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décembre 31, 2004

Bonne année !

Je serai plutôt heureux de quitter l’année 2004. Oh, oui, je sais, on s’est bien amusé de temps à autre, mais en fin de compte, il y a eu aussi pas mal de déceptions sur de divers plans que j’hésite d’énumérer. Cette expression anglaise (que je n’ai jamais entendue d’une bouche américaine) exprime le mieux mes sentiments : « 2004, I’ll be glad to see the back of it. » Espérons que 2005 soit mieux, au moins plus drôle, moins énervant. Mais c’est pas gagné, si l’on croit aux prévisions désagréables (mais ironiques, espérons-le) signalées par Atrios pour les premiers six mois de l’année à venir. (Les prévisions pour le reste de l'année 2005 se trouvent ici.)

Bon, cela m’arrange de commencer le Nouvel An avec ces deux infos délicieuses, dont l’une militaire et l’autre économique : on vient de découvrir un document dans lequel on décrit le désir des militaires américains de trouver une arme chimique aphrodisiaque qui rendrait homosexuels les combattants ennemis. Fous du désir de copuler avec leurs camarades de bataillon, ils ne seraient plus en état de faire la guerre contre nous ! C’est chouette, non ? (Et ça pourrait être utile non pas seulement aux champs de bataille, ce me semble.)

La chute du dollar n’embête pas seulement les touristes amerloques. Il paraît que les dealers montrent maintenant une préférence pour l’euro. Ça va être bien grave pour les soirées folles quand les cartels colombiens demandent à être payés en euros (ou en renminbi chinois, tout prochainement).

Le copain va courir la course traditionnelle de minuit dans le Parc central avec l’ex-marine — ce n’est pas très long, quatre miles seulement. Il y a des gens qui boivent du champagne en courant — moi je serai simple spectateur.

Bonne année à toutes et à tous !

décembre 30, 2004

Mme Sontag me manque

Je n’ai pas connu personnellement Susan Sontag mais pour moi, comme pour beaucoup d’autres habitants de New-York, elle occupait une place singulière dans la vie de cette ville. D'abord, elle habitait Chelsea, et était l'amie de la photographe Anne Leibovitz. Je n’ai pas lu tout ce qu’elle avait écrit, loin de là, mais j’avais rencontré des textes, des commentaires, des critiques un peu partout, dans The New Yorker, dans le New York Times, et ailleurs. Je me rappelle combien son article dans la rubrique The Talk of The Town du 24 septembre 2001 de The New Yorker m’avait frappé par sa justesse courageuse (et l'on n’a qu’à lire les autres commentaires qui montrent le début du virage à droite de la rédaction de la revue). C’est le même commentaire qui lui avait valu des tonnes de messages de haine dans lesquels on l’a traitée de « America-hater » et de « moral idiot » pour avoir écrit : « In the matter of courage (a morally neutral virtue): whatever may be said of the perpetrators of Tuesday's slaughter, they were not cowards. » Mme Sontag représentait un des derniers exemples de cette intelligentsia new-yorkaise, largement juive, qui avait fondé et nourri le milieu intellectuel de New-York (et du pays tout entier) dans les arts et dans les lettres. La perdre c’est un peu se trouver coupé de notre passé plus glorieux, plus honnête.

Dans les hommages publics à Mme Stontag publié par la BBC, j'ai surtout apprécié celui de l'écrivain chilien Ariel Dorfman.

« The last time I talked with Susan - some months ago - she lamented the way in which her country was becoming increasingly alien, almost unrecognisable. "I live on a ship called Manhattan, parked just off the continental US", she said, and wasn't sure, she added, how much longer she could stand inhabiting even New York. And now she has left us - as if we could afford the loss of her fierce intelligence and wry sense of humour and cool gaze into the maelstrom of pain and war, precisely at a time when her fellow countrymen sink ever more into denial of what happens in the wider world that she so brilliantly explored. »

Ariel Dorfman, Chilean living in the USA

« I live on a ship called Manhattan... » — c'est évocateur.

Hier en marchant vers la galerie avec Betty (et elle m'a accompagné encore aujourd'hui) je me suis rendu compte du peu de cas qu’on donne ici à la soi-disant guerre contre le terrorisme et à l’intervention militaire en Irak. À part quelques autocollants en rubans jaunes sur les voitures immatriculées au Nouveau-Jersey qui nous prient d’appuyer nos troupes, il n’y a rien pour indiquer qu’on serait en guerre contre qui que ce soit. Il y a de la pub sur les côtés des autobus qui nous conseillent de notifier un « responsable » si l’on remarque quelque chose d’étrange — un paquet oublié, un comportement bizarre ? — ce qui me rappelle les avis qu’on voyait à Londres dans le métro lors des attentats par l’Armée républicaine irlandaise. Ce matin je découvre que le commentateur Frank Rich dans le Times en pense pareil (et en plus, il écrit merveilleusement bien.) Il note que « The truth is that for all the lip service paid to supporting the troops, out of sight is often out of mind. » On va s’amuser à Washington la semaine du 21 janvier — une fête qui va coûter 40 $ millions — de fonds privés, on nous l’assure.

Je remarque dans le journal d’aujourd’hui que d'autres que moi ont remarqué combien New-York serait vide en ce moment — de New-Yorkais. Mais c’est plein, plein de touristes, on aurait du mal à entrer dans un musée (en plus, il fait beau), et puis, pour les Européens, c’est bon marché !

décembre 29, 2004

Le dîner assez désagréable

Malgré le temps doux et ensoleillé qu’il fait, malgré la rapidité avec laquelle on a imprimé nos invitations, malgré le fait que je suis libre à quitter la galerie quand je voudrais, je suis de mauvaise humeur.

Hier soir, dans un dîner dans l’Upper East Side, je me suis bagarré avec un diplomate retraité sur l’arrestation éventuelle de quelqu’un comme Kissinger pour des crimes de guerre. Ce monsieur, qu’on définit tout prétentieusement comme « Tory » pour ne pas l’appeler « sale réactionnaire », a insisté qu’aucun pays ne risquerait le mécontentement du gouvernement américain en arrêtant Kissinger ou un homme politique pareil. « Ils l’ont fait à Pinochet, » je lui ai répondu. « C’était de la blague, cela ne voulait rien dire, » il m’a dit avec un dédain peu caché. « Ah, » j’ai continué, « mais il est quand même resté plusieurs mois en Angleterre, le Pinochet, n’est-ce pas ? Et finalement, c’était la chambre des Lords qui l’ont permis de partir pour raisons de santé. Des raisons que les Chiliens ne reconnaissent pas eux-mêmes. » On était d’accord que les Anglais ne cherchaient pas du tout à se trouver au centre d’une histoire internationale de crimes contre l’humanité, c’est pourquoi ils l’ont déclaré trop faible pour subir un procès. Il en était dégoûté, l’ambassadeur, et d’un ton hautain et pincé, il a dit « Mais ça ne veut rien dire, les crimes contre l’humanité. On pourrait accuser n’importe quel homme politique de crimes contre l’humanité. » « Et alors ? » je lui ai répondu. « Depuis les tribunaux de Nuremberg… » « Mais Nuremberg, » il m’a interrompu, « c’était de la folie, on a eu énormément tort, nous Américains, d’établir de telles directives légales en ce qui concerne une moralité sans application dans le monde de la guerre réelle. » « Mais je croyais que les décisions prises par les tribunaux de Nuremberg restent à la base de ce qui constitue légalement les crimes contre l’humanité, et les crimes de guerre. » « Non, dans la guerre, comme dans la politique internationale, il n’y a pas de crimes. » J’ai finalement laissé tomber, on a parlé des chiens et de l’Ukraine — l’ambassadeur a dit que les États-Unis seraient contents d’une division en deux du pays. « Cette région a besoin d’états tampons entre l’Europe de l’ouest et la Russie — il est autant mieux pour nous d’en avoir deux au lieu d’une seule Ukraine — c’est ça qui est vexant avec l’Union européenne, ça commence à nous contrebalancer, c’était plus facile de les gérer quand il s’agissait d’un tas de petits états distincts. » On a soulevé les exemples de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie comme preuve. Je me suis tu. Je n’ai osé mentionner que les deux chefs ukrainiens eussent tous les deux insisté publiquement et à plusieurs reprises sur l’indissolubilité du pays. La soirée traînait, à mon avis, à l’arrivée du café et du cognac et j’avais envie de rentrer.

Dans le taxi de retour le copain m’a critiqué d’avoir presque causé une scène à table, ce qui m’a irrité encore plus. Heureusement, il s’est tout de suite couché et il dormait profondément lorsque je l’ai rejoint au lit, où j’ai encore lu plusieurs pages dans Après l’empire avant d’éteindre la lampe de chevet.

On donne, comme je l'ai suggéré plus haut, un cocktail de bienvenue à la campagne pour quatre personnes qui se sont installées tout récemment dans le petit quartier que nous habitons — c’est l’ancien quartier « populaire » du village, où habitaient les pêcheurs, les ouvriers des deux anciennes usines fermées depuis longtemps, les blanchisseuses et les repasseuses. Maintenant c’est devenu le quartier « bohémien » du village — c’est déjà beaucoup dire — et de plus en plus désirable. Ça fait presque un an que le copain et moi nous n’avons pas organisé quelque chose chez nous, donc on a été content de trouver l’excuse de l’arrivée de quatre personnes nouvelles au voisinage. L’une est une jeune femme avec deux enfants dont le mari vient de mourir dans un accident de bateau il y a trois mois. Il y a aussi un couple qui partage son temps entre un vignoble en Californie du nord et la côte est. Finalement, il y a une veuve assez âgée, riche, comme il faut, qui ne possède absolument aucun trait bohémien ou artistique et pour qui notre invitation, qui fête « La Vie de Bohème », est plutôt ridicule. Un ami graphiste m’a préparé le carton d’invitation très années 50/60 avec bongo, béret, tasse de café, saxophone, etc., et une police de caractère tout à fait rigolo — je l’ai fait imprimer sur du carton rose brillant, cela se verra de loin !

Il y a de moins en moins de monde dans la galerie — quelques touristes égarés. Je suis venu avec Betty, elle a besoin d’exercice et la promenade de trente minutes n’est pas trop dure. Il faut surtout éviter le sel de déneigement qu’on met dans les rues et sur les trottoirs et qui fait mal aux pattes. Bon, nous n’avons pas couru et j’ai apporté une bouteille d’eau fraîche et un petit pot en plastique pour qu’elle puisse avoir de l’eau. Elle dort à côté du bureau où je suis assis — sa présence apaise mon humeur.

décembre 28, 2004

Du temps à perdre

Hier soir on a profité de notre liberté provisoire (ou manque d'alternatives, comme vous voulez) pour aller voir le film Kinsey, une sorte de biographie du sexologue qui a scandalisé le public américain en lui démontrant par les statistiques les plus impersonnelles combien le « normal » dans les goûts sexuels serait en réalité rare chez notre espèce. L’Irlandais Liam Neeson a joué le rôle du professeur provocateur — il y avait un tas d’autres vedettes dans les rôles secondaires, dont Chris O’Donnell (très moyen), Lynn Redgrave (excellente), Timothy Hutton, Veronica Cartwright, John Lithgow, et Tim Curry(c’est drôle, j’en ai vu quatre dans des pièces à New-York). Le film m’a plu un peu plus qu’au copain, qui lui avait donné une note de B+ à mon A- (notation scolaire américaine). Et ça coûte cher maintenant le billet, à 10.50 $ !

Il n’y avait presque personne au gym ce matin — ce qui ne me dérange pas du tout. Très peu de circulation dans les rues. Il n’y a que des touristes des états bleus dans la galerie aujourd’hui — ils sont tous choqués par les tableaux qui ont tous de gros mots peints là-dessus (ça fait très années 80, féministe, « transgressif » et tout le reste).

J’ai connu ce matin la réapparition d’une personne disparue auparavant de ma vie — elle nous avait laissé un message au répondeur le dimanche dernier. Ça fait des années qu’on ne se voit plus, à cause d’un « malentendu » autour de la mort d’un ami mutuel. Cela m'avait profondément bouleversé et je l’avais trouvée beaucoup moins touchée qu’elle n’aurait dû l’être, à mon avis. Nous avons pris nos distances. Elle s’est ensuite mariée avec un Allemand et elle habite actuellement en Allemagne. Elle travaille pour une grande galerie importante à New-York avec des clients partout dans le monde (originaire de Madrid, elle parle espagnol, italien, anglais, français et, je suppose, un peu d’allemand — ce qui est très commode pour pouvoir parler tableaux avec des clients venant de Santiago du Chili, de Paris, de Madrid ou de Milan). Je l’avais vue la dernière fois lors de la grande expo des galeries d'art américaines en février — on s’est embrassé comme si rien de grave ne s’était passé et elle m’avait alors donné son numéro de portable qui marche aussi en Europe. Donc, ce matin, je lui ai donné un coup de téléphone. Elle était dans la voiture, en Allemagne. Elle rentrait chez elle de l’aéroport où elle avait déposé sa mère qui rentrait à Madrid. Elle n’a pas voulu bavarder dans la voiture, il paraît ce que c’est illégal de parler au portable sur la route en Allemagne, tout comme ici, d’ailleurs. Donc on s’est mis d’accord pour se rappeler plus tard dans la semaine. Mais je suis content qu’on ait renoué un peu nos rapports. C’était autrefois une amie très proche, et elle m’a manqué.

décembre 27, 2004

Une semaine de fantaisie

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La 4e rue ouest vers le nord

New-York se trouve sous le double enchantement de la neige et d’une semaine où l’on ne fera pas beaucoup puisqu’il y a tant de gens partis en vacances. Tout est calme, on respire, il y a du soleil, il ne fait pas trop froid. C’est un peu comme si quelqu’un vous a donné quelques jours en vous disant : faites ce que vous voulez avec ce drôle de cadeau.

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La rue qu'on habite

Moi j’ai commencé ce matin par essayer de ranger ma vie plutôt désordonnée — c’est une vieille habitude de fin d’année chez moi, et en général ça ne dure qu’un mois, au maximum. Mais bon, je me suis dirigé vers la succursale de la banque J P Morgan Chase dans la place Sheridan où j’ai demandé la gentille femme de l’autre côté du comptoir « Service et Renseignements » ce qu’il fallait faire pour pouvoir accéder mon compte en banque sur Internet. J’ai dû remplir un formulaire sur l’ordinateur et j’ai dû approuver un long texte légal que franchement je n’avais que parcouru très brièvement, et voilà — je peux maintenant me renseigner depuis mon chez-moi sur ma pauvreté bancaire !

Ensuite je suis passé au gym où il y avait un peu moins de monde que d’habitude — quelques vieilles, un gros jeune homme qui n’arrête pas de tousser — ça doit être une sorte de tic, mais il faut avouer que c’est ennuyeux de se trouver à côté de lui sur le simulateur d’escalier ou l’elliptique pendant 30 minutes, même si l’on écoute la techno au plus fort, des entraîneurs ennuyés. Bien que je fusse assez sage le week-end dernier (pas trop bu, pas trop mangé), j’ai toujours quelques grammes qui ne servent à rien et dont je voudrais bien me débarrasser. Cette une bonne, même si peu originale, résolution de fin d’année, n’est-ce pas ?

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La rue Christopher à l'ouest de la 7e avenue

Dans la catégorie « Je m’en doutais » — les insurgés irakiens auraient voulu l’élection de Bush à la Maison blanche. On est content de l’issue de la présidentielle ukrainienne, mais la joie est bien sûr atténuée par les tristes nouvelles qui nous arrivent de l’Asie du sud.

décembre 26, 2004

Après la fête

On est rentré de la campagne assez tôt cet après-midi afin d’éviter les pires embouteillages sur l’autoroute et la menace d’une tempête de neige prévue pour ce soir.

Tout s’est assez bien passé pendant nos deux repas de Noël — le chapon était excellent, mais je n’en ai pas trop mangé parce que je savais devoir manger un autre repas quelques heures seulement plus tard. Je n’ai mangé qu’un petit morceau de la bûche — je n’aime pas trop le gâteau, je préfère les tartes aux fruits et les mousses. L’amie écrivain nous a décrit l’occasion quand elle, son fils et sa belle-mère, qui étaient aussi à table avec nous, ont rencontré à Gdansk le leader polonais Lech Walesa. Son fils et sa belle-fille parlent le polonais (ils l’ont tous les deux appris avant d’y être envoyés en poste diplomatique à Varsovie), l’amie écrivain pas un mot. Monsieur Walesa savait quelques mots d’anglais, il y avait un journaliste allemand de Berlin qui lui posait des questions en même temps.

Tout le monde a aimé les chocolats de chez Fauchon.

Il y avait encore du champagne chez l’autre amie qui nous avait invités à avoir un deuxième repas. Là on a mangé plus simplement, une énorme lasagne et de la salade. Il y avait aussi une bûche, mais je ne l’ai même pas goûtée, lui préférant un pudding aux prunes excellent avec cette curieuse « hard sauce » faite de beurre, de sucre, de farine et de rhum. Il paraît que c’est très écossais — ou anglais, je ne me rappelle plus. De toute façon, c’est bon et cela va bien avec le pudding, qu’on avait apporté flambant à la table.

Demain commence une semaine tranquille — en principe la galerie reste ouverte mais il n’y aura que très peu de monde. Il va falloir que je dépose la voiture au garage pour faire réparer un phare éteint. Il y a aussi le truc sur le tableau de bord, juste en dessous de l’indicateur de vitesse, qui devient rouge quand il vaut passer au garage agréé de Honda — c’est sans doute une arnaque machinée par la compagnie pour réjouir les garagistes, auxquels on verse au moins 700 $ à chaque diagnostic.

À la télé on nous montre des vidéos de l’Asie et du raz-de-marée meurtrier d’hier. C’est incroyable combien de morts il y a eues.

On suit aussi les résultats électoraux de l’Ukraine, où il semble que M. Iouchtchenko ait gagné le scrutin. Reste à voir les réactions éventuelles des partisans de M. Ianoukovitch.

décembre 25, 2004

Les repas

Voilà quelques photos prises pendant les deux repas de Noël qu'on a eus d'aujourd'hui.

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Fermeture annuelle

Je suis allé chercher ma mère vers 1 heure. Elle habite une station balneaire qui est, on le voit bien, fermée pour la saison.

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Le port vide

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Chez l'amie écrivain

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Une garniture de table de jardin en verre vénitien

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La bûche de Noël

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L'autre table

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Une autre vue de la table, avec quelques uns des cadeaux qu'on avait apprortés, dont un cœur plastique et une poupée vaudou (très utile, il faut l'avouer)

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Une deuxième bûche de Noël, avec des biscuits hollandais et d'autres friandises — on nous a servi aussi un pudding aux prunes typiquement anglais avec la « sauce dure » — une sauce faite de beurre, de sucre, de farine et de rhum !

J'espère que tout le monde aura comme nous survécu l'épreuve de Noël (et il y en ceux qui ont subi de vraies épreuves) — on rentre à la vraie vie demain après-midi.

décembre 24, 2004

Bonnes fêtes !

Tout est prêt, y a rien de plus à faire, à part s’habiller plus ou moins correctement demain — on a acheté tous les cadeaux qu’il nous fallait, le chapon et le saumon fumé ont été déposés chez l’amie écrivain, ma mère sera prête à midi et demi quand on passera la chercher chez elle pour la ramener à notre village (on a même pensé à lui réserver un exemplaire du New York Times chez le marchand de journaux, qui ferme à midi).

Je ne pouvais plus attendre à voir si le nouveau tapis de sol/corbeille allait seoir à la princesse Betty — et voilà, elle s’y est installée tout de suite.

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Le Père Noël est passé cet après-midi pour Betty, il repassera plus tard pour le copain et moi (au moins je l'espère)

Joyeux Noël à toutes et à tous !

décembre 23, 2004

Brèves littéraires et autres

La semaine dernière j’ai terminé la lecture du roman « The Line of Beauty » d’Alan Hollinghurst. On y trouve de beaux effets, de fines réflexions de la nature humaine, par exemple dans cet extrait : « Oh…said » Nick, and colored with proxy embarrassment, with the shame Treat should have been feeling. » (« ... et il a rougi d'une gêne de procuration, de la honte que Treat aurait dû sentir », c'est beau, non ?) Ainsi que de commentaires sociaux acerbes et exacts : « The pelmets and mirrors, the spotlights and blinds, seemed rich in criticism. It was what you did if you had millions but not particular taste : you made your private space like a swanky hotel ; just as such hotels flattered their customers by being vulgar simulacra of lavish private homes. » ( « Les cantonnières et les glaces, les spots et les jalousies, semblaient riches en critique. C'est que l'on faisait si l'on avait des millions mais on n'avait aucun goût particulier : on crée son espace privé comme un hôtel chichi ; de la même façon que de tels hôtels flattaient leur clientèle en étant des simulacres de luxueuses maisons particulières »). C’est bien écrit, les personnages, comme dans les romans d’Austin ou de Trollope, n’osent que très rarement s’exprimer directement. Ça sent aussi Henry James, l’une des idoles du romancier. L’histoire du jeune homme Nick ne m’a pourtant pas tout à fait emballé et sa chute m’a laissé un peu froid.

Hier je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter un petit livre de poche sur les Spartiates anciens. Il s’appelle « The Spartans » et a été écrit par un certain Paul Cartledge qui a enseigné à Cambridge. Je n’ai lu que les 20 premières pages où l’on décrit la société spartiate comme ceci : « At the heart of it lay paranoia and a preoccupation with secrecy, both in the circumstances wholly rational. » Hmm, ça sent l’administration Bush, non ?

Je continue ma lecture d’Après l’empire, où M. Todd nous assure que les troubles actuels au monde arabe ne sont que « des crises de transitions » aux valeurs modernes et non pas un combat à la mort contre les « valeurs » de l’Occident. Pire encore est sa conclusion sur les motifs réels de la politique américaine : « Nous ne savons pas encore si l’universalisation de la démocratie libérale et de la paix est un processus historique inévitable. Nous savons déjà qu’un tel monde serait une menace pour l’Amérique. Dépendante économiquement, elle a besoin d’un niveau de désordre qui justifie sa présence politico-militaire dans l’Ancien Monde. » Ouf.

J’ai remarque ce matin que la rédaction du Washington Post parle de crimes de guerre dans son éditorial d’aujourd’hui. Du désordre moral…

J'attends avec impatience l'élection présidentielle en Ukraine ce dimanche.

Bon, il faut que j’aille chercher le gros chapon bio qu’on va manger samedi et qu’on emmène avec nous ce soir. C’est curieux, le monde dans lequel on vit — on passe de la torture à la volaille de luxe sans grand effort — avec une courte prise de conscience, quand même.

décembre 22, 2004

Il court, il court le centre-ville

Une journée dévouée aux cadeaux de Noël (oui, je sais, c’est toujours à la dernière minute chez moi).

Départ pour le métro, la ligne F qui va me déposer à l’angle de l’avenue Lexington et la 63e rue est.

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La place Sheridan vers 10 heures du matin, quand tout le monde dort encore (non, non, je plaisante)

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Le vendeur de sapins de Noël, sans doute Canadien, se repose au long de la 7e avenue

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La statue Gay Liberation de George Segal décorée pour Noël dans le parc de la place Sheridan

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Une rue du Village en hiver

Je sors dans l’avenue Lexington, dominée par le nouvel immeuble Bloomberg, presque terminé.

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L'immeuble Bloomberg

N’ayant pas réussi à trouver le stylo japonais voulu (un Namiki Bambou) à la boutique de stylos Joon, on descend l’avenue pour le chercher chez une papeterie à côté de l’immeuble Citicorp.

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L'immeuble « Rouge à lèvres » de l'architecte Philip Johnson dans la 3e avenue

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Dans l'avenue Lexington, les tourelles de la Synagogue centrale, la Galleria, la Place des Arts...

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L'immeuble Lever House de Gordon Bunshaft/SOM

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Les immeubles de bureaux de l'avenue du Parc, avec le Raquet Club au milieu

On va vers l’avenue du Parc où se trouve Fauchon. Il n’y a pas trop de monde. J’achète des bonbons de chocolat et du chocolat en poudre (pour l’amie écrivain, qui ne boit plus de café).

On dépose les achats chez l’amie partenaire de course, d’où je vois cette équipe de nettoyeurs de vitres de l’immeuble d’en face.

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Aï, ça me fout la trouille tout à fait !

Certains ont toujours leurs plantes sur les terrasses.

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La vue vers l'est

Autrefois un parking, aujourd’hui un immeuble chic (et sans doute très cher) plein de lofts « architecturaux ». C’est bien commode pour aller au Théâtre Public à côté.

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Ben, c'est mieux qu'un parking — non ?

décembre 21, 2004

La cruauté et les fêtes

Les dernières nouvelles de l’Irak accablent de nouveau les esprits— las de révélations dégoûtantes qui s’avèrent presque toujours vraies, on attend les désaveux officiels et rituels de la Maison blanche et du département à la défense à propos de l’ordre exécutif qui aurait permis aux militaires de torturer leurs prisonniers en Irak et à Guantánamo, déguisés en agents du FBI. Il y a quelques heures, dans la voiture, j’ai entendu parler à la radio de l’attentat contre les militaires américains dans une base à Mossoul. Une vingtaine de morts au moins. Une cinquantaine de blessés. On y faisait la queue pour manger des « chicken tenders » — morceaux de blancs de volailles frits qu’on trouve surtout chez KFC ou McDo. Il s’agissait donc de spécialités très prisées — on est loin de sa famille, de ses amis, des fêtes de Noël et du Nouvel An — des « chicken tenders », c'est qu'on mange chez nous, bon, ça remonte un peu le moral, ça chasse pour un instant le cafard. Et puis…

Déjà de plus en plus d’Américains se demandent si l’aventure irakienne a valu les dépenses en vies et en argent. Dans le sondage du Washington Post publié hier, 56 % des sondés ont dit que cette opération ne valait pas la peine. La tuerie à Mossoul ne va pas les convaincre du contraire.

Tant qu’il n’y aura pas de photos de ces dernières séances de torture organisées par les militaires, avec la connaissance et l’approbation de leurs supérieurs, je doute que le public américain en fasse grand cas — après tout, c’est les photos d’Abou Ghraïb qui ont rendu insoutenables les mensonges de l’administration (et l’on ne nous a pas permis de voir les plus choquants). Malgré cela, malgré les photos qu’on avait rendues publiques, la majorité du public américain n’a pas voulu concéder la possibilité qu’on pouvait vraiment abuser des prisonniers chez les forces armées américaines. Donc, sans preuves, la Maison blanche pourra dire facilement qu’elle n’était point au courant d’un effort éventuel d’enquêtes « agressives » dans les prisons américaines à l’étranger.

(Je viens d’apprendre l’heureuse nouvelle de la libération des journalistes français tenus en otages en Irak. Bon retour en France. Et quel beau cadeau inespéré pour leurs familles !)

En ce qui concerne la cruauté des hommes envers leurs semblables, il existe d’exemples de partout — ce billet de Ron l’infirmier stagiaire m’a tout à fait bouleversé. On n’a plus à se demander « mais comment ont-ils pu faire cela ? » — la simple vérité, c’est qu’il y a beaucoup de gens pour qui la cruauté ne veut rien dire. Ils y sont tout à fait indifférents — ils peuvent faire souffrir les enfants, les femmes, les homos, les « combattants ennemis », les pauvres handicapés mentaux, les animaux — ils leur font mal, et ils en rient.

Désolé de cette harangue énervée — la lecture d’Après l’empire ne réjouit pas l’esprit non plus. On se comporte comment, les citoyens d’un empire en déchéance structurale ? On fait semblant de ne pas l’avoir compris ? On devient atrocement réactionnaire et protectionniste, afin de gagner encore quelques années, la durée d’une vie ? On se demande s’il ne ferait pas mieux d’aller vivre ailleurs, dans un pays en ascension — ou peut-être un peu à part, en Amérique du sud, par exemple. Si l’Europe et l’Asie sont devenues trop chères en dollars, il y a toujours Buenos-Aires ou Montévidéo où le dollar compte encore un peu.

En plus, il fait froid ! Et cela ne me donne aucune envie d’aller acheter des cadeaux. En fait, je me suis décidé que je n’allais acheter que des livres — mais il y a, tout près du garage, une petite boutique où l’on ne vend que des plateaux en verre dans une quantité de tailles et de formes qui sont décorés de découpages amusants d’anciennes gravures. Ils sont drôles et utiles et (je l’espère) pas trop chers. Sinon, je retombe sur les bouquins. Pour l’amie écrivain, ce sera des chocolats du chocolatier suisse Teuscher — pour Fauchon, les amis parisiens insistent qu’il n’est plus bien, que le magasin actuel n’a rien à voir avec ce que c’était dans le passé. Mais l’emballage de chez Fauchon est tellement joli (oui, je sais, ce n’est pas une bonne raison de dépenser autant d’argent).

décembre 20, 2004

L'hiver est arrivé !

Je suis resté à la campagne pour pouvoir assister ce soir à la réunion régulière mensuelle de la municipalité (ce qui est vraiment un grand mot pour un si petit village), le copain étant rentré hier soir à Manhattan avec l’amie partenaire de course qui y allait en voiture, une belle Mercedes argentée, qu’elle conduit cependant comme une vieille mémère qui ne dépasse jamais les 55 miles à l’heure autorisés. Mais elle est charmante, on a dîné avec elle et avec son mari samedi soir dans un petit restaurant du village où, tout d’un coup, on nous propose, à notre étonnement énorme, car il s’agit d’un resto pas du tout chic ou branché, une carte « à la française », avec par exemple du pâté, du cassoulet, de la sole « Bercy », un plateau de fromages et tout et tout. Le copain et le mari ont pris le cassoulet, l’amie partenaire de course et moi, nous avons choisi le poisson, le tout accompagné d’une bouteille de Sancerre et d’une autre de Beaujolais-Villages pas chères. Il y avait plein de monde. À l’évidence, la francophobie ne ferait que peu de dégâts dans ce coin perdu du Connecticut et l’on y remarquerait même une « recrudescence » inattendue de la francophilie. On est rentré chez nous prendre un dernier verre et le mari a épié mon exemplaire d’Après l’empire, qu’il a feuilleté avant de noter que le livre semblait écrit dans un français assez direct, qu’il pouvait lire — voilà donc un cadeau de Noël de moins !

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La neige couvre les canons, utilisés contre les Anglais dans la guerre de 12 — euh, la guerre de 1812 — avec la petite banque qui donne des friandises aux chiens au fond

Hier soir je suis passé prendre un apéritif chez l’amie écrivain, avec qui j’ai bavardé pendant une heure et demie avant de rentrer chez moi pour préparer mes foies de volaille aux oignons. Un peu de télé (c’est drôle, j’ai regardé par hasard le film de Michael Moore Canadian Bacon dont parle Laurent et qu’on avait enregistré sur Tivo). Ce matin j’ai trouvé de la neige partout (à présent il fait -9º (facteur éolien -18º) avec du vent jusqu’à 44km l’heure ce matin). Je suis sorti nettoyer le trottoir (le devoir de tous propriétaires dans les 24 heures qui suivent une tempête de neige, sinon on risque une amende de 75 $ !) et puis prendre quelques photos, mais il faisait tellement froid avec le vent que je n’ai pas réussi à rester dehors pour longtemps, à la grande déception de Betty, qui adore ce temps gelé et qui pleurnichait à m’accompagner. Bon, on ira ensemble à la banque, où en plus on lui donne des friandises !

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La porte de cuisine d'une maison voisine, avec la volière et le cadran solaire enneigés

Hier je suis tombé sur un site qui pourrait être utile: what ever happened to (trouvé chez mykeru).

Et je me demande si « le syndrome de Paris » décrit dans le Sunday Herald d'hier est réservé uniquement aux jeunes Japonaises ? N'existerait-il pas d'autres étrangers et étrangères piégés malheureusement par le « glamour » mythique de la ville lumières ;ˆ) ...

décembre 18, 2004

Démodé

Il y avait un peu de tout pour fêter l’américanisation de notre ami ex-argentin Juan-Carlos — d’autres Argentins, des Anglais, des Uruguayens, des Néerlandais, un Bolivien, un ex-Français, un Japonais, et bien sûr beaucoup d’Américains.

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Une boucle de ceinture à la bannière étoilée

À la fin il y a eu du champagne et du gâteau, avec des assiettes en papier fort patriotiques.

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Aïe, ces assiettes me font mal aux yeux !

Ce soir, à la campagne, on va à une réception où il faut apporter un hors-d'œuvre au choix — moi je vais préparer des hors-d'œuvre tout à fait démodés — des morceaux de foie de volaille entouré d’une bande de bacon tenue par un cure-dent. Miam ! (Et en plus c'est très facile !) Bon week-end à toutes et à tous.

décembre 17, 2004

L'américanisation

Le vendredi il y a toujours peu de monde dans les galeries — je ne sais pas trop pourquoi : on part à la campagne (mais surtout en été, non ?) ; on a des courses à faire avant le week-end ; on sort plus tard ce soir. N’importe, il n’y a que quelques touristes qui passent à la galerie aujourd’hui.

Avant de rentrer chez moi je vais aller chercher les pantalons que j’ai achetés lundi et qu’on allait raccourcir gratis. C’est important parce que je n’ai absolument rien à porter dans ma garde-robe dans la catégorie pantalons et on va ce soir à un dîner en ville pour fêter l’américanisation complète et officielle d’un ami argentin qui habite New-York depuis des décennies. Il a voulu se faire citoyen américain pour pouvoir voter contre Bush mais, en bon Argentin, il a été trop tard. Mais bon, il y a actuellement d’autres raisons pour se faire amerloque — un ami écossais à la campagne, investisseur en capital risque, nous a expliqué il y a quelques semaines que selon les dispositions du projet de loi proposé dans le Patriot Act II, il serait en principe possible d’avoir la propriété et les avoirs financiers saisis sans recours aucun par le gouvernement au cas où un responsable quelconque du gouvernement ne vous déclare « combattant ennemi » et vous expulse du pays (ou, pire, vous envoie à Guantánamo). Puisqu’il a une femme (Américaine) et trois enfants (Américains aussi), il nous a dit qu’il ne voulait pas prendre le risque d’être renvoyé d’ici sans appel et donc il cherche maintenant à devenir citoyen américain.

On va lui apporter un cadeau — une bonne bouteille de champagne français, car, même Américain, notre ami reste au fond un Argentin très snob, et ne boit que les vins de son pays, de la France et de l’Italie (où il a vécu aussi pendant quelques années).

décembre 16, 2004

De petits riens

Voici une « lettre d’amour » ironique à l'intention du Canada écrit par le commentateur Mark Morford, dont je ne citerai que ce petit extrait délicieux :

« It's true. It's rather amazing. Gay marriage will be completely legal in Canada very soon. It's been oddly ignored in much of the U.S. media and hasn't really been much discussed among those in the terrified red states except when, [ c’est ici où ça devient méchant! ] deep in the night, from their respective lumpy twin beds, they whisper to each other across the room as they pop their Ambien and stroke their portfolios and curse their very genitals: oh my God what's wrong with those freakin' Canadians? »

Il y a beaucoup plus, aussi drôle et moqueur. C’est toujours un plaisir de le lire, ce M. Morford.

Néologisme du jour, trouvé chez Michael Musto (à la fin de l'article) dans le Village Voice : un nylon — une personne qui partage son temps entre New-York et Londres.

Je n’ai pas le courage de me jeter dans les foules effrénées de Midtown mais pour ceux qui aimeraient voir comment ça se passe à New-York, les fêtes, je vous suggère le beau carnet de Thomas Locke Hobbs, qui lui n’a pas peur de s’y mêler.

décembre 15, 2004

Un secret de carrière

Voici comment ne pas se faire une bonne réputation d’artiste à New-York.

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Un panneau publicitaire d’un artiste, inconnu à part sa prédilection pour l’autopromotion, dans la 25e rue ouest, tout près de la galerie

décembre 14, 2004

La langue d'oc américaine

Je suis originaire du sud des Etats-Unis mais je n’avais ni lu ni entendu de ma vie la phrase curieuse « how the cow ate the cabbage », ou en français approximatif, « comment la vache a mangé le chou. » Je l’ai découverte aujourd’hui dans un commentaire laissé chez le carnetier politique Atrios. Un autre commentateur avait remarqué la phase aussi, et a ajouté une autre : « like a cow looking at a new gate » — « comme une vache qui regarde un portail nouveau », ce qui signifierait un regard perplexe. Mais pour la première phrase, je n’avais aucune idée de ce qu’elle voulait dire — je ne savais même pas (et mon ignorance dure toujours) si les vaches mangent le chou ou si elles auraient un goût peut-être immodéré pour cette verdure. Donc, je suis allé me renseigner chez Google, qui m’a dirigé vers ce site de « sudismes » ou de « méridionalités » propres aux états de l’ancienne confédération, qui s’appelle All Things Southern. Là j’ai trouvé que la phrase signifie « dire la vérité sans illusion ou enjolivement ».

Lorsque je passais mes étés dans une maison louée à Fire Island, il y avait un type du sud, de Caroline du nord, qui faisait partie de notre petit groupe de locateurs d’été. Moins « assimilé » que moi (moi j'ai vite appris qu'il valait mieux parler comme un « yankee » quand on habite le nord du pays), il parlait (et parle toujours) avec un fort accent du sud. Il possédait aussi un véritable arsenal d’expressions disons pittoresques qu’il sortait n’importe quand, mais surtout quand il était saoul (ce qui arrivait à nous tous très, très souvent là-bas, je l’avoue). Une expression favorite, qui commençait avec la formule obligatoire de « My mamma always told me… », était la suivante : « Beauty’s only skin-deep, but ugly goes clean through to the bone » pour parler de quelqu'un qui vous aurait fait du mal. Il y avait une autre expression, employée lorsqu’on lui demandait de révéler quelque chose de scabreusement fascinant, par exemple, sur les pratiques sexuelles de quelqu’un : il ferait la diva, en nous implorant (bien faussement) de le laisser tranquille, en criant « Don’t make me say anything else, I’ve already told you more than I know. » Quand il voulait souligner la vérité évidente d’un fait ou d’une remarque, il répondrait à nos « Vraiment ? » et « C’est pas vrai ! » d'horreur en nous disant « Honey, is a pig’s pussy pork ? » — qui est une version plus allitérative et scandaleuse de celle, pourtant grossière aussi, où l’on demande à savoir « Does a bear shit in the woods ? » Pour ceux qui n’aiment parler ni des parties personnelles du corps ni les défécations animales, on peut dire « Is the Pope catholic ? », où l’on revient à la même idée d’évidence qui va de soi.

Assez de cours d’anglais pas très châtié — je suis content que le général Pinochet aille avoir des ennuis légaux au Chili, dont une accusation de meurtre et d’autres pour enlèvement — la nouvelle se trouvait sur la une du journal papier accompagnée d’une grande photographie d’une femme embrassant le juge. J’ai hâte de voir Bush dans le même embarras. J’espère qu’on va faire du bruit en Europe lors de la prochaine visite de Doubelyou (il serait prévu en France vers le 22 février 2005). (J’ai trouvé la date par le moyen d’un site qui s’appelle The Tocqueville Connection et qui se dit « The insider’s Web source for French news and analyses » — moi je n’en ai jamais entendu parler, mais il paraît que c’est la face publique d’une sorte de laboratoire stratégique franco-américain, dont le siège social se trouve dans la banlieue virginienne de Washington — tout comme le Pentagone !)

décembre 13, 2004

Joyeux Daj Bôh à toutes et à tous

Ce billet de Bob Harris, ami de Tom Tomorrow, m’a fait sourire. Moi aussi je veux célébrer la fête de Daj Bôh (c’est ma translittération francisante à moi, je ne prétends à aucune autorité officielle ou académique) célébrée par les anciens Ukrainiens le 21 décembre pour fêter le retour du Généreux, le dieu donateur du Soleil, et les esprits bénévoles de nos ancêtres (hébé, là, c’est moins sûr, mais passons...) Je trouve qu’il fait très dans le vent de célébrer à l’ukrainienne, surtout depuis que les Ukrainiens modernes aient réussi à se débarrasser des résultats de l’élection présidentielle pourrie. Qu’ils viennent nous voir en Ohio…

Pour les latinistes parmi nous, il y a toujours les saturnalia, dont la célébration de valeurs conventionnelles renversées d’un Âge d’or disparu (ah, non, il faut pas qu’on oublie cet âge d’or) s’étendait à l’époque de l’empire du 17 au 23 décembre. Après quoi on a bien le droit de se reposer un peu le Noël, non ?

Bon, moi j’ai choisi bien sûr le moment le moins commode, d’un point de vue magasinage, pour aller m’acheter quelques vêtements bien nécessaires. Au lieu de se perdre dans les masses de « midtown » j’ai décidé d’aller « downtown » pour faire escale dans la succursale du magasin de vêtements très vieux jeu Brooks Brothers (non, désolé, ni Prada ni Gucci ne me vont pas trop bien — hélas je n'ai pas un des ces corps d'Européens tout minces et sveltes sans une once de graisse) qui se trouve juste devant l’emplacement des anciennes tours du World Trade Center (le magasin, qu’on avait photographié étrangement couvert d’une poussière blanchâtre de fantômes lors de l’attaque terroriste d’à côté, a servi de morgue temporaire pour les quelques corps qu’on y avait retrouvés les jours après l’attaque.) Il y a toujours moins de monde dans ce quartier, et il est agréable de s’y promener, d’aller aux cinémas, vides en général, dans le World Financial Center un peu vers l’ouest. Dans la boutique rénovée mais familière je me suis acheté trois pantalons en velours côtelé, dont deux noirs et un bleu de minuit, ainsi qu’une paire de chaussures — des mocassins hyperréacs en cuir sang-de-bœuf, ça fait des millénaires que je n’en porte plus, c’était un caprice passéiste dans lequel je m’imagine le jeune collégien chic que je n’étais vraiment jamais. (Et c’est pas cher du tout, surtout si on compte l’élément psychothérapeutique !)

Voici quelques photos de notre escapade d’aujourd’hui (le copain m’a accompagné, chic alors !)

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À la sortie de la station de métro de la rue Rector, en marchant vers le nord — le nouveau nº 7 World Trade Center au fond, l'arrière de l'immeuble de la Deutsche Bank à gauche

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L'immeuble de la Deutsche Bank toujours voilé en deuil — tout est toujours chantier par ici

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La tour 1 Liberty Plaza, en bas duquel se trouve la boutique de Brooks Brothers

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Vers Wall Street — et l'ancien bureau du copain

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Il y a toujours des touristes qui visitent le chantier...

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...tandis que d'autres, surtout des Européens avisés, viennent ici, à Century21, pour acheter des fringues très bon marché — surtout avec le dollar comme il est ces derniers jours

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Vue du chantier du WTC et du World Financial Center au fond par une fenêtre au 1er étage du magasin, tout près des robes de chambre

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La tour élégante de l'hôtel Millenium à gauche, l'église de Saint-Paul au milieu

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En rentrant chez nous, on passe la 6e avenue à l'angle de la rue Houston et la rue Bedford

décembre 12, 2004

Le concours de beauté web

Faute d’avoir le Blogdor 2004 pour aider à faire remarquer la vitalité des carnets francophones, ainsi que faire valoir quelques carnets parmi les plus recommandables de la carnetosphère francophone, le carnet politique a fistful of euros s’en occupe, au moins pour les carnets « européens » ou rédigés par des Européens. Il y a plusieurs catégories dans lesquelles on réclame des carnets candidats — moi j’en ai déjà proposé plusieurs. Je n’ai aucune idée comment ils vont faire chez a fistful of euros pour choisir les finalistes, mais je trouve que ce serait un assez bon moyen de faire connaître les carnets francophones à plus de monde un peu partout dans le monde.

On est en train de regarder Les ménagères désespérées — une des émissions les plus populaires aux É-U ces derniers jours. C’est la première fois que je la voie — et c’est d’une vulgarité tout à fait cynique, du même genre que celle manifestée autrefois par les émissions Dallas ou Dynastie.

On est rentré tôt parce qu’on voulait passer en rentrant chez des amis qui donnaient une petite fête chez eux dans un village sur notre chemin de retour (la pas très romantique autoroute 95) — ils fêtaient 15 ans de cohabitation (ouf ! pas facile ça — pour n’importe qui !), l’ouverture d’une nouvelle galerie d’art à Los-Angeles pour l’un du couple, et une grande promotion pour l’autre. D’origine grecque et italienne, ils ont eu du mal pendant des années à faire comprendre leur choix de vie à des parents pas spécialement évolués, mais cet après-midi tout le monde s’est réuni chez eux — les deux familles et les amis hétéros et homos pour partager publiquement leur s succès bien mérités.

décembre 11, 2004

Réflexions peu profondes de samedi soir à la campagne

Quelquefois je me demande si je ne devrais pas adopter l’attitude antisociale de ces jeunes Japonais — les hikikomori, découverts chez le carnet anglais très drôle et flégmatiquement british Blogadoon.

Pauvre M. Kerik — ouf, un petit voyou de moins dans les couloirs du pouvoir. L’histoire de la nurse, c’est une façade — c’est un salaud profiteur et mafieux, protégé et partenaire du maire éhonté Giuliani. On dit que les Bushistes ne sont pas du tout contents que Kerik ne leur ait pas révélé son petit problème.

décembre 09, 2004

Le patriotisme anesthésiant

Ce matin j’ai reçu un courriel d’une personne un peu de ma connaissance qui m’a écrit le suivant : I’ll bet you never served your country, particularly in the military. Je suppose qu’il m’a posé la question en réponse à un commentaire que j’avais publié sur un site à la campagne dans lequel j’ai mis en question l’efficacité de la campagne pour trouver de nouveaux jeunes gens voulant bien s’inscrire dans les forces armées. C’est le manque de soldats disons ordinaires qui est à l’origine de l’emploi de soldats de la réserve en Irak (comme mon gentil peintre de maison Henry, qui y sera déployé en 2006) — ces militaires qui dans le passé étaient employés à maintenir l’ordre public pendant les grands désastres naturels, à savoir les incendies, les explosions, les inondations, et ainsi de suite. Maintenant, chez beaucoup de mes compatriotes, dont le monsieur qui m’a envoyé ce courriel, on n’a plus le droit de critiquer les militaires, surtout si l’on n’a pas de service militaire. « To serve your country » veut dire être dans les forces armées — c’est bien le seul service qui compte, même si l’on a choisi de torturer les gens dans les prisons (Abou Ghraïb, Guantánamo) ou de tuer les innocents (My Lai, Falloujah) ou de mentir pour fausser l’histoire pour mieux servir les intérêts de ses maîtres (la mort du footballeur professionnel Tillman en Afghanistan). C’est des fantaisies militaires qu’ils cherchent, ces rêveurs d’une armée juste et immaculée, pas la réalité sale et mesquine et égoïste et lâche et stupide et abrutie. Mes compatriotes semblent avoir peur de la réalité — mais la réalité, il me semble, se fout tout à fait d’eux et de leurs sensibilités. La réalité se fout des chants de « USA ! USA ! » ou de « We’re Number One ! ». On oublie trop facilement que la phrase « God bless America » est un souhait (donc refusable) — dont la phrase en entier serait « May God bless America » avec ce subjonctif de possibilité désuet, et non pas un ordre. La réalité se fout de notre orgueil mal placé d’avoir frappé le premier un pauvre pays qui ne le méritait pas — la réalité demande plutôt comment nous allons payer notre folie — et la réalité fait chuter la monnaie nationale quand il devient de plus en plus évident que les responsables économiques dans l’administration n’ont aucune envie de prendre la moindre des mesures nécessaires à la stabiliser.

Je me demande quand tout va craquer, et comment. Notre voisin libertairien à la campagne croit qu’on va subir tous une dégradation importante dans notre niveau de vie — et lui il prévoit un euro qui va valoir 1,80 $ dans un avenir pas trop loin. Selon lui, les taux d’intérêt vont monter à des niveaux qu’on n'a pas vus depuis les années 70 — voilà qui entamera la chute de l’immobilier, dont les valeurs actuellement excessives sont à la base des hypothèques octroyées aux acheteurs, qui ne vont pas pouvoir les rembourser. (Sans parler des taux d'intérêt usuriers que vont demander les banques pour les cartes de crédit — on ne va pas pouvoir les payer non plus.) Par conséquent, les faillites personnelles pèseront sur l’économie, qui aura encore plus de mal à concurrencer les Chinois, et on verra d’énormes licenciements et de délocalisations. Avec un taux de chômage de nouveau élevé, on verra très probablement une hausse dans le taux de la criminalité, d’abord dans les villes, et ensuite dans les banlieues. Avec les revenus réduits les municipalités auront du mal à payer leurs policiers — et tous les services publics vont être réduits : transport, entretien de l’infrastructure, santé, éducation. Les riches s’enfermeront dans des enclaves protégées tandis que les moins nantis essayeront de survivre comme ils peuvent.

Peut-être nous offrira-t-on une petite guerre avec, par exemple, la Syrie pour nous distraire de nos malheurs internes ? Ça plaira aux gens qui ont aimé l’invasion glorieuse de l’île de Grenade en 1983 et celle de Panama en 1989. La « libération » de Damas pourrait faire oublier les inconvénients d’un empire en déclin. Moi je dirais pourquoi pas Téhéran alors, mais c’est curieux, n’est-ce pas, comment ces gens se gardent toujours d’attaquer des pays qui pouvaient potentiellement nous faire du mal grave.

Bon, soyons tous patriotes et laissons toute discussion sur la politique américaine aux anciens soldats — ceux qui ont, pour le meilleur ou pour le pire, servi la patrie — et nous, les autres — les femmes, les homos, les contestataires, les trop jeunes et les trop vieux, les immigrés — on va tous se taire en faveur de ces vieux messieurs patriotes, qui ont à eux seuls le droit de décider l’avenir de ce grand pays.

Aujourd'hui, c'est la Slovénie qui me tente.

décembre 08, 2004

Questions pour le médecin

Après en avoir parlé il y a quelques semaines, j’ai finalement commandé Après l’empire d’Emmanuel Todd et l’autobiographie de Bertrand Delanoë La vie, passionnément — c’est toujours étonnant de constater encore une fois combien c’est facile de commander des livres chez Alapage.com et de les recevoir dans la boîte aux lettres seulement une petite semaine plus tard. J’ai commencé à lire l’autobiographie du maire de Paris. Si ce n’est pas de la grande littérature, c’est agréable à lire dans le lit avant de dormir. Oui, c’est sûr, ça fait un tout petit peu superficiel, nettoyé et destiné surtout aux électeurs de l’avenir, comme toute biographie d’homme politique. Mais le chapitre dans lequel il parle de son homosexualité résonne avec une authenticité plus personnelle.

Ce soir on dîne avec l’ami galeriste, de retour de Miami.

J’ai trouvé intéressant cet article de l’acerbe mais correct Mark Morford dans le SF Chronicle. Dans l’article il remarque que :

« either it's the goddamn finest time in history to be an American, living as we are in the age of incredible technology and miracle medicines and longer life expectancies and $5 coffee drinks and a happy synthetic chemical to match any sort of ache or pain or lump or rash or spiritual crisis you might be facing.

Or it's the absolute worst, what with so many of us heavily drugged and over half of us massively obese and IQs dropping like stones and our overall quality of life deteriorating right under our noses and shockingly huge numbers of us actually finding Shania Twain somehow interesting. Which perspective is right for you? Ask your doctor. »

Bon, je vais le demander au docteur. (Ah, mais j'ai oublié — je n'ai pas de docteur. Tant pis.)

décembre 07, 2004

La publicité d'inclusion ne se diffuse pas

Samedi soir le copain et moi nous avons dîné avec un pasteur femme de l’Église unie de Christ — c’est l’église dont la publicité télé vient d’être refusée par les chaînes de télévision NBC et CBS. Je viens de voir (dimanche matin) la publicité qu’on a diffusée sur le CNN (on peut le voir au site de l’église). Demandée à expliquer son refus, la chaîne CBS a fait preuve d’une lâcheté acquise peut-être depuis le fiasco médiatique des documents faussés du service militaire de Bush.

Le pasteur femme ne correspondait pas du tout à mon idée conventionnelle d’un pasteur protestant — âgée d’environ 60 ans, très mince et élégante en pantalons beiges, les cheveux teints châtain et bien coiffés. Elle était en plus enseignante de yoga diplômée. On a tous discuté de la pub (que je n’avais pas vue alors) et des pubs qu’on voit assez souvent à la télé pour les Mormons (officiellement l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours) où, au lieu de l’inclusion pour tous, il s’agit de pubs (très bien faites d’ailleurs) contre l’abus d’enfant ou l’abus de femme et le stress moral qui les aurait encouragés (donc il faut aller à l’église).

L’hypocrisie morale chez les religieux est bien sûr routine. On n’a qu’à lire l’histoire banalement sordide de ce « conseiller pour jeunes » (marié et père de quatre enfants) en Iowa arrêté pour avoir eu des rapports sexuels avec une personne de 17 ans (on ne connaît pas le sexe de la personne). C’est un grand partisan de Bush, surtout à cause de ses valeurs dans la « grande guerre culturelle ».

Mais la réalité n’a que peu de prise sur les mentalités déformées des partisans républicains — on apprend ce matin qu’un officier dans la CIA avait postulé dans un communiqué de départ une détérioration continue de la sécurité en Irak, malgré tout l’optimisme que montre Bush et Cie. L’attaque sur le consulat américain à Djeddah hier n’a suscité qu’un intérêt passager dans les médias — d’abord, personne ne sait où Djeddah se trouve, et ensuite, aucun Américain n’a été tué — donc, pas d’histoire.

Hier soir on est allé prendre un verre chez l’amie marchande de tableaux, qui habite pas loin de chez nous. Elle nous avait invités pour dire bonjour à sa mère, en visite de Denver. L’amie était toute nerveuse de comment on allait prendre sa mère, elle buvait trop et trop vite, elle a finalement insisté un peu contre notre gré à ce qu’on dîne avec elles — on a fait venir du chinois. Ce n’était pas trop mal, on est rentrés assez tôt et pas tout à fait bourrés. L’amie marchande de tableaux a encore trois ou quatre semaines de chimiothérapie et de radiation, mais l’assistante qui est venue lui donner un traitement à domicile hier après-midi lui avait dit que les deux semaines prochaines seraient probablement plus « difficiles » — sans pour autant expliquer très bien comment. C’est moche, quand même. L'amie marchande de tableaux a beaucoup de courage.

décembre 04, 2004

L'esprit de Noël ?

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Il y a peu de places libres dans le garage vendredi soir

Pour la première fois on n’a pas pu sortir la voiture à l’heure voulue — on l’avait mise au 6e étage sur une sorte de lift pour automobiles, le garagiste m’a expliqué. Tout allait bien, on avait descendu la voiture — mais tout d'un coup, ils n’arrivaient pas à démarrer une grande Volkswagen 4x4 garée devant notre petite Honda. Il a donc fallu appeler un chef qui a finalement réussi à démarrer le grand véhicule devant le nôtre et le faire descendre par le vrai ascenseur jusqu’au rez-de-chaussée.

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Côté publique — la grande table de desserte pour le thé et les petits gâteaux, où il manque pourtant les sandwiches qu'on me demandera de préparer juste après cette photo — mais, chuis pas chef de cuisine, moi !

Aujourd’hui je suis passé d’abord chez le coiffeur, qui m’a fait une coiffure un tout petit peu militaire — c’est la grande mode à la campagne, où la moitié des voitures affichent des autocollants disant « Support Our Troops » et il y a plein de militaires et de gardes côtiers, ainsi qu’une des deux usines à sous-marin aux États-Unis — et ensuite à la salle de sport. À treize heures, comme prévu, je me suis rendu, tout en veste, chemise blanche et jolie cravate anglaise, à la grande maison où l’on allait servir le « thé de Noël ». Je ne savais pas ce que j’allais faire, et on m’a tout de suite demandé de préparer des petits sandwiches de thé — c’est-à-dire des sandwiches de concombres, de jambon et d’autres substances curieuses. On était tous des bénévoles, dans le salon ainsi que dans la cuisine, où une jeune bourgeoise embêtante à l’intention de qui je me suis voué un dédain probablement éternel a travaillé à mes côtés pendant la majorité de l’après-midi. Que c’est drôle, la vie, hein ?

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Côté privé — l'usine à sandwiches

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Côté privé — on chauffe le cidre et de l'eau pour le thé

décembre 03, 2004

Les courses

Hier soir on est finalement allé voir La Mala Educación de Pedro Almodóvar — oui, oui, je sais, ça fait des années que ce film est sorti en Europe et que tout le monde l’a déjà vu — n'importe, car encore une fois j’ai quitté le cinéma tout émerveillé par le talent de ce type Almodóvar. Il est tout simplement le meilleur metteur en scène au monde à présent — il est sentimental sans être sucré artificiellement à la façon de Spielberg et tant d’autres à Hollywood, il nous offre plein de petits gags visuels qui font plaisir à ceux qui les remarquent, mais qui ne diminuent pas la compréhension de ceux qui ne les ont pas vus. C’est un génie, y a plus rien à dire, et regarder un de ses films me donne toujours envie d’aller vivre à Madrid, de parler espagnol (qu’est-ce que c’est beau d’écouter la messe célébrée en espagnol par le père pédophile — un des multiples contrastes déroutants dans ce film). C’est amusant aussi que l’histoire se déroule dans les années 80, à peine dix ans après la mort de Franco en 1975 — les voitures, les décors, les modes un peu arriérées ou imitées de l’étranger (Boy George, par exemple), les chaussettes rouges qui vont avec la chemise du même couleur du metteur en scène chic, l’Olivetti d’Ignacio, la Selectric d’IBM dans le bureau d’Enrique, ce sont des détails vraiment impressionnants.

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Quelques nuages roses au-dessus de la 8e avenue dans le Village

Ce matin j’ai dû passer chez le comptable pour la préparation de mes impôts, mais comme il nous manquait quelques papiers, on l’a reporté à plus tard. Le bureau se trouve au 17e étage de l’immeuble Grace, un énorme immeuble avec une façade courbée qui donne sur le parc Bryant juste derrière la Bibliothèque publique de New-York. Il fait beau aujourd’hui, un peu frais, mais agréable. J’ai donc décidé à me rendre à la galerie à pied — l’exercice me fait du bien, en plus. Dans le parc Bryant je remarque des projecteurs — on doit être en train de tourner quelque chose. En effet, on fait une publicité pour la bière mexicaine Corona dans laquelle il y a une sorte de clown-bouffon attaché par une corde à une grue. On le lève après quelques minutes pour le mettre devant quelques tables remplies d’acteurs — pour quelle raison thématique, je l’ignore tout à fait. Il y a aussi dans le parc une sorte de marché de Noël.

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La tour Condé-Nast dans le Times Square

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On tourne une pub de bière dans le parc

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Le clown a de la patience

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On teste la corde par lequel il va être suspendu

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On le met devant les tables il n'est pas clair pourquoi

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L'immeuble Grace, c'est un peu une sculpture de Richard Serra, en plus léger

J’ai continué mon chemin vers la galerie en descendant la 6e avenue jusqu’à la 34e rue, importante transversale de Manhattan, que j’ai suivie jusqu’à la 8e avenue.Chez l’horloger Tourneau, qui a une boutique dans le complexe de la gare de Pennsylvanie et la gare des chemins de fer de Long-Island, j’ai convoité quelques montres Rolex et Omega (je viens de perdre ma montre, une Swiss Army pas chère et ces montres-là seront pour le jour où je gagne la loterie) avant de poursuivre ma route.

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La tour de l'Empire State Building est omniprésente dans ce quartier

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La 34e rue ouest dans l'ombre avec la tour One Penn Plaza au fond

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La façade est du grand magasin Macy's avec un taxi qui fait de la pub pour Paris.biz — un site très « franco-friendly »

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La façade est de la grande Poste centrale dans la 8e avenue — avec le code postal 10001

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L'Empire State vu de la 33e rue et la 8e avenue, tout près de la gare de Pennsylvanie et le Madison Square Garden à gauche

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L'entrée aux French Apartments dans la 30e rue ouest, anciennement (je crois) un hôpital établi par la Société française de bienfaisance

La grande critique du Times vient de passer à la galerie — c’est curieux, je croyais que tout le gratin de l’art était toujours à Miami pour la foire. Elle a pris un communiqué de presse pour l’expo, elle va peut-être écrire quelque chose pour le journal.

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Le minimalisme chelséen du quartier des galeries — celle du milieu de la photo s'appelle Paul Kasmin

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Et on tourne même dans notre petite rue — de grands spots qui éclairent l'ancien atelier de l'équipe de l'artiste Mark Kostabi — je ne sais pas s'il est encore là

Ce soir on part à la campagne — demain après-midi je vais être un « hôte » pour un « thé de Noël » (non, moi non plus je ne sais pas exactement de quoi il s’agit là) — je vais sûrement forcer les gens à bouffer des gâteaux secs entre bouchées de thé insipides. Ça va être gai !

J’ai passé une grande partie de ma jeunesse dans la ville d’Atlanta — c’est bizarre de retrouver dans un carnet francophone les échos de ce passé dans le blog de Sébastien, qui fait du kayak sur le lac Lanier au nord de la métropole. (Il y a des troncs d’arbre dans le « lac » parce qu’il s’agit en effet d’un réservoir artificiel qui avait inondé toutes sortes de vallons — aux bords on y voyait des branches sortant de l’eau, une raison de plus pour ne pas vouloir y baigner ! Moi, j’avais toujours peur qu’une main d’un noyé invisible ne vienne me saisir et me tirer vers le fond — un peu comme ce qui est arrivé à Carrie — la Spacek, pas la Bradshaw.

décembre 02, 2004

Les contraventions canines et morales

Je sais que je ne devrais pas rigoler. Le copain, un peu fâché contre moi qu’il accuse d’avoir lancé une fatwa mondaine contre son père (c-à-d, je refuse de le revoir), a pris Betty pour faire avec elle une tournée inaccoutumée au parc canin dans le Washington Square Park — il voulait souligner surtout combien il lui est attentif, tandis que moi je lui donne seulement à manger le soir. Une querellette de couple typiquement remise sur un sujet (comment s’occuper de Betty) autre que la vraie. Il est rentré sans beaucoup dire et il s’est tout de suite assis devant le téléphone dans son bureau. Curieux. Je note qu’il sort de sa poche un papier rose — tiens, ça me dit quelque chose — ah ! c’est une contravention ! Mais pour quoi ? On n’a pas sorti la voiture. Qu’est-ce qu’il a fait, lui ? Il me la tend et je lis. Ah la la, deux agents policiers du département des parcs (qui ne sont pas de vrais flics mais qui ont quand même quelques pouvoirs) lui ont donné une contredanse pour avoir laissé Betty courir sans laisse dans une petite partie du parc. Elle avait voulu courir après les écureuils qui s’y trouvent en hordes, le copain l’avait détachée de la laisse, et hop ! on lui a foutu une contravention de 50 $. Non, il n’était pas content. (Betty, par contre, a visiblement pu se remettre sans grand mal.)

En plus, il devient pornographe, le copain ! Si, si. Il y a deux jours je l’entends taper comme un fou sur le clavier de son portable — ce qu’il ne fait jamais et la raison pour laquelle je suis passé voir ce qui se passait. Je le trouve tout souriant et je lui demande s’il n’a pas attrapé la maladie de la messagerie instantanée, grave chez les jeunes — mais non, il m’assure, il est en train d’écrire une histoire. Quoi ? je lui réponds, stupéfait. Il n’a jamais fait signe du moindre goût pour la littérature — il aime surtout les bandes animées, un peu de science-fiction. « Oui, » il me répond, « j’écris une histoire érotique. » Ah ! Il est tout content, il faut avouer, et alors il me dit gaîment, « Mais c’est tellement facile d’écrire. Je ne savais pas… » Tac tac tac sur le clavier.

Bon, hier soir il m’apprend que le premier chapitre est terminé. Il s’agit d’une histoire de « maîtrise mentale » (c’est tout un genre, je n’en avais aucune idée) mais je ne l’ai pas lu. Le copain se plaint de la complexité de l’histoire dont il vient d’entamer la narration. « Mais », il soupire, « il va me falloir une cinquantaine de chapitres pour pouvoir arriver à la fin de l’histoire, pour résoudre toutes les intrigues commencées dans le 1er chapitre. » Le pauvre.

Je trouve qu’on suit dans les médias d’ici les événements en Ukraine avec une sorte de « pudeur distanciée » — pour ne pas trop soulever de comparaisons gênantes avec nos propres présidentielles. Au JT quotidien du soir on n’en parle e