent à montrer une majorité en faveur de Bush & Cie. Pourquoi ?

Nous trouvons-nous à présent confrontés à une nouvelle réalité politique, la politique post-rationnelle ? Face à cette nouvelle formule qui le confond et le désespère, ce carnetier remarque que : « The liberal belief in reason as a driving force for political and policy decisions is useless against an opponent for whom there are no facts and no consequences. » Sa conclusion : « Abandon the notion that taking the high road wins. »

Le carnetier Digby note dans ce billet que « l’histoire montre que de mauvaises choses peuvent arriver », surtout si la gauche devient « vain about their highmindedness » ou vaniteuse dans sa noblesse d’esprit.

Que faire ? Le carnet Buzzflash écrit dans un éditorial intitulé « Il est temps de l’écraser, John » que « This is not business as usual. This is not just politics. John Kerry is running against a political criminal enterprise. » Une entreprise politique criminelle. Et ce n'est pas la peine de crier au fair-play, car « Now is the time to kick him in the balls and win. » Aïe !

septembre 12, 2004

C'est la faute du beau temps

Il fait scandaleusement beau aujourd’hui mais je m’efforce malgré tout à rester dans la maison à ranger le désordre que j’y ai semé depuis des mois — des piles de vieux numéros de journaux, dont le Times et les deux quotidiens locaux, des magazines, de la correspondance, pour ne note que les « grandes » classifications de ce tri pénible. J’essaie en plus de chasser le copain de la maison, puisque je sais qu’il a envie d’aller faire de la voile.

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Betty en gilet de sauvetage (hé bé, oui, finalement, je suis allé accompagné mon marin à moi sur le bateau

Les médias nationaux traitent très très doucement les infos sur une grande explosion jeudi dernier en Corée du Nord qui a eu lieu près de la frontière chinoise. Le secrétaire d’état a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une explosion nucléaire, mais d’autres responsables ont suggéré la possibilité d’un effort conscient de la part du dirigeant nord-coréen pour influencer l’élection américaine.

Dans la section « The City » du gros Times de dimanche il y a un gentil article sur les carnets new-yorkais qui font partie de nyc bloggers. À quand dans Le Monde un article sur Paname Ensemble.

septembre 11, 2004

Quand la satire fait du bien

Je ne peux pas prétendre à posséder une clairvoyance exceptionnelle pour les carnets de qualité supérieure, mais en lisant Fafblog, ce que je fais régulièrement depuis quelques mois, je retrouve le même esprit malin et délicieusement corrupteur des débuts de South Park. Ce carnetier est tout simplement génial. Comment ne pas être impressionné par cette citation d’un billet hallucinant dans laquelle le carnetier se pose la question sur les avantages relatifs de Bush et Kerry — dans cette citation il tend vers une préférence pour Bush, pour la raison suivante :

Or what if Jesus comes back but is hit by radioactive rays an turns into radioactive monster MegaMechaJesus an goes on a rampage destroyin cities an such? It would take a leader of strong inner Jesusy faith to negotiate with the mutant Son of God before he seriously disrupts international stability.

Là, dans une seule phrase, on retrouve le mythe puissant de la naissance de Godzilla, une référence à l’émission culte « PeeWee’s Playhouse », une sorte d’X-Man mutant et divin à tendance pourtant déstabilisatrice, le tout avec une orthographe à Cartman, et une sémantique à Stan (« inner Jesusy faith »).

Les autres billets se révèlent aussi drôles, irrévérencieux et — justes.

Dans l’affaire des documents révélés par CBS sur le service militaire de Bush, il est à noter que la Maison blanche n’a toujours pas fait de démenti sur leur authenticité. Il paraîtrait aussi que, même avant l’émission de CBS, certains carnetiers de droite se sont tout de suite dirigés, sans preuves raisonnables à part leur foi inébranlable dans la justesse de la cause de Bush, vers une explication de faux documents pour essayer de détourner les conclusions inévitables sur ce que Bush aurait vraiment fait, et n’aurait pas fait, au Texas et en Alabama. (Voici un autre exemple du pouvoir accru des carnets web dans l'actualité — on en parle dans les médias.)

Hier soir on a regardé l’émission hebdomadaire Now présenté par le journaliste Bill Moyers. Dévastant pour l’administration Bush, l’émission n’épargne pas Clinton. Mais l’équipe Bush — en particulier Rumsfeld, Cheney, Ashcroft, Rice — fait preuve de son inattention partisane (et criminelle ?) envers les menaces d’Al-Qaïda. À ne pas oublier.

septembre 10, 2004

Encore un début de saison

À force de suivre l’actualité changeante d’avant-hier avec toutes les accusations et les réponses (la chaîne CBS insiste toujours sur l’authenticité des documents présentés au public le mardi soir dernier malgré les « preuves contradictoires » offertes par la veuve de l’officier défunt qui dit qu’il n’était pas « a paper person »), j’ai oublié de noter qu’on a bravé les éléments (traces pluvieuses de Francesse) hier soir en nous rendant, le copain et moi, aux cinémas Clearview dans la 23e rue où l’on a vu Bright Young Things réalisé par Stephen Fry d’après le roman Vile Bodies d’Evelyn Waugh. On en a été un peu déçu — non pas par les acteurs (excellents), ou par les décors des années 20 et 30 dans le beau monde de Londres (très beaux), ou par les costumes et la musique (excellents aussi, avec beaucoup de chansons de Noël Coward), mais dans l’ensemble, on se souciait peu des destins des personnages. Le suicide d’un jeune échotier aristo à la suite d’un échec mondain un peu idiot ne suscite aucune émotion — en fait, le type n’était pas aimable, un peu pathétique, oui, mais on présente son acte comme une sorte de blague finale contre les gens qui l’ont laissé tomber. C’est curieux — c’est probablement une bonne (c’est-à-dire une vraie) représentation d’un suicide, mais dramatiquement cela ne marche pas. On a l’impression d’assister à un fait divers qui ne touche en effet personne à part le jeune homme qui met sa tête dans le four à gaz tout comme s’il se mettait tranquillement au lit. C'était probablement l'effet cherché mais ça nous a laissés assez froids.

Hier c’était le début de la saison dans les arts plastiques à New-York (jeudi c'est le jour préféré des vernissages à Manhattan) — il y avait des vernissages d’expositions un peu partout, mais surtout à Chelsea. Le copain et moi nous avons décidé de profiter du beau temps pour faire un tour chez quelques galeries d’amis.

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Le nouvel Hôtel Gansevoort

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Le carrefour de la 14e rue ouest et la 9e avenue

On a monté la 9e avenue jusqu’au Chelsea Market, qu’on a traversé au rez-de-chaussée pour sortir dans la 10e avenue, déjà pleine d’esthètes à la recherche du dernier art du moment et du vin blanc ou de la bière qu’on offre avec.

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En montant la 10e avenue

On est passé chez la http://www.artnet.com/Galleries/Home.asp?G=&gid=504&which=&rta=http://www.artnet.comgalerie Elizabeth Harris pour voir l’expo du peintre Pat Lipsky, qui a présenté une série d’élégants tableaux géométriques.

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Un tableau de Pat Lipsky

Après de courtes visites à de nombreuses galeries, on s’est détendu un peu à la galerie de l’ami galeriste, où l’on présentait deux peintres.

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Ah, les vernissages... plaisir ou malheur ?

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Les lumières de la ville — tableaux qui représentent les lumières de New-York depuis l'Empire State Building — peints par Colin Brown

Moi j’ai bavardé avec le nouvel assistant de galerie, aussi charmant qu’hétéro.

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C'est le devoir des jeunes de supporter les vieux (comme moi) avec un gentil sourire

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Les foules entrent et sortent dans les galeries de la 25e rue ouest

On a continué notre exploration dans la 25e rue ouest en passant d’abord chez la galerie George Billis, où l’on a remarqué les œuvres en porcelaine curieuses de l’artiste George Alexander et ensuite chez Mitchell Algus, grand galeriste excentrique, où on montrait les derniers tableaux du peintre également très excentrique Harold Stevenson.

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De la garniture de table dans le style de Jeff Koons ?

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Il est toujours de bon goût de se promener en compagnie d'un très beau mec en pantalons striés de sport — désolé pour le manque de clarté dans la photo — j'étais évidemment trop ému par, euh, par les tableaux

Un ami du peintre, Dotson Rader, écrivain et journaliste, célèbre surtout pour son amitié avec l’auteur dramatique Tennessee Williams sur la vie duquel il a écrit un livre, est venu avec son ami très beau pour saluer M. Stevenson, tout content de l’adulation — il y avait des photographes et un vidéographe à commémorer l’événement, dont moi-même.

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Détail d'un tableau de Stevenson — le modèle, dans un accès de folie ? de furie ? avait coupé d'autres portraits avec un couteau, dans l'atelier du peintre à Southampton — il se trouvait là, quand même, au vernissage

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Le peintre dandy, originaire d'Oklahoma, qui a vécu une vingtaine d'années à Paris avant de rentrer à New-York pour s'installer définitivement aux Hamptons

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Le peintre offre une fleur rouge à M. Rader devant un tableau d'un jeune homme qui fait pipi

On n’a pas pu y rester trop longtemps, tellement il faisait chaud et lourd dans la petite pièce. Le copain et moi nous avons finalement dîné dans un resto indien en fin de compte assez médiocre dans la 8e avenue (il n’y a vraiment aucun bon restaurant indien dans le West Village ou dans Chelsea, il faut aller au quartier indien et bengali centré au 26e rue et l’avenue Lexington ou dans l’East Village) avant de rentrer chez nous.

septembre 09, 2004

Une tornade médiatique descend sur Bush & Cie

Les révélations, les réfutations, les mensonges, les documents accusateurs ou suspects, les bruits et les hypothèses se succèdent à un rythme incroyable. Hier soir le journaliste Dan Rather a montré des fac-similés de documents pris d’un dossier du militaire responsable de Bush dans la Garde nationale de l’air dans lesquels il est révélé que W n’avait pas complété son service militaire, et qu’on lui avait même aidé à trouver une position convoitée dans la Garde par l’intermédiaire de l’ancien gouverneur adjoint du Texas Bill Barnes.

Sharon Bush, femme divorcée du petit frère de Bush, Neil, déclare ne pas avoir dit à la biographe Kitty Kelley que son beau-frère W avait pris de la cocaïne au Camp David dans le Maryland. Mais elle se sert d’une curieuse tournure pour le dire, qu’on est en train de « déconstruire » pour son sens véritable. Les Républicains ont très peur de ce livre — ils font toutes sortes d’efforts pour nier les informations, ou les minimiser, que Mlle Kelley révèle.

Et puis il y a Cheney, qui a suggéré mardi dernier que voter pour Kerry, ce serait en réalité voter pour les terroristes et pour de nouvelles attaques. Comme si la même équipe nous avait protégés avant contre les attaques du 11 septembre. Vraiment, ils ont du culot !

septembre 07, 2004

Le gai (ou gay, comme vous voulez) savoir

Qui l’aurait cru ? L’actualité qui m’est parue si morne hier après-midi est devenue tout d’un coup beaucoup plus gaie — ou gay (pour les grammairiens de chez Antidote, « gay » c’est un anglicisme à remplacer), puisqu’on nous raconte ce matin que Bush n’est qu’une petite tapette comme moi, qu’il a eu — et selon certains il maintiendrait toujours — des rapports physiques et émotionnels avec son ancien camarade de chambre à l’université Yale, un certain Victor Ash (ou Ashe, on voit les deux), ancien maire (ouvertement gai — ou gay — paraît-il, mais de toute façon pas canon du tout du tout) de la ville de Knoxville dans l’état pas très libéral du tout de Tennessee, et qu’on a fait entrer des prostitués ados dans la Maison Blanche lors de la présidence de son père, qui aurait lui aussi des goûts disons spéciaux ! Alors là, j’avoue avoir été surpris grave, mais il paraît que ce n’est pas nouveau du tout, ces bruits de homo autour de W et de son père. À part les questions sexuelles suscitées par la proche parution du livre non autorisé de Kitty Kelly sur la famille Bush, intitulé tout simplement The Family, aux échos d’une famille de mafiosi et qui est déjà monté à la cinquième position chez Amazon pour un livre qui ne sort en principe que le 14 septembre, il est question à nouveau de cocaïne sniffée, cette fois au Camp David.

Pour ajouter aux malheurs de Bush, on apprend chez Atrios que le sénateur de Floride Bill Graham parle dans son nouveau livre Intelligence Matters d’un réseau d’appui pour les terroristes du 11 septembre aux États-Unis dans lequel il y avait des agents du gouvernement saoudien et que l’administration Bush avait réussi à faire supprimer les 27 pages de l’enquête sur ce lien. (Mais pour Graham, les Bushistes vont dire qu’il ne s’agit que d’une méchanceté partisane de la part d’un démocrate.)

Le fameux bond en avant dans les sondages présidentiels revendiqué par la campagne Bush se révèle beaucoup moins impressionnant aujourd’hui, où l’on trouve les candidats plutôt à égalité, ce qui serait un problème surtout pour Bush.

Ayant mal dormi hier soir (à quatre heures du matin j’écoutais par des fenêtres ouvertes le balbutiement de la TV d’une voisine insomniaque), j’ai déposé le copain à la gare à l’heure voulue, puis je suis allé à la réunion comme prévu, mais d’où je ne suis sorti qu’à une heure — à mon retour à la maison Betty a bien insisté sur son heure de natation maritime, et maintenant je n’ai plus le cœur de m’embarquer sur l’autoroute bondée pour un trajet pénible d’au moins trois heures. Donc, je ne bouge pas ce soir, et je repars demain, tout frais et reposé.

septembre 06, 2004

Le crépuscule civil

L’actualité n’est pas très gaie en ce moment, c’est le moindre que l’on peut dire. Les morts en Ossétie du nord pour commencer. J’avoue ne pas être assez au courant de la situation en Russie et dans les républiques du sud pour me sentir plus qu’un rien informé sur la situation là-bas — est-ce que tous les Tchétchènes cherchent l’indépendance du pays, ou seulement quelques-uns ? Les Russes ont laissé partir les Ukrainiens, les Estoniens, les Moldaves, les Lithuaniens, et plein d’autres nationalités autrefois faisant partie de l’URSS — donc, pourquoi pas laisser partir les Tchétchènes (s’ils le veulent) ? On me dira que c’est différent, c’est trop tard, la Tchétchénie, c’est plein de Russes, la majorité préfère rester partie de Russie — bon, je veux bien. En ce qui concerne les rebelles tchétchènes, d’après ce que j’ai lu (par exemple ici), je trouve qu’il s’agit en grande partie de seigneurs locaux quasi indépendants qui chercheraient surtout à agrandir leur pouvoir et leur richesse en se couvrant de slogans islamistes faciles. Mais j’ai peut-être tort, je le reconnais. C’est quand même navrant de lire les reportages sur les morts à Breslan (correction le 9 septembre 2004 : la ville s'appellerait Beslan), sur les familles, et sur l’engrenage politique et social (que je ne comprends pas, évidemment) qui continue à faire souffrir tant de gens.

En Irak, sept soldats américains morts à cause de l’explosion d’une voiture piégée. Ça continue...

Les sondages les plus récents aux États-Unis sembleraient indiquer une avance importante de Bush sur Kerry, même si la différence n’est pas aussi significative qu’on dit. Mais quel que soit le vrai chiffre, c’est démoralisant de se rappeler que pour beaucoup trop de gens les faits comptent peu contre les impressions faussées ou truquées.

On a dîné chez l’amie écrivain samedi soir — elle nous a préparé un délicieux navarin d’agneau fait de légumes (carottes, pommes de terre, navets) du potager de chez elle dont elle est énormément — et justement — fière.

Les parents du copain sont partis hier après-midi — ils sont adorables, mais la maison est petite et ils ont l’habitude de tout réarranger, dans le salon comme dans le frigo — ils sont restés ici pendant une douzaine de jours, donc les changements ont été considérables. Il y a aussi le cas du chien, un terrier West Highland tout gentil qui s'appelle Twinkie, mais Betty n’aime pas du tout partager sa maison avec un autre canin. Donc c’est l’emprisonnement alternant dans les chambres à coucher, et Betty, toute soumise et résignée, rentre dans notre chambre comme si on la punissait — elle est très bonne comédienne, en fait, et elle sait parfaitement comment nous culpabiliser avec ses grands yeux bruns et liquides de pauvre chienne maltraitée. Hier soir on est allé à un cocktail chez de gens qu’on connaissait à peine — un couple pourtant charmant, mais on n’a vraiment parlé qu’à nos amis avant de rentrer au village où l’on a dîné au resto favori — il y avait du monde et il nous a fallu attendre une heure presque pour avoir une table. Là, devant nos verres de vin blanc d’Oregon (pas extra, il faut le dire), on a parlé finances, espoirs, craintes et avenir — un de ces moments imprévus de sérieux.

Le copain rentre à New-York demain matin par le train — j’ai une réunion à 9 heures, et ensuite je rentrerai en voiture avec Betty.

C’est peut–être la fin de l’été et le début de la saison « sérieuse » qui me donnent un petit coup de blues cet après-midi, malgré le temps formidable qu’il fait. Déjà il fait presque nuit à sept heures et demie — c’est l’heure du « civil twilight » ou le crépuscule civil, terme qui m’était jusqu’aujourd’hui inconnu, quand le soleil couchant n’est pas plus que six degrés en dessous de l’horizon, mais on peut continuer, malgré l’obscurité croissante, à faire des « ordinary outdoor activities » . C’est bien sûr un moment fugitif que j’apprécie plus que jamais.

Mais il faut aussi rire, ou au moins sourire — pour ce faire, je voudrais signaler cet article satirique, trouvé chez Steve Gilliard, sur une présumée guerre de Suède menée par les forces amerloques au bénéfice de ceux qui chercheraient à rétablir « le Grand Danemark » dans la région scandinave et baltique. Faites attention, Olivier, ils sont très rusés, ces Danois « néo-barbs » (pour néo-barbares) !

septembre 03, 2004

Encore une fin de saison

Il n’y a tout simplement pas de mots adéquats pour imaginer la souffrance des otages, de leurs familles et de leurs amis dans les événements survenus à l’école de Breslan.

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Le coucher de soleil au-dessus de pilotis de quais abandonnés en direction de New-Jersey

Je reste optimiste sur la libération proche des journalistes français capturés en Irak.

Après avoir fait un tour le long du Hudson jusqu’aux quais de Chelsea, où l’on a pris une bière sur la terrasse d’un resto en regardant les bateaux de la police de New-York et de la Garde côtière venir inspecter les yachts à quai dans la petite marina tandis que les gros hélicoptères militaires volaient tout bas avec de phares très puissants ciblés sur les bords du fleuve, on est rentré chez nous par la 8e avenue, remplie d’agents de polices portant des casques antiémeutes. On a regardé sur DVD un épisode de Six Feet Under en attendant l’arrivée sur scène de Bush, qui a commencé à parler vers 22 h 15. Rien de très nouveau, ni intéressant. Il fait un effort visible de ne pas faire de faux pas — on suit le texte du discours, publié sur des carnets politiques pro-démocrates, qu’il récite mot par mot. Tout d’un coup, on entend des cris et des slogans scandés, surtout « Four more years », et Bush détourne les yeux du téléprompteur pour un instant, puis les caméras montrent une petite bagarre et les agents qui sortent une femme (on voit que c’est une femme par les cheveux longs). Bush fait une expression curieuse, il reprend. Quelques minutes plus tard, ça recommence — et les agents sortent une autre femme. Petite pause, et Bush recommence. Mais c’était plutôt plat, même les délégués avaient l’air ennuyés.

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Ce ne sont pas que les délégués qui se sont ennuyés à la Convention — mais la Hughes, dites donc, elle n'a pas l'air content du tout (photo piquée d'un commentaire chez dKos, je crois)

On est retourné à regarder Six Feet Under accompagné de bruits d’hélicoptères plus forts qu’avant au-dessus de chez nous. Cela a duré une heure, puis le silence est revenu.

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L'air du temps — une publicité pour les chambres d'emmagasinage personnelles dans laquelle on lit « La mère de mon (ou ma) propriétaire m'a mis ici en poste jusqu'à ce qu'il n'y ait pas autant de vrais coups de feu »

Ce soir c’est le début du grand week-end férié de la journée du Travail qui a lieu le premier lundi du mois de septembre et qui marque traditionnellement (au moins dans la partie yankee du pays — chez nous, dans le sud, à Atlanta, la date n’avait que très peu de signification) la fin de l’été. Les parents du copain sont toujours chez nous à la campagne, où il a fait, comme en ville, très beau. Mardi, c’est la rentrée !

septembre 02, 2004

De divers monstres républicains

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C’est la fête au Photoshop avec le très scary sénateur de Géorgie, grâce à dKos

Kerry would let Paris decide when America needs defending. I want Bush to decide.

(Ce qui se traduit, plus ou moins, comme (les autres, et meilleures, traductions seront les bienvenues) : Kerry permettrait à Paris de décider quand il faudrait défendre l’Amérique. Je veux que Bush le décide.)

Citation du discours liminaire du Sénateur Zell Miller prononcé hier soir devant les délégués républicains à la Convention.

septembre 01, 2004

L'heuristique révélée

On se pose toujours la question de savoir si ça vaut le coup de manifester, ou même d’essayer de comprendre quelques-unes des prises de position politiques énoncées par les diverses campagnes électorales. Et la réponse est… non, ce n’est absolument pas la peine. Quoi ? Tous ces longs articles lus dans des journaux de bonne réputation, toutes ces heures dépensées à lire de longs billets dans les carnets politiques les plus corrects, à suivre les discours d’hommes politiques et de notabilités quasi gouvernementales sur la chaîne C-SPAN, ces abonnements annuels à The Nation, le tout — ne vaut absolument rien. Car la grande majorité de l’électorat ne fait pas son choix de candidats sur les faits, sur la politique réelle, mais sur de vagues impressions « heuristiques » de n’importe quoi, dont la météo, la couleur des badges, « random personal associations » et ainsi de suite. Cet article dans The New Yorker offre des explications. On en parle, avec une triste intelligence, ici et ici.

Quoi qu’il en soit, on a eu le plaisir de la visite de deux Californiens, auxquels j’ai essayé de montrer un peu mon petit coin du monde. Ensuite le copain et moi, nous sommes allés voir les débuts hésitants de manifestation d’anarchistes dans la place Madison — pas grand-chose à voir, il y a eu des incidents sur l’escalier de la Bibliothèque publique dans la 5e avenue et aussi plus près de la convention — à peu près mille manifestants arrêtés hier en tout.

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On monte la 5e avenue vers la place Madison

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Présence anarchique subtile

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Ah, les voilà, les anars !

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Tout en attendant l'action directe qu'on nous a promise, j'apprécie la tour des assureurs Metropolitan Life

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Et je perfectionne ma pratique de la langue des écureuils, talent que je n'ai jamais mis sur aucun CV, en fait, au grand mécontentement du copain, qui craint que la bête ne lui saute dessus tout férocement

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Tiens, il y a presque autant de journalistes qu'anarchistes ici

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Légende pas nécessaire

Le copain et moi nous sommes rentrés chez nous à pied, il faisait très beau et c’était agréable de marcher dans les rues, toutefois pleines de flics qui bavardaient entre eux. Plus tard on a pris rendez-vous avec les Californiens pour leur montrer un autre quartier de notre bled, le http://www.meatpacking-district.com/Meatpacking District, l’ancien quartier des grossistes de viande, maintenant très branché, avec de nouveaux restos, deux hôtels chic, et tout le reste. On a pris un apéro dans un restaurant au nom de http://www.opentable.com/restaurant_profile.asp?ID=2174 Meet et ensuite on est allé à Florent, où on nous a offert un petit spectacle « conventionnel » pendant le repas. Voici quelques photos.

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L'usurpateur fait son striptease — et qu'est-ce que c'est luisant, ce costume bleu !

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Et il continue, toujours aussi souriant

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Et encore il se déshabille...

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Notre présentatrice, la talentueuse (et francophone) Sybil Bruncheon, grande star de la TV câblée à Manhattan

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On nous présente ce type de San-Francisco qui est censé avoir créé le drapeau arc-en-ciel — s'appelle-t-il Gilbert Baker ? Peut-être. Je ne me rappelle plus.

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C'est Miss Dirty Martini habillée en Justice

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Mais elle s'intéresse surtout au billet vert

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A la finale, on nous exhorte de voter (et on n'a dit mot de Kerry)