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octobre 31, 2004

Balade à New-York

Quelques photos prises pendant un après-midi superbe à Manhattan.

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La 8e avenue en route vers la station de métro pour aller à la Foire hier

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Le car privé du rappeur Ludacris stationné dans la 50e rue

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Le restaurant Sant Ambrœus la nuit

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Une jolie petite maison dans le village de Greenwich

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La 6e avenue à la 4e rue en préparation pour le défilé ce soir

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La 4e rue ouest entre les 6e et 7e avenues

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Le parc de la place Washington, au cœur du village

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Quelques immeubles dans le complexe de l'université de New-York

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La rue Mercer dans le Soho

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Expression d'une certaine opinion publique

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Broadway au nord de la rue du Canal

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De vieils immeubles dans le Soho (et le site du restaurant Savoy)

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Après un brunch végétarien, on est allé voir des bicyclettes pliables, dont cette Brompton qui coûte environ $ 750

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La succursale newyorkaise de la pharmacie florentine Santa Maria Novella où l'on a acheté des savons parfumés pour donner en cadeaux

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Une table créée par des amis, fabriquée en Chine populaire et vendue dans le département mobilier du magasin Crate & Barrel — leur premier compte important et on en est très content pour eux

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Un défilé d'Halloween pour enfants

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Une petite princesse dans le parc de la place Washington

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Les organisateurs du défilé d'enfants, dont la chef de gendarmerie du district à droite

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Une vue du parc avec des chapeaux de sorcière

Que cela termine !

Tout le monde a marre de cette élection, de voir les gueules de Bush et de Cheney à la télévision, d’entendre la voix monotone de Kerry, de suivre des sondages serrés, d’écouter des imbéciles qui téléphonent au CSPAN pour raconter des histoires les unes plus bêtes que les autres. J’aime beaucoup la vidéo d’Eminem, qui a chanté Moshlook in his eyes, it’s all lies ») sur l’émission de Saturday Night Live d'hier soir (on l’avait enregistrée pour pouvoir la regarder ce matin). La plupart des exposants à la Foire trouvent que l’ambiance a été nettement moins bonne cette année que l’année dernière — on l’explique par l’anxiété économique causée par l’incertitude sur les résultats d’élections éventuellement contestées dans les tribunaux (ou dans les rues — que faut-il porter dans une guerre civile ?)

La vidéo de Ben Laden n’a eu que peu d’effet sur les électeurs. Ça prouve surtout qu’on ne l’a pas eu.

Ce soir c’est Hallowe’en — il y aura un grand défilé chez nous au Village, avec plus de 50.000 participants et 2 millions de spectateurs. Ouf, c’est trop de monde.

octobre 29, 2004

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Les dernières heures avant le vernissage de mercredi soir

Mercredi soir — vernissage de la Foire, beaucoup de monde, beaucoup de vin blanc médiocre, trois tableaux vendus (heureusement). Vers 22h10 on rentre par taxi (je dépose l’ami galeriste devant son immeuble dans la 23e rue et je continue au Village) et en sortant de la voiture je note le début de l’éclipse lunaire. Le copain est déjà au lit, je mets la laisse à Betty, il se rhabille et l’on sort tous les trois pour regarder la lente disparition de la Lune avec un tas de gens qui comme nous sont sortis de leurs appartements et des restaurants du coin pour regarder le phénomène curieux.

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L'éclipse lunaire photographiée sans flash et aux mains tremblantes — pour de bien meilleures photos, voir le lien cité en haut

Jeudi c’était la première journée de travail normale à la Foire. J’y suis arrivé en taxi vers 11 heures 30 (les chauffeurs de taxi ont réussi à se faire donner une augmentation d’à peu près 26 % de leurs tarifs) et c’est quand même un peu cher maintenant d’aller du Village jusqu'à la 52e rue ouest ($12 avec pourboire). Mais bon, j’avais peur d’être en retard pour l’ouverture à midi. Ma « compagne de stand » — ancienne marchande de tableaux et conseillère en art qui habitait Dallas et dans l’Arkansas vingt-cinq ans avant de déménager avec son mari pour un appartement, joli mais petit, à Manhattan — est arrivée quelques minutes après moi. L’ami galeriste est resté, lui, à la galerie — et c’est mieux comme ça, il nous embête moins (il est nerveux, il nous fait reposer les tableaux par seulement pour combattre son ennui inquiet, il s’énerve contre les vieilles en chaussures de tennis qui passent sans jamais rien acheter, et tout le reste.) On connaît les galeristes des stands autour de nous — deux Anglaises juste devant, une vieille New-Yorkaise, mince, élégante et dure, devant sur la gauche, un ami à moi, jeune pédé, à notre droite, une jolie blonde de la banlieue de Westchester sur notre droite.

Il y avait moins de monde jeudi après-midi. Les œuvres que j’ai vues exposées dans les autres stands m’ont un peu déçues — rien de très extraordinaire.

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La circulation du West Side Highway où le copain est venu me chercher

Il y avait encore un autre cocktail hier soir jusqu’à 21 heures mais j’ai dû partir à 19 heures (en principe pour les collectionneurs moins riches que ceux d’hier soir, mais surtout pour les artistes et les jeunes mariés). Le copain est venu me chercher en taxi sur le West Side Highway et de là on s’est retourné vers le sud jusqu’à la 27e rue et la 7e avenue, où se trouve la galerie du Fashion Institute of Technology. On avait reçu des cartons pour le vernissage de l’exposition The Couture Accessory, expo organisée par une amie d’une grande amie à nous. Il y avait plein de femmes habillées en voiles, en grands chapeaux extraordinaires et en robes curieuses, mais belles — et les accessoires dans l’expo étaient extraordinaires eux aussi.

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Vue de l'extérieur du musée de l'Institut de la Mode et de la Technologie

De là on a rejoint l’ami ex-Marine dans un endroit où les arts de la haute couture importeraient peu (il faut des contrastes pour relever la vie, n'est-ce pas ?) — une sorte de fausse brasserie générique dans la place de l’Union pleine de jeunes. On est allé manger ailleurs et ensuite on est allé boire une dernière pinte dans un bar hétéro (sans joli barman jeune, sportif et sexy — c'est le minimum requis des bars hétéros — donc un peu ennuyeux en fin de compte) de la rue Hudson.

Tout le monde est à ce moment très très fatigué de l’élection présidentielle et on attend tous la fin du suspense, qui monte toujours (le dernier sondage Reuters montre une égalité entre Bush et Kerry). L’histoire des explosifs disparus confond plus qu’elle n’éclaire — mais il semble que l’administration s’est encore une fois trouvée piégée par la vérité enregistrée par un journaliste télé de Minneapolis. On l’ajoute tout simplement à la pile de mensonges déjà énoncés. On parle d’un enregistrement vidéo obtenu par la chaîne ABC dans lequel on menacerait Bush et Cheney parmi les 13 personnes nommées. Est-ce un truc des républicains ? On n’en sait toujours rien. On entend des rumeurs de détournement de bulletins de vote en Floride (naturellement) et d’une politique de répression et d’intimidation d’électeurs « minoritaires » en Ohio et dans d’autres états. On n'est qu'au début de l'enquête de Halliburton menée par le FBI — ce ne peut pas être en tout cas une bonne nouvelle pour l'administration.

octobre 27, 2004

Faisons la foire

Désolé pour mon absence — trop de travail et d’obligations mondaines et autres distractions. Hier après-midi, par exemple, j’ai passé la journée à aider l’ami galeriste à arranger et à poser les tableaux dans son stand à la Foire d’art abordable, cette foire d’origine londonienne qui depuis trois ans organise une version américaine à New-York (il y en aura une nouvelle à San-Francisco en juin prochain). C’est toujours la pagaille au début — des spots qui ne marchent pas, des murs abîmés, des clous qui ne foncent pas, et tout le reste. Le vernissage aura lieu ce soir à partir de 18 heures.

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Notre allée vers 15 heures hier

À 18h20 j’ai donc quitté le quai où se trouve la foire en taxi pour me rendre au prochain rendez-vous qui était une fête de parution pour un livre d’architecture écrit par un ami qui avait lieu dans une librairie tout au bout de l’Upper East Side, sur l’avenue Madison à la 93e rue. Plein d’un monde bien habillé et cossu (à part nous-mêmes), de pédés BCBG, architectes et décorateurs, de journalistes de revues « domestiques ». On a vite acheté deux exemplaires du livre qu’on célébrait et on s’est mis en queue pour les faire dédier par l’auteur ami. Après un verre de vin blanc bu en bavardant avec une amie assez folle, spécialiste ès Créoles françaises et bites antillaises (si, si, c’est vrai, depuis une douzaine d’années elle passe chaque hiver quelques mois de « stage académique » aux Antilles françaises où elle se fait payer des bourses spécialisées pour « étudier » de tout près la gent masculine locale — faut le faire), on a descendu la 5e avenue vers l’appartement d’autres amis dans le Central Park South. Eux ils offraient une petite réception à la mère de la femme. Il y avait une vingtaine d’invités, dont un beau banquier avec qui j’ai un peu flirté après avoir bavardé avec sa femme (qu'est-ce que je suis poli, n'est-ce pas ?). Il avait surtout un sourire sympa et un nez très bien fait, mais je ne me souviens pas du tout de son nom — un flirt, donc, tout à fait innocent.

Le copain et moi, nous sommes ensuite allés dîner au Singe vert dans la 7e avenue — bondé de monde qui criait, criait à rendre tout à fait sourd ! On est finalement rentré chez nous à pied et le copain m’a fait regarder sur dvd un sketch par les comédiennes French et Saunders qui est devenu la genèse de la série télé Absolutely Fabulous.

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Pas de francophobie à Manhattan, où dans cet énorme panneau publicitaire on fait un jeu de mots assez bête sur la prononciation de oui, oui, oui et wee, wee, wee — phrase d'une de comptine sur les petits cochons dans laquelle le plus petit court (et on fait chatouiller les orteils d'enfants en la récitant) en criant « wee wee wee, all the way home »

En ce qui concerne les élections, ici c’est la névrose totale — on ne peut plus y penser ! C’est trop, on attend la « fin des hostilités », du moins pour savoir ce qu’on va faire le jour d’après. J’ai tout de même un peu l’impression (ose-t-on l’espérer ?) que Kerry pourrait gagner — mais j’habite Manhattan, où je n’ai toujours vu qu’un seul panneau pro-Bush. Même au Connecticut c’est Kerryland — les candidats républicains n’osent pas mettre « Republican » sur leurs panneaux publicitaires mis dans les pelouses devant les maisons le long des routes.

Samedi soir dernier, après une réception pour les « jeunes associés » d’un musée à la campagne et un dîner arrosé au restaurant du village, le copain et moi nous avons sorti la pauvre Betty, qui a voulu faire un tour nocturne sur la plage — y rien à dire, là elle est définitivement possédée, la chienne.

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Betty se révèle un soir de débauche

octobre 23, 2004

Vers le nouveau

Ce matin j’ai assisté avec le copain à l’inauguration de la nouvelle caserne des sapeurs-pompiers de notre village au Connecticut. Il a fait encore froid et couvert et on s’était réveillé bien trop tôt au bruit de marteaux au travail à à peine sept heures après une soirée tardive de gala à la caserne et ensuite de nouvelles émissions de la série Farscape : les guerres des gardiens de la paix chez nous. Aujourd’hui à midi moins dix une file de pompiers en uniforme s’est formée devant l’ancienne caserne d’où ils ont porté tout solonnellement les insignes et les plaques commémoratives des compagnies vers la nouvelle caserne.

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Une file solonnelle de pompiers qui ont quitté la vieille caserne pour se rendre à la nouvelle par la rue haute du village

Après quelques discours officiels prononcés dehors devant le bâtiment dans un froid mordant, on a enfin pendu la crémaillère à l’intérieur bien chauffé.

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Un beau père pompier avec sa fille à la crémaillère

octobre 22, 2004

La chair est cendre, l'âme est flamme

Hier j’étais en train de rédiger un billet assez typique dans lequel j’allais noter le temps frais et couvert qu’il faisait ici et l’histoire assez drôle du vaccin français d’où l’on a vite fait des t-shirts à slogans moqueurs — et puis j’ai appris dans un coup de téléphone que l’amie marchande de tableaux serait atteinte d’une tumeur maligne de plus de 172 cm dans le colon. Elle va se faire opérer le 1er novembre dans un hôpital excellent où je connais même un jeune oncologue très sympa — et puis on verra. En me disant tout cela, elle a aussi noté qu’elle avait de la chance : comme elle n’avait d’animal de compagnie (elle adore Betty et l’a gardée à plusieurs reprises quand on est allé en voyage, le copain et moi), il n’y avait aucun être qui dépendait d’elle. Donc, elle m’a dit tout platement, je sais que je peux mourir sans laisser qui ou quoi que ce soit dans une mauvaise situation. Elle a vite ajouté que son docteur lui avait fait un pronostic excellent de guérison complète. Mais c’est tout de même pas gai tout cela.

Je lui ai demandé de nous joindre pour dîner avec un autre couple hier soir et tout le monde a beaucoup ri en mangeant la cuisine portugaise. Mais la nouvelle est restée comme un poids invisible qui pesait sur nous trois qui étions au courant.

On part pour la campagne un peu plus tôt que d’habitude parce que le copain et moi nous avons été invités par les sapeurs-pompiers du village à un dîner de gala en l’honneur de la nouvelle caserne des sapeurs-pompiers dans le village. Demain à midi on aura l’inauguration officielle menée par les responsables municipaux dont j’ai préparé les programmes à distribuer au public et aux invités.

(Le titre de ce billet est de Victor Hugo, dans L'homme qui rit.)

octobre 20, 2004

Publier ou mourir ?

Le roman The Line of Beauty de l’écrivain Alan Hollinghurst vient d’être attribué le prix Booker, le prix littéraire anglais le plus prestigieux (et en réalité le seul que je connaisse.) J’ai beaucoup apprécié son premier roman, The Swimming-pool Library et l’année dernière j’ai lu The Folding Star. The Line of Beauty est sorti ici au début du mois d'octobre dans une édition américaine que je vais aller acheter cet après-midi.

Le prix Booker (aujourd’hui officiellement le prix Man Booker, je ne me rappelle plus trop pourquoi) est pour moi le seul prix littéraire anglophone qui compte — les prix Pulitzer souffrent des pressions exercées sur les juges par les grands groupes médiatiques pour lesquels les juges travaillent déjà ou espèrent travailler à l’avenir. Pour les prix Pulitzer, comme chez les comités de plusieurs prix français, il y a des cabales d’amis et d’ennemis qui agissent en faveur ou contre un auteur pour des raisons moins littéraires que politiques ou mondaines.

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Ici c'est le célèbre Puff Daddy dans la 10e avenue à la 24e rue ouest au dessus du poteau publicitaire pour la société de pétrole russe Lukoil

Cette campagne de pub qu’on voit un peu partout à Manhattan me semble bien bizarre — et le choix ne me paraît pas automatique. C’est curieux de voir une grande photo de Paris Hilton portant ce même maillot — j’ai du mal à imaginer la Paris se tuant à cause d’avoir manqué de voter.

Le clan Bush est bien connu pour sa cohérence interne vigoureuse, mais j’ai aujourd’hui appris au site de Raw Story (que je trouve de plus en plus intéressant) d’un site qui s’appelle Bush Relatives For Kerry et qui a été organisé par quelques membres de la grande famille Bush qui rejettent aucune ressemblance politique avec leur célèbre parent.

octobre 19, 2004

Va-et-vient

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Des oiseaux de mer à la marée haute

Étant resté lundi soir à la campagne pour assister à la réunion mensuelle du conseil municipal de notre petit village, aujourd'hui je me suis levé de bonne heure (6h30) pour ranger un peu la maison avant de partir pour New-York à 8 heures précises. Une New-Yorkaise assise à ma gauche à un dîner samedi soir m’avait conseillé de me mettre en route à cette heure-là pour d’éviter la circulation de pointe aux environs de New-Haven et ensuite celle, bien plus grande, de New-York. La pluie avait commencé pendant la nuit et elle tombait toujours assez fort lorsque Betty et moi nous nous sommes mis dans la voiture pour nous en aller. Malgré les conseils de ma compagne, il y avait des embouteillages à New-Haven. Mais pour le reste, elle avait plutôt raison et j’ai réussi à me retrouver en plein Greenwich Village, en dépit de la pluie et des vieilles mémères sur la route, vers 11h20.

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Ce que je voyais à travers le pare-brise ce matin

Il fait toujours un temps désagréable, ce qui fait qu’il n’y a que quelques Européens et quelques « provinciaux » de passage qui viennent à la galerie, tandis que les New-Yorkais restent chez eux, sains et saufs et surtout secs.

Il est toujours frappant pour moi de découvrir par des carnets web des gens qui habitent, par exemple, la rue du Bac ou la rue des Bons Enfants (quel joli nom que celui-là !) et qui sont complètement au courant de tout ce qui se passe ici, aux Etats-Unis, dans la politique, dans les campagnes électorales, et qui comprennent, d’une façon vraiment profonde, de quoi il s’agit dans ces élections. C’est la perspective détaillée ainsi que le niveau de compréhension qui m’étonnent chaque fois que je les retrouve, comme dans cette opinion sur Kerry que j’ai lue ici, dans les commentaires de chez Laurent (qui aurait plutôt, comme moi, un parti pris dans l'affaire) d’Embruns. Le commentateur, Dr Dave, je ne le connais absolument pas, mais ses arguments et ses explications ont une justesse et une clarté que j’envie tout à fait et dont je vais sûrement m’en servir quand j’aurai à expliquer ou à défendre un vote pour Kerry. (Il faut dire aussi que je trouve sa femme Teresa de plus en plus admirable et je serai énormément content de la voir installée dans la Maison Blanche au lieu du robot Laura.) C'est pareil pour Phersu et pour Netlex, qui sont tous les deux remarquablement bien renseignés sur les affaires politiques américaines. Bravo à tous ces carnetiers français qui suivent la politique américaine avec une attention intelligente impressionante.

À la Bourse les actions du groupe médiatique Sinclair tombent depuis que le président du groupe a obligé toutes les stations de la chaîne de télévision de diffuser une émission de propagande anti-Kerry quelques jours avant les élections présidentielles. Il y a toutes sortes de boycotts organisés contre ceux qui mettraient des publicités chez Sinclair, dont on présente les noms des sociétés ici et ici. On parle aussi de procès qui seraient intentés par les actionnaires de Sinclair contre la société, dont les responsables n’ont évidemment pas fait trop d’attention à leurs intérêts financiers. Voici une citation intéressante du partenaire d’une firme financière à Wall Street, Jim Glickenhaus :

« "Management is not acting in the interest of shareholders," he said. "By showing something that's clearly propaganda, they are damaging the network." » Rha la la, les avocats en sont ravis, vous vous en douterez.

octobre 18, 2004

Quand un Américain « moyen » se pose une question

On fait repeindre une partie de notre petite casita (c’est trop bête d’être obligé de ne peindre que trois-quarts de la maison, mais les travaux de reconstruction de derrière n’ont même pas commencé, on n’arrive même pas à joindre l’entrepreneur par téléphone pour lui demander quand il penserait à commencer les travaux, c’est bien ça, la vie à la campagne). Le peintre est un informaticien qui s’appelle Henry et qui avait repeint la maison d’à côté. Il fait de la peinture résidentielle pour gagner un peu plus de fric dans son temps libre (il a trois enfants, dont le plus âgé commencera en quelques années ses études universitaires, qui coûtent cher, voilà pourquoi il fait de la peinture en plus de son travail d’informaticien.) Henry est aussi réserviste dans l’armée (et lui, à l'opposé de Bush, il ne sèche pas les week-ends obligatoires d’entraînement). Ça fait des mois qu’on parle de temps en temps politique (le voisin dont Henry avait peint la maison en fin août est « libertaire », il aime gueuler contre les démocrates et les républicains (« ils sont tous pareils » etc.), et on s’était amusé à discuter à trois d'un peu de tout sur le trottoir pendant les longues fins de journée d’été). Il y a trois jours, Henry m’a dit qu’on avait dit à sa compagnie de réserve qu’elle serait envoyée en Irak au début de 2006. Henry se déclare républicain, mais il reconnaît le gâchis qu’on a fait en Irak et il n’a aucune envie d’y aller lui-même. Donc, on a parlé un peu d’une stratégie de sortie qui serait acceptable d’abord aux Américains et puis au reste du monde. En ce qui concerne Bush et Cie, nous étions d'accord : ils sont coincés — ou ils admettent qu’ils ont eu tort — peu probable d’après tout ce qu’on sait d’eux — ou ils continuent à s’embourber dans une vérité hostile. Pour Kerry, on trouve qu’il aurait peut-être la possibilité de faire une sorte de déclaration de « mission accomplished » qui ne serait bien sûr pas tout à fait vraie, mais qui satisferait une majorité d’Américains. Il y aurait alors un grand sommet un peu truqué qui autoriserait un transfert d’autorité politique en Irak à l’ONU (l’autorité militaire resterait américaine) et puis on ferait venir des forces, de l’argent et des coopérants de partout, mais surtout de France et d’Allemagne, qui s’empresseraient à montrer leur satisfaction et leur volonté de coopération avec un gouvernement américain moins unilatéral. Comme ça, on s’est dit, on pourrait imaginer un retrait de troupes américaines de l’Irak. C’est pour cette raison qu’Henry, quoique républicain, m’avait dit qu’il pensait voter pour Kerry.

La comédie musicale est un art typiquement américain. Dans le genre de la chanson célèbre du film et maintenant de la comédie musicale The Producers au titre inoubliable « Springtime for Hitler » (dont on chante quelques mesures ici, Atrios propose « I’m a Nazi » chantée par le toxicomane et l’artiste de variété radiophonique incontournable Rush Limbaugh.

octobre 16, 2004

Atchoum

Personnellement je n’ai jamais eu de piqûre anti-grippe — c’est ma science chrétienne innée qui me l’interdit — donc le manque de vaccin anti-grippe ne me concerne pas beaucoup, ou même du tout. Ce qui n’est le cas pour mes compatriotes, ce me semble, qui sont tous alarmés par la pénurie de vaccin et se mettent donc en longues queues devant les hôpitaux et les cliniques pour s’en faire piquer avec les stocks qui restent. On en parle à la télé comme s’il s’agissait d’une catastrophe de premier ordre et c’est surtout très télégénique de montrer des scènes de vieillards désespérés en quête de piqûre et de raconter des histoires non vérifiées, mais tout de même excellentes pour l'audimat, de bénéfices excessifs sur des flacons de vaccin vendus sur le marché noir. L’inconvénient pour Bush c’est que les autorités publiques ont déclaré qu’ils allaient essayer d’importer du vaccin du Canada quelques jours seulement après que Bush avait dit à tout le pays que les médicaments canadiens n’étaient pas garantis être sûrs (Canada, c'est un peu le Tiers Monde nettoyé, vous comprenez) — voilà une petite contradiction assez gênante. Et les vieux, eux, ils veulent bien se faire piquer de vaccin d’origine plus ou moins canadienne, surtout depuis qu'on parle de la grippe comme d'un sida qui repasserait tous les ans.

Ailleurs, on parle tout doucement, doucement de la mutinerie d’une bande de réservistes américains qui ont refusé de conduire des camions déglingués pleins de pétrole pour avion pourri (ça, je ne le comprends pas très bien, mais il semble qu’il s’agit d’un mélange de pétrole et de gasoil inutilisable qu’un autre camp avait déjà refusé) sans protection aérienne dans un district d’Irak, au nord de Bagdad, connu pour les attaques de rebelles. Le Times parle d’« hésitation » au lieu du terme plus cru de « mutinerie » qui fait froid au dos à tous ceux qui se souviennent du Viêt-Nam et de ce qui s’est passé là-bas — le « fragging » des officiers par des soldats, par exemple. A ce propos, une petite information fournie par un réserviste de retour de l’Irak sur la répartition ethnique des diverses compagnies des forces armées américaines m’a semblé intéressante : la plupart des combattants sont de jeunes soldats blancs (dont on voit d’ailleurs les mâles visages en uniforme poussiéreuse tout le temps à la télé) aux accents du Midwest ou du Sud, tandis que les compagnies qui s’occupent du matériel et de l’approvisionnement sont faites surtout de noirs et d’hispaniques. Je me demande si les 19 membres de cette 343rd Quartermaster Company, basée en Caroline du sud à Rock Hill (où habitait ma grand-mère) et dont la plupart de l’effectif viendrait du sud, se sont dit qu’ils ne voulaient plus être de la chair à canon tandis qu’on protégeait les autres soldats avec une couverture aérienne adéquate et tout le reste. Ah, des choses dont on ne parle pas !

octobre 15, 2004

Il fait sombre

Vu les derniers sondages (à part le sondage Zogby de Reuters), je devrais, je le sais, me sentir plus positif sur l’avenir limité de Bush et de ses subordonnés. On s’est bien sûr réjoui de la nouvelle du procès de harcèlement sexuel contre le bouffon menteur Bill O’Reilly intenté par une ex-employée. Les détails de sa vie sexuelle sont franchement délicieux et vont en toute probabilité le détrôner, après quelques jours pendant lesquels on va essayer en vain de limiter les dégâts, de son siège de moralité radiophonique hypocrite.

Je me suis trompé hier : on parle encore de la bosse mystérieuse au dos de Bush. La Maison Blanche n’en dit plus rien, et les journalistes officiellement agréés n’osent toujours pas demander une explication au porte-parole McClellan.

Voici un clip musical un peu spécial, trouvé dans les commentaires chez dKos. [NDLR aux Bushistes : c’est assez, euh, disons, « éditorial ».]

En dépit de toutes ces bonnes nouvelles, je me méfie toujours de Rove, de ce qu’il pourrait faire dans les deux semaines et demie qui restent de la campagne. Les bêtes acculées sont toujours les plus dangereuses.

octobre 14, 2004

La décoration d'intérieur

Pas beaucoup de temps libre pour écrire quoi que ce soit ces derniers jours. Hier je suis allé aider l’amie partenaire en course qui s’est déménagée avec son mari de la banlieue du Connecticut à un appartement à Manhattan, dans un petit quartier chic de l’Upper East Side qui s’appelle Carnegie Hill.

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La rue 87e est vers l'ouest et près de la station de métro de la 86e rue est

Connu pour ses écoles privées d’élite dont Dalton, Saint David’s, Day, Spence, Nightingale-Bamford, le quartier est aussi rempli de musées, dont le Guggenheim, le Jewish Museum, la National Academy of Design et le musée Cooper-Hewitt.

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L'avenue Lexington à la 87e rue est

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Une boutique à bagel — la pâtisserie traditionnelle aux parfums variés (sel, sesamé, etc) enduite de fromage frais du petit déjeuner new-yorkais

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L'avenue du Parc vers le sud

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Les grands immeubles de luxe de la côte ouest de l'avenue du Parc en dessus de la 87e rue

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L'avenue Madison en train d'être revêtue

L’appartement se trouve au 23e étage d’un immeuble nouveau et les fenêtres donnent sur le nord, vers Harlem, et sur l’ouest où l’on peut voir le Réservoir. Les déménageurs ont commencé à monter les boîtes de livres, d’articles de cuisines et d’effets personnels, les meubles, les tableaux et les glaces à 9 heures précises — ils ont terminé vers 11h30 et puis l’amie et moi, on a continué à ouvrir tout et à défaire les boîtes en carton pour les mettre devant l’ascenseur de service par où l’on les a emportées à plusieurs reprises. À ma grande surprise il n’y avait personne du bureau du décorateur, avec qui ils se sont un peu brouillés, pendant toute l’opération. Un service « après-vente » vraiment lamentable !

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Vue du salon de l'appartement vers le nord

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Et vers l'est (un jeune jardinier est venu s'occuper des plantes sur la grande terrasse de devant pendant la moitié de la journée — je suis jaloux, j'ai moi aussi envie d'une grande terrasse remplie de fleurs entretenue tous les jours par un beau jardinier)

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Et vers l'ouest et le Central Park avec le Réservoir

Le mari est arrivé vers 18h30 quelques minutes avant nous (on était sorti chercher des choses chez la grande quincaillerie de luxe Gracious Home, de quoi boire et de grignoter avant d’aller dîner — l’amie et moi, on n’avait pas eu de temps pour manger —, des fleurs, et cetera). Le copain est arrivé un peu plus tard, après s’être trompé d’immeuble, et on a alors fêté les nouveaux New-Yorkais.

Le nouveau téléviseur haute définition n’étant pas branché au câble (visite prévue pour aujourd’hui) on est allé manger chez Demarchelier dans la 86e rue est dans l’espoir de pouvoir voir des extraits intéressants du débat plus tard. Au resto les gens assis au bar ont préféré regarder à la télé le match de baseball entre les Yankees et les Red Sox de Boston que le « débat ». D’après ce que j’ai vu plus tard hier soir, Kerry était toujours correct, bien informé, mais un peu ennuyeux et Bush a joué au trublion de classe élémentaire, ricaneur et débile. J’étais content de découvrir que les sondages ont donné la « victoire » à Kerry. (J’ai toutefois le sentiment déprimant que Bush va gagner l’élection malgré tout — ou est-ce plutôt mon effort personnel de faire éloigner le mauvais œil d'une victoire possible de Kerry ?)

Aujourd’hui il pleut — j’ai rendez-vous avec une artiste française et sa galeriste, elle aussi d’origine française, à Chelsea.

octobre 11, 2004

Fêtons la découverte de l'Amérique (et les beaux Italo-américains)

Aujourd’hui c’est la fête de Christophe Colomb, de sa « découverte » en 1492 du « Nouveau Monde » ou de ses origines italiennes (il y a à New-York dans la 5e avenue un grand défilé d’associations italo-américaines auquel assistent tous les candidats). Les banques et les bureaux de poste sont fermés, mais la bourse est ouverte, et il y a plein d’ouvriers qui sont au travail aux divers chantiers du village. Donc, c’est une sorte de demi-fête.

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Quelques exemples d'Italo-américains fêtables (surtout celui au milieu) du Nouveau-Jersey piqués chez le site extraordinaire njguido.com

Les premières feuilles d’érable ont commencé à changer de couleur.

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Ça vient, l'automne

On rentre ce soir à Manhattan, où je vais pouvoir dormir tranquillement, sans le bruit incessant des arbres tourmentés par le vent (c’est vrai, je me plains trop).

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Intérieur d'un petit cabanon de jardin dont les murs sont peints de jolies fresques fanées

octobre 09, 2004

Psst ! Répétez svp, j'ai pas bien compris

Longue excursion en voiture cet après-midi qu’on a commencée après le retour du copain de sa course d’entraînement de 27,36 km.

Je n’ai pas grand-chose à dire sur le débat d’hier soir. Bush était moins agité, moins distrait, ce qui a dû soulager les républicains. Kerry s’est comporté sans génie particulier mais correctement. Les questions m’ont un peu surpris, elles étaient plus difficiles que je ne l’aurais attendu du public (mais il faut noter qu’on les avait triées à l’avance). La forme de l’événement m’a semblé assez maladroite et le présentateur M. Gibson, que j’aime assez sur l’émission matinale de l’ABC quand je la regarde, ce qui est très, très rarement en réalité puisqu’on préfère écouter la radio publique le matin. Mais il n’a pas voulu ou osé empêcher Bush d’avoir son petit accès d’humeur sur le sujet des « alliés » dans la guerre en Irak. Ça m’a fait sourire d’entendre Bush parler de rumeurs de conscription transmises sur les « internets ».

La seule chose vraiment nouvelle dans tout ceci est la question de savoir si on avait soufflé les réponses à Bush pendant les débats par un truc sans fil — il existe un site dédié au sujet, Is Bush Wired ?. Même le Times en parle aujourd’hui.

Voici quelques photos assez moches prises jeudi soir au Centre Lincoln avant d’entrer au théâtre. L’architecte du Théâtre de l’État de New-York est le célèbre Philip Johnson mais je ne aime pas tellement ce théâtre et je trouve que les lampes devraient faire partie d’une mise en scène de film sci-fi de troisième rang. Qui a pu les choisir !

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Extérieur du Théâtre de l'État de New-York (Opéra de la Ville de New-York et le Ballet de la Ville de New-York) dans le Centre Lincoln

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La salle Avery Fisher, où l'on trouve la Philharmonique de New-York

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L'Opéra métropolitain

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Une des longues lampes hideuses (très années 60, je sais, je sais) qui illuminent le balcon du théâtre

octobre 08, 2004

Tout est pour le mieux

« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » — formule à répéter chaque fois qu'on lit le journal ou qu'on regarde la télévision ou qu'on allume l'ordinateur.

À la longue on est rendu presque insensible, on ne sait plus trop réagir à de nouvelles informations désespérantes, telle la proposition de délocalisation de la torture, solution juridique qui devrait naturellement être impensable par les membres d’un gouvernement civilisé mais qui soulève chez les Bushistes des questions d’ordre technique et légal où serait horriblement absent aucun aspect moral. Est-on devenu tout à fait fou ? On n’aurait pas tort de se poser la question, surtout quand on se rend compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas du tout quand le glorieusement southparkien Fafblog laisse tomber l’ironie habituelle et parle tout sobrement, comme il a fait hier ici:

There are important things to read elsewhere especially here and here and here [on retrouvera les liens chez Fafblog]. It's very sad to be getting kind of numb to the idea of legalizing torture in America. Please, please don't let that happen.

Je suis content qu’on puisse en parler dans les carnets, mais il me décourage qu’on en ait besoin. Quelle bande de salauds éhontés, cette administration ! Il va nous falloir combien de temps pour nous purger des saletés immondes qu’ils nous laisseront.

De nouveaux attentats en Égypte et l’otage britannique décapité en Irak — ah, comme c’est beau, ce nouveau monde que Bush nous a préparé — sauf qu’il n’y a pas eu assez de préparation, selon les paroles de l’ancien vice-roi de Bagdad bushiste Paul Bremer, qui avait demandé plus de soldats à plusieurs reprises pour essayer de garantir la sécurité de la nouvelle province de l’empire, demandes ignorées par les responsables politiques de l’administration Bush à Washington. L’absence d’armes de destruction massive en Irak importe peu, il paraît, aux promoteurs de la guerre préemptive — nous, on n’a pas besoin de raisons « justes » pour envahir un pays qu’on n’aime pas. Le simple fait qu’on ne l’aime pas nous suffit pour justifier nos actions. C’est pour cela que tout le monde doit tout faire pour ne pas nous déplaire, sinon on entrera chez eux pour les faire comprendre l’inutilité de leur comportement anti-américain. Hmm, et cela va encore marcher pour combien de temps ?

Les derniers sondages montrent un affaiblissement continu dans les pourcentages en faveur de Bush — à quand la grande surprise d’octobre ? Ou une alerte qui ferait monter l’échelle d’alerte nationale, que l'on suppose favoriserait la campagne de Bush ?

La Miller en taule ? Possibilité heureuse, non pas pour faire peur aux journalistes mais plutôt pour assagir ceux qui se sentiraient excusés d’aucune responsabilité légale de ne pas agir de façon criminelle, en révélant le nom d’un agent secret de la CIA. Ce jugement n’a rien à voir avec les mensonges fournis par son ami Chalabi qu’elle a fait passer comme vérités absolues sur la une du Times pendant l’invasion de l’Irak et pour lesquels le Times a dû s’excuser ensuite publiquement (tout de même sans la nommer, l’amie de longue date du propriétaire du journal Sulzberger qui l’a protégée et la protège toujours, en toute probabilité). Elle n’est rien qu’une carriériste sans honte qui a fait et ferait toujours n’importe quoi pour se promouvoir dans les milieux journalistiques.

Il est toujours agréable de découvrir un carnet politique intelligent et intéressant. Voici « un autre monde » (en français dans le texte), qui, suivant l’exemple d’un tas de carnets français aux allures anglaises, est un carnet américain, rédigé en anglais mais fait au gabarit français (c’est rare et c'est curieux) trouvé dans les liens chez l’admirable Blondesense.

Je ne sais pas à quoi je devrais m'attendre dans le débat de ce soir. Le format me semble un peu étrange — est-ce que cela va vraiment marcher ? On verra...

PS - On est bien allé à l'opéra hier soir pour voir La Rondine au théâtre de l'État. C'était bien chanté, bien joué. Soirée réussie.

octobre 07, 2004

Une incertitude tachée d'espoir

Il continue à faire un temps magnifique ici, ce qui cacherait un peu la tension montante provoquée par les sondages contradictoires et les sites de pari tel Tradesports où l’on peut faire des paris sur le résultat de l’élection présidentielle (certains experts font plus de confiance aux « sondages » de Tradesports où l’on est obligé à « put your money where you mouth is » (au secours, Hapax, pour une traduction convenable) comme va l’expression en anglais qu’aux sondages habituels, mais ceux-là, ils sont plus cyniques que moi.) Une chose à noter : c’est vraiment comme un chuchotement lointain mais qui devient de plus en plus fort — on dit que le chiffre des nouveaux inscrits pour voter serait beaucoup plus élevé qu’on avait attendu. En plus, ces nouveaux électeurs sont souvent moins comptés par les sondages traditionnels. Une lueur d’espoir ? Peut-être.

On suppose que les entraîneurs de Bush (et voilà ce qui devrait être un sacré boulot désagréable) auront réussi à le faire paraître plus « présidentiel » pour le débat ce vendredi soir (la raison pour laquelle on reste en ville, le copain et moi, avant d’aller à la campagne samedi dans la journée). Il va être tout gentil, tout sympa, tout éveillé cette fois, sinon…

On s’est convenu, le copain et moi, de faire une visite « préliminaire » en France en vue de considérer nos options éventuelles de séjour (logement — à Paris ou en province ?, boulot, apprentissage de langue pour le copain, Betty, et cetera) dans le cas d’une victoire de Bush. Le copain a toujours un billet d’avion valable jusqu’en avril prochain pour le voyage qu’il avait annulé l’année dernière. De toute façon, il a l’intention de courir encore une fois le marathon de Philadelphie qui aura lieu le 21 novembre. Toute la famille, y compris Betty, se déplacera vers la ville de l’Amour fraternel où nous descendrons comme des gitans chez ma sœur.

On est sorti hier soir avec l’ami péruvien — lui et le copain, ils se sont amusés chez nous à étaler leurs derniers jouets électroniques — l’ami péruvien vient d’acheter un ANP avec appareil photo et internet sans fil avec lequel il lit son courriel, et les derniers numéros de journaux US et péruviens. On a dîné dans le petit restaurant japonais de quartier Miyagi pas loin de l’appartement où l’on offre une cuisine bonne et simple (et pas chère) dans une ambiance agréable. (Une grande bouteille d'Asahi Super Dry y a été pour beaucoup, je l'avoue.)

octobre 06, 2004

L'après-débat

Dans le débat d’hier soir il y avait nettement moins de différence dans les capacités intellectuelles de chaque participant. Personne n’accuse Cheney de bêtise. Il sait comment répondre aux questions. Edwards s’est montré, lui aussi, habile au format. Cheney a répété plusieurs mensonges habituels et il en a même sorti un nouveau, à savoir celui qui prétendrait que l’administration Bush se soucierait le moins du monde du sort des militaires irakiens qui se battent aux côtés des GIs. On n’a jamais compté ici les morts de soldats irakiens, on n’en pas même pas parlé, sauf dans le cas des « rebelles » ou des « insurgés » ou des policiers tués par des voitures piégées. On n’a jamais entendu parler des morts de la force irakienne du gouvernement provisoire — on ne compte que les morts américains et de temps en temps celles des troupes britanniques, polonaises ou italiennes.

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Encore un nouveau bâtiment qui s'érige à Chelsea

Edwards a eu raison de répéter le nom de Halliburton, qui, à force d’être le sujet de reportages négatifs dans les médias, commence à reprendre quelques-uns des traits les plus suspects d’Enron.

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L'opinion politique collée aux fenêtres d'un immeuble dans le Village

Le journaliste et ex-carnetier Thomas Canteloube publie aujourd'hui un nouveau livre Chirac contre Bush : L’autre guerre sur les rapports franco-américains dans l’époque de Bush et de Chirac.

octobre 05, 2004

Un peu de culture

On attend avec une réelle anticipation le débat vice-présidentiel qui sera télévisé ce soir. L’amie marchande de tableaux va nous rejoindre pour manger un morceau chez nous et pour regarder l’événement.

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Le théâtre de l'État de New-York dans le Centre Lincoln où nous allons voir La Rondine de Puccini

Pour moi hier était ma rentrée culturelle personnelle. Je suis allé acheter des billets au Théâtre de l’État de New-York dans le Centre Lincoln pour l’avant-dernière représentation de l’opéra La Rondine ou L'Hirondelle de Puccini dans une production de l’Opéra de la Ville de New-York (et qui passera ensuite à Toulouse au Théâtre du Capitole en mars 2005 et à Paris au Théâtre du Châtelet en juillet). La Rondine a eu sa première à l’Opéra de Monte-Carlo le 28 mars 1917 et a subi une troisième et dernière révision en 1921. Le livret manque d’originalité mais a tout de même du charme et je le trouve infiniment touchant quand dans l’acte III la belle courtisane Magda refuse, à cause de son passé, à son jeune amant Ruggero de rencontrer sa mère qui a finalement permis à son fils de l’épouser. Et la musique, c’est du pur Puccini — voluptueux, sentimental, délicieux. C’est comme de la glace de chez Berthillon — heureusement avec moins de calories. Ce sera notre jeudi soir. Samedi on va voir The Mikado, opéra comique des Anglais Gilbert et Sullivan, dans une production locale à la campagne.

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Dans ce quartier de l'industrie musicale, la « Tour ASCAP », le SACEM américaine, aussi connue comme le nº 1, Lincoln Plaza — il y a des appartements au-dessus des bureaux ASCAP

On trouve de tout dans les référents chez les carnets. Mais j’admets la surprise en découvrant dans mes statistiques qu’un internaute est venu chez moi en demandant à Voilà.fr « Est-il raisonnable d’aimer ?» Non, non, je ne plaisante pas. Mais je parie qu’on ne trouvera aucune réponse définitive à cette question parmi le tas d'électrons posés ici.

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Exemple du bon goût homo qui a transformé cet extérieur d'appartement tout moche en oasis campagnarde en pleine ville — à deux pas de chez nous — et le décorateur-habitant, d'après le copain, il n'est pas moche, non plus

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Extérieur du nouveau « pub gastronomome » chic The Spotted Pig — le Cochon à taches — hélas, je n'y ai jamais mangé (le copain, si)

Les portraits de Bush, on en a déjà lu plusieurs. Mais ce portrait fait par le carnetier politique Digby sort du commun. Note aux électeurs américains indécis: ne pas l'oublier le 2 novembre.

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Broadway au crépuscule

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La partie neuve du magasin J & R

Hier soir le copain a dû aller chercher des puces de mémoire vive chez la cathédrale de la guiquerie new-yorkaise J&R et comme il faisait beau je l’ai accompagné. Après une petite perturbation de service de métro (signalisation en panne) on est finalement descendu à la station Park Place tout juste à côté de l’Hôtel de Ville. Là il y avait des gens qui manifestaient en faveur de la secte Falun Gong et qui protestaient l’oppression de la secte en Chine populaire. Il y avait pas mal de monde toujours dans le magasin qui est ouvert jusqu’à 19h30. Le copain a vite trouvé ce qu’il cherchait et après un tour dans les rayons des jeux stratégiques (rien de nouveau) on est reparti à pied prendre une bière (un Weißbier anonyme pour moi et une Guinness pour le copain) dans le Soho, au Broome Street Bar où l’on était assis au bar à côté de deux Françaises qui buvaient des bières mexicaines. De là on est rentré chez nous, où l’on a commandé chinois, ce qu’on a mangé en regardant la télé, malgré la qualité pénible de toute la programmation sur toutes les chaînes le lundi.

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Le Municipal Building, où se trouvent la plupart des bureaux de la ville, et qui serait le modèle, on dit, pour la grande tour de l'Université d'état de Moscou érigée par Staline en 1953

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La tour Woolworth éclairée en début de soirée

octobre 04, 2004

Les bagarres diverses (y a pas que des élections)

Ce matin c’est la bagarre aux klaxons devant l’appartement où l’on se bat pour pouvoir se garer dans notre petite rue étroite après le passage du grand engin de nettoyage qui ramasse les ordures et les feuilles mortes du macadam. Les voitures se butent, les chauffeurs s’engueulent, une vieille dame en grosse bagnole vraiment lamentable vient de faire un geste grossier au jeune éboueur assis dans son véhicule. Ah la la, la vie métropolitaine.

Je me suis trompé de la date du débat vice-présidentiel qui aura lieu demain soir à 20 heures et non pas ce soir. Un plaisir différé, sans doute (en réalité j’ai un soupçon de doute quand même, parce que Cheney, je trouve qu’il est aussi rusé et dangereux qu'un vieux serpent à sonnettes surpris au désert).

Le copain a voté hier, par courrier, bien sûr, et l’on l’a mis dans la grande boîte aux lettres bleue qui se trouve devant le bureau de poste (style néo-colonial des années 40 — donc un faux par 2). Moi je voterai ici le matin du 2 novembre, au Centre gai et lesbien de la 13e rue ouest. Ensuite on ira à la campagne pour célébrer ou pleurer les résultats avec des amis de là-bas. Le maire du village, qui est candidat à un siège au Sénat de l’état, a été l’objet d’un long article dans le journal local où l’on a discuté du fait qu’il serait homo. On y a mis plusieurs photos de lui et une de lui et de son partenaire, qui est enseignant à l’école primaire. Entre nous, ses amis, on s’est posé la question de l’utilité de cette mise en avant de cet aspect particulier de sa personnalité qui, quoique important, ne devancerait pas les autres sur lesquels il a basé sa campagne. Reste à savoir s’il a eu raison de souligner sa sexualité autre dans une partie assez conservatrice d’un état plutôt libéral (ou libertarien, dans un sens de « cela ne regarde pas à l’État »). Il a quarante-et-un ans, il vient de démissionner de son boulot (directeur de galerie d’art) pour se concentrer sur sa campagne, il n’a plus envie d’être maire du village (une vraie corvée), son partenaire (dont le père, mort il y a deux ans, avait été capitaine de sous-marin nucléaire et avait fait partie d’un groupe de parents de lesbiennes et de gais de militaires pour le compte de qui il avait fait plein de conférences dans les bases à propos des enfants homos !) aimerait bien enseigner en Italie dans une base américaine (sa mère veuve s’est installée dans la banlieue de Naples, où elle avait été en poste avec son mari), donc l’Italie se présente un peu comme une destination de secours (bien agréable, admettons-le) pour eux, en cas de sa défaite électorale.

Le copain grommelle; il a aussi envie de quitter le pays en cas d'une victoire de Bush. Je lui rappelle qu'on n’a toujours aucun projet définitif d’expatriation (à part la mise à jour de nos passeports) — il faudrait faire le nécessaire pour la sous-location de l’appartement, la location de la maison de campagne (pour payer l’hypothèque), faire un choix de destination (ce qui montre à lui seul l’absence totale de prévision véritable), et ainsi de suite. Le copain, lui, possède de vrais talents cherchés dans le marché de l’emploi — dans mon cas, c’est beaucoup moins sûr. Betty et moi, on ira tous les deux à l’hospice pour les indigents pas doués du tout.

octobre 03, 2004

Réveillez-vous

Hier soir on a dîné chez des amis new-yorkais qui passent comme nous leurs week-ends dans ce petit village. Il y avait aussi comme invités l’amie écrivain et un autre couple de New-Yorkais dont le mari avait été rédacteur en chef d’un grand magazine d’actualités. Sa femme, d’origine norvégienne et juive, a raconté qu’à un dîner récent auquel ils avaient assisté avec des amis européens quelqu’un avait remarqué les ressemblances étonnantes entre le glissement allemand vers le fascisme et le glissement vers on ne sait pas encore trop quoi qu’on est en train de voir « naître » ici aux États-Unis. L’amie écrivain, qui, jeune mariée, habitait en 1938 un coin perdu de la Tchécoslovaquie qu’elle a quittée quelques mois avant l’entrée des États-Unis en guerre en 1941, s’est moquée de l’implication de cette remarque, qu’elle a trouvée frivole. « Mais non il ne s’agit pas d’un fascisme à l’allemande » l’autre femme a insisté « mais d’un fascisme tout à fait d’ici, un fascisme confortable, qui ne choquera personne à part quelques libéraux susceptibles. » Une conversation bobo typique dans certains milieux, dont le mien, on s’en doutera. Puis ce matin je tombe sur ce billet au titre ironique Wake up and smell the fascism présenté par le Projet pour le vieux siècle américain. Le billet est plein de liens soutenant cette thèse plutôt inquiétante et je l'ai trouvé grâce à Sideshow où il y a toujours beaucoup de choses à voir et de liens intéressants.

Personnellement j’ai toujours cru à une vocation vraiment internationale pour la langue française. C’est pourquoi j’ai ajouté aujourd’hui, avec le plaisir qui vient en favorisant ses préjugés et en découvrant de nouveaux carnets d'intérêt, le carnet Carte postale suédoise qui nous vient de Stockholm et se joint donc aux carnets francophones de Tokyo, Taïpei, Anatanrivo, San-Diego, Houston, le grand San-Francisco, Montréal, Madrid, Athènes, Lisbonne qui se trouvent dans la liste à gauche. À quand un carnet en français du Pérou, de l’Argentine ou de l’Australie ?

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Betty toute contente dans la chaise

On rentre ce soir à New-York — il fait très beau aujourd'hui et j’ai passé deux heures sur la plage avec Betty en récompense déculpabilisante pour l'ennui dont elle va souffrir cette semaine, enfermée à part quelques brèves sorties, dans l'appartement. Elle est maintenant contente et crevée, endormie dans la grande chaise en cuir marron. Le copain est sorti faire de la voile avec une amie à nous — il fait trop de vent pour moi, j’aime pas quand on penche trop ! (Je suis, je l’avoue pitoyablement, un couard confirmé en matières maritimes — je préfère mes eaux chaudes, absolument limpides et si possible puant le chlore.)

octobre 02, 2004

À haute voix

On est allé, Betty et moi, chercher le copain en provenance de New-York à la gare hier soir, vers 23h30 — il a dû prendre le train de 21h07 à cause d’une réunion de clients organisée à la dernière minute, c’est dommage mais il n’y avait évidemment rien à faire. Quand on est rentré chez nous il a tout de suite allumé le poste pour commencer à regarder toutes les émissions de la Daily Show enregistrées pendant la semaine. Et il y en avait de très, très drôles, c’est sûr.

Ce matin on s’est rendu à une réunion municipale dans laquelle on a discuté des moyens de réaliser la mise en souterrain de tous les réseaux actuellement aériens (électricité, câble, téléphone, service d’urgence) du village. Ça va coûter cher (approximativement 275 $ à 350 $ le pied) et on se demande comment on va faire pour le payer.

Ensuite le copain est allé courir une assez longue distance toujours en préparation pour le marathon de Philadelphie en novembre tandis que moi j’ai accompagné Betty à la plage, où nous nous sommes contentés de jouer à la chasse à la pierre (très répétitive) et j’ai commencé à lire, à haute voix, une des dernières pièces d’un auteur dramatique anglais que j’apprécie beaucoup, David Hare. La pièce s’intitule The Breath of Life et a eu sa première au Theatre Royal, Haymarket, à Londres le 4 octobre 2002, avec les grandes actrices anglaises Judi Dench et Maggie Smith. Ça n’a pas plu à tout le monde, d’après ce qu’on lit ici (c’est d’ailleurs un site intéressant pour la critique littéraire en général) et la pièce n'est pas venue à Broadway, mais M. Hare a beaucoup de talent. Voici une citation qui m’a fait réfléchir, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi:

Madeleine : When you read in the papers ; ‘American lives have been lost…’
Frances : Oh yes.
Madeleine : Their politicians always put that tone of special shock. ‘This situation endangers American lives.’ As if American lives were automatically different from any other kind, in a different category, a different category of life..
Frances : But isn’t that what they believe ?
Madeleine : That’s how they are. Because they’re richer than everyone else, so they have to insist their dramas are more significant.

Bon, j’ai l’impression que les forces du Bien sont assez contentes de l’issue du premier débat présidentiel américain. On peut lire des réactions partout dans la carnetosphère mais ce billet du bien nommé Rude Pundit vaut peut-être un bref détour (à quand un Michelin carnetier ? Ou serait-ce en fait un fil RSS ? Ou le nouveau livre sur les carnets web Blog Story ? — Ni La Grande Rousse ni Hapax d'Accent grave ne va pas être très ravi de ce titre à la mode, je parie ! ) Et Fafbloghttp://fafblog.blogspot.com/2004_09_26_fafblog_archive.html#109673148509011767 présente, tout comme la télévision américaine, une table ronde très Fafblogien dans laquelle un des participants, le célèbre Giblets, déclare que Kerry a réussi dans le débat, ce qui aurait dû être difficile pour lui en particulier parce que « he [Kerry] usually likes to discuss foreign policy by mincin around in a tutu goin "I'm John Kerry, blah blah blah! Oh I am long-winded and effeminate! Allow me to read from the Paris telephone directory! » Ah. l’annuaire téléphonique de Paris, ça doit être bien beau, lu à haute voix par le sénateur Kerry habillé en tutu.

octobre 01, 2004

Le débat — premières impressions

Dans la petite compagnie réunie chez moi en premier lieu pour dîner et en second pour regarder le soi-disant débat présidentiel à 21 h il y avait deux partisans de Kerry — l'amie partenaire en course à pied du copain, et moi (« the choir », comme nous appelait l’amie écrivain, référence à la phrase « preaching to the choir » qui signifie plus ou moins « convaincre ceux qui ont déjà été convaincus » de quoi que ce soit) et l’amie écrivain, qui serait bruyamment déçue et mécontentée par la campagne électorale menée par Kerry jusqu’à présent. Voilà pour les participants.

On avait déjà pris quelques verres de kir avec du pâté de foie gras dans le salon avant de nous installer devant le petit poste de télévision Samsung dans ce qu’on appelle, faute d’un nom plus juste, la « family room » — une toute petite pièce annexe à la (petite) cuisine et qui donne par des portes-fenêtres sur une terrasse en bois et, deux pas plus loin, sur le (tout petit) jardin. Dès que Kerry avait commencé à prononcer les banalités (requises selon le « choir ») sur la Floride (ah, les pauvres avec tous ces cyclones, et que c’est sympa qu’ils nous aient invités à parler ce soir, bla bla bla), l’amie écrivain a tout de suite commencé à gueuler « Mais pourquoi se fout-il dans de tels propos niais ? Oh la la, qu'est-ce qu'il est bête ! C'est perdu ! C'est plus la peine de regarder ! » Mais on a continué quand même, tout en mangeant quelques morceaux de poulet rôti et des carottes à la Vichy.

On était tous les trois assez surpris par la difficulté et, comment dirai-je, l’inhospitalité des questions posées par Jim Lehrer. On était tous de l’opinion que Kerry a réussi à répondre aux questions mieux que Bush — mais l’amie écrivain a toutefois insisté à ce que le public américain n’avait aucun désir du tout d’entendre la vérité sur la guerre en Irak et que Bush avait raison de répéter bêtement et maladroitement les mensonges officiels sur la situation en Irak. « It’s hard work » Bush a dit à plusieurs reprises dans un effort d’expliquer les mauvaises nouvelles récentes venant de Bagdad. (En même temps nous avons tous pris un peu de camembert pas assez mûr avant un dessert de chaussons aux framboises et de glace au chocolat.)

Il y avait aussi pas mal de moments dans lesquels Bush (je n’arrive toujours pas à l’appeler « président » — c’est plus fort que moi) avait l’air tout à fait perdu, quand il ne disait rien et regardait devant lui avec une expression, disons-le franchement, débile.

Le copain, qui a regardé le débat chez nous à New-York, n’a pas trouvé que Kerry ait gagné. Il en a été tout déprimé mais l’amie partenaire en course a essayé de lui faire croire que Kerry avait réussi à déconcerter Bush au moins un peu.

Pour moi Kerry s’est comporté très correctement mais c’est évident qu’il n’a pas fait de KO. Mais je vous laisse avec quelques photos piquées ici et là qui montrent bien mieux, à mon avis, les résultats de ce premier débat.

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La singerie revient-elle à la mode ?

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Les filles Bush et le sénateur McCain frissonnent d'émotion devant le performance remarquable du père

J’ai de plus en plus envie de regarder le débat vice-présidentiel qui aura lieu le 5 octobre à Cleveland, dans l’Ohio. Depuis la convention démocrate en juillet Edwards s’est un peu perdu de vue, au moins dans les grands médias nationaux. Mais il y a quelques jours seulement j’ai vu à la télé quelques minutes d’un discours qu’il a donné en réponse à M. Cheney et où il n’a pas hésité à lui donner une bonne claque virtuelle devant des spectateurs ravis. Edwards, grand avocat réussi et très à l’aise devant un public sceptique de juges et de jurés, sait convaincre par un charme et une douceur de manière trempés dans son accent du sud (comme les pilotes) que Cheney le mesquin aura, je crois, du mal à contrer.