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novembre 30, 2004

Ces week-ends un peu compliqués

Vendredi matin je parlais au téléphone avec l’amie partenaire de course. « Tout s’est bien passé chez vous ? » m’a-t-elle demandé poliment vendredi matin.

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Betty serait plutôt contente d'avoir quitté l'acrimonie de la campagne — et voici un coup pour le carnetage canin !

« Oh, oui, très bien — surtout si on aime les pièces d’Eugene O’Neill (où il s’agit de longues histoires familiales trempées dans l’alcoolisme, les rancunes révélées, le désespoir, la toxicomanie et tout et tout) que moi personnellement je n’ai jamais trop appréciées. »

« Ah, je vois » m’a-t-elle répondu.

En effet, ça pose un problème considérable : comment réussir un repas de circonstance dans lequel un bon nombre des invités se détestent ou se méfient l’un de l’autre ? Pour une fois ce qu’on a mangé a été plutôt facile à préparer, mais la tablée n’était pas la plus réussie. Pourquoi ? « Les amis on les choisit — pour la famille, c’est le hasard qui vous la donne. »

Par exemple : le père du copain est un con des plus cons du monde. Arrogant, égoïste, raciste, ignorant, mal élevé, hautain, paresseux, bête, snob, il est le centre de son monde à lui — tout est censé tourner autour de lui et de ses désirs, comme un petit enfant gâté, quoi ! Tout cela, on le savait très bien depuis longtemps, mais ces données étaient en quelque sorte exacerbées par la nécessité de passer quatre jours dans notre petite maison avec lui et aussi par l’inévitabilité malheureuse d’être obligé à inviter des gens chez nous qui ne s’aiment mais point ! Ma mère trouve le père du copain d’une débilité agaçante (et elle était assise à sa gauche !) et le père du copain la trouve laide et avare — et ils ont tous les deux raison ! L’amie écrivain les trouve tout à fait stupides et conventionnels, tandis qu’ils la trouvent un bas-bleu embêtant et intellectuellement snob — et ils ont tous raison ! Le frère du copain est un type qui ressemble un peu trop souvent au père mais lui il a heureusement une femme très intelligente qui ne lui permet pas de dire ou de commettre les grosses bêtises si fréquentes chez le père. « Martin, tais-toi » suffit de le faire taire. Pour le père, par contre, un tel avertissement ne ferait que l’encourager à gueuler, à ouvrir une troisième bouteille, à dire n’importe quoi sur des sujets dont il ignore le moindre fait.

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En route vers la galerie, j'ai pris ce matin la rue Greenwich

Il y avait aussi l’amie marchande de tableaux qui avait essayé à calmer les esprits.

Moi j’ai très peu bu — c’est le plus sage quand les émotions font — mais le copain, vaincu par le stress de la compagnie bruyante de son frère et de son père (ainsi que tout le bagage familial, comme on le dit, et il y en a beaucoup, et très lourd), s’est couché complètement bourré vers 20h.

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Au cœur du quartier des bouchers en gros, avec le restaurant Pastis à gauche et l'hôtel Gansevoort à droite, la 9e avenue tout droit devant soi

Vendredi on est allé déjeuner dans une petite ville dans l’état voisin du Rhode Island. Le copain avait une gueule de bois considérable et donc on a été plutôt sage vendredi soir. Samedi on est allé déjeuner avec le maire du village à notre restaurant préféré et c’est là, après une heure de bavardage général, qu’on a eu la confirmation de la rupture plus ou moins définitive du maire et de son partenaire, après sept ans de vie conjugale. C’est quand même dommage, le maire est amoureux (on le croit) d’un pompier hétéro marié, donc ça ira nulle part. Cette nouvelle nous a tous laissés assez tristes — on aime bien le partenaire, on connaît très bien les difficultés spécifiques aux couples, mais on se rend compte aussi que c’est bien eux qui ont la responsabilité de leurs vies.

Samedi matin je me suis engueulé avec le père du copain — ils sont partis comme prévu vers 11 heures, pour rentrer à New-York. Le soir on a invité nos voisins de nous rejoindre pour le potage de dinde que j’avais préparé la veille. Dimanche c’était le tour de l’amie partenaire en course du copain et son mari de venir chez nous pour manger un petit brunch improvisé (cela donne une idée de combien de fois pendant le week-end on a rempli le lave-vaisselle). Là on a discuté de toutes les complications amoureuses dans les vies de nos amies (le fils marié d’une amie à eux avait dragué l’amie partenaire en course en compagnie de son mari et de sa mère à elle), les horreurs familiales (la mère de l’amie marchande de tableaux vient à New-York ce vendredi prochain pour surveiller son traitement médical pour le cancer pendant une longue fin de semaine — mais elle déteste la ville et l’amie s’inquiète finalement de ce qu’elle va pouvoir faire avec elle), et tout le reste.

Le copain et l’amie marchande de tableaux sont rentrés à New-York dimanche soir — moi je suis resté à la campagne pour pouvoir essayer de vendre quelques livres publiés par la petite société historique du coin dont je fais partie du comité de publications. Et, à ma grande surprise, j’ai réussi à vendre pas mal d’exemplaires de livres pas du tout faciles, genre « Les records de l’église baptiste à ----- de 1759 à 1824 », bouquin qui n’a jusqu’à présent jamais allumé le monde des lettres.

novembre 29, 2004

En famille

Après un week-end en partie infernal, genre « Familles, je vous hais », je suis trop fatigué pour écrire quoique ce soit ce soir, donc voici quelques photos qui devront suffire jusqu’à demain quand, dans la paix de la galerie, j’espère pouvoir réfléchir plus intelligemment à tout ce qui s’est passé.

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La dinde, avant de passer au four — notez bien svp l'heure indiquée au fond sur la cuisinière — hé oui, on s'est levé bien tôt jeudi matin

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Quelques autres parties du repas — le farci, la sauce (dans un état préliminaire), les choux de Bruxelles

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Voilà la bête sortie du four

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La table dressée

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Betty lèche la casserole contenant les restes (délicieuses) d'un potage de dinde qu'on avait mis sur le plancher pour libérer un peu le dessus de la cuisinière

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Avant de rentrer à New-York ce soir, on a fait, Betty et moi, un petit tour à la plage, où elle s'est transformée en chèvre de montagne

novembre 24, 2004

Les comparaisons ne sont pas toutes odieusess

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La grosse dinde que je suis allé chercher hier après-midi et qui se repose actuellement dans le frigo avant de partir avec nous (espérons-le) pour la campagne et le grand repas de Thanksgiving de demain

Il m’est impossible de lire le suivant de cet article du Times de ce matin sans un sourire un peu amer en y voyant une certaine ironie avec une situation récente pareille chez nous.

« Increasingly, a new division has become apparent, defined not by competing political ideologies but by competing economic and political interests and contradictory ideas about what democracy represents.

« In Mr. Putin's Russia, the use of government resources on behalf of loyal candidates or the state's control over the media - both factors criticized by international observers in Ukraine - are accepted tools of politics. So is wielding the president's personal prestige, carefully preserved on those state channels, to influence elections, even those outside the country's borders.

« Mr. Putin stepped on accepted diplomatic protocol by campaigning so overtly on Mr. Yanukovich's behalf, playing host to him in Moscow and visiting Ukraine before each round in the election. Imagine the reaction if President Vicente Fox of Mexico had hit the campaign trail for President Bush, or the reverse. »

Comme chez nos amis ukrainiens, nous nous voyons avec des sondages de sortie qui diffèrent curieusement avec les supposés résultats finals. Comme chez eux, nous avons une division sociale qui se définirait non pas tellement par des idéologies politiques, mais par des intérêts économiques (savez-vous épeler Halliburton ? les médicaments canadiens sont dangereux, il faut acheter américain même si c’est beaucoup plus cher). Comme chez eux (et comme chez leurs voisins les Russes), l’utilisation des ressources du gouvernement (FCC, département de la sécurité de la patrie) et la domination des médias (la chaîne Fox, le Washington Times, Clearchannel, la chaîne Sinclair) afin de promouvoir un candidat sont des outils « reconnus » de la politique.

On se dit choqué (« so overtly » — mais dites donc) par l’ingérence de M. Poutine dans la campagne ukrainienne et l’on se demande en toute naïveté (qu’il fait bon d’être journaliste chez le Times — ce nom respecté cachera toutes les bêtises que vous écrirez) comment les électeurs réagiraient d’une éventuelle intervention électorale par le président mexicain M. Fox dans la nôtre. Mais M. Blair est venu chez nous plusieurs fois pour nous encourager à soutenir son partenaire de crime sans le moindre cri d’outrage ou d’ingérence illégale.

Les Ukrainiens ont tout l’honneur de reconnaître vivement ce qu’ils sont en train de perdre, tandis que chez nous, on n’ose pas trop se plaindre, on ne serait que des « sore losers ».

novembre 23, 2004

Alerte Vedette Niveau A

Alerte vedette niveau A : Je viens de voir l’acteur Mike Myers ( Austin Powers, Dr Evil, voix de l’ogre Shrek, et cetera) qui, assis sur un petit banc parlait, au téléphone devant un restaurant dans la rue Charles. Je l’ai passé en marchant vers la boucherie où j’allais chercher la dinde.

Qu’est-ce qui se passe actuellement à Kiev ? Au moins ceux-là osent ne pas s’effondrer devant un pouvoir bien probablement illégitime. (Ah, ça ressemble à quoi, cette situation ... heu ... bon, me souviens plus ... )

Pourquoi on est fou ici (une première raison parmi plusieurs)

C’est quand même assez désespérant de lire les résultats de tels sondages, bien qu’ils expliquent avec une clarté indéniable les résultats de l’élection présidentielle récente.

On a déjà préparé des autocollants à mettre sur les couvertures de livres scolaires scientifiques — des désaveux pour le contenu de ces textes. Je les ai trouvés chez Political Wire.

novembre 22, 2004

Le voyage éclair à Philadelphie

Avis à ceux qui ne le sauraient pas déjà : il est très emmerdant d’avoir à quitter Manhattan vendredi soir vers 16 h 20 en direction de l’état infâme et corrompu du Nouveau-Jersey, surtout parce qu’il faut prendre soit l’un des deux tunnels sous le fleuve Hudson soit le pont de Washington qui passe dessus. Étant « downtown » on a choisi le tunnel d’Hollande, grande œuvre de génie civil ouvert au public en 1927 — il nous a fallu 45 minutes d’attente protectrice contre les tricheurs en BMW et en Mercedes 500 pour atteindre l’entrée à deux voies. Au Nouveau-Jersey, rien n’est marqué — les panneaux ne sont pas illuminés et à la sortie du tunnel on s’est trompé d’autoroute — il fallait se trouver tout à fait sur la droite d’une douzaine de voies pour pouvoir accéder à l’autoroute à péage de Nouveau-Jersey (aussi connu par le nom de l’autoroute I-95 qui n’apparaît pourtant nulle part au début, ce serait trop facile) — on a pris la « voie du ciel » Pulaski qui passe au dessus de fleuves et de marais. On a finalement pu rejoindre l’autoroute correcte aux environs de l’aéroport de Newark et ensuite il a été assez facile de continuer vers la Pennsylvanie par l’autoroute à péage de Pennsylvanie. On est arrivé chez ma sœur vers 19h.

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Une rue de banlieue philadelphienne par un temps de grisaille

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Une gare de banlieue du chemin de fer SEPTA

Samedi matin on est allé en ville par le train de banlieue avec ma sœur. Le copain devait s’inscrire et retrouver sa puce électronique ainsi que son dossard. On y a aussi rencontré l’ami ex-marine, qui allait courir lui aussi le marathon.

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La place Logan, version philadelphienne de la place de la Concorde — la ville de Philadelphie est très francophile d'un point de vue architectural dans les quartiers du 19e siècle (ceux du 18e ressemblent plus à Londres)

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La fontaine Swann sculptée par Alexander Stirling Calder, père du sculpteur de mobiles et fils du sculpteur qui a fait la statue de Benjamin Franklin au sommet de l'Hôtel de Ville

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Les bords de la fontaine vide ont été endommagés par un camion

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Vers la façade principale du Musée d'art de Philadelphie

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Dans l'autre sens, vers l'Hôtel de Ville

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Sous la tente d'inscription devant le Musée

Cela terminé, on est allé se promener à pied, vaguement à la recherche d’un restaurant italien pour manger des pâtes.

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On remonte l'avenue B. Franklin vers le centre-ville

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Un mobile Calder installé dans l'avenue B. Franklin

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Le premier avion inox devant le musée de l'Institut Franklin

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Signes de francophonie à Philadelphie

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Entrée du nord-ouest à la place Rittenhouse, l'avenue Foch de la ville

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Les gratte-ciel qui s'élèvent derrière la place Rittenhouse

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Entrée principale du célèbre conservatoire de musique Curtis

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Vue de la ville vers le sud depuis le 23e étage de l'ancien hôtel Warwick maintenant Radisson

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Une autre vue vers le sud-est, avec les tours d'immenses immeubles d'appartement qui datent surtout des années 20 et 30

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Il y a du monde autour de l'entrée de l'hôtel Warwick, où l'ami ex-marine est descendu

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La rue du Marché, une des rues commerciales les plus importantes de Philadelphie

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L'entrée du restaurant Buca di Beppo, délicieusement immodéré, où l'on cherchait des pâtes pour les coureurs

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Il faut manger des pâtes, toujours plus de pâtes — cette fois, à la bolognaise

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Une décoration volontiers très kitsch

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Une salle à manger dédiée au Pape

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L'extérieur du restaurant décoré avec du néon classique

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Pour les geeks locaux, sans doute

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Le centre-ville de Philadelphie est plein d'endroits charmants, comme cette petite ruelle

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On prend le train de retour à la grande gare de la 30e rue au bord du fleuve Schuylkill

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Les ponts ferroviaire et automobile sur le Schuylkill à Philadelphie

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Le plafond élégant de la gare

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Dans la grande salle principale

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Sur les quais des trains de banlieue

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Un train SEPTA qui s'en va

Il faisait toujours assez gris et frais — ma sœur et moi, nous sommes rentrés chez elle, tandis que le copain et l’ami ex-marine sont restés en ville où ils sont allés voir le film de BD « The Incredibles ». Ils ont aimé.

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Betty qui cherche à cacher une friandise entre les coussins de canapé chez ma sœur — on ne prévoit jamais la disette, selon elle !

Grand dîner, toujours avec des pâtes, et puis on s’est couché plutôt tôt, car il fallait se réveiller à 6 heures pour pourvoir se retrouver devant le Musée d’art de Philadelphie à 7h30 — la course allait commencer à huit heures. On a donc déposé le copain près du début de course et nous avons cherché un parking pour la voiture — pas facile, avec les familles et les amis de 10.000 participants qui faisaient la même chose.

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Vers le début de course

On a vu le début en attendant à l'avenue Benjamin Franklin, qui serait l’équivalent local de l'avenue des Champs-Elysées à Paris, qu’on avait copiée exprès.

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Au début ça court vite !

De là on est allé au centre-ville où l’on a pu voir et applaudir les coureurs au 6e mille lorsqu’ils montaient la rue des Robiniers vers l’énorme parc Fairmount. Après avoir vu et applaudi le copain et l’ami ex-marine, on est allé manger un petit déjeuner de bagels et de café au lait dans la place Rittenhouse.

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La rue des Robiniers (Locust St) vidée pour le marathon

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Les coureurs les plus rapides...

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... et les autres qui suivent.

Finalement, on est rentré à pied à la fin de la course, toujours devant le Musée d’art, où l’on a vu le copain qui a réussi à faire un temps record pour lui. Donc, il était content.

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Au dernier tournant à quelques pas de la fin de course

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Un rang de toilettes portables près de la sortie des athlètes au nom curieux de « Potty Queen » — ça se prêterait à de bien jolies méchancetés verbales, je crois

On est rentré à la banlieue, où le copain a pris une longue douche chaude et réparatrice et de là on est reparti en voiture sur New-York, votre serviteur au volant, le copain à côté et la Betty sur ses genoux à nous avancer à toute allure par les miasmes de cet état nuisible à la santé tant morale que physique.

novembre 19, 2004

Dans le Times Square

En bons assimilés on est sorti hier soir du ghetto gai du Village pour nous immiscer dans le monde hétéro de l’East Side, chez une femme qu’on connaît de la campagne. Veuve, elle habite un grand appartement un peu délabré avec un perroquet nerveux dans une cage énorme au milieu du salon. La bête s’appelle Henry en dépit du fait qu’on a appris plus tard qu’Henry serait femelle. Elle avait oublié d’acheter de tonic, donc j’étais obligé de boire sec la vodka avec quelques glaçons, mais je ne m’en suis pas trop plaint.

C’est un quartier curieux autour de Beekman Place et à la frontière du joli quartier résidentiel qui s’appelle http://www.turtlebay-nyc.org/ La baie à la tortue (Turtle Bay) juste au nord du complexe de l’ONU. On a descendu la 1ère avenue jusqu’à la 51e rue, où l’on a remarqué l’extérieur d’un restaurant français Deux Amis qui proposait du beaujolais nouveau. On a mangé correctement — un coq au vin pour moi, un cassoulet pour le copain, du beaujolais frais pas mauvais du tout — léger, fruité mais pas trop.

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La fin de la bouteille de beaujolais nouveau

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Un taxi en panne dans l'East Village

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La clientèle hétéro dans un bar tout proche de notre appartement, où nous nous sommes décidés de prendre un dernier verre

Ce matin j’étais déterminé à trouver un exemplaire du numéro d’octobre du magazine Têtu — au téléphone hier on m’avait déjà dit qu’on ne l’avait pas à la grande boutique Universal News dans la 42e rue, mais le personnel indien n’arrivait pas toujours à différencier Têtu de Tattoo, art qui fait l’objet d’un tas de revues spécialisées. C’est pourquoi j’ai voulu y aller voir moi-même. Il fait toujours très doux et il y avait pas mal de touristes à se promener dans les rues de Times Square. Je n’ai pas réussi à trouver Têtu (le magazine ferait bien d'examiner un peu son réseau de distribution aux États-Unis — ce n'est pas extra, ce qui existe maintenant, je n'ai trouvé qu'un seul endroit où l'on savait même de quoi il s'agissait), mais je me suis amusé à flâner un peu au hasard en cherchant vaguement des magasins de journaux.

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Une ruelle villageoise vraiment villageoise ! et pleine d'arbres

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Dans la 42e rue ouest

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La tour Bertelsmann

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Dans le Broadway vers le nord

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Dans la 42e rue vers l'ouest

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Le magasin de journaux Universal News dans la 42e rue

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De la publicité bizarre pour un 4x4 de luxe Cadillac, le véhicule préféré des rappeurs et des maquereaux

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Un panneau un peu à l'écart où l'on montre le coût de la guerre en Irak

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Les restes de l'ancien quartier exotique et non « réservé aux familles » de Times Square — l'entrée discrète au théâtre The Gaiety où de beaux ploucs bien membrés viennent s'exhiber en dansant nus devant les vieillards

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Le vacher nu — une célébrité mineure de quartier, qui pose volontiers avec les touristes

Le copain a engagé un nouvel assistant, un type qu’on connaît un peu qui est très ami avec l’ami galeriste et qui a travaillé pour la télévision publique pendant des années. Il est séropositif depuis très longtemps et ça coûte environ 5.000 $ par mois pour les médicaments qu’il lui faut. À cause de la bizarrerie du système médical américain et de l’assistance publique, c’est mieux pour lui s’il reste officiellement indigent — tout appartient à son copain dont le salaire et la propriété ne comptent pas pour l’état, qui les considère comme simples « roommates » et non pas comme des mariés — et donc le copain va lui payer comptant en dessous de table pour ne pas compromettre son assurance.

On part ce soir pour Philadelphie — ce sera bien de revoir ma sœur et son mari.

novembre 18, 2004

Préparations de repas de fête

Bon, un vague désir de faire un peu traditionnel cette année a gagné sur le pur scrupule culinaire : c’est-à-dire que je viens de commander une grosse dinde bio de 18 à 20 livres au lieu d’un chapon (ou deux) plus raffiné pour faire manger 12 personnes le jour de l’Action de grâce qu’on célébrera le jeudi prochain à la campagne. Ce sera tout un rassemblement du clan du copain, au moins ceux qui vivent sur la côte est du pays (Boston et New-York), ainsi que ma mère, la mère de la belle-sœur du copain, l’amie écrivain, et peut-être aussi le maire du village et son partenaire l’enseignant. Le problème le plus important c’est qu’on ne savait vraiment pas où l’on allait se trouver au début de la semaine prochaine et, pour compliquer les histoires de préparer pour le grand repas, on part demain pour Philadelphie, où l’on descend chez l’aînée de mes deux sœurs, car le copain va courir le marathon de la ville de l’amour fraternel ce dimanche matin. Fallait-il donc attendre pour acheter les vivres à la campagne, dans la folie furieuse qui précède cette fête dans les supermarchés locaux, ou allait-on chercher tout ce qu’il nous faudrait ici en ville et de l’emmener ensuite avec nous dans la voiture ? Ce matin j’ai tranché la question : on achète tout ici à New-York. Comme ça on sait où l’on en est. Typiquement, tous mes livres de recettes se trouvent à la campagne, donc il va falloir deviner quelle recette on va éventuellement choisir — mais en fait, rôtir une dinde n’est pas, comme on dit dans cette expression débile, « de la chirurgie du cerveau », c’est le farci (qu’on ne met plus dans la bête, supposés risques sanitaires obligent) qui est le plus difficile. Moi j’ai envie d’y mettre des canneberges sèches, ainsi que des noix. On aura du riz — un mélange de riz sauvage du Canada et du riz ordinaire, une sauce aux canneberges maison (trop facile à faire et très bon, moins sucrée que ce qu’on achète au supermarché, garnie de tranches d’orange — en plus, c’est joli, le contraste des couleurs). Des pommes de terre aussi, probablement, mais dans quel format ? J’ai déjà commandé deux tartes aux fruits d’une jeune femme à la campagne, dont l’une aux canneberges et pommes (répétition du thème de canneberge, évidemment) et l’autre aux framboises, le fruit favori de ma mère. Avec une grosse cuillerée de glace à la vanille, ça ira très bien pour le dessert.

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Une grosse bagnole noire stationnée devant la boutique Polo Femmes, déjà décorée pour Noël, dans la rue Bleecker près de chez nous

Je suis allé donc ce matin à 9h30 à la boucherie célèbre Ottomanelli & Sons (c’est lui, le vieux boucher à gauche dans la photo de la page d’accueil, qui m’a aidé ce matin) dans la rue Bleecker juste au sud de la 7e avenue. Il faisait gris et le Village se réveille tard, la plupart des boutiques rangées le long de la rue Bleecker étaient toujours fermées.

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La rue Bleecker déserte vers le sud et à l'angle de la rue Christopher

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Une nouvelle présence française dans la rue Bleecker à l'angle de la rue Grove

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Il faut traverser la 7e avenue pour arriver au centre du Village italien — c'est l'église Notre-Dame de Pompéi dont on voit la flèche italianisante au fond

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Devant l'excellente boucherie Ottomanelli

Je me suis trouvé l’unique client dans la boucherie, et j’ai donc pu bavarder avec les vieux bouchers, dont celui qui a pris ma commande est né dans la rue Perry où j’habite — le côté pauvre, d’après lui, à l’ouest de la rue Hudson — et moi je lui ai expliqué qu’on habitait dans un vrai taudis parmi toutes ces maisons rénovées où habitent les vedettes de cinéma, les mannequins et les grands financiers. Il était vraiment agréable de discuter volaille et quartier avec ce vieux pendant quelques minutes.

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Pour rentrer chez moi je remonte la 7e avenue, où l'on remarque cette phalange de taxis avides de clients — pour une fois

Hier soir on est allé voir le film documentaire « Tarnation » fait par un type qui s’appelle Jonathan Caouette (nom d’origine québécoise, sûrement), né au Texas d’une mère assez « disturbed » — pour utiliser l’euphémisme anglais qui décrit les malades mentaux — et élevé par ses grands-parents. Il n’a pas dû être facile d’élever un enfant pareil qui se faisait filmer à 11 ans en travesti toxicomane — parmi plusieurs rôles un peu, disons, transgressifs (c’est-à-dire, faits exprès pour choquer le monde). C’est très bien fait, le film — ça ne lui a coûté que 218 $ au début, sans payer les droits pour la musique et les clips, qui a fait monter le chiffre total jusqu’à 400.000 $ — ce qui n’est pas rien, quand même. Le film a attiré l'attention de Gus Van Sant et de John Cameron Mitchell. Le copain et moi, on était tous les deux d’accord en sortant du Film Forum dans la rue Houston qu'on avait vu quelque chose d’authentiquement extraordinaire, une cinématographie originale qui a finalement réussi à narrer une histoire en images d’une façon nouvelle. On peut voir une bande-annonce du film ici.

novembre 17, 2004

Une soirée de gala

Je viens de découvrir avec plaisir chez Canclaux que je partage la petite carnetosphère francophone new-yorkaise avec une journaliste française Guillemette Faurequi habite New-York depuis 1995.

Selon Andrew O’Hehir qui a publié cet article chez Salon (que j’ai trouvé chez DailyKos), la nouvelle guerre froide opposera les Etats-Unis à la vieille Europe de l’Union européenne — et c’est l’Europe qui serait actuellement en première position.

Voici quelques photos prises lors de la réception hier soir au Musée d’art moderne. Il y avait quelques petites célébrités parsemées sur les sept étages du musée — Robert Rauschenberg en chaise ambulante, ainsi que le peintre Chuck Close, la photographe Tina Barney, les grands marchands d’art Larry Gagosian, Mary Boone et Matthew Marks, les grands mécènes Agnes Gund et M. et Mme Henry Kravis, qui ont tous des salles nommées en leur honneur. Beaucoup de poseurs, dont moi, et d’autres personnes hautement insignifiantes invitées on ne sait trop pourquoi. Ah, le monde de l’art…

(Les flashes n’étant pas permis, je m’excuse d’avance pour le flou de beaucoup de ces photos.)

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Une grande sculpture d'Ellsworth Kelly toute seule dans une immense salle au 6e étage (je crois)

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Dans les galeries du 5e étage

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Vue du piano nobile au 1er étage d'une passerelle au 4e étage

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C'est le copain qui a pris ces photos — moi je suis acrophobe et je n'apprécie pas les barrières en verre !

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Vue d'un escalier intérieur

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L'éditeur d'une importante revue d'art contemporain devant un tableau d'Yves Klein

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Un grand tableau de Jackson Pollock

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On flânait dans les galeries

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Une grande photographie de Tina Barney au milieu, dans la section Photo du musée

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On boit, on bavarde, on étudie, on apprend

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Vers le rez-de-chaussée

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Encore des gens

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Un des multiples bars — les serveurs n'étaient ni beaux ni amusants, aucun sourire, aucune drague

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Devant les Nymphéas de Claude Monet

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Au bar du rez-de-chaussée

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Le va-et-vient au rez-de=chaussée

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De gentils manifestants qui protestent sur le trottoir le prix d'entrée de 20 $ — on peut les visiter à freemoma.org

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On cherche un taxi dans la 6e avenue devant la salle Radio City du centre Rockefeller

PS — Une artiste habillée en élégante robe de soirée m'a dit en souriant que ce n'était plus « the republican MoMA » d'autrefois, mais maintenant « the imperial MoMA ». Je pense qu'elle avait raison.

novembre 16, 2004

Malgré la douceur du temps

Malgré la douceur qu’il fait ici en ce moment, il y a aussi quelque chose de lourd et de malsain qui pèse toujours sur nous, qui sommes vraiment incapables d’avoir aucune influence sur son issue. L’histoire et la vidéo du soldat qui a tué le blessé irakien dans la mosquée continuent à faire quelques remous dans la presse et dans la carnetosphère. Il est impossible pour moi de ne pas sentir une vague de dégoût devant de telles actions, qui pourtant ne me surprennent pas de la part de nos militaires. Une vérité à ne pas oublier : ce n’est plus, depuis des décennies, une armée de conscrits relevés de toutes parts du pays, de toutes (ou bien la plupart) les classes sociales. C’est une armée faite de jeunes qui ont souvent choisi de s’engager dans l’espoir d’avoir des aventures, et dans l’espoir — doit-on ne pas l’admettre ? — dans l’espoir de pouvoir un jour tuer légalement. On m’a dit souvent, dans l’armée, il y a la moitié de types normaux, un quart de types qui n’ont pas pu trouver autre chose à faire de leurs vies, et un quart de brutes qui trouvent un vrai plaisir à terroriser ou à tuer les gens — en principe, « l’ennemi », mais en fait, l’objet importe peu. Ce sont des sadiques légaux, quoi, entraînés et payés pour ce qu’ils font. C’est pareil, je trouve, chez la police — cette mentalité brutale est si généralisée, on ne peut pas feindre la surprise quand on apprend des histoires comme celle de Rodney King à Los-Angeles ou celle du traitement de prisonniers à Abou-Ghraïb. Notre armée actuelle, ce n’est que des mercenaires, et je suis toujours de l’opinion que l’avenir d’une démocratie ne repose pas très sûrement sur le dos d’une armée mercenaire.

On parle aussi du remaniement continu (ou purge politique) de la CIA, d’où les hauts responsables continuent à partir grâce aux efforts de déstabilisation du nouveau chef choisi par Bush. Le plus important pour les Bushistes c’est qu’il n’y ait plus de fuites anti-Bush de la part d’agents enragés par la bêtise de l’administration.

On annonce l’assassinat de Margaret Hassan, tué par ses ravisseurs. De pire en pire.

Je suis rentré ce matin de la campagne où j’ai réussi à faire pas mal de courses — la galerie est fermée pour l’accrochage de la nouvelle exposition, donc j’ai pu arriver en ville plus tard que j’avais attendu. Ce soir on va à une des multiples fêtes qui célèbrent la réouverture du Musée d’art moderne dans la 53e rue ouest.

novembre 15, 2004

L'esprit de San-Francisco nous sauvera peut-être

Voici une raison de plus pour laquelle je vais toujours aimer San-Francisco, trouvé chez Francis Strand, Américain qui habite Stockholm. C’est tellement débile, c’est hip. Et ils s’en foutent sûrement, de toute façon — et ils en ont bien raison, je trouve, en plus. (Je suis personnellement un New-Yorkais bien trop coincé pour oser faire de même.)

Le pauvre Colin démissionne — et tout le monde s'en moque, tellement il a déjà été moralement réduit par ses mensonges pitoyables au serice de cette administration éhontée. Quand va-t-on voir un début de procès au Tribunal pénal international à La Haye ?

novembre 13, 2004

Les trois « T » essentiels au succès

C'est-à-dire, la technologie, le talent et la tolérance.

De plus en plus je suis de l’avis que les commentaires de James Wolcott seraient parmi les plus pertinents et intelligents de toute la Toile. Et pourtant, je ne lis jamais Vanity Fair (j’ai horreur de sa pipoulitude déchaînée et je n’ai jamais pu sentir la Tina (Mme Harold Evans, ancien rédacteur en chef d’US News & World Report aux États-Unis et du Times à Londres) depuis son démembrement fondamental du New Yorker). Mais M. Wolcott s’inquiète avec intelligence sur l’avenir des marques américaines dans la nouvelle politique unilatérale triomphaliste de Bush dans ce billet très intéressant. Il se réfère encore une fois au livre d’Emmanuel Todd Après l'empire et en plus au livre important de Richard Florida The Rise of the Creative Class, dans lequel il avait montré combien l’acceptation des homosexuels déterminait en quelque sorte la vigueur économique d’une ville — il s’agit des trois « t » — la technologie, le talent et la tolérance.

M. Wolcott note le suivant : A gay-friendly community is a creative community and a creative community is a forward-thinking, open, freer, technologically cutting-edge community. "[A] place that welcomes the gay community welcomes all kinds of people," Florida writes. As a reporter friend of Florida says, "Where gay households abound, geeks follow."

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Ce matin on a eu une petite surprise climatique

Il est quand même fatigant d’apprendre —encore une fois — que le FBI gaspille son temps à inspecter les paroles de chanson (par Juan Cole). On n’a plus besoin de se demander pourquoi on trouve si peu de vrais « terroristes ». Pathétique.

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La table dressée avec une nappe orientalisante achetée aux Galeries Lafayette à Paris il y a quelques années

On est en train de préparer notre poule au pot, qui bouille doucement sur le fourneau, avec une dizaine de bouteilles de Beajolais-Villages pour l’accompagner (et j'ai déjà soif, moi !). Un pâté de foie gras pour commencer, un Livarot, un Saint-Navaire (je crois) et un Comté pour les fromages, des petites tartes pour le dessert.

novembre 12, 2004

Le « French Quarter » à Manhattan

Saviez-vous qu’il y avait autrefois à New-York un « French Quarter » ? Si, si, même s’il n’était pas aussi connu, bien sûr, que celui qui se trouve toujours à la Nouvelle-Orléans. J’ai découvert ce détail historique en lisant le livre « Around Washington Square », histoire du quartier autour du parc de la place Washington au centre de Greenwich Village par Luther S Harris. En 1879 il y avait une communauté d’environ 24 000 immigrés français, dont la plupart des ouvriers, qui se sont établis à l’ouest de la rue Laurens (aujourd’hui la place La Guardia) jusqu’à Broadway à l’est, à la rue Grand au sud et à la place Washington au nord. C’était vraiment le début de la vie de bohème au Village, car les Français « despite their poverty and relative insularity (most spoke little English), […] introduced many New Yorkers to the joys of café life and French food and wine in picturesque restaurants and shops. » (p 129). Il y avait même un restaurant assez connu au nom du Restaurant du Grand Vatel (on affichait à l’extérieur en franglais: tous les plats, eight cents) au numéro 123 de la rue Bleecker. Cette communauté française est restée là jusqu’à la fin du 19e siècle, quand on a commencé à raser les maisons pour les remplacer par des usines et des dépôts. Les Français se sont alors déplacés vers le côté ouest de Manhattan au nord de la 23e rue ouest (où se trouve toujours l’église St-Vincent-de-Paul, paroisse nationale française de l’archevêché de New-York).

Hier soir on est allé voir, avec l'amie marchande de tableaux, le film « I ♥ Huckabees » hier soir, aux cinémas Regal à côté des chantiers du World Trade Center — on doit les subventionner, car il n’y a jamais personne dans les salles. Pour notre séance il n’y avait qu’à peine une douzaine de spectateurs. On a voulu fêter la nouvelle que les médecins n'ont trouvé aucune trace du cancer dans le sang de l'amie marchande — il n'y a donc pas eu de métastase, heureusement.

Le film est curieux : drôle, un soupçon prétentieux, moqueur, un peu trop branché peut-être. Le défilé de vedettes dans de rôles insolites est impressionnant — Jude Law, la vedette masculine du moment ici, joue bien son rôle de cadre ambitieux au sein de la société amorale d’Huckabees, Lily Tomlin et Dustin Hoffman sont bien aussi (c’est un peu surjoué, peut-être, mais bon...) et j’ai surtout apprécié Mark Wahlberg (l'ancien rappeur Marky Mark aux abdos à faire rêver) en sapeur-pompier pas brillant qui est obsédé par le gaspillage du pétrole (surtout par les 4x4 — il se déplace seulement à bicyclette — et à Los-Angeles !) et des produits pétroliers qui font du mal à la planète. La comédie n’est pas toujours réussie, mais il y a des moments hilaires et touchants. Mais j’ai quand même l’impression qu’il s’agissait là d’une production « à vanité » qui faisait sourire surtout les initiés.

Voici un excellent article paru dans la Voice de cette semaine d’un homme de théâtre new-yorkais que je connais un peu — Michael Feingold, grand francophile qui a traduit des pièces d'Ionesco et de Musset, critique de théâtre pour la Voice, et ainsi de suite. L'article s'intitule « Nos valeurs évanouies ».

On part ce soir à la campagne, accompagnés de l'amie marchande de tableaux. On va faire un dîner demain soir avec le candidat échoué et son partenaire pour parler politique, stratégies, et art. Je suppose aussi qu'on va boire.

novembre 11, 2004

Urbanisme

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Du monde au Cochon à taches dans la rue Greenwich à l'angle de la 11e rue ouest

Le quartier dans lequel nous habitons, le copain et moi, continue à se transformer en quartier de luxe — on est allé dîner hier soir au Cochon à taches, un « gastropub » à la mode dans un style importé de Londres, avec l’ami galeriste. Pas de réservations et impossible à avoir une table avant une attente de plus d’une heure, mais typiquement l’ami galeriste connaît l’une des propriétaires, dont le chanteur Bono fait partie, et lui ayant téléphoné pour faire savoir notre intention d’y manger, elle nous avait fait réserver une bonne table pour trois. Il y avait des envieux autour du zinc à nous voir nous asseoir avant eux, c’est sûr !

La cuisine n’était pas mal, notre serveur était beau — un jeune Australien qui s’appelait Lincoln, on a bu deux bouteilles d’un Côtes du Languedoc rouge (désolé Wam j’ai pas retenu le nom) buvable mais pas extra (avec plein de prononciations abusives de Languedoc qui donnaient plus ou moins « long dick »— fait exprès pour taquiner Lincoln, qui a pourtant à peine réagi, tellement il a dû souffrir de plaisanteries idiotes pareilles de gens qui le draguent.) Dans la petite salle bondée il y avait pas mal de poseurs et de poseuses, ce qui était assez drôle à regarder. Une fois sortis du restaurant, l’ami galeriste a voulu qu’on fasse un petit tour du quartier à pied — il cherchait surtout à nous montrer la nouvelle boutique Christian Louboutin qui va ouvrir dans la rue Greenwich, à deux pas du centre du quartier des grossistes en viande où se trouve maintenant le nouvel hôtel Gansevoort.

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La façade du chantier de la nouvelle boutique Louboutin prévue pour bientôt dans la rue Greenwich

Depuis un mois je n’ai pas du tout envie d’aller m’exercer — à l’opposé de Eliots, qui s’y applique et il a bien raison. Mais ce matin je me suis forcé à aller à la salle de sport. J’ai fait le minimum, plus une demi-heure d’aérobique pour terminer la séance.

La mort d’Arafat est annoncée sur la une de tous les journaux, mais on n’en parle pas beaucoup. Qu’y a-t-il à dire, vraiment ? Tout comme l’assaut sur Falloujah, exercice sûrement inutile d’un point de vue militaire, mais utile pour la télévision américaine qui peut montrer le courage de nos boys devant l’ennemi — n’importe que l’ennemi véritable ait quitté la pauvre ville depuis bien longtemps. Ce que l’écrivain James Wolcott, dans cet article exceptionnel, appelle, en citant Emmanuel Todd (Hapax, vous voyez, le livre est bel et bien disponsible en anglais et on dirait même que certaines personnes importantes l'auraient lu !)dans la traduction anglaise d’Après l’empire, « theatrical micromilitarism » ou le micromilitarisme théâtral dans l’original. Wolcott va plus loin : « What's unfolding is not a decisive moment but a ghastly production that trains hellfire on a symbolic target and "plays well" to American citizens as a flex of muscle, as witness the NY Post cover today of an American soldier with a cigarette dangling from his mouth with the headline "Marlboro Men Kick Butt." »

À quoi Atrios dans ce court billet ne peut remarquer que « Aside from lots of people getting killed in Iraq, not much to report today... » Voilà où l’on en est ces jours-ci.

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L'homme-crevette, affiche mystérieuse qu'on a mise un peu partout dans le Chelsea — aucun texte d'explication, seulement cette image curieuse d'un homme asiatique habillé en costume de crevette

novembre 10, 2004

On reste ici — pour le moment

L’émigration reportée à plus tard (l’ami galeriste vient de me dire sans plaisanterie qu’il s’inquiétera quand les Juifs commencent à partir, c’est alors qu’il va falloir qu’on s’en aille), la morosité persiste, comme un souvenir de cauchemar — réel, mais un peu à part. On apprend la nouvelle de la démission hier d’Ashcroft avec soulagement mais aussi avec un peu d’appréhension, puisqu’on ne sait pas où il compte finir — on parle même de la Cour suprême. On suit ce qui se passe à Falloujah tout en présumant que le régime nous ment. Chez Juan Cole on apprend les morts de 23 soldats américains, tandis qu’au Times, on ne nous parle que de onze soldats américains morts dans l’offensive. Les événements en Côte d’Ivoire ne suscitent pas beaucoup d’émotion chez nous — c’est loin, l’Afrique, et puis on s’attaque à des Français, donc cela ne nous concerne pas trop. Et puis l’histoire, c’est compliqué : les forces françaises voulaient protéger le gouvernement à Abidjan contre les rebelles du nord et puis les sudistes se sont tournés contre les Français ? Bon, pour une fois, cela ne nous regarde pas.

Il fait froid mais très ensoleillé. J’ai eu le temps d’aller tranquillement à la galerie à pied, donc j’ai pu prendre ces photos d’un de mes itinéraires préférés, qui va de la quatrième rue ouest jusqu'à la 8e avenue et puis je fonce au nord jusqu’à la 23e rue ouest, où je tourne à l’ouest pour procéder jusqu’à la 10e avenue.

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Dans la 4e rue ouest, deux petites maisons — dans celle de gauche on trouvera au rez-de-chaussée la boutique française Le Fanion qui vend de la poterie provençale et des lustres

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Un peu plus loin dans la 4e rue ouest

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La maison du couple parfait — c'est dans cette petite maison dans la 4e rue ouest qu'habitaient deux jeunes homos tout à fait mignons (un blond et un brun) avec deux terriers écossais adorables (blanc et noir, exactement comme sur l'étiquette du whisky) qu'on voyait partout — au Fire Island, aux fêtes les plus branchées, aux réunions politiques — et puis ils se sont séparés et le blond est allé s'installer à West Hollywood, le brun a disparu — fin d'idylle

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Une ancienne banque transformée en magasin de tapis qui va devenir en 2005 épicerie de luxe sous l'enseigne de Balducci, autrefois établi dans la 6e avenue

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Un marchand de fruits et de légumes dans la 14e rue ouest

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Un nouveau café à la mode à Chelsea, ouvert, on dit, 24 heures sur 24

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Façade de la nouvelle nouillerie Nooch, de Singapour, dont on a parlé aujourd'hui dans le Times

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Les HLM syndicaux bâtis pour le syndicat des ouvrières de l'habillement

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Le bout oriental de l'immense immeuble résidentiel La Terrasse de Londres

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Façade sud de l'immeuble qui donne sur la 23e rue ouest

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Une des vieilles et belles maisons un peu oubliées du côté nord de la 24e rue ouest, où les hommes et les femmes de bonne famille se cachent quand ils se divorcent ou se donnent à une aventure illicite

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Immeuble en construction dans la 10e avenue

novembre 09, 2004

N'importe quoi

Je ne sais pas ce qui se passe mais je n’arrive plus à lire Netlex sous Safari, et même sous IE la mise en page est tout à fait corrompue. Que se passe-t-il ?

C’est le très malin Kiki qui se bronze actuellement en Floride (état aussi rouge qu’idiot, une sorte de New-Jersey méridional, il faut l’avouer) et qui m’apprend dans un commentaire la signification historique du joli mot « ratfuck » qu’avait employé, sous sa forme de gérondif, le carnetier politique Paperwight. Je ne le savais pas. Une petite googlisation m’a offert pour « ratfuck » ou baise de rats quelques définitions insolites mais finalement un peu difficiles à saisir. Il y a, paraît-il, une boisson de ce nom, un mélange létal de rhum, de gin, de vodka et de Kool-Aid aux cerises (miam), un jeu de cartes au nom séduisant d’Egyptian Rat Fuck (ou baise de rat égyptienne — ça fait un peu nom d’eau de Cologne exotique, n’est-ce pas ? ou d’une pâtisserie un peu particulière comme un pet de nonne, nom qui a toujours choqué mes oreilles puritaines qui n’admettent jamais qu’on puisse parler de pet sans rougir de honte et surtout pas de vents de bonnes sœurs).

On regarde The Biggest Loser. C’est tout ce qu’il y a de plus minable mais on l’adore.

Ce matin on a eu « la discussion » — on s’est mis d’accord sur ce qu’on allait faire en réponse à l’élection de Bush. On reste ici à New-York pour le moment. On attend à ce que le projet d’amendement constitutionnel interdisant le mariage gai soit approuvé par deux tiers de la Chambre des représentants et du Sénat (actuellement difficile à imaginer, mais tout de même…). Si cela arrive, on s’en va tout de suite, sûr.

Et enfin, voici quelques photos de mon quartier prises lorsque je cherchais un taxi pour aller à Chelsea (j’étais en retard) — j’espère qu’elles plairont à Pasfolle au Texas.

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La rue Bleecker, curieusement déserte

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La rue Hudson, où il y avait ce camion pompier sur la droite et un groupe de trois jeunes sapeurs pompiers qui regardaient très attentivement dans les vitrines d'une librairie gaie !

novembre 08, 2004

Les montagnes russes

Nos émotions jouent les montagnes russes.

On est allé vendredi soir à la zoulie maison de campagne où l’on avait pris rendez-vous avec une amie agente immobilière samedi matin — le copain, toujours déprimé par l’élection, a voulu se faire une idée sur la valeur de notre cabane au cas où l’on se déciderait à la vendre. L'agente est venue chez nous vers 11 heures, elle nous a ensuite fait une estimation d’un prix de vente raisonnable pour le quartier et pour l’état de la maison, et puis elle nous a priés de ne pas la vendre (on est assez connus ici, je l’avoue, on nous appelle familièrement « the boys » — un soupçon dédaigneux et aimable à la fois, surtout qu’on est depuis très très longtemps loin d’être des « garçons », même dans l’usage gai un peu généreux du terme).

Une amie d’origine anglaise (ou plus correctement galloise) et ancienne directrice d’une école privée pour filles très connue à New-York est venue prendre le thé — elle est adorable, elle a été horrifiée par l’élection, sa sœur lui a invité à rentrer quelque temps chez elle en Angleterre, une fille mariée qui habite en Caroline du Nord se plaint de l’absence d’électeurs Kerry chez elle. Ensuite on est allé dîner chez de nouveaux amis dans un village avoisinant le nôtre — il y avait 14 invités, dont huit qu’on connaissait déjà. On restait tous un peu surpris et déçu par l’échec de Kerry comme s’il s’agissait d’un rêve désagréable.

Dimanche on nous a invités à un déjeuner — c’est assez rare, on fait beaucoup moins de grands déjeuners du dimanche ces jours — et la nouvelle de notre rendez-vous avec l’agente immobilière avaient déjà circulé chez les autres invités. Un par un, on m’a pris à part pour me demander si c’était vrai qu’on considérait quitter le village et de s'installer à l'étranger. Parmi ceux-là il y avait une amie professeur de droit à Harvard qui venait tout juste de publier un article sur l’avenir du mariage gay (selon elle, inévitable, mais elle n’avait pas compté, elle a remarqué avec une triste ironie, sur les résultats des onze référendums interdisant le mariage gai). Même entouré d’amis intelligents et éclairés, dans un des états les plus pro-Kerry, on se sent curieusement marqué — je me demande si les Allemands bourgeois juifs de Berlin se sont sentis de même dans leurs confortables milieux à majorité non-juifs — vaguement à part, devenus d’un coup curieusement « autre » vis-à-vis de la grande majorité ? Le copain et moi, nous avons en toute conscience choisi de ne pas rester enfermés dans les ghettos gais (bon, je sais que le Greenwich Village, c’est le ghetto classique, tout comme le Castro à San-Francisco, mais en fait il s’est beaucoup plus « hétéroisé » depuis une décennie). On a quitté le Fire Island après des années d’étés répétés pour nous installer au Connecticut, où l’on est bien minoritaire. Depuis quelques années, nos vies se sont un peu « hétéroisées » aussi — on a des connaissances beaucoup plus « mixtes ». On ne sort presque plus en compagnie exclusivement gaie. On est des « assimilés ». Et maintenant ? (« What Now ? » est le gros titre de cette semaine du journal gai de New-York.) Il n’est pas rare de trouver des réactions aux élections comme celle-ci, dans un billet intitulé « Fear, Fags, and Ratfucking » (La peur, les pédés et la baise de rats — terme plutôt intraduisible, ce me semble).

« Looking at the election results this morning, I am reminded that right around half of American voters choose to cast their vote for a man who would happily toss me and most of the volunteers I worked with into a re-education camp if he got the power to do so. »

Mais l’appui qu’on nous montre au village est réconfortant.

Famille oblige, on est allé dîner hier soir chez ma mère, on n'a pas parlé politique (ce n’est pas la peine, le bien-être de son portefeuille devance de loin la moralité), le copain lui a dit combien il était troublé par la nouvelle mesquinerie de ce pays. Moi je me suis tu. Elle s'est tue aussi. Elle nous a prié de ne pas vendre la maison.

Plus tard on est rentré à New-York. Il y avait peu de circulation sur l’autoroute et le copain a conduit comme un maniaque, la Betty allongée sur mes genoux. On ne parlait pas, on écoutait Air America à la radio. Je n’osais pas regarder l’indicateur de vitesse.

Ce matin le copain se lève tôt — je comprends tout de suite qu’il y a quelque chose qui ne va pas, mais je le laisse tranquille. Il examine les résultats de sa société sur l’ordinateur. À la radio on parle de l’expatriation (la citoyenneté s’achète à St-Kitts pour approximativement 150.000 $US et en seulement quelques mois). On a le droit de sous-louer l’appartement pour deux ans maximum. Betty aurait besoin de se faire implanter une sorte de micropuce d’identité pour montrer qu’elle s’était fait vacciner contre la rage. Mais comme il n’est pas conseillé d’aller au supermarché quand on crève de faim, on ne devrait pas prendre de décisions trop importantes sous l’effet d’une dépression probablement passagère.

Hier soir dans la voiture le copain m’a fait remarquer que la « fenêtre d’opportunité » se ferme. Je lui a répondu qu’on ne se jette pas par une fenêtre seulement parce qu’elle serait ouverte. Aurais-je raison ?

L’ assaut de Falloujah vient de commencer. On déclare l’état d’urgence en Irak. Un des meilleurs commentateurs de chez DailyKos, DemfromCT, vient de démissionner. C’est dommage.

Encore un regard sur les résultats : cette carte indique très clairement l’origine de la division entre les états qu’on a vue reproduite dans la récente élection. J'ai découvert que Kevin Drum l’a aussi remarqué.

novembre 05, 2004

Le drôle et le moins drôle

On nous montre dans ces jours d’après-élection du drôle et du moins drôle. Chez l'excellent C’est chez nous j’ai trouvé ce drôle de tableau qui prétend donner le QI moyen des habitants des états américains en notant le choix présidentiel de ces mêmes habitants (je suis inutilement fier de constater que je partage mon temps entre le numéro 1 et le numéro 4 de cette liste, avec quelques excursions au numéro 5, où habite ma mère).

Pour le moins drôle, on nous informe que les batailles sur les textes permis dans les livres scolaires ont recommencé jeudi, au Texas bien sûr, où un commissaire de la commission de l’état du Texas pour l’éducation a demandé une trentaine de changements dans un livre scolaire présenté à la commission par les éditeurs Holt Rinehart and Winston. Les maisons d’édition sont très attentives aux désirs des commissions d’éducation des états les plus importants dans le marché de livres scolaires, surtout celles de la Californie et du Texas. Les commissions de ces deux états déterminent en grande partie le contenu final des textes des livres scolaires vendus partout dans les Etats-Unis. C’est pourquoi on ne devrait pas rester indifférent à ce que disent quelques Texans typiquement débiles dont on n’a jamais entendu parler à Chicago, à Miami, ou à New-York.

Et le pire, au moins pour moi, serait ce long article écrit par un professeur LeVine et publié chez Juan Cole qui s’intitule bien sinistrement « We’re all Israelis Now » ou « Maintenant nous sommes tous Israéliens ». Un titre qui rappelle bien sûr le fameux titre dans Le Monde de l'éditorial de Colombiani à propos des attentats contre les tours jumelles, mais dans cet article, le professeur LeVine explique combien c’est différent du sentiment de sympathie et de malheur partagé contenu dans le titre du journal français. Voici un extrait :

« As I watch George W. Bush celebrate his reelection I realize I never could have imagined just how much like Israelis we would become. Think about it: in Israel, the majority of Jewish citizens support the policies of Ariel Sharon despite the large-scale, systematic (and according to international law, criminal) violence his government deploys against Palestinian society, despite the worsening economic situation for the lower middle class religious voters who constitute his main base of support, despite rising international opprobrium and isolation. Sound familiar? »

Effectivement.

« The numbing acceptance of large scale and systematic violence perpetrated by the state as a normal part of its exercise of power and the willingness of a plurality of the electorate to support parties and policies which are manifestly against their economic and social interests (as demonstrated by the increase in poverty and economic insecurity across the board in Israel and the US produced by the last two decades of neoliberalism) sadly characterize both societies today. »

Je suis allé ce matin faire un tour chez le carnet A Fistful of Euros où j’ai lu la totalité des nombreux commentaires à ce billet intéressant de Scott Martens, y compris celui-ci laissé par un certain Bernard Guerrero, qui écrit : « Might does not make right (because “right” is arbitrary and relative.) But it sure as Hell decides who is left, eh? :^)

The U.S. government is not here to make the world a nicer place, my boy. It is here to make _my_ world, as a U.S. taxpayer, a better place. Your interests (and all of Europe’s, insofar as that isn’t a massive oversimplification of a variety of different interests) do not enter into the equation as a normative target or “good”, but rather as independent variables that have to be factored in and dealt with to get what we want. You’re an environmental condition, Scott, and that’s all we are to the vast majority of Europeans. »

Qu’il y ait tant de gens ici comme Bernard qui considèrent l’Europe (la vieille et la nouvelle, je suppose) — ses valeurs, son histoire, ses potentialités — comme seulement « an environmental condition » à surmonter me laisse pantois. Et assez déprimé en plus. Cette assurance basée sur rien, cette certitude d’avoir raison malgré les faits, qu’on prétend partiaux, cette joyeuse réduction de tout échange humain à une lutte armée dont un seul pourra sortir vainqueur. Tout cela me dégoûte enfin.

novembre 04, 2004

Notre taliban à nous

On aurait tort d’ignorer les similarités frappantes entre la renaissance du fondamentalisme islamique au Moyen-Orient et ailleurs, celle des Orthodoxes installés en Israël et celle que connaît le fondamentalisme chrétien en Amérique et aussi en Afrique. La Raison, c’est l’ennemi Nº 1. Grâce aux pressions des évangéliques en Ohio, on commence à ajouter aux programmes officiels des cours de science dans l'état ce qu’on appelle trompeusement la « création intelligente » (en anglais « intelligent design ») — c’est-à-dire la version évangélique de la création du monde dans laquelle c’est Dieu qui l’a bien créé précisément en six jours et qu’il n’y a donc pas eu d’évolution. Pour les « valeurs morales », c’est pareil — il faut suivre la Bible, c’est la parole de Dieu, le doute et l’explication de textes ne sont pas permis, les incohérences sont écartées. C’est comme si l’Esprit critique et la Raison se sont réfugiés pour le moment en Europe. Il n’est pourtant pas hors sujet de réfléchir à une invasion préemptive du pays qui a le plus résisté à la liberté « à l’américaine » : la France (il faut lire jusqu’au bout du commentaire de Maureen Dowd paru dans le Times d’aujourd’hui pour comprendre cette « plaisanterie » ). On assume que notre taliban à nous va bientôt s’attaquer à l’avortement et aux quelques droits déjà gagnés par les homosexuels dans les états bleus. Ce cri de cœur d’un correspondant de DailyKos en parle avec une parfaite clarté.

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Ce message satirique se trouve sur un t-shirt qu'on vend dans un salon de coiffure canine - dans le mot qu'on lit, il s'agit, bien sûr, de personnages hyperconnus du film Le Magicien d'Oz, dont la bonne tante M et la parfaite orpheline Dorothy, qui n'écrirait jamais un méchant billet pareil — mais qui répond assez bien à mes sentiments actuels sur l'actualité américaine

Le choc et la déception sont partout. Manhattan a voté pour Kerry à un taux presque ouzbèque, c’est-à-dire à 82 % et ici c’est la morosité haussée par un temps gris et froid, la pluie anticipée cet après-midi. Les électeurs de San-Francisco étaient même plus définitifs : ils ont choisi Kerry à 83,2 %.

Il y a, je l'espère, quelques « bons » côtés de cette victoire de la réaction hypocrite (l’état « pro-mariage-gai » de Massachusetts a le taux le plus bas de divorces, tandis que c’est les états « rouges » de l’Amérique aux « vraies valeurs morales » du Vieux Testament qui ont les taux de divorce les plus élevés — c’est à rendre tout à fait dingue, cette coupure constante entre ce qu’on dit et ce qu’on fait dans ce pays de débiles). Mais bon, pour les bons côtés de l’élection de Bush : je crois que l’Europe deviendra plus attirante que jamais d’un point de vue de qualité de vie et d’ouverture culturelle ; le dollar va chuter, ce qui raffermira l’euro ; une Amérique nettement réactionnaire et isolée pourrait aider les Européens à se considérer comme citoyens d’une puissante communauté distincte à cultures diverses et non pas comme de simples spectateurs d’un jeu politique, économique et culturel dans lequel ils n’ont que peu d’influence. En plus, les énormes problèmes économiques, politiques, et internationaux qu’aurait dû confronter Kerry s’il avait gagné retombent sur Bush, qui les aurait substantiellement aggravés et qui recevra donc sur lui et sur ses conseillers tous les reproches pour les échecs qui vont presque sûrement venir, en Irak et ailleurs. Et il ne pourra pas s’excuser de ses fautes. (C'est comme ça qu'il faut faire pour chasser les pensées mélancoliques, non ?)

novembre 03, 2004

Au lit

Tout comme Phersu dans un commentaire à ce billet du carnet web L’homme qui marche, je m’efforce de ne pas me laisser trop sombrer dans les délices du catastrophisme mais je ne partage pas tout à fait l’opinion sans doute très « sage » de JR qui a écrit « ça fait mal, les gars, mais on s'en remet ». Auquel je dois poliment répondre « Oui, euh, peut-être… » Je sais, je sais — la ville de New-York ne se trouve bien sûr ni au Kansas ni au Dakota du sud ni en Utah mormonissime et je comprends qu’on ne va pas probablement nous arrêter tout de suite, nous les gentils pédés qui travaillent aux sièges sociaux des grandes banques privées et d’investissement américaines, dans les cabinets d’avocats les plus prestigieux du pays, dans les bureaux de journaux d’information et des revues de mode et de culture, dans les salles de classe des universités de New-York ou de Columbia, à l'opéra, dans les théâtres de Broadway, dans les maisons d'édition, dans la mode, dans les cuisines de restaurant et ainsi de suite, mais bon, une Cour suprême reconstituée par Bush et ses conseillers, cela va nous protéger contre d’éventuelles lois répressives comment ? Je ne suis allé au site d’Andrew Sullivan qu’une ou deux fois mais j’y suis allé aujourd’hui (billet recommandé par Josh Marshall) et le républicain a raison quand il remarque que pour les gais américains « we can only brace ourselves for what is now coming. » C’est pour cela que je me tiens toujours un peu à l’écart de ces suggestions de ne pas exagérer, de laisser tomber ma surprise et ma déception des résultats et de leurs conséquences possibles. On se sent tout d’un coup curieusement vulnérable — l’ami galeriste me dit, en ne blaguant qu’à moitié, qu’il serait peut-être temps de se convertir à la nouvelle religion officielle de l’état.

Je suis crevé — je vais me mettre au lit pour commencer un nouveau livre, une histoire de Greenwich Village que j’ai achetée il y a quelques jours. Il s’agit bien sûr d’un des hauts lieux de la résistance américaine à la conformité et à la convention. Cela remontera peut-être un peu le moral. Merci à toutes et à tous qui ont laissé de messages dans les commentaires. J'essayerai d'y répondre demain.

Récupération

Je suis toujours sous le choc. Voici quelques réactions aux élections qui m’ont particulièrement frappé.

Du Rudepundit : « When the majority of the country voted for Bush yesterday, what they were saying, in Alabama, in Wyoming, in Indiana, is that they want blood for blood, and it doesn't matter where that blood comes from. The economy didn't fucking matter, health care didn't fucking matter, certainly peace didn't fucking matter, the Supreme Court didn't fucking matter. None of it. And the rest of the world can go fuck itself. It came down to who was the most bloodthirsty candidate, and George Bush transformed himself into a man who would shit on Saddam's cut open abdomen and eat his balls, and no Massachusetts peacenik was gonna defeat that in our deluded American mindset. »

De James Wolcott: « I'm not depressed, being filled with far too much healthy loathing for millions of my fellow Americans to let myself droop. »

De Blondesense :

« Memo to: Rest of the World
From: America

We sure showed you. You think you're all so smart, don't you?
Well here in the good old USA, we have bibles and guns.
We don't need no stinking brains, y'hear?
»

Comme j’ai dit au marchand de journaux du village ce matin à sept heures, « On peut plus dire qu’on l’a pas mérité — la prochaine fois qu'on nous attaque, que cela se passe cette fois à Houston ou à Dallas et non plus à New-York. » Il a hoché la tête en signe d’accord.

On fait le point