Sed non migro ego
Toujours aucun signe de printemps dans la rue Grove au Village
Non, malgré la grande pression que l’on ne peut qu’éprouver à ce sujet, je ne me suis pas encore laissé emporter par la tentation très tendance de partir en Chine. C’était une fin de semaine de Pâques très familiale à la campagne qui m’a un peu sorti de mes habitudes récentes de carnetier. Ma sœur est venue de Philadelphie, avec son fils en dernier trimestre de terminale, pour passer quelques jours chez ma mère (son mari professeur de biologie marine est resté chez eux préparer ses cours de lundi). Ma sœur, qui aime faire la cuisine, nous a préparé une selle d’agneau délicieuse accompagnée de choux de Bruxelles et de petites pommes de terre rôties. Moi, j’avais apporté des fromages de New-York — du livarot bien puant, du comté, un chèvre et une sorte de brie.
On est prêt à manger les entrées (des crevettes sur les feuilles d'endive) chez ma mère — désolé pour le flash peu agréable qui enlaidit tout
Le matin suivant, le jour de Pâques, on a fait un brunch chez nous, avec l’amie écrivain, son fils et sa femme, ma sœur, mon neveu, ma mère et une grande amie au copain dont le mari vient de mourir. On a commencé par des mimosas et ensuite on a mangé toutes sortes de comestibles plutôt défendus par les gardiens de la santé, comme le bacon à gogo, des saucisses de petit-déjeuner, les œufs brouillés au saumon fumé et aux oignons verts, les toasts beurrés, les croissants. On avait éparpillé sur la table de jolis petits œufs au chocolat en honneur de la fête.
L’amie du copain, qui a au moins 89 ans, est restée chez nous longtemps après le départ des autres invités. Elle a voulu parler de son mari et de sa mort. C’était, je l’avoue, désarmant. Son mari, âgé de 90 ans et gravement malade depuis une semaine, ayant subi une nouvelle crise probablement terminale, les responsables à l’hôpital l’ont transféré du 2e étage au 3e, ce qui voulait dire, d’après sa femme, qu’il allait mourir bientôt. Il y avait dans la chambre un canapé-lit qu’on n’avait pas encore préparé et où elle s’attendait à passer la nuit. Il était assez tard, personne n’allait probablement venir faire le lit, et elle s’est donc décidée de se mettre dans le lit d’hôpital où dormait son mari, maintenant tout petit. C’était un peu serré, elle nous l’a expliqué, mais elle avait pris la main de son mari et ensuite elle avait dormi dans des durées d’à peu près 15 minutes (il y avait une horloge murale devant le lit) auprès de lui. Tout d'un coup, elle avait senti une pression différente sur sa main — elle s’était retournée pour le regarder dans l’obscurité de la chambre. Son mari s’était retourné dans une position un peu curieuse. Elle a tout de suite su qu’il se passait quelque chose — tout d’un coup, la main de son mari s’est détendue et puis a un peu lâché la sienne. Il était mort. Elle est restée comme ça au lit, sans bouger, à côté de son mari, jusqu’à ce que sont arrivées une infirmière et un médecin femme, toutes les deux en larmes, à les regarder. « Je me suis alors demandée » elle nous a dit, « si elles pleuraient la mort de mon mari ou de nous voir ainsi dans le même lit. » Le copain et moi, nous avons eu du mal nous-mêmes à ne pas éclater en sanglots devant ce témoignage si touchant, qu’elle nous avait raconté sans aucune lueur de sentimentalité.
Le copain et moi, nous sommes rentrés de la campagne à Manhattan lundi après-midi par une pluie torrentielle. L’ami ex-Marine a voulu nous voir — on a fait des pâtes chez nous pour lui montrer comment manger un peu sainement (son niveau de cholestérol serait dangereusement élevé, parce qu’il mange trop souvent chez MacDo) — pâtes au blé entier, de l’huile d’olive, de l’ail, des oignons verts, un peu de blanc de poulet, du poivre de jalapeño (oh, ça brûle !), du sel et du poivre moulu ! Hier on est sorti avec l’ami galeriste, de retour d’une semaine de vacances à Saint-Barthélémy, où une grande partie du beau monde a passé les vacances de Pâques. Il nous a raconté toutes sortes d’histoires, comme celle d’un couple de beaux homos banquiers colombiens (l’un habite Bogotà, l’autre Medellín) profondément dans le placard qui doivent par prudence se retrouver seulement à New-York, à Miami, à St-Barths et en Europe. Il y avait plein de grands marchands d’art new-yorkais, tels Arne Glimcher (de PaceWildenstein) et Larry Gagosian. Mais on paie le plaisir d’exclusivité : le sandwich club coûte 25 € au restaurant de l’Hôtel St=Barth Isle de France, où un ami français à nous est descendu avec sa patronne grecque. Et un dîner simple pour quatre chez Maya’s coûte 430 €.
En quête de mobilier de bureau dans la 6e avenue
Puisque je suis en « congé d’installation de nouvelle exposition » à la galerie cette semaine, on s’occupe enfin de la décoration du nouveau bureau du copain dans l’Empire State Building — ça va être très, très, euh — disons, minimaliste. Deux tables d’Ikéa pour servir de bureaux, une étagère en acier, une bibliothèque en acier avec de planches blanches, deux classeurs noirs, une glace (une considération feng-shui et aussi pour vérifier l’état de la coiffure quand on va voir des clients), un petit frigo pour le coca light, une horloge, des corbeilles à papier, des chaises, et ainsi de suite. Ce n’est pas un client facile, le copain ! D'abord, il a bien trop d’opinions personnelles sur ce qu’il veut — mais on se moque du client, il devrait le savoir ! En principe la pose de la moquette neuve sera terminée à partir du 6 ou du 7 avril et l’on pourra alors recevoir le mobilier.
L'église un peu sombre de l'Église évangélique française fondée en 1848 dans la 16e rue ouest à Chelsea
Hier soir on est sorti dîner avec l’ami péruvien avec qui le copain espère collaborer sur un serveur Unix. Faute d’idées plus intéressantes, on s’est finalement traîné au restaurant belge Le café de Bruxelles dans l’avenue de Greenwich. Moi je me suis sagement borné aux plats que je connais depuis des millénaires (ce restau est là depuis très très longtemps) — un céleri rémoulade pour commencer et une carbonnade flamande comme entrée — tous les deux assez lourds comme plats, en effet, mais comme il fait toujours plutôt frais, on peut facilement s’imagine en hiver à Bruges ou à Knokke.
Dans le quartier des anciens grands magasins dans la 6e avenue juste au sud de la 23e rue — c'est ici au rez-de-chaussée qu'on trouve le magasin The Container Store
Je trouve que c’est bien curieux que, malgré notre (et je veux dire par là « proprement américain » ) grand désir, déclaré si souvent par M. Bush, de faire étendre la liberté partout au monde, qu’on n’intervienne pas au Zimbabwé, où tout un peuple serait opprimé par un dirigeant fou furieux ? Manque de pétrole, peut-être ? On verra.
Quelques autocollants qui ne feraient pas trop plaisir au Texas — j'aime surtout le « God Bless The Whole World : No Exceptions » en bas à gauche, ce qui lance le défi aux autocollants omniprésents qui crient « God Bless America »
Pour les amateurs comme moi de l’Amérique du sud, ce carnet de voyage est à recommander. Tenu par un jeune Américain passionné d’architecture, c'est un bel effort de décourverte d'un continent fabuleux.


