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janvier 31, 2005

Bienvenue

Voici un site satirique dont le slogan serait le provocateur « We are the wise sheep. »

Il y a un autre Américain qui tient un carnet en français — à New-York, bien sûr, je note avec une certain fierté. J'ai découvert son carnet chez Jérôme de Inside the USA. Ce nouveau carnet web s’appelle East Village Blog et il écrit un français que j’envie. Il faudrait aller lui dire bonjour.

janvier 29, 2005

Un samedi chargé

Le plus choquant c’est que ce petit film ne m’a pas tellement choqué.

Question du moment : Le monde est-il plus sûr maintenant ? Une analyse fort intéressante faite par une équipe de journalistes de The Independant et que j'ai lue d’abord ici chez le carnet Free Iraq de l’Irakien Imad Khadduri.

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Betty joue avec le copain dans la neige

On s’est promené un peu avec Betty cet après-midi avant d’aller au supermarché. Parce que ce soir je fais un dîner pour huit — une sorte de ragoût de poulet et des légumes en plat principal, une « salade tiède de lentilles » comme entrée, des fromages qu’on a achetés à New-York (Livarot, Saint-Nectaire, Comte et un chèvre), et des chaussons à la mode comme dessert (c’est le copain qui s’en occupe). Parmi les invités sera un couple marié dont on soupçonne le mari d’être gay. C’est la première fois qu’ils viennent chez nous. Ne vous inquiétez pas, il y aura plein de chaperons, dont ma mère et l’amie écrivain.

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La louve des neiges (cela suggère le nom un personnage de Jack London, n'est-ce pas ?)

janvier 28, 2005

Errance dans la carnetosphère

Faute de clients par ce temps toujours glacial (à part un couple de Français qui chuchotaient entre eux devant les tableaux), j’ai pu faire une longue tournée de carnets aujourd’hui, dont certains comme toujours m’ont impressionné particulièrement.

Tout le monde doit le savoir déjà depuis longtemps, mais ce sacré Ron l’infirmier est incontournable. C'est un conteur né. Hier soir le copain a insisté à regarder le film I, Robot (daube pénible à mon avis) tandis que moi je continuais à m’amuser sur l’ordinateur (je suis très fort, vous voyez, en « multitâche »). Je faisais une recherche Googueule™ sur la phrase « garçons sensibles » qui m’avait faire rire en lisant ce billet chez les adorables Montpelliérains Jeff et Olivier (que je croyais à tort habitants de Toulouse — il va falloir que je révise ma géographie de France et que je fasse aussi plus d’attention) et je suis tombé sur un billet écrit par l’infirmier Ron et daté le 11 novembre 2004 (publié sur l’ancien site) que je ne retrouve plus aujourd'hui. (Matoo en parle aussi dans son billet sur l'opéra — ô surprise ! plein de pédés, paraît-il). Mais en tout cas, j’ai passé de très bons moments à lire d’autres billets du talentueux Ron, dont je signale cette sélection qui m’a fait rire et pleurer:

Nooon merci, j’ai arrêté

Je ne lui mens jamais jamais jamais sauf

« Mais il me drague ou bien ?? »

Histoire de 1er décembre

On dit vraiment n’importe quoi à propos des « blogs » ces derniers jours, mais le talent qu’on voit clairement dans un carnet tel Ron l’infirmier n’a pas besoin de la mode pour se faire reconnaître. Ça se voit tout de suite, tout comme le talent chez Laurent, Veuve Tarquine, Petite Anglaise, Pasfolle, Pierre, Phersü et plein d’autres qui m’impressionnent par leurs regards variés et distinctifs sur la vie que nous menons tous. Pas besoin de publicité payée — pour chacun la bouche à l’oreille du clavier a fait, et fera, l’affaire.

Chez Finis-Africæ j’ai trouvé un excellent billet sur les origines trop humaines de l’horreur représentée par Auschwitz, parmi plusieurs exemples. (Et il a un joli salon en plus.)

Sébastien à Atlanta offre une visite photographique d'une partie du « New-York du Sud » où j’ai vécu pendant des siècles avant de m’installer ici dans le New-York du New-York.

Ebb de Mon-Île, qui va bientôt en Afrique de l’ouest, commente sur les univers parallèles chez les carnetiers, phénomène qu’elle remarque en particulier, et avec raison, dans le scrutin des meilleurs carnets européens organisé par A Fistful of Euros. Comme elle, j’ai découvert tout un monde de carnets dont je n’avais jamais entendu parler — un univers parallèle et pourtant tout à fait à part du mien.

Et pour terminer, on m’avertit très gentiment qu’on trouve une autre journaliste française en résidence à New-York qui n’a pas pu résister à la tentation d’ouvrir un carnet web. Elle s’appelle Camille Le Gall et on trouvera La gazette new-yorkaise à cette adresse : http://camillelegall.typepad.com/gazette/. (Mais dites donc, je trouve que ça devient un peu serré, cette p’tite île de Manhattan, avec tous ces journalistes professionnels francophones de naissance — avec toute cette concurrence je crois que je vais bientôt être obligé de fermer boutique !)

janvier 27, 2005

Un froid de ...

Le commentateur culturel Frank Rich vient de faire preuve encore une fois de ses talents d’élucidation dans cet article paru aujourd'hui dans le Times en ligne.

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Dans la rue Bleecker

Il fait un froid (de canard, sibérien ou de loup, à vous de choisir) chez nous — à –13º C les pieds sont plutôt gelés sous la table où je suis assis devant l’ordinateur. Il m’a fallu une longue douche bien chaude (et on ne paie pas l’eau, on a de la chance) pour me réchauffer à fond. Puis je suis allé à pied à la galerie. Heureusement pas trop de vent, donc pas trop pénible. Il n’y a bien sûr personne à visiter les galeries par ce temps peu clément. Mes collègues de couloir, galeristes eux aussi, se plaignent du chauffage (pas assez) et entrent de temps en temps pour mettre les mains aux deux radiateurs, surtout parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire.

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L'intersection de la 14e rue ouest, la 9e avenue et la rue Hudson, avec le restaurant belge Markt au centre, le supermarché très bon marché Western Beef à gauche

A la maison on attend trois DVD de Netflix (lundi soir nous avons revu Le Mariage de Maria Braun de l’extraordinaire Fassbinder). Un de nos hôtes avait remarqué mardi soir qu’il n’aimait pas du tout Fassbinder — « trop mélo » il a dit. C’est curieux, je me suis tout de suite aperçu que c’est justement ce côté « mélo » mélangé au dur et au pratique que j’apprécie chez Fassbinder comme chez Almodóvar. À propos du cinéma, j’ai trouvé les nominations pour l’Oscar cette année tout à fait minables. Les électeurs de l’Académie ont voulu éviter les controverses en ne nommant ni Fahrenheit 9/11 ni La Passion du Christ comme meilleur film, mais le nouveau Almodóvar n’y apparaît pas non plus (il y a peut-être une raison que j’ignore), ni le film vraiment original Tarnation (qui a dû faire peur aux membres de l’industrie cinématographique de Hollywood, vu que le metteur en scène l’a fait avec un iMac et 200 $ — mais tour rapide chez Google m’indique que le film est sorti en 2003, donc c’est trop vieux pour se trouver parmi les nommés.)

Je relève le défi de photo de salon de garçons sensibles (ah la la, la phrase me fait sourire — « garçons sensibles » indeed !) fait par ces deux garçons sensibles de Toulouse (oups ! de Montpellier, mille pardons), Jeff et Olivier, dont je suis fidèlement leurs aventures. Je leur fera parvenir une photo du « living » de chez nous demain matin au plus tard, un peu plus rangé que d’habitude, bien sûr (non, mais…), mais pas trop. En tout cas, je suis le plus bourgeois des bourgeois en matière de décoration — j’aime bien le moderne mais je n’ai jamais vécu dans un décor vraiment moderne, probablement parce qu’il faut être très très organisé, ce que je ne suis pas. Le copain non plus (ce qu’il disputerait, lui, mais il y a de ces fantaisies de domesticité idéale dont on ne se relève jamais malgré toute l’évidence.) En plus, on déteste notre appartement (mais non pas sa situation, qui est excellente, tout au milieu d’un quartier fantastique) et nous avons résolu de ne rien dépenser pour l’améliorer puisqu’on va un jour déménager pour un nouvel appartement phénoménal dans le même quartier — fantaisie très new-yorkaise et aussi très banale, je le sais.

Et en ce qui concerne le salon de nos amis dont j’ai parlé dans ce billet précédent, j’aurais tort de ne pas souligner le fait qu’on se sent très bien chez eux, assis dans un fauteuil confortable, un verre d’un bon vin à la main, un feu accueillant dans la cheminée. Pour le copain et moi, l’aspect le plus luxueux c’est l’espace qu’ils ont — nous parlons souvent du sous-marin dans lequel nous vivons où tout est étroit et serré.En fait, je n’ai pas du tout voulu me moquer de leur appartement ni de la façon (très correcte, d’ailleurs) dans laquelle ils l’habitent. C’est plutôt que je les envie.

janvier 26, 2005

Un couple d'homos comme il faut (non, c'est pas nous !)

Un ancien collègue à moi a invité hier le copain et moi à dîner avec lui et son copain chez eux. Ils sont tous les deux architectes de formation, mais mon ami travaille comme décorateur d’intérieurs et l’autre est dessinateur pigiste pour les plans de bâtiment et d’architecte. Ce sont de bons homos, c’est-à-dire qu’ils habitent un bel appartement tout propre, tout rangé, plein de jolies choses très choisies, de vieux meubles anglais, de vieilles bibliothèques néogothiques du milieu du19e siècle, les abat-jour en soie pliée, de belles statuettes égyptiennes sur les bureaux et sur la cheminée, et tout et tout — bon, d’accord, tout à fait le contraire de comment nous vivons chez nous, le copain et moi, dans le bordel le plus bordélique. En fait c’est assez déprimant de voir comment les autres réussissent à mener leurs vies sans les piles de linge sale, les fils à câble qui traînent par terre de chambre en chambre, le futon couvert de livres, de papiers, de factures, de journaux, de vêtements.

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Un salon comme il faut — pas besoin de se bousculer, car il y a de la place, et en plus c'est propre — grrr

Ils sont aussi un peu maniaques sur les restaurants — pour l’architecte, le critique culinaire du Times est un dieu. Quand ils voyagent, ils essayent de manger dans les restaurants notés par le Times — à Paris ce Thanksgiving dernier, ils ont mangé chez Taillevent, Le Grand Véfour et Markt, pour ne citer que les noms que j’ai retenus. (Le plus maniaque n'a pas aimé Le Grand Véfour, il a toléré Taillevent, et pour Markt — « mais là c'est Jean-Georges Vongerichten, on a plusieurs de ses restaurants déjà à New-York » il soupire). Mais j’ai toujours l’impression qu’il s’agit moins d’un plaisir que d’une sorte d’obligation — il faut avoir mangé un soufflé (par exemple) préparé par un tel, si seulement pour avoir le droit (et le plaisir, souvent) de le déclarer « rien de spécial ».

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Une belle table avec les verres à vin tout à fait corrects — grrr

Il y avait aussi un Français qui habite New-York depuis douze ans (carte verte légale obtenue sans le mariage et après six ans). Sympa, il travaille comme restaurateur de mobilier d’art dans son atelier à Brooklyn. Il court aussi des marathons (il va faire Paris avec son copain en avril), et lui et copain ont parlé course à pied. Super gourmets, nos deux hôtes ont préparé un repas vraiment excellent, accompagné de vins rouges de Californie que, pour la première fois, j’ai appréciés (dont un Beckmen délicieux).

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Voilà un cadeau utile offert par le copain en cadeau de Noël attardé — une caisse de café Bustelo, mon favori, al gusto hispano — pour ne pas dire cubano !

Il a failli neiger encore ce matin — mais après quelques flocons, le ciel a abandonné l’effort. Les trottoirs sont dégueulasses — c’est vraiment la saison sale ici en ce moment.

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Blanche Neige n'a visiblement pas fait le ménage ce matin

janvier 25, 2005

Après l'empire: quelques notes

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En route vers la galerie, je traverse la 8e avenue vers la petite place Abingdon

Ne possédant aucune compréhension spéciale de l’économie, de la politique économique, ou de la démographie, pour ne citer que quelques-unes des sciences dont s’est servi, avec une facilité parfois déconcertante, Emmanuel Todd dans son livre Après l’empire, je n’ai aucun moyen de déterminer si l’auteur aurait raison ou tort (ou un mélange des deux) dans ses thèses et dans ses conclusions. Mais une chose est certaine : ce qu’il a écrit a de l’intérêt.

Pour l’Américain qui habite, comme moi, un pays saisi d’une peur presque irrationnelle contre un « Islam » de fantaisie qui semble à la plupart de ses concitoyens voué à notre destruction, il peut être étonnant de lire que : « Très souvent, peut-être même dans une majorité des cas, le décollage culturel et mental s’accompagne d’une crise de transition. Les populations déstabilisées ont des comportements sociaux et politiques violents. L’accession à la modernité mentale s’accompagne fréquemment d’une explosion de violence idéologique. […] Le Djihad au nom d’Allah des années récentes n’est pas, dans toutes ses dimensions, d’une nature différente [NDLR : de la guerre de religions en Angleterre dans le 17e siècle]. S’il est loin d’être toujours libéral, il ne représente cependant pas, fondamentalement, une régression mais une crise de transition. La violence, la frénésie religieuse ne sont que temporaires. » Donc, le terrorisme islamiste ne serait que l’expression externe violente d’un changement de mentalité interne, et non pas la « croisade de valeurs dites occidentales » prônée par tant d’Américains, et aussi par certains Européens.

Todd répète souvent les deux raisons qui expliqueraient selon lui la marche continue, toutefois avec quelques heurts, vers le progrès : « la généralisation de l’alphabétisation de masse et la diffusion du contrôle des naissances. » Pour la première, Todd remarque que « les conséquences de l’éducation sont innombrables. L’une d’elles est de déraciner mentalement les populations. » Pour lui, ce déracinement est bon et nécessaire à la modernisation, à la « détribalisation » mentale. « L’apprentissage de la lecture et de l’écriture fait effectivement accéder chacun à un niveau supérieur de conscience. » En ce qui concerne la natalité, Todd démontre tout simplement que les pays de vieille démocratie libérale ont des taux de fécondité nettement inférieurs aux pays en voie de développement, mais aussi que les taux de derniers tendent à baisser, finalement se ressemblant à ceux des démocraties libérales.

Mais il faut se rappeler que le « dessein limité de ce livre […] est d’examiner le réaménagement du rapport de l’Amérique au monde. » Et là encore, on arrive à des conclusions et à des déclarations qui sont pour le moins frappantes pour un lecteur américain, qui n’a sûrement que très, très rarement eu l’occasion de voir sa patrie, qu’il croit unique et en quelque sorte bénie, rangée avec méthode et chiffres aux côtés de ces empires disparus dont il a peut-être il y a longtemps entendu parler en classe. L’Américain a du mal à imaginer un monde sans l’Amérique. L’Américain a du mal à envisager un monde où l’Amérique serait considérée comme un parasite. L’Américain a du mal à croire qu’il ne vaut pas plus qu’un Chinois, qu’un Congolais, qu’un Russe ou qu’un Brésilien — et ce n’est pas du racisme ! C’est une prétention renforcée par tous les médias, par tous nos hommes politiques, par les événements eux-mêmes — je me souviens des publicités de condoléances qu’on voyait dans le Times des jours qui suivaient le 11 septembre — les pays et les villes étrangers sont venus à nous nous faire signe de leur choc et de leur sympathie, mais je me rappelle aussi combien toutes ces pages payées aux propriétaires du Times m’ont semblé une sorte de tribut médiatique obligatoire venant de pays vassaux. (Il y avait aussi de la solidarité, je le sais, et j’en ai été personnellement très ému, mais bon…)

Todd écrit que « le redéveloppement des forces armées [américaines] découle d’une prise de conscience de la vulnérabilité économique croissante des États-Unis. » Vraie ou fausse, voilà une idée dont je n’ai jamais entendu parler une seule fois dans la presse ou à la télévision. D’abord, parce que, pour l’Américain moyen, il ne peut être question que la politique étrangère américaine agisse en malfaiteur conscient de soi. Oui, d’accord, on admet avoir fait des erreurs, d’actions et de jugements, mais le « cœur américain » reste en principe bon — une raison pour laquelle on accepte facilement les discours comme celui qu’a fait Bush lors de son inauguration où il y avait tant de « freedom » et de « liberty ». Nous habitons « the land of the free, and the home of the brave ». On est libre et courageux, on se le répète à maintes occasions. On n’est pas des salauds, on ne peut pas l’être. C’est pourquoi il est tellement facile au public américain de croire les assurances des chefs militaires à propos de ce qui s’est passé à la prison d’Abou Graïb — la torture prouvée par les photographies n’impliquait que quelques « pommes pourries », non pas les officiers, non pas les autres soldats, qui doivent rester « bons » et « braves », sinon…

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Avec la neige qui fond, les poubelles qui débordent de déchets, c'est le bordel aux carrefours d'avenues et de rues — ici j'attends pour traverser la 9e avenue à l'angle de la 23e rue

Todd prétend que le président Johnson a été forcé à faire adopter la loi sur les droits civils de 1964 aux États-Unis pour concurrencer l’attrait du communisme : « À l’intérieur de la société américaine, la concurrence de l’universalisme communiste a rendu la lutte contre la ségrégation des Noirs nécessaire. Le monde, sommé de choisir entre deux modèles, ne pouvait pas opter pour une Amérique traitant certains de ses ressortissants comme des sous-hommes. » Je ne sais pas si c’est vrai, mais je l’ai trouvé fort intéressant.

Todd postule une contradiction fondamentale dans la politique internationale américaine, qui est la suivante : « les États-Unis doivent stabiliser durablement un équilibre économique impérial sans en avoir réellement les moyens militaires et idéologiques. » Ce qui m’a rappelé la nouvelle requête d’argent pour l’Irak, dans la somme de 80 $ milliards, qu’on vient d’annoncer ce matin.

Todd parle aussi beaucoup de l’avenir plutôt beau pour la Russie, pleine de ressources naturelles et humaines. (Curieusement, il parle beaucoup moins de la Chine, qui ne semble pas lui intéresser trop, je ne sais pas pourquoi — ici, par contre, c’est la Chine qu’on redoute.) Selon Todd, « la globalisation dans ses effets les plus profonds déplace vers l’Eurasie le centre de gravité économique du monde, et tend à isoler l’Amérique. » Ce qui aurait tendance à bénéficier les deux pôles les plus économiquement puissants de cette masse, à savoir l’Europe et le Japon. La Russie en tirera avantage aussi, puisqu’elle possède les ressources naturelles dont les deux bouts auraient besoin. On trouve beaucoup d’autres thèses proposées dans ce livre, dont quelques-unes me semblent douteuses : dans un chapitre intitulé « Féminisme anglo-saxon et mépris du monde arabe » il écrit que « L’Amérique, de plus en plus intolérante à la diversité du monde, identifie spontanément le monde arabe comme antagoniste. L’opposition est ici de type viscéral, primitif, anthropologique. » Moi je trouve que c’est un peu fort et que la diversité aux États-Unis et dans sa vision du monde n’est pas une cause perdue. En plus, les gens du Moyen-Orient sont de moins en moins étrangers chez nous — notre population se globalise aussi, ce qui va avoir une influence plus ou moins grande sur la politique.

En fin de compte, Todd note que « la guerre américaine contre le terrorisme, brutale et inefficace dans ces méthodes, obscure dans ses buts réels, a fini par être révélateur d’un véritable antagonisme entre l’Europe et l’Amérique. » Les inconnus restent dans l’équation, j’en conviens, mais si j’avais des sous à investir quelque part, je pense que j’aimerais les placer en Europe ou au Japon — on ne sait jamais et on me dit qu’il est toujours recommandé de diversifier.

janvier 24, 2005

Les meilleurs carnets européens

Il est agréable de remarquer combien de carnets rédigés en français figurent parmi les candidats nommés au concours pour les meilleurs carnets web européens organisé par le site A Fistful of Euros. Il est agréable aussi de remarquer combien ces carnets représentent une excellente sélection de quelques-uns des meilleurs talents de la carnetosphère francophone européenne. Parmi les nommés il y en a que je ne connais pas, ou très peu, et il va être un plaisir de les découvrir.

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Il n'est pas toujours très beau à New-York le lendemain d'une grande tempête de neige

Je tiens donc à remercier vivement tous les carnetiers de A Fistful of Euros de cet effort pour reconnaître quelques-uns des meilleurs carnets européens et j’espère qu’on profitera de l’occasion pour faire un tour à la page des nommés, et ensuite de voter.

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Il n'est pas facile non plus de « Keep New York City Clean »

En passant: à quand un concours pour les carnets web francophones du monde entier ?

janvier 23, 2005

La tempête de neige (finale)

Super photos de la tempête de neige prises à Boston, dans le quartier de Beacon Hill chez Guillermito !

Chez nous au Connecticut Betty aime la neige mais elle lui pose des problèmes inattendus à certains moments, comme à celui-ci, quand elle avait demandé à sortir dans le jardin derrière la maison.

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Betty veut sortir

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Je lui ouvre la porte

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Betty réfléchit sur le problème posé par la neige

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Puis elle fonce

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Ça y est !

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Dans le jardin

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Elle inspecte dans la neige

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Puis elle rentre, couverte de neige et contente

La tempête de neige (suite)

Tandis qu’on est enseveli sous la neige ici en Nouvelle-Angleterre, on manque de l’eau à Bagdad, où la carnetière Riverbend note avec une tristesse sans trace de cynisme : We've given up on democracy, security and even electricity. Just bring back the water.

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Dans notre rue, en allant chercher le journal

La voiture, stationnée dans la rue devant la maison, devra être dégagée à la pelle d’une grande congère demain matin quand je compte rentrer à New-York. J’ai apporté le Times à l’amie écrivain, son livreur (une femme) ayant décidé de rester chez elle ce matin. Il y a beaucoup de vent du nord-est, mais la température n’est pas — pour le moment — trop désagréable et j’ai pu faire une petite promenade avec l’appareil photo.

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La neige atteint un niveau nouveau devant nos portes de derrière

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Une entrée de maison près de chez nous

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Une maison en bois typique de la Nouvelle-Angleterre, avec un boulet qui date de la guerre de 1812 au premier plan

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Une entrée de maison bloquée

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Une maison glacée dans notre rue — on se croirait en Terre-Neuve, non ?

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Une autre entrée de maison bloquée

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En pleine tempête au bord de la mer

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Des rochers couverts de glace

janvier 22, 2005

De plus en plus fort

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Le niveau de la neige dépasse le bas des portes

Je suis sorti quelques minutes avec Betty, dont les pattes se sont vite incrustées de neige et de glace — ce qu'elle n'a pas aimé du tout !

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Photo débile, désolé — il y avait trop de vent, trop de flocons de neige — le petit « Stop » au fond, la rue ensevelie

La tempête de neige tant attendue

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Photos prises vers 15h30

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On nous dit qu'il va neiger jusqu'à 7 heures demain matin

Les vérités désagréables

La vérité continue à assiéger l’administration Bush, qui a, avec une discrétion des plus révélatrices, rayé de la célèbre liste des pays de la « Grande » Coalition en Irak dix-sept pays qui se sont montrés moins « coopérants » qu’avant. M. Cheney, dans une émission avec un commentateur radio populaire, « s’inquiète » de la possibilité qu’Israël ne décide de prendre en mains l’élimination des moyens de développement d’armes nucléaires par les Iraniens. Beaucoup de commentateurs ont déjà remarqué l’aspect frappant de « croisade » (ou plus correctement peut-être de « djihad chrétien ») du discours d’inauguration prononcé jeudi par Bush. Voici un extrait de ce discours : « The rulers of outlaw regimes can know that we still believe as Abraham Lincoln did: "Those who deny freedom to others deserve it not for themselves; and, under the rule of a just God, cannot long retain it." » Auquel un certain M. Robert Dreyfuss répond non sans un certain cynisme justifié par les faits: « And the “just God” will smite them. Strangely enough, most of these regimes are likely not only to be run by outlaws but sit on top of oil: Iran, Saudi Arabia, Venezuela. Coincidence? I think not. »

Ailleurs dans l'actualité curieuse, mais qu’est-ce ce qui se passe avec M. Chalabi, qu’on va arrêter, selon le professeur Cole, samedi pour « diffamation » contre le ministre intérimaire de la défense Hazem Shalaan ? On l’avait déjà accusé d’espionnage pro-iranien en mai 2004, mais le procès intenté semble avoir disparu, grâce à quelques protecteurs importants au Pentagone. Comme toujours, il s’agit de plusieurs centaines de millions de dollars dont on ne sait pas trop dans quelles poches elles ont finalement fini.

Le dîner avec ma mère s’est assez bien passé — rien de spécial en fait, ce pour lequel gratias ago. Elle a un drôle de chien, ma mère — un gentil petit Coton de Tuléar né à Philadelphie et dont les ancêtres sont venus du Madagascar. Il s’appelle Barney, comme le dinosaure violet qui a rendu fous tant de parents de petits enfants amerloques. Ses cheveux sont si fins et légers que, quand le copain lui caressait le dos, ils se dressaient en l’air à cause de l’électricité statique.

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Barney, le clebs électrifié de ma mère

Tout le monde se prépare pour la tempête de neige prévue pour cet après-midi. Le copain rentre à New-York ce matin — moi je compte rester ici jusqu’à lundi, il faut que quelqu’un débarrasse le trottoir des tonnes de neige, non ? Si ce n’est pas moi ou le copain qui le faisons, on doit payer 20 $ le nettoyage à un particulier qui nous vient de l’état voisin de Rhode Island.

janvier 21, 2005

Les crises à distance

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Une rangée de bâtiments typiquement newyorkais dans la rue Hudson sous un ciel clair d'hiver

Je venais de sortir d’une douche bien longue et chaude (il faisait autour de –10º ce matin) et je m’essuyais dans le couloir quand le copain m’a dit, tout sèchement, qu’un voisin avait téléphoné pour nous dire qu’il voyait sortir de notre cheminée à la campagne une fumée « noire et d’une odeur de mazout brûlé très forte ». Le copain avait déjà laissé un message chez le fournisseur de mazout, dont le bureau n’ouvre en principe qu’à huit heures et demie. Moi, plus hystérique, m’imaginant le pire, je n’ai pas attendu pour téléphoner à un ami qui habite tout près de chez nous — en fait, le maire du village qui est au chômage volontaire (il a lui-même démissionné de son poste) après sa défaite dans la campagne du novembre passé — où j’ai laissé un message au répondeur. J’ai tout de suite donné un coup de fil à une autre amie du quartier pour lui demander, si elle avait le temps, de passer voir ce qui se passait chez nous. C’est alors que le bip du service appel en attente a sonné — le maire allait passer chez nous d’abord pour ouvrir les portes et ensuite pour nous décrire l’état de la maison. Il est donc passé et a éteint la chaudière, laissant ouverte la porte de devant pour le mécanicien, qui est arrivé une demi-heure plus tard. Le maire avait aussi ouvert quelques fenêtres pour essayer d’aérer le rez-de-chaussée rempli de gaz âcres, mais on n’osait pas les laisser ouvertes trop longtemps de crainte que les tuyaux ne gèlent à cause de la basse température. Le mécanicien nous a appelés ensuite à New-York et il nous a expliqué tout calmement qu’il n’y avait aucun danger — la chaudière n’avait pas été nettoyée depuis quelques années, il y avait plein de suie dans les tuyaux de la machine, (ce qui bloquait surtout un tuyau d’échappement par la cheminée et c’était la raison pour laquelle il y avait tant de fumée dans la maison elle-même). Il a dû faire un nettoyage complet de la chaudière et brûler un peu de mazout déchargé dans une des chambres de combustion, ce qui a fait venir les sapeurs-pompiers pour « surveiller » l’effort. Ce qui a complètement affolé les voisins, qui nous savaient à New-York. Une vraie histoire de village. C’est le copain qui a décidé que nous devrions nous rendre sur place tout de suite pour examiner les dommages éventuels — quelques coups de téléphone plus tard, on est parti pour la campagne.

En effet, ça sent assez mauvais ici, au rez-de-chaussée, mais c’est curieux, on ne le remarque pas tellement au premier. Je ne vois rien de différent en ce qui concerne la chaudière.

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Voici la sale bête éhontée de la cave

Ce soir on profite de notre arrivée à la campagne plus tôt qu'anticipée pour aller chez ma mère, avec qui on dînera. C’est une tournée d’inspection discrète — ma sœur m’a dit hier que notre mère ne se porte pas tout à fait bien. Il faut donc que je lui demande en personne comment elle va. Et puis, ô joie, il y a la tempête de neige prévue pour demain soir !

Je vois qu’il y en a d’autres que moi qui souffriraient de la « Bush fatigue ». Publius de chez Legal Fiction (un carnet politique américain excellent, en plus) décrit parfaitement la maladie et ses symptômes.

janvier 20, 2005

La sangria fait du bien

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J'avais pris une autre photo plus correcte, avec le flash, mais je préfère l'ambiance suggérée par celle-ci

On est sorti hier soir avec l’amie marchande de tableaux pour faire un dîner de fin du monde — on parlait suicide, regrets, amours, tout en buvant plusieurs grands pichets de sangria chez El Charro español, un drôle de restaurant vieillot tout près de chez nous dans la rue Charles où l’on n’avait jamais mangé. Il n’y pas beaucoup de monde à cause de la neige. La sangria était très bonne, exactement ce qu’il nous fallait à ce moment-là. L’amie marchande de tableaux n’a pas pu faire ses tests hier à cause d’un « embouteillage » dans la clinique et on les a donc reportés à vendredi matin. Elle est curieusement sereine sur son avenir, qui n’est pourtant pas prometteur dans l’immédiat. Son frère arrive de Sydney à la fin du mois. Sa mère viendra de Denver en même temps.

On l’a raccompagnée chez elle après le repas — le Village paraissait plus pittoresque qu’ordinaire sous une nouvelle couche peu épaisse de neige. En remontant la rue Bleecker on a vu les sapeurs-pompiers devant l’immeuble qui appartenait autrefois au couple d’antiquaires français Pierre et Pierre (d’où le nom de leur boutique célèbre Pierre II) — ils sont tous les deux morts du sida il y a quelques années, l’immeuble doit appartenir à la succession.

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On voit les pompiers dans la rue Bleecker

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Ils sont comme des personnages du film Tron

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Le brave Roméo monte au secours de sa Juliette — ou Jules, comme vous voulez, on se trouve en tout cas au Village — au premier étage

Je n’ai pas eu le cœur de suivre l’inauguration à la télévision. C’est trop triste, trop dégoûtant. Je suis tout à fait d’accord avec l’éditorialiste Mark Morford, excédé lui aussi. Je me demande quand même ce qui se passe avec la confirmation de Mlle Rice — on va permettre neuf heures de débat au Sénat sur sa confirmation. Et la confirmation de M. Gonzales a été retardée par le sénateur Kennedy. Ce n’est pas normal, tout ça.

Et finalement, j’ai réussi à ne pas dépenser un sou aujourd’hui en protestation assez pathétique contre les excès de l’inauguration — cette fameuse journée de « Not a Red Cent » dont j’ai écrit il y a quelques jours. On va ce soir à un vernissage de photographies prises par un membre dit de la Haute Société Homosexuelle (on nous a promis une foule de beautés — on verra si c’est vrai ou pas) dans l'appartement d’un privé (ce qui est déjà suspect pour le snob du monde de l’art qui je suis), ensuite on rentre manger chez nous (peut pas aller au restau). Nous sommes très malins — on a acheté tout ce qu’il nous fallait hier soir — un potage « toscan » aux fèves, un poulet rôti, des haricots verts, une salade, du fromage. On mettra tout dans le micro-ondes pour réchauffer — à part les haricots verts, qu’il va falloir cuire. Voilà, on fait ce qu’on peut.

janvier 19, 2005

La fragilité

J’allais à pied à la galerie ce matin. J’avais pris la 8e avenue et je passais devant le petit parc juste au nord de la rue Horatio quand j’ai vu la voiture de police garée dans le sens contraire à la circulation, les phares allumés. Il y avait un petit groupe de personnes au milieu du trottoir dont une jeune femme qui se penchait au-dessus d’une personne en manteau beige et bonnet allongée sur le trottoir. J’ai remarqué un sac en tissu plein de trucs emballés, des courses peut-être, à côté, et puis j’ai vu les taches de sang d’un rouge presque choquant par son contraste avec le gris du temps, du manteau et des pavés du trottoir. On avait offert un mouchoir à la personne blessée (elle était tombée ?) qui était déjà couvert de sang. On avait pris la personne pas les épaule pour soulever un peu la tête. Le flic de la voiture parlait au portable, il a dû prévenir le SAMU. La vielle personne par terre avait l’air tout petit, tout bousculé, tout confus par ce qui lui était arrivé, et je me suis rappelé alors de combien il est fragile, cette vie qu’on a. Il suffit de faire un faux pas pour se retrouver par terre (dans le vrai comme dans le figuré). On n’a même pas besoin de faire un pas — on a fait savoir hier à l’amie marchande de tableaux que, en réponse à de nouvelles radiographies, son foie serait atteint de lésions cancéreuses. Cela voudrait dire, en toute probabilité, que son cancer s’est métastasé. Son opération est prévue pour le 8 février mais elle doit subir de nouveaux tests aujourd’hui pour savoir si l’on pourra garder cette date. On espère dîner avec elle ce soir, si elle en a toujours l’envie.

J’ai regardé, dans la salle des machines aérobiques, l’audience du comité sénatorial des affaires étrangères qu’on passait en direct du Capitole sur une des chaînes et j’avoue que cela m’a fait du bien d’écouter ce qu’ont dit la sénatrice Boxer de Californie sur la promotion de mensonges par Mlle Rice pour appuyer l’intervention illégale en Irak et le sénateur Biden, qui lui a énoncé une liste impressionnante de déclarations menteuses de la part de l’administration sur l’efficacité et le nombre de troupes irakiennes. Réagissant aigrement à l’accusation de Boxer (« I personally believe, this is my personal view, that your loyalty to the mission you were given, to sell this war, overwhelmed your respect for the truth », la Rice a répondu « And I would hope that we can have this conversation and discuss what happened before, and what went on before and what I said, without impugning my credibility or my integrity. » Rha la la, tu parles, salope. Ta crédibilité et ton intégrité, tu sais bien ce que tu peux en faire maintenant, elles sont toutes les deux tout à fait salies !

Et si tu ne veux pas me croire, ma belle menteuse et pourtant fidèle, regarde donc les résultats de ce sondage préparé pour la BBC. Ils ne vont pas te réjouir, je crois. Mais tu t’en fous, sûrement, puisque tu possèdes déjà l’amour qu’il te faut. Espérons que la Pickles restera toujours tranquille dans son aile de la Maison blanche à fumer comme un pompier et à te laisser seule en tête-à-tête avec le grand patron.

Combien de morts en Irak aujourd’hui ? Une dizaine ? Une douzaine ? Vingt ? Plus ? On se réveille et c’est toujours la même chose, sauf que les chiffres changent. Et en plus, on a le cours du Nikkei, tout comme lui. Voilà les infos qu’on a sur la radio publique — Attentats à Bagdad et à (Mossoul, Tikrit, Baiji, Kirkouk, n’importe), (une quantité variable) de morts, l’administration déclare que tout va de mieux en mieux, les élections changeront tout, bla bla bla, Schwarzenegger, peine de mort, bla bla bla, Worldcom, escroquerie, bla bla bla, le Nikkei est en hausse (ou baisse) de (une quantité variable) « points », et pour terminer, la météo.

Personne, jusqu’à présent, n’a rien dit sur les photos de « maltraitement » ou de « bizutage » (il faut bien sûr éviter à prononcer le mot « torture » — concept d’ailleurs très vague, comme l’a démontré notre ministre de la Défense Rumsfeld et le nouveau ministre de la Justice Gonzales) — de prisonniers irakiens par des troupes anglaises. On ne parle toujours pas de l’existence de la « reconnaissance noire » en Iran. On ne dit mot sur ce qu’on va faire si les élections en Irak sont trop perturbées pour satisfaire à personne. Dans ce contexte, suivre débilement le cours du Nikkei, c’est plutôt réconfortant.

Note à Netlex : la nouvelle mise en page me donne toujours des problèmes sous Safari — les « boutons » de la liste à droite de la page couvrent toujours les bouts droits du texte des billets, ce qui les rend embêtants à lire. En plus, je n’ai pas pu trouver une adresse courriel où envoyer ma « plainte » en privé !

janvier 18, 2005

Il fait trop froid !

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La 7e avenue vers le sud, à l'angle de la rue Charles, en direction du gymnase à gauche

Il fait trop froid, avec un vent du nord (merci, le Canada !) qui coupe comme une lame de rasoir. C’est affligeant de marcher à pied de chez moi jusqu’à la galerie à Chelsea mais je n’ai pas envie de me payer un taxi. Il faut souffrir, c’est dans nos gènes de protestant, la souffrance assainit et guérit, en dépit de ce qu’on prétend dans les pays chauds.

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Et vers le nord

Ce matin, de retour de la muscu, j’ai écouté quelques minutes de l’audience de confirmation de la Condoleeza devant les sénateurs. Là elle a eu le culot de critiquer le gouvernement vénézuélien de M. Chavez pour « des mesures illibérales » contre la presse et d’autres secteurs de la société.

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Une partie un peu perdue de la rue Hudson au nord de la rue Bleecker

Je me demande de temps en temps quelle sera la faille qui fera tomber ce régime ? Sera-t-il une chute du dollar ? Une révélation indiscrète de la part d’un membre mécontent de l’administration ? Une provocation militaire de quelque part ? L’assassinat d’un homme politique ? Un désastre naturel de l’échelle du tsunami en Asie ? Une explosion nucléaire au Moyen-Orient ?

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Une rue typique à Chelsea (ici il s'agit de la 22e rue ouest)

J’ai beaucoup aimé Les Invasions barbares — je l’ai trouvé élégant, mesuré, honnête. Bon, d'accord, ça fait un peu The Big Chill pour adultes, comme l'a remarqué le copain, mais bon, j’aime bien ce genre de réflexion intelligente sur la vie, et comment on la vit — les erreurs que l’on commet inévitablement, les omissions qu’on n’arrive pas à combler, les choix personnels qu’on repense en vue de circonstances évoluées. Triste, mais juste. (Et je ne savais pas que le Québec était aussi drôlement mafieux dans les hôpitaux ! — tout à fait comme ici, je parie !)

janvier 17, 2005

Le retour

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L'une des invitées d'honneur nous avait envoyé deux douzaines (!) de roses quelques heures avant le début du cocktail

Notre soirée « bohémienne » s’est bien passée — il y avait beaucoup de monde, difficile à bouger dans la maison.Et je n’ai même pas trop bu. Ce qui n’était pas le cas le soir suivant où l’on est allé dîner chez des amis gourmets et où il y avait plusieurs bouteilles de vin rouge. J’ai regardé un film sci-fi tout à fait débile jusqu’à trois heures du matin, voilà encore une raison pour laquelle je suis crevé.

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Des fleurs peu naturelles mises dans une sculpture du père du copain dans le vestibule minuscule

On est rentré à New-York dans l’après-midi. Ce soir on va manger des pâtes en regardant Les Invasions barbares grâce à Netflix. Demain tout rentrera en ordre, j’espère.

janvier 15, 2005

La fête

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La décoration d'intérieur de ce soir

Bon, on commence à ranger la maison pour notre petite fête de bienvenue au quartier ce soir — on s’attend à recevoir environ 125 personnes chez nous, et la maison est toute petite. Mais peu importe. Il fait froid (-3º ce matin), on va boire du pinard pas cher rouge et blanc (et français), on va bouffer des chips et des cacahuètes, on écoutera les cd d’enregistrements de poèmes et de chansons de Jacques Prévert (entendre chanter Marlène Dietrich est extraordinaire !), je vais m’habiller en jeans et col roulé noirs — tout cela fera très (bon, okay, est censé faire un peu) bohémien années 50-60, qui est après tout le leitmotiv général de la soirée. Il nous faut quand même acheter le vin, les amuse-gueule, les glaçons, les fleurs (j’espère trouver des œillets teintés de couleurs alarmantes et surnaturelles comme on en vend ici dans les supermarchés, n’est-ce pas, Pas Folle ?) et décorer la maison d’une façon un peu spéciale (style homobohémien démodé ?) Reste à savoir si cela va marcher ou plaire à nos invités.

Bon week-end à tous.

janvier 14, 2005

Quelques découvertes

C’est peut-être un heureux hasard qui fait que toutes ces expressions de francophobie qu’on trouve ici et là dans les médias américains nous font découvrir en même temps un fond de francophilie profonde aux États-Unis qui resterait caché si les gens ne le trouvaient maintenant en quelque sorte remarquable. Voici un poète américain dont, je l’avoue, je n’ai jamais entendu parler, qui donne des cours à l’université Princeton pour six mois et qui vit en France pour le reste de l’année (avec sa femme française). Ce poète C K Williams qui a fait l’objet d’un article dans le Times d’hier.

Ailleurs, suite à ce bel hymne à la ville de San-Francisco, qui le mérite bien à mon avis, paru dans l’homme qui marche, j’ai trouvé dans les commentaires à ce billet le carnet web d’un Sanfranciscain intéressant qui s’appelle A man could stand up. Rédigé en anglais, ce carnet, ainsi que son animateur, est imbu d’une culture française qui va bien au-delà de quelques pénibles clichés de la Tour Eiffel et des curiosités de la cuisine locale. À suivre.

Il est toujours intéressant de découvrir le sens un peu particulier de la phrase « un dîner en ville » qui pour moi ne signifierait plus qu’un repas pris dans n'importe quelle agglomération urbaine, mais qui en français « français » aurait, il paraîtrait, des connotations bien plus spéciales — dans la phrase, par exemple, « briller dans les dîners en ville », ce qui voudrait dire, si je l’ai bien compris, réussir à se faire voir dans la société. De toute façon, je ne brille que très rarement, dans les dîners ou ailleurs, mais on est allés, le copain et moi, à un dîner en ville offert par des amis qui émigrent au Canada, plus précisément à Victoria, en Colombie-Britannique. Pour le moment, et surtout jusqu’à ce qu’ils reçoivent leurs permis de séjour canadiens, ils gardent leur appartement à Manhattan. Celui-ci se trouve dans un immeuble de luxe énorme de verre et d’acier perché au-dessus de l’autoroute FDR Drive qui longe le fleuve de l’Est à la 72e rue est, à quelques pas du siège social étincelant de Sothebys dans l’avenue York. C’est un quartier que le copain et moi nous ne visitons que très rarement. On a décidé de prendre un taxi, le métro n’ayant pas de station commode pour s’y rendre. J’ai pris quelques photos sans flash (désolé pour mon instabilité) des environs avant de monter à l’appartement, qui se trouvait au 25e étage.

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Une allée d'arbres déserte dans la 72e rue est

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Des arbres illuminés devant l'entrée du parking souterrain de l'immeuble

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L'autoroute FDR en bas, le pont de Queensborough au fond

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L'immeuble a plus de 50 étages

L’un du couple est architecte et l’autre est financier — ils sont tous les deux super propres ! On a commencé avec un pâté un peu spécial, végétarien, peut-être, et un vin blanc correct.

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Dans le salon

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On peut remarquer, n'est-ce pas ?, le goût un peu sévère et chaste de l'architecte dans la décoration de table

Le dîner s’est bien passé — ils nous ont raconté une histoire d’une célébration de changement de sexe à laquelle ils avaient été invités à assister il y deux ans à Victoria. On s’était mis sur un pont, les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. La femme « changée » avait monté le pont jusqu’au centre, où se trouvait un rabbin qui a prononcé quelques prières, et puis « l’homme » est redescendu vers les hommes. Faut le faire, non ?! Nous nous sommes tous demandé comment la copine de l’ex-femme l’avait trouvé de changer d’un couple de lesbiennes en un couple hétéro d’un coup. A-t-elle vraiment voulu devenir hétérosexuelle ? C’est compliqué, non ?

On part ce soir pour la campagne, où l’on fait une grande fête pour laquelle j’ai acheté hier des lumières multicolores qui clignotent qu’on va mettre un peu partout à l’intérieur de la hutte. C’est comme ça qu’on fait « bohème » à peu de sous.

J’ai eu le grand plaisir de rencontrer mercredi un autre carnetier dont j’ai toujours apprécié ce qu’il écrit et publie — il s’agit de Luc du carnet What You See Is What You Get, qui est venu passer quelques jours de vacances à New-York pour voir des amis et des endroits qui lui sont chers après un séjour de six mois (je crois) au FIT où il faisait un stage. Il est charmant, sympa et plein de vie et je suis sûr que j’ai dû beaucoup l’ennuyer en l’obligeant à subir deux heures de bavardage (en anglais, car il parle cette langue merveilleusement bien) d’un vieux con comme moi. J’espère qu’il ne m’en voudra pas trop.

janvier 13, 2005

Le petit roux royal

Mais je ne savais tout de même pas qu’on appelait le Prince Harry « Ginger » — à cause, bien sûr, de la couleur rousse de ses cheveux (aux USA on dirait plutôt « strawberry blond ») mais aussi pour se moquer de lui, car ce nom suggère inévitablement l’actrice belle et bête Ginger (jouée par l’incontournable Tina Louise) de la série Gilligan’s Island. (Le diminutif « Ginge » est encore plus méchant.)

janvier 12, 2005

Miscellanées

Il ne faut pas manquer l’Apologie de la gentillesse chez coco. Une intéressante mise en question d’un aspect du caractère français qui est tout à fait le contraire de l'américain (mais la nécessité d'être bien vu reste le même chez les deux espèces).

« The few, the proud, the Marines », un slogan publicitaire pour les Marines changé en « the loud, the proud, the not-so-well endowed » lu dans un commentaire au billet intitulé « The merits of anti-Semitism ». Non, vous ne vous êtes pas trompés.

Est-ce qu’on peut traduire « the dining dead » par « les morts dînant » — phrase remarquable entendue dans le scénario d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind, qu’on a regardé ce soir ? Tiens, un metteur en scène français, qui a pourtant une drôle de gueule. (Merci, Netflix.)

janvier 11, 2005

L'esprit lourd

Je me sens tout à fait étourdi par le temps gris et mon manque de sommeil dû à l’emploi du temps du copain, qui a voulu se lever de bonne heure ce matin — il fait partie d’un groupe de chefs de PME homos et lesbiens (doit-on écrire « chefs lesbiennes » ?) qui se réunit toutes les deux semaines à 7 h 30 au Centre bisexuel, lesbien et gai pour faire, euh… je ne sais pas trop quoi, mais il y tient et donc on s’est réveillé tôt — même avant que le réveil ne sonne — après nous être couchés plutôt tard, vers minuit. Moi je lisais mon nouveau bouquin favori A Devil’s Chaplain de Richard Dawkins, professeur de zoologie à Oxford et à Berkeley — même crevé, j’ai du mal à ne pas continuer à découvrir des phrases dures et élégantes telles : « if there is mercy in nature, it is accidental. Nature is neither kind nor cruel but indifferent. (p. 9) » (c'est presque du Voltaire, non ?) et « Ethical principals that are based upon accidental caprice shouldnot be respected as if cast in stone (p. 26) ». Donc, je suis resté trop longtemps à lire dans le lit, tandis que le copain jouait, lui, au SimCity4, où l'on peut, paraît-il, construire des rues à sens unique. (« Ah ? » je lui ai répondu quand il m'a révélé cette « mise à jour » importante.)

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De mornes feux rouges à l'angle de la rue Charles et la rue Hudson, avec le restau de quartier Sazerac House au milieu — j'ai toujours apprécié l'immeuble un peu délabré

L’amie marchande de tableaux vient dîner chez nous ce soir — je vais préparer les pâtes à la façon usuelle — on fête la fin de sa radiothérapie. L’opération va avoir lieu au début du mois de février. Elle apporte le vin. Le copain, lui, va dîner avec une amie/partenaire d’affaires tout à fait folle et difficile que je ne supporte pas — elle fait des scènes dans les restaurants devant les garçons en leur demandant des choses impossibles ou ridicules et puis en se fâchant quand ils refusent.

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Quand l'Arabe devient l'Autre, il ne devient que plus chic — voici le store d'un nouveau restaurant dans la rue Hudson avec un nom écrit en lettres arabes — y a-t-il quelqu'un qui pourrait me traduire ce qui serait écrit là-dessus ? C'est « m » quelque chose, non ? (J'ai suivi un cours d'arabe pendant quelques mois il y a très longtemps.)

janvier 09, 2005

Ne pas oublier les carnets de langue française

On pourra voter pour les « meilleurs » carnets européens, compétition amicale organisée par le carnet A Fistful of Europe, à partir du 27 janvier 2005. En attendant, tout le monde est encouragé à ajouter des noms de carnets européens (qu'ils soient rédigés en Europe ou ailleurs, d’après ce que j’ai compris) dans les listes de candidats dans les diverses catégories. J’espère que les carnets européens en français seront bien représentés dans ce « concours de beauté » carnetier. D'abord parce qu'il y en a de très bien. Et ensuite, parce que le monde n’est pas unilingue. Un fait qu'on a trop souvent tendance à oublier.

janvier 08, 2005

Souplesse

Aujourd’hui à la campagne il fait un sale temps de pluie froide, donc parfait pour regarder la télé tout en mangeant sur la couette des hot-dogs de dinde (faut faire attention à la ligne, même en plein hiver) — on a commencé avec une vidéocassette du film La Nuit de l’iguane adapté de la pièce de Tennessee Williams où l'on retrouve un beau Richard Burton, une chaleureuse Ava Gardner et une pure Deborah Kerr, censée être de l’île de Nantucket malgré son accent purement anglais (un des trucs autrefois communs dans les films américains — Vivien Leigh et Leslie Howard dans Autant en emporte le vent, par exemple). Le dialogue est du Williams choisi — « the long swim to China » pour le suicide, « the blue devil » pour la dépression contre laquelle le personnage Hanna s’est battue. Tout ça m’a fait pleurer, bien sûr, surtout quand le vieux pépère annonce qu’il a terminé son poème, qui récite aussitôt.

Ensuite on a regardé quelques épisodes enregistrés sur Tivo de la BD Beavis and Butthead.

Du mélodrame à la BD grossière — eh oui, il faut toujours être souple, culturellement, chez nous !

janvier 07, 2005

Échos

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Dans la 10e avenue

C’était en écoutant à la radio la séance de confirmation au Sénat pour M. Gonzales que je me suis rendu compte que M. Gonzales répondait aux questions posées par les sénateurs exactement comment l’a fait Condoleeza Rice à celles posées par les membres de la Commission d’enquête sur l’attentat du 11 septembre. Chez les deux j'ai remarqué le même ton un peu nerveux et méprisant à la fois, les mêmes réponses vides d’information (« I don’t recall, I don’t remember » et ainsi de suite). Le même air de « Je n’ai vraiment pas besoin de répondre correctement et pleinement à vos questions irritantes puisque mon maître l’a déjà arrangé que vous allez en tout cas me laisser passer. »

janvier 06, 2005

Maintenant nous sommes tous des tortionnaires

Il y a une nouvelle tension dans l’air : l’audience de confirmation d’Alberto Gonzalez pour le poste de Ministre de la Justice (Attorney General) révèle l’étendue réelle de la politique officielle de torture mise en place par la Maison blanche. La droite, représentée par le toxicomane Rush Limbaugh, estime que « The same people who are beheading civilians in Iraq, who are kidnapping and capturing American prisoners and butchering them, the same people, are going to be defended against the United States by Democrats in the Senate ... ». Voilà le refrain prévisible: les démocrates, ce sont des traîtres. C’est le début de l’excuse dont la droite va se servir lorsqu’on sera chassé de l’Irak, réemploi du fameux « coup de couteau dans le dos » utilisé par les Allemands après la Première Guerre mondiale et les Américains après notre défaite au Viêt-Nam contre les « hippies » et d’autres « agitateurs » anti-américains qui ont réussi à démoraliser le public américain et le détourner de l’accomplissement de sa mission militaire.

Un commentaire publié aujourd’hui sur la page Op-Ed du Times m’a donné froid dans le dos. L’auteur, un certain Mark Donner, prend la phrase iconique de l’éditorial du Monde du 12 septembre 2001 — Nous sommes tous Américains — pour en refaire, avec une provocation intentionnelle, We Are All Torturers Now. L’auteur déplore bien sûr la candidature de M. Gonzales au poste de ministre de la Justice mais il réfléchit aussi un peu tristement sur le vide moral qui semble avoir élu domicile dans le cœur américain ces derniers jours :

« On the other hand, perhaps it is fitting that Mr. Gonzales be confirmed. The system of torture has, after all, survived its disclosure. We have entered a new era; the traditional story line in which scandal leads to investigation and investigation leads to punishment has been supplanted by something else. Wrongdoing is still exposed; we gaze at the photographs and read the documents, and then we listen to the president's spokesman "reiterate," as he did last week, "the president's determination that the United States never engage in torture." And there the story ends.

At present, our government, controlled largely by one party only intermittently harried by a timorous opposition, is unable to mete out punishment or change policy, let alone adequately investigate its own war crimes. And, as administration officials clearly expect, and senators of both parties well understand, most Americans - the Americans who will not read the reports, who will soon forget the photographs and who will be loath to dwell on a repellent subject - are generally content to take the president at his word.

« La plupart des Américains — les Américains qui ne vont pas lire les rapports, qui vont bientôt oublier les photographies et qui n’auront aucune envie de s’attarder sur un sujet aussi répugnant — sont en général contents de croire à ce que le président leur aurait dit. »

M. Danner conclut son essai : « But for America, torture is self-defeating; for a strong country it is in the end a strategy of weakness. » Pour un pays fort, c’est finalement une stratégie de faiblesse.

L’essai par la commentatrice politique Maureen Dowd vaut le détour aujourd’hui aussi.

De toute façon, c’est fascinant de suivre l’interrogatoire par les sénateurs — tout à fait politisé, d’ailleurs. Et pour plus d’infos il y a ce site extraordinaire qui commente en live ici (un grand merci à Tom Tomorrow pour le lien).

Autre nouvelle un peu déconcertante (mais bienvenue): le sénateur (la sénatrice ? la sénateuse ?) Boxer de Californie a déposé une plainte officielle au Congrès sur les résultats de l’élection présidentielle — ce qui n’est pas arrivé depuis 1877 ! Qu’est-ce qu’ils vont gueuler, les Républicains ! On va donc devoir tenir des réunions séparées des deux chambres pour compter officiellement les voix des Grands Électeurs. Cela ne changera rien aux résultats, hélas, mais ce geste souligne le mécontentement de beaucoup d'Américains sur ce qui s'est passé en Ohio et en Floride lors des élections.

janvier 05, 2005

Pas un centime rouge

Ça fait deux jours de suite que je reçois des courriels qui proposent le boycottage économique total pour le jeudi 20 janvier, jour de l’inauguration de Bush à Washington. On doit faire une sorte de grève des sous — voilà les deux versions de la protestation proposée que j'ai reçues : Not One Red Cent Day et Not One Damn Dime Day (doit-on y voir le spectre de l’inflation ?). Pour ceux qui ne le savent pas, un « red cent » ou centime rouge s’emploie presque toujours dans le négatif et le plus souvent au singulier — c’est une quantité négligeable qu’on refuse toutefois de donner et en dépit du fait que je n’ai jamais entendu parler de « two red cents », j’en ai trouvés des exemples en googlant la phrase. Dans le « Damn Dime » ou la petite et mince pièce de dix centimes, autrefois frappée d'argent et maintenant faite de cuivre à 75 % et de nickel à 25 %, qu’on voue au diable, il s’agit plutôt de l’allitération classique, rien de plus. Le plus important c’est que ces courriels nous demandent de protester la guerre en Irak et la lâcheté de nos hommes politiques (surtout démocrates, pour les raisons évidentes) en ne dépensant pas un sou ce jour-là.

Je cite du texte d’un de ces courriels du moment :

Since our religious leaders will not speak out against the war in Iraq, since our political leaders don't have the moral courage to oppose it, Inauguration Day, Thursday, January 20th, 2005 is "Not One Red Cent Day" in America.

On "Not One Red Cent Day" those who oppose what is happening in our name in Iraq can speak up with a 24-hour national boycott of all forms of consumer spending.

During "Not One Red Cent Day" please don't spend money, and don't use your credit card. Not one red cent for gasoline. Not one red cent for necessities or for impulse purchases. Nor toll/cab/bus or train ride money exchanges. Not one red cent for anything for 24 hours.

On "Not One Red Cent Day," please boycott Walmart, KMart and Target. Please don't go to the mall or the local convenience store. Please don't buy any fast food (or any groceries at all for that matter).

For 24 hours, please do what you can to shut the retail economy down. The object is simple. Remind the people in power that the war in Iraq is immoral and illegal; that they are responsible for starting it and that it is their responsibility to stop it.

Tout en leur espérant un succès fou, je suis, je l’admets, assez pessimiste sur les chances de réussir un tel coup — si cet effort de boycott paraît dans les médias traditionnels, je suis sûr que tous les admirateurs de W dans ces fameux états rouges vont se précipiter dans les Walmart et les McDos pour faire preuve de loyauté au chef en achetant comme des fous n’importe quoi en quantités obscènes. Ben, moi de toute façon je vais faire toutes mes courses le mercredi 19 janvier. Ensuite, on verra ce que ça donne le jeudi.

janvier 04, 2005

Il y a de ces jours

J’ai su qu’il y avait un problème l’instant même où la clef a fait un tour entier dans la serrure sans pour autant faire ouvrir la porte. Une heure plus tard, et de 450 $ plus pauvre (taxe non comprise), j’ai quitté l’appartement pour me rendre, pas du tout de bonne humeur, à la galerie.

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Le correcteur en moi était content de voir les accents corrects sur ces lettres collées au pare-brise d'une camionnette dans la 23e rue ouest

Bravo aux Chiliens de ne pas avoir peur des puissants.

Infinitus est numerus stultorum — oui, c’est une phrase d’un exercice dans mon manuel de latin, que j’ai envie de réapprendre. C’est une citation de l’Écclésiaste (mon livre favori de toute la Bible, je crois). Stulti patriæ meæ me terrent. (Ça, c’est moi qui l’ai dit.)

janvier 03, 2005

Un morceau de francophobie au petit déjeuner

C’est très clair : il y aura toujours des cons parmi nous. Pour ceux qui s’intéresseraient à en découvrir un nouveau, à moi inconnu, je vous signale ce commentaire dans le Times d’aujourd’hui, sur la politique étrangère française et tout et tout. Cela commence bien, c’est-à-dire, tout à fait erronément, avec la phrase : La plus ça change (sic). Ce qui ne veut rien dire, bien sûr, mais l’auteur n’est peut-être pas francophone. N’importe. M. Miller, qui écrit pour la « très respectable » et protofasciste National Review, accuse la France de De Gaulle et de Chirac d’un antiaméricanisme primaire et cynique — ô horreur, Dominique de Villepin, possible candidat à l’Élysée, n’a même pas pu dire qu’il désirait « an American military victory in Iraq. » Le culot de cette grenouille aux cheveux de poète ! En 2003, la Condoleeza, la petite femme de chambre de la Maison blanche nommée depuis peu Secrétaire d’état, cherchait à punir la France, mais M. Miller reconnaît que le boycott n’a vraiment pas marché. Aujourd’hui il déclare que Paris ne vaut pas un boycott. Curieusement, après toutes sortes de plaintes con