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avril 30, 2005

Incommoda

Veuillez m’excuser de mon silence carnetier — je trouve qu’il ne m’est pas facile à composer des billets sur des sujets qui me sont très personnels. Le sort de notre chienne Betty en est un — elle traverse en ce moment une période de mauvaise santé où nous avons tous du mal, le copain, la vétérinaire et moi, à savoir soulager ses souffrances.

Aujourd’hui elle va un peu mieux — on avait failli la laisser à la clinique pendant le week-end, mais finalement elle m’avait très lentement léché le visage — une fois seulement, et j’avais alors dit à la véto que je préférerais qu’elle rentre chez nous. Elle a du mal à marcher, ses jambes arrière sont très faibles et ne tiennent souvent pas, mais elle s’est tout de même empressée de rentrer chez nous quand nous nous sommes retrouvés dans notre rue. Elle ne peut pas monter les marches d’escalier — nous la portons dans les bras — mais elle est contente d’être de retour à la maison. Lundi on retourne à la clinique pour un échogramme de la zone autour de la rate, elle-même un peu agrandie.

Ma sœur m’a téléphoné aussi ce matin pour me dire combien elle s’alarme de la condition de notre mère — elle vient de découvrir que ses douleurs du dos sont dues à de petites fractures de l’os, les suites d’un effort raté d’ouvrir une fenêtre dans sa chambre à coucher il y a deux semaines. On a finalement contacté une kinésithérapeute qui est venue la voir il y a deux jours. Elle revient demain. Ma sœur était présente, et la thérapeute lui avait remarqué que ma mère serait très maigre. Elle mange effectivement très peu et souffre depuis quelques années d’ostéoporose. En plus elle ne fait aucun exercice physique (aucune envie). C’est vrai que tout cela nous inquiète, à moi et à mes deux sœurs — et c’est moi qui suis le fondé de pouvoir dans sa procuration médicale — mais j’ai l’intention d’y aller tout doucement, en dépit de ce que voudrait ma sœur cadette, qui aime surtout se fier à des « stratégies », même celles qui ne sont pas particulièrement bien formées. Ouf, on verra tout cela le week-end prochain.

avril 28, 2005

Exspectatio

« C’est le grand nettoyage de printemps », l’amie écrivain me dit au téléphone. « Ils résistent à l’hiver et, hop, le printemps venu, ils s’en vont. Chaque année c’est pareil. » On parle de gens qui sont morts tout récemment. Elle aussi, elle a résisté, mais elle se trouve depuis mardi à l’hôpital en conséquence d’une cellulite du bras qu’il faut traiter avec des infusions antibiotiques intraveineuses. Elle croit sortir demain et son fils arrive de Washington pour la soigner pendant le week-end.

Un autre ami est toujours hospitalisé à cause d’une hémorragie interne dont on n’arrive pas à trouver la source, en dépit de toutes sortes d’examens médicaux.

Et Betty — c’est les hauts et les bas. Elle n’arrive pas à retrouver son ancienne joie de vivre. Elle semble souffrir moins, grâce aux médicaments qu’on lui donne les matins et les soirs, mais elle reste immobile, close, renfermée sur elle-même et sur sa condition physique. Cet après-midi, elle a marché un peu dans l’appartement, et elle m’a léché le visage, ce qui m’a un peu remonté le moral, qui était au plus bas ce matin.

Il fait exceptionnellement beau depuis quelques jours — c’est comme si la nature cherchait à se moquer de nous et de nos préoccupations et inquiétudes, toutes vaines, puisqu’il nous arrivera ce qu’il arrivera de toute façon.

avril 26, 2005

Res diversæ

C’est dommage mais Betty a encore des problèmes médicaux — mal au dos et aux articulations. Après être rentrée de la campagne avec moi hier, elle n’a pas voulu marcher, tellement elle avait mal aux jambes arrière. On est allé ce matin chez la vétérinaire — Betty a pu y aller à pied, ce qui était déjà quelque chose (jeudi dernier j'avais dû la porter dans mes bras) — la véto l’a encore examinée et elle lui a fait deux ordonnances, l’une pour des stéroïdes, l’autre pour un relaxant musculaire. Elle prend déjà deux capsules d’antibiotiques contre la maladie de Lyme. Ce soir ça va mieux, elle a un peu mangé, elle marche un peu dans l’appartement.

C’est quand même curieux qu’on parle toujours si peu (voici la première mention dans le Times) dans les média d’ici du rapport sur la mort de l’agent secret italien par les militaires américains. J’avais entendu parler hier matin à la radio publique de la fuite du rapport préliminaire qui absoudrait complètement les Américains. Mais rien ce matin dans le Times. J’ai dû aller me renseigner au site de La Repubblica et à celui duCorriere della Sera pour en savoir plus. (Il est à noter que Rumsfeld vient d’annoncer que le rapport n’a pas été finalisé, à la suite des réactions outrées des Italiens à la nouvelle.)

Voici un commentaire pertinant lu au carnet Moon of Alabama:

If Ratzinger demands absolutism in morality, his own inability to martyr himself in resistance to the nazis must be driving him crazy. Yes, Virginia, christianity means you've got to die for your principles. Once, such devotion was celebrated.

Given what he knows now, with the wisdom of his age, would he have stood up against the nazi machine? If not, he is not leadership material, he's just another little german boy.

Au Moon of Alabama on trouvera aussi ce très beau billet par Jérôme à Paris intitulé « Bâtir des châteaux de sable ». Vanitas vanitatum, mais on fait ce qu'on peut quand même tout en sachant que c'est forcément en vain.

avril 23, 2005

Obsequiæ

J’ai assisté cet après-midi aux funérailles d’une femme de notre connaissance, morte d’un cancer des poumons, ayant décidé il y a deux semaines de ne plus continuer les traitements chimiothérapeutiques. Sa fille a prononcé l’éloge funèbre, où elle a constaté que « the current state of our country saddened her [sa mère]. » La défunte avait vécu à Montréal, à New-York, à Genève, et les vingt dernières années ici à la campagne, où ses parents avaient habité. À la fin nous avons tous chanté « America the Beautiful » avant de quitter l’église. Inquiétude et patriotisme. Nous vivons une de ces époques particulières.

avril 22, 2005

De veritatibus

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Chez la vétérinaire, où l'on a dû retourner hier après-midi pour une nouvelle piqûre et du sang — elle va mieux aujourd'hui

Hier j’ai découvert la petite dispute sur ce qui s’était vraiment passé lors d’une réunion de carnetiers autour d’un dîner dans un restaurant mexicain à Paris. D’après ce que j’ai pu comprendre, un certain juju était le premier à rédiger ce billet sur le dîner en question et auquel il ne s’était pas particulièrement plu.

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Des touristes allemands (trop bien habillés pour être Américains) envahissent la rue Perry sans même s'arrêter devant l'escalier de Carrie de l'autre côté de la rue — toutes ces photos sont dédiées à Ron l'infirmier — mais il ne va pas gagner !

Ce ne sont pas les « faits » objectifs de la soirée qui m’ont intéressé (quoiqu’il est amusant de les « reconnaître » dans les diverses versions) mais j’étais surtout frappé par combien ce contretemps carnetier se ressemblerait à ce qu’on voit actuellement dans le monde des journalistes aux États-Unis.

Juju a décrit sa soirée à lui — l’Alcoolique mondain Grey, qui était aussi présent à ce dîner d’un agrément discutable, lit la version présentée par Juju et trouve qu’il avait passé une soirée très différente à celle présentée par Juju. Il procède donc à publier une sorte d’« explication de texte » en réponse à ce billet où, à la manière des exégètes de la Bible, il démontre en détail tout ce qu’il avait trouvé inexact dans le récit du dîner fait par juju. Ce qui a sans doute réussi à embrouiller l’affaire pour nous les lecteurs qui n’y étaient pas (KiKi y était, mais bien sagement il n’ose pas en parler). Qui a raison ? Qui a raconté la vérité ? Et quelle vérité ?

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Dans la rue Hudson — je prends un chemin un peu différent pour aller à Chelsea

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Le fléau des rues new-yorkaises — les échaffaudages

Le plus important pour moi, c’est qu’on a pu contester publiquement la version de juju. Grey l’a fait avec un exposé de faits très crédible. Mais je me demande comment cela se serait arrangé si Grey n’avait pas lui-même son carnet dans lequel il a pu publier ses remarques. Si le sieur juju avait publié, par exemple, sa critique de la soirée dans un journal de grand prestige comme Le Monde, Le Figaro, Libération, The New York Times, ou The Washington Post, il aurait été peu probable, à mon humble avis, qu’on y trouverait plus tard des réponses aussi détaillées que celle du billet de Grey ou du commentaire de Solal (qui en plus s’amincit à un taux très énervant) laissé chez juju. Mais dans ce cas-ci, j’ai pu lire le billet de juju et ensuite celui de Grey et à partir de cela, j’ai pu me faire une idée de ce qui s’était vraiment passé — et il faut tout de suite avouer que je ne suis pas étranger à ce genre de dîner maladroit, côté asocial ou margaritisé ou les deux.

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Un restaurant français au Village — dans le temps, il n'y avait qu'au Village qu'on pouvait bien manger dans un endroit agréable — évidemment, cela n'est plus vrai actuellement et ces petits restaus disparaissent

C’est dire que le journal « officiel » n’est plus exempt de tout contrôle d’en bas. C’est dire que les journalistes ne sont plus protégés par le fait que leurs noms apparaissent dans des journaux célèbres — ils sont humains comme nous, ils écrivent des choses bien et moins bien, avec plus ou moins d’intérêt ou de compréhension. Ils ont envie de plaire à leur lectorat, à leurs rédacteurs. Ils cherchent à garder leurs boulots. Mais ils ont ce pouvoir non négligeable de « créer » la réalité — le dîner d’après Juju en est un exemple frivole mais juste — et jusqu’à présent, on n’avait vraiment pas les moyens de contester une réalité, qu’elle apparaisse dans un grand journal ou un petit carnet web personnel, qui ne correspondrait pas à celle agréée dans et par le journal (ou par la télévision ou par n’importe quel autre média officiel).

C’est pourquoi il me semble de plus en plus évident que les ennemis (vrais ou pas) d’un bon nombre de journalistes seraient en effet ces carnetiers qui se délectent de découvrir chez les journalistes les non-sens, les fautes, les omissions, les préjugés, les rapports inappropriés ou ambigus et tout le reste. Mais c’est bon pour la santé à nous tous.

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La rue Gansevoort

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La façade décor de théâtre du restaurant Pastis

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Tout le monde n'est pas content de la transformation du quartier

Peccata omissionis ?

« Pope Benedict XVI grew up in a German town in which Polish and Hungarian Jews were once massacred on a death march through its streets by SS guards. It also had a Nazi concentration camp on its doorstep.

The disturbing account of Nazi rule in Bavarian Traunstein, where the Pope went to school and spent the years of his youth, is in a brief history of the town by a local author, Friedbert Mühldorfer, available in the town library. The book, seen by The Independent yesterday, reveals atrocities, expulsion of Jews, widespread use of slave labourers, persecution of anti-Nazis and details of the camp on the town's outskirts. Somewhat remarkably, none of the events described appear to have been mentioned in the Pope's autobiography, Milestones, which was published in 1997.

The most shocking revelations concern 3 May 1945 when the new Pope may have been in the town. Thousands of starving, mainly Jewish, prisoners were marched from the concentration camps of Buchenwald and Flossenberg in advance of the invading Red Army.

Mühldorfer says the people of Traunstein were ordered to close streets to traffic as a column of emaciated prisoners was herded through by SS guards. "They marched past people who showed sympathy and even gave them food, as happened at one Traunstein bakery," the author writes.

But he adds: "They also went past people who looked away in shame to avoid the cruel truth and past those who laughed at them cynically and took every opportunity to report any attempted escape to the SS." Some prisoners were held overnight in a barn in Hufschlag district, where the Pope's - anti-Nazi - family lived. Three prisoners who tried to escape were shot dead by SS guards that night. Worse was to follow.

The next day the death march reached the town of Surberg, 15 miles from Traunstein. There, 66 prisoners considered too weak to continue were murdered by the SS. "They were ordered to form up in ranks five deep with their faces to the meadow and their backs to the SS," Mühldorfer writes. "Then they were shot. The SS men threw their weapons in a ditch because they were afraid of being caught with them by the Americans."

In his autobiography, the Pope, in an anti-aircraft unit at the end of the war, says he deserted in late April 1945 and fled to Traunstein. There he hid from the SS and wore civilian clothes.

À ne pas manquer. Billmon aussi, avec « The Good German ». On note aussi la condamnation par le nouveau pape du projet de loi en Espagne sur le mariage gai, qu’un porte-parole du Vatican traite de « dépravé ». Tout comme le Vatican avait protesté contre le racisme dépravé du nazisme — euh, ou pas (hypocrisie trouvée chez un nouveau carnet politique que j’apprécie beaucoup, Attytood.)

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Le quartier des grossistes de viande comme il a été jusqu'à il y a quelques années

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...quand il n'y avait pas de boutiques Stella MacCartney

Et puis, finalement, j’encouragerai toute personne qui voudrait comprendre pourquoi ce pape importe à presque tout le monde (ici je veux dire l’Occident sans le Japon) d’aller lire ce billet aussi fin que lucide chez Finis Africæ. C’est franchement exceptionnel.

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Au bout — ou au début — de la 10e avenue

avril 21, 2005

Indiscretiones ?

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Le petit jardin de l'immeuble d'à côté de chez nous, au coin de la rue Perry et de la 4e rue ouest — c'est entretenu par un vieux locataire infirme un peu efféminé du genre qui disparaît un par un du quartier

Pour moi, un des aspects les plus intéressants de cette époque hypermédiatisée est la vitesse avec laquelle on arrive à disséquer les faits d’un passé comme celui du nouveau pape. Le nouveau pape a-t-il un passé suspect ? Trouvera-t-on un jour des documents qui nous en dira plus sur la période « sous tutelle nazie » dans la vie de Benoît XVI ? C’est une éventualité qui doit hanter tout porte-parole officiel et tout agent de presse du Vatican et de l’Église.

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De jolies tulipes roses dans le petit jardin devant l'hôtel particulier de l'actrice Liv Tyler dans la 11e rue ouest

On n’est plus dans ce monde d'avant où quelques initiés puissants aient pu mener l’issue d’une investigation de ce genre. C’est en effet la chute des grands — et on a déjà vu combien ça peut gueuler quand on manque suffisamment de respect. J’ai l’impression, après la lecture de quelques commentaires chez le carnet de Steve Gilliard, qu’on va procéder assez rapidement à une investigation plutôt rigoureuse de l’époque quand l’ancien cardinal Ratzinger a fait partie d’une compagnie d’« Arbeitsdienst » attachée à la Légion autrichienne en Hongrie (à noter : la biographie officielle parle de la frontière germano/austro-hongroise en 1944 ou 1945, quand, de retour en Bavière, il a déserté l’armée (j’ai entendu à la radio et à la télé et j’ai lu les deux années pour sa désertion). C’est la même Légion autrichienne, il paraîtrait, dans laquelle Adolf Eichmann aurait été entraîné. Ici, à partir de cet article paru dans l’Independant à Londres, on parle du conseiller privilégié de Ratzinger, le cardinal von Faulhaber, qui lui a entretenu des relations plutôt polies (je me sers à dessein de cet euphémisme un peu flou) avec l’ancien chef d'état de l’Allemagne. Aujourd’hui, même dans le Times, qui est plutôt respectueux, on ose poser la question: Does Benedict XVI harbor a secret past…? Auquel on répond « The answer to that question, at least according to available evidence, is no. » Mais la partie la plus importante serait, évidemment, la caution « au moins selon l’évidence disponible. »

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Voici un exemple d'une des difficultés posées par le patriotisme marqué par la classe ouvrière (dans ce cas-ci, des sapeurs-pompiers) — il est difficile d'expliquer qu'on supporte un individu dans l'armée (constituée dans sa base de membres de la classe ouvrière) sans supporter la politique actuelle que pratique cette armée (ou cet individu) — en Irak ou ailleurs. C'est le dilemme des démocrates renforcés par les Bushistes — « You're either with us or against us »

Il est maintenant certain qu’on va examiner de très près comment le nouveau pape s’est conduit pendant cette période difficile — la mythologie et les faits. D’autres que moi ont commenté la ressemblance idéologique du nouveau pape à des hommes politiques républicains tels Trent Lott et Tom DeLay. Les fouilles internet dans le passé du premier l’ont fait quitter son poste. Pour le second, on attend toujours comment cela va se dérouler. A-t-on jamais vu un pape démissionner ?

Ici on continue vers une épreuve de force dite nucléaire au sénat (ou, si vous êtes le président Bush, « nukular ») avancée par le sénateur tueur-de-chat Frist. Cela inquiète même certains républicains. Il s’agit d’un changement dans le nombre de voix requis pour terminer un débat — dans ce cas précis, des débats sur les candidats aux postes de juges fédéraux. La droite est furieuse que les démocrates se servent de ce moyen parlementaire pour empêcher l’approbation d’un certain nombre de candidats qui, pour la droite, refléteraient des valeurs dites traditionnelles tandis que les démocrates les trouveraient tout à fait inacceptables par leurs décisions légales antérieures et par leurs philosophies réactionnaires (sur l’égalité légale des races ou le droit à l’avortement, par exemple).

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Voici un des immeubles résidentiels les plus laids de tout New-York — ça se trouve dans la 8e avenue, au côté ouest, entre les 14e et 15e rues ouest — chaque fois que je le vois, je suis de nouveau stupéfait par sa laideur sans merci

Depuis sa visite lundi chez la véto, Betty va mieux, elle est presque rétablie à cent pour cent. Le seul problème est le médicament qu’il faut lui donner tous les matins la fait boire beaucoup d’eau. Il lui faut donc faire pipi à une fréquence nettement plus élevée qu’avant. Bon, ce n’est pas trop de la sortir un peu plus fréquemment. Elle a aussi regagné son appétit et hier soir elle nous a embêtés pendant que nous mangions nos dîners chinois. La semaine prochaine on change de médicament — elle va prendre quelque chose de moins fort.

avril 19, 2005

De linguis novis

Non, je ne peux pas dire que je me réjouis du tout de l’élection aujourd’hui du cardinal Joseph Ratzinger comme pape Benoît XVI. D’abord parce que je ne suis pas catholique, donc cela ne me concerne pas directement. Deuxièmement, je me demande si Laurent d’Embruns n’aurait pas raison d’accueillir ce néo-con (dans tous les sens) papal avec un empirisme aussi cynique que bien réfléchi. Il va peut-être venir un moment dans le monde sécularisé de l’Occident, toujours source de grande richesse pour l’Église romaine, où les citoyens seront moins disposés, comme il leur est déjà arrivé dans le passé, à tolérer l’ingérence politique et antilaïque dans les affaires nationales par cette organisation à vocation de plus en plus douteuse.

Ailleurs, néanmoins, les nouvelles sont nettement meilleures en ce qui concerne le progrès et l’humanité. C’est tout à fait formidable qu’on vienne de trouver un moyen de lire des tas de manuscrits de textes antiques.On a déjà retrouvé des textes jusqu’à maintenant inconnus de Sophocle, d’Euripide, d'Hésiode et de Lucien. On parle même de la possibilité d’une seconde renaissance. Et bé, il serait temps, je crois.

J’aime beaucoup les langues, mais je n’en ai jamais créé une nouvelle (oh, si, quelques mots pour une histoire de sci-fi, mais rien à part cela). C’est pourquoi que j’étais impressionné par les efforts d’un jeune Canadien amateur d’animé japonais qui a créé une langue pour le nouveau jeu L’empire de jade. Ce jeu a été conçu par ses créateurs comme « un chant d’amour à l’histoire de la Chine » mais ils ne voulaient pas toutefois être contraints par de vrais événements historiques. C’est pour cette raison qu’ils ont cherché à créer « tho fan », une langue à sonorités asiatiques, mais entièrement inventée par un certain Wolf Wikeley de l’Université d’Alberta. Celui-ci a finalement créé un vocabulaire de 2 500 mots et une grammaire pour la langue qui s’appelle tho fan. Ce à quoi je ne puis dire que bravo !

Et finalement — alerte vedette niveau A- : j'ai croisé Ethan Hawke juste devant l'entrée de l'hôtel Chelsea dans la 23e rue, vers 11h40. Il parlait de la pièce de théâtre dans laquelle il joue à présent. Sa voix est assez profonde, sexy, mais lui, par contre, a une mine plutôt usée (faut pas fumer, mes petits !)

avril 18, 2005

Diem ex die

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Dans la 20e rue ouest, au centre du quartier photographique

Endormie dans l’entrée de notre chambre à coucher sur son lit temporaire façonné d’une pile bien odorante de linge sale, Betty s’est réveillée avec un petit aboiement de surprise en entendant le bruit de la clef dans la porte d’entrée de l’appartement — le copain est rentré de Los-Angeles vers sept heures. Il a tout de suite enlevé sa veste et s’est jeté au lit à côté de moi, ce qui m’a complètement réveillé, moi, naturellement. Je suis allé préparer mon café en attendant l’appel de la vétérinaire, qui est venu vers huit heures vingt (elle est très consciencieuse) — on a confirmé un rendez-vous chez elle à midi moins le quart. J’ai donc profité de ce temps vide pour aller faire scanner le patron du carré chez les Indiens de Baboo dans le quartier photographique à l’ouest de la 5e avenue entre les 17e et la 23e rues et la 6e avenue. C’est quand même un peu cher, 40 $ pour numériser un patron de moins de 14 pouces chaque côté, mais comme je ne connaissais pas d’autre labo photographique pour le faire faire, j’ai dit oui. J’irai le chercher demain en allant à la galerie.

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Breizh atao — y a des Bretons partout, même au West Village !

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Notre quartier change un peu de caractère — l'ancienne librairie lesbienne et gaie (notez les lettres d'or en haut de la vitrine) devient une nouvelle boutique de vêtements pour nouvelles mamans Belly Dance

On est donc allés, tous les trois, chez la vétérinaire — Betty avait toujours un peu de mal à marcher. On lui a palpé attentivement les jambes, les articulations, le dos et le ventre. La véto nous a expliqué que Betty avait dû se faire du mal en sautant du canapé ou en faisant un mouvement quelconque. Elle lui a donc donné une piqûre pour la soulager tout de suite, et elle nous a remis deux sortes de comprimés — une semaine pour la plus forte, et la moins forte pour les jours suivants. On est rentrés chez nous, le copain est allé au bureau, Betty s’est couchée mollement sur la moquette du salon.

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Dans la salle d'attente chez la vétérinaire

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Les touristes affluent et les autocars britanniques en profitent

J’ai ensuite fait un tour des parkings du quartier, puisque le nôtre va fermer à la fin du mois. Il y en a quatre qui ne sont pas trop loin de chez nous. Arrivé au premier, lui aussi dans la rue Perry, j’attends pendant qu’une jeune femme avenante à bicyclette bavarde avec un homme en t-shirt blanc à la James Dean pas mal non plus — elle est partie en lui disant « Mais tu es adorable, Alain », ce qui m’a permis de lui dire « Puisque vous êtes adorable, Alain, auriez-vous de la place pour une toute petite bagnole dégueulasse qu’on ne sortira que quatre fois par mois ? »

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Voici James, aussi adorable qu'Alain

Il en a ri, en m’avisant pourtant qu’il y avait déjà une liste d’attente chez lui à cause de la fermeture de l’autre parking. Il m’a demandé de le rappeler plus tard dans la semaine. J’ai continué vers l’autre côté de la 7e avenue, où on m’a dit qu’il y avait de la place, à 468 $ le mois pour une petite Honda. Enfin, je suis allé voir un autre dans la 12e rue, un peu perdu au milieu — là, ça reviendrait à 450 $ le mois, toutes taxes comprises. On décidera ce soir.

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Ce parking est à 468 $ le mois — attention, pour le joli 4x4 c'est beaucoup, beaucoup plus cher

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Alors, celui-ci n'est que 450 $ le mois — quelle bonne affaire !

Le copain m’a ramené un petit cadeau de Los-Angeles. Il est adorable, bien sûr, mais quelques fois, il est aussi aveugle que le pire beauf hétéro, surtout sur le plan des fringues. Tout homo convenable se souviendra de la prescription absolue de l’actrice Joan Crawford si bien « déclamée » dans le film Mommie Dearest — « No wire hangers ! » a-t-elle crié à sa fille Christina. (J’avoue que je ne peux pas regarder dans le placard sans y penser — et mon placard est affreusement plein de cintres en fil de fer.) Dans ce même genre de règles diverses qu’on présumerait inoubliables serait cette dernière : passé un certain âge, quand la taille aurait ajouté quelques centimètres d’expérience et de sagesse, il ne faut jamais — mais JAMAIS — porter des rayures horizontales. C’est une loi fondamentale, tout comme celles de la gravité et du port du blanc après la journée du Travail en septembre. Comment a-t-il pu l’oublier, en m’achetant une sorte de chemise polo blanche aux rayures horizontales bleues? Non, mais — il se fout de ma gueule ou quoi !

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Quelques traces de printemps dans la rue Perry

avril 17, 2005

Pericula

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Enfin du beau temps — les cafés sont bondés

J’adore les histoires de dangers sur mer ou en l’air. Je viens d’entendre une nouvelle : il y a eu une vague monstre de 21,5 mètres (sept étages, selon l’International Herald Tribune a endommagé le paquebot de croisière Norwegian Dawn (Aube norvégienne) lors d’une croisière aller-retour de New-York aux Îles bahamiennes.

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La 5e avenue vers le sud

Pour moi, sur l’autoroute I-95, il y avait moins de vagues à craindre, mais beaucoup plus d’automobilistes débiles à éviter. Je ne sais pas pourquoi mais il y avait beaucoup de monde sur l’autoroute, même avec le beau temps qu’il faisait (en général, le beau temps fait attendre les gens qui rentrent chez eux après un week-end à la campagne). Sur l’autoroute du côté ouest il y avait un tas de chauffeurs perplexes ou perdus, souvent au volant dede gros 4x4 avec des plaques jaunes du Nouveau-Jersey — grrrr — vaut mieux qu’ils restent chez eux.

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La 5e avenue vers le nord

De retour à Manhattan, j’ai garé la voiture et je suis alors rentré à pied à l’appartement avec Betty, qui allait mieux. Une fois dans l’appartement, je me suis rendu compte que j’avais oublié une enveloppe dans le coffre — j’ai donc dû retourner au parking où l’on m’a monté au 5e étage. La voiture avait été élevée sur un truc mécanique qui — ô surprise agréable — ne marchait pas ! On avait coupé le courant parce que — parce qu’on enlève ces appareils. Mais pourquoi ? Parce qu’on va raser le parking ! Quoi ? Oui, le propriétaire l’a vendu et on va y construire un nouvel immeuble résidentiel. Il faut trouver un autre parking à partir du 1er mai. Oh, chic alors (grrrr…)

On remet le courant et on fait descendre la pauvre voiture. Je retrouve l’enveloppe et m’en vais.

Il faisait presque 24º et tout le monde était en t-shirt révélateur — j’ai suivi pendant un temps un jeune homme merveilleusement bien bâti, un vrai adonis au t-shirt moulant bleu ciel, qui parlait tout haut, avec une copine (peut-être sa sœur) et deux amis, de « ses glandes anales ». Quoi ? Est-ce que j’ai bien compris ? On s’est tous arrêté au feu. On a ensuite continué en direction de l’appartement dans la rue Perry. « Il va falloir que je m’occupe de cette glande anale » il dit en riant à la fille à côté de lui, comme s’il n’y avait rien de plus naturel qu’à annoncer cette nécessité physique. O le printemps à New-York, comme c’est...euh, figuratif !

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Du monde dans la place de l'Union

Je me suis décidé de profiter encore un peu du beau temps (et de cette nouvelle jeunesse sans complexe !) en allant chercher quelques livres recommandés par le carnetier Billmon. Je suis donc allé ver la grande librairie Barnes & Noble de la place de l’Union. Deux des escaliers roulants étaient en panne, mais je suis quand même monté à pied au 4e où se trouvent les rayons histoire. Malheureusement, pas de chance, les deux bouquins n’étaient pas là.

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C'est la saison des foires en plein air qui commence — en voici une dans le Broadway

Le copain rentre de Californie ce soir — il atterrira à JFK demain matin, très tôt. Betty ne mange rien — peut-être n’aime-t-elle plus sa pâtée ? Est-ce qu’elle devient gourmet dans sa vieillesse ?

Star Trek Enterprise ce soir à la télé — un des derniers épisodes, je suppose, puisqu’on a déprogrammé la série, ou une rediffusion. Plus tard il y aura « Les femmes au foyer désespérées », profondément camp et facétieux.

Des courses à faire demain — il faut aller chez la vétérinaire pour Betty, il faut faire scanner le patron du carré en soie qu’on fait faire pour la société historique du village (très à la Hermès, mais cela ne coûtera que 95 $ la pièce, en stock limité) pour en faire une petite pub, il faut trouver un nouveau parking ni trop éloigné ni trop cher, il faut commander le store pour le bureau du copain, il faut aller à la salle de sport, et tout et tout. Une journée bien remplie.

(Je suis en train de regarder Les Simpson, un épisode (Future-drama) qui se passe évidemment dans l’avenir, où l’on parle du 51e état — « Saudi-israelia » ! Pour ceux qui ne vont pas à l’université, il y a l’armée qui participe à la 5e guerre du Golfe, où l’on cherche la tête du président. Ils sont malins, ces scénaristes.)

avril 16, 2005

Dolores veterum

Il n’y a rien de pire, je trouve, que de regarder un animal qui souffre. Depuis quelques jours, Betty a quelques fois du mal à bouger — la véto nous avait déjà dit qu’elle souffrait d’arthrite, mais on lui faisait avaler un demi-comprimé d’aspirine avec sa pâtée et cela allait mieux. Mais ce matin cela ne va pas du tout — elle a l’air tout déprimé, n’a pas envie de sortir (il fait beau), je me demande si je devrais l’amener chez le vétérinaire de ma mère, mais en fait je préfère aller voir la vétérinaire à New-York. J’y ai pris rendez-vous pour lundi matin.

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Betty qui ne sourit pas aujourd'hui

L’amie écrivain vient de m’appeler pour se plaindre de mon silence radio de ces dernières semaines. Le copain m’a téléphoné aussi pour se plaindre de mon refus de l’accompagner chez sa sœur. Ma mère voudrait qu’on aille dîner ensemble ce soir — mais elle n’ose pas le demander directement. Il fait beau et je le trouve très agaçant, une bonne pluie froide me ferait du bien à présent.

J’ai même pas la force de trop gueuler sur l’incroyable nouvelle de l’émission télé intitulée « Dimanche de Justice » (si, si) que va faire le sénateur « félicide » Bill Frist le 24 avril à partir d’une église évangélique à Louisville, au Kentucky (ou, si vous préférez, en Quenneteuquie — pourquoi pas francisé tout le monde, partout !). Cette émission est proposée pour défendre les « fidèles » de ceux qui essayeraient, par le moyen du « filibuster », tactique parlementaire d’arrêter un procédé en ne permettant pas une clôture de débat, de refuser les candidatures de « fidèles » proposés par les républicains pour les postes de juges fédéraux. Tout ça a l’air tellement, ben, j’ai envie de dire « iranien » et mullah-esque, que je ne vois pas très bien comment on pourrait le prendre au sérieux. Mais j’ai peut-être tort — depuis quelques jours on lit de plus en plus de références à un mouvement qui s’appellerait le « dominionisme ». Et c’est pas joli du tout !

Bon, au travail. Il faut que je fasse un ordre du jour pour les réunions de cet après-midi. C’est complètement assourdissant, le chant des oiseaux, on n’arrive pas à réfléchir clairement — il y a des fois que je déteste la campagne.

Mais Betty va un peu mieux, ce qui est déjà quelque chose.

avril 15, 2005

Oculus malus atque ruber

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Au croisement de la 9e avenue et la 14e rue ouest, avec le nouveau marche de Chelsea au fond au milieu, anciennement la biscotterie Nabisco

Après une soirée bien sage hier (on avait pourtant prévu un dîner dans un restaurant portugais avec un couple dont le mari a dû tout d’un coup se rendre en Ohio et ils ont donc décommandé — après la folie de la veille on en était plutôt soulagés, le copain et moi, et heureux de rester tout calmement à glander chez nous) à manger des pâtes saines sans aucun accompagnement alcoolique, je me suis couché de bonne heure. Ce matin je me suis réveillé étrangement frais et dispos ! Le copain a vite fait sa mallette avion pour le vol qu’il prend pour Los-Angeles cet après-midi. Il va passer le week-end en famille, chez sa sœur, son beau-frère, ses nièces et son neveu dans le quartier résidentiel d’Hancock Park (moi je connais très peu Los-Angeles). Son oncle, monseigneur en fuite du méchant archevêque de New-York, viendra les joindre du Comté d’Orange au sud, où il est propriétaire d’un petit appartement en copropriété, pour un grand dîner de famille samedi soir. Pourront assister aussi à cette fête de la côte ouest le frère et sa femme de la région de la Baie — mais, eux, v'là, ce n’est jamais sûr. Je ressens toujours un soupçon d’anxiété quand le copain voyage seul — moi je m’en irai avec Betty ce soir vers le Connecticut où je dois assister à des réunions demain. Le copain rentre à New-York dimanche soir par « l’œil rouge» — nom commun pour un vol qui part le soir de la côte ouest (en général de Californie) et qui atterrit tôt le matin sur la côte est (en général à New-York) — on dort peu, c’est pourquoi on a l’œil rouge de la fatigue à l’arrivée. Comme je n’aime pas trop l’avion et comme il s’agit d’une grande réunion familiale (et c’est une famille qui gueule fort, surtout après quelques caisses de vin), je suis plutôt content de rester avec Betty dans la tranquillité d’un week-end plutôt peu frétillant.

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Le supermarché populaire Western Beef qui résiste à l'embourgeoisement du quartier (Stella McCartney, Bodrum, etc)

C’est vrai que j’ai pas de chance, moi. La Bourse est, encore aujourd’hui, en chute libre (bon, j’exagère, je le sais, mais c’est quand même énervant de constater combien les valeurs tombent quand j’ai justement prié à tous les grands et puissants dieux du capitalisme qu’elles restent hautes jusqu’à ce qu’on ait vendu la maison.) Cette baisse continue (perte de 191 points aujourd'hui, aïe !) ne crée pas l’ambiance financière brillante qu’il nous faut pour encourager de nouveaux bobos new-yorkais (comme nous dans le passé) de venir nous acheter notre maison.

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Un poirier de Bradford en fleur adoucit un peu le paysage urbain de Chelsea

Le copain vient de m’appeler de l’aéroport. Le départ prévu pour 17 heures est reporté à 18 heures 30 à cause d’un avion en panne — il y en a un nouveau qui arrive vers 18 heures. En plus, on ne sert rien à bord — voyager, cela devient insupportable.

avril 14, 2005

Vesper vinosus

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Je m'excuse de ces photos supertouristiques et débiles de l'immeuble — ça va bientôt passer

Le copain m’avait demandé de venir au bureau en fin de la journée où il allait montrer le bureau à l’ami ex-Marine, qui en était dûment impressionné (« Mais… il a l’air d’être un vrai bureau ici, » il a noté avec surprise). Ensuite on est sorti à la recherche d’un cocktail dans le quartier (à cause de cet article effrayant sur un avenir sans essence bon marché — une bonne raison de se saoûler, s'il en faut une) — on a vu deux jeunes femmes assises devant une fenêtre au 1er étage d’un immeuble sans distinction dans la 5e avenue. C’était un bar ! On y est monté par un escalier un peu crasseux et tout d’un coup on s’est retrouvé dans un espace hyperdesign qui s’appelle R et où il y a plein d’écrans géants et peu de monde. Une belle hôtesse d’origine asiatique nous a accueillis. On a commandé des cocktails maison qui ne coûtaient que 5 $ à cause du happy hour (moi j’ai pris un martini pomme correctement verdâtre et le copain a choisi un « diversion » toute rose — l’ex-Marine a pris une Guinness, lui étant en principe à l’entraînement pour un marathon au Nouveau-Jersey samedi prochain.)

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Nos cocktails — sans flash

Après deux tournées de boissons et deux plats grignotés, on a recommencé notre balade alcoolisée.

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Devant l'hôtel Gershwin dans la 27e rue — le bar était fermé à cause d'une séance de photographie de mode

On a descendu l’avenue Madison jusqu’à la 27e rue, où l’on s’est tourné vers l’avenue Lexington et le petit quartier indien de Manhattan. De là on a continué vers la place Gramercy. On a pris une pause dans une taverne dans la 3e avenue qui s’appelle Still où il y avait plein de jeunes bruyants et une barmaid belle et charmante qui plaisait beaucoup à l’ex-Marine. On y jouait des tubes des années 80 — Culture Club, par exemple.

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De la publicité pour Paris sur le toit d'un taxi new-yorkais dans la 2e avenue

Notre excursion alcoolique s’est poursuivie aux bords de l’East Village dans la 9e rue est où l’on a fait une pause dans un petit bar plutôt moche qui s’appelle Solas. On s’est ensuite dirigé vers la maison — on a pourtant fait un petit détour dans le bar gay Julius qui se déclare le bar gay le plus ancien de New-York. Dans le temps, quand j’étais bien jeune et nouvellement arrivé dans la métropole, on y venait pour les hamburgers ; maintenant je n’oserais plus, la cuisine est si crasseuse !

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Quelle horreur ! Une faute de français au-dessus du bar chez Julius

Finalement on est rentré chez nous, on a vite sorti la Betty en allant en même temps chercher un demi-gallon de lait écrémé chez la petite épicerie du coin qui reste ouverte jusqu’à minuit. De vrais sauveurs !

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La lumière bienvenue du deli de quartier

Par contre, voici un indice utile pour le salut — l’indice de l’enlèvement à la fin des temps. Hé oui, car on ne sait jamais !

avril 13, 2005

Curæ quotidianæ

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Dans le parc de la place Jackson, triangle entre la rue Horatio, l’avenue Greenwich (la rue la plus vieille du Village) et la 8e avenue, un petit soupçon de printemps

L’illégalité des arrestations faites à New-York l’été dernier pendant la convention républicaine est le sujet de correspondance outragée adressée au Times d’aujourd’hui, mais tout le monde se rend compte bien cyniquement que rien ne changera. La police, sanctionnée par une administration républicaine elle-même portée vers la suppression des droits publics par tous les moyens, y compris la torture, continuera à arrêter illégalement ceux qui voudraient contester les politiques républicaines dans le but de les taire.

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Des façades d'anciens grands magasins du « Ladies' Mile » dans la 6e avenue dont plusieurs sont en train d'être aménagés en appartements

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Le quartier coréen s'avance jusqu'aux pieds de l'Empire State Building — ce restaurant se trouve dans la 33e rue ouest

Dans les chambres du Sénat, on peut suivre les audiences de confirmation des candidats proposés par l’administration Bush pour les postes d’ambassadeur à l’ONU et de « chef de la sécurité de la patrie » — nom à sonorités dûment totalitaires. Dans le cas de John Bolton, l’éditorial du Times prend note du joli trait de caractère professionnel du candidat qu’on lui a revendiqué hier — a « kiss-up, kick-down sort of guy », ou un lèche-cul pour ses supérieurs et un lâche envers ses inférieurs. Pour M. Negroponte, la publication mardi par le Washington Post de câbles rédigés lors du « projet spécial » de la guerre contre le gouvernement sandinista au Nicaragua et qui fait l’objet de cet article dans le Times, montre bien combien et comment il s’est mêlé peu convenablement dans les affaires internes de ce pays. Mais en dépit de l’évidence qui montrerait sans aucun doute pourquoi ces hommes ne devraient pas être confirmés par le Sénat, il y a, en effet, très peu de chance qu’ils ne le soient, étant donné la majorité républicaine du comité, pour laquelle, comme on le voit maintes et maintes fois, une reconnaissance de la vérité a visiblement moins d’appât que la loyauté partisane. Tout comme les rapports officiels sur les « événements » qui se sont déroulés à la prison d’Abou Ghraïb dans lesquels les faits ont été essuyés afin d’excuser surtout le haut commandement des forces armées — l’importance de la loyauté a encore raison de celle de la vérité.

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L'autoréférentiel en pierre — l'intérieur revêtu de marbre d'un ascenseur dans l'Empire State Building

Sur un autre plan, depuis le moment où le copain et moi nous avons mis notre maison de campagne en vente, nous prêtons attention à l’état de l’économie américaine un peu plus qu’avant. La raison est simple : on cherche à s’offrir un petit fond d’argent comptant et on pense que, étant donné les conditions actuelles du marché immobilier, il vaut mieux en profiter tandis que les prix restent élevés. Mais on guette le cours de la Bourse et les taux d’intérêt et le prix du pétrole avec une anxiété nouvelle. Pourquoi ? Parce que quand la Bourse baisse, on se sent moins riche et donc moins disposé à s’acheter une jolie (mais petite) maison. Et parce que, quand les taux d’intérêt montent, il devient de plus en plus cher d’emprunter de l’argent à une banque, ce qui fait que notre (petite) maison coûtera encore plus de sous. Et finalement, parce que, avec l’essence ordinaire à 2,29 $ le gallon (et nettement plus pour le super), ça coûte de plus en plus cher de rouler 225 kilomètres l’aller simple tous les week-ends, surtout si on a, comme la plupart du monde, il me semble, de gros 4x4 ou véhicules tous terrains. En plus, ce genre de billet nous fait peur aussi. Il est de plus en plus évident que nous, Américains, nous vivons dans un monde détaché de la réalité économique. Mais les signes sont là, visibles pour tous qui voudraient les reconnaître — plus que la moitié des meubles qu’on a achetés pour le nouveau bureau du copain sont d’origine chinoise, ainsi que la plupart des sacs en plastique et des emballages. Le reste est venu de Slovénie, de Slovaquie, de Grande-Bretagne, du Canada et du Mexique. Nous, on ne fabrique plus rien. Et en voici un résultat.

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Le nouveau bureau du copain à présent

En suivant l’actualité, je suis de plus en plus convaincu que la sclérose politique de ce pays ne sera surmontée que par une crise d’un ordre entièrement inattendu. Cette crise sera précipitée en toute probabilité d’origine économique — flambée du prix de l’essence, effondrement de valeurs immobilières, chute effrénée du dollar. En tout cas, quelque chose de très désagréable qu’on n’a pas tellement envie de considérer en face.

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On traverse la 8e avenue en direction de la galerie devant des taxis féroces

J’espère bien qu’on aura vendu la maison avant que cela n’advienne !

avril 11, 2005

Tabella-flumen

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Une drôle d'ombre

Toujours aucune trace de Verizon au bureau du copain malgré les promesses répétées (« Oh, you’re the first job on our list for Monday » — il est dix heures et demie, c’est vous dire combien ils bossent dur, mais dur, chez Verizon). J’ai donc pris la relève, m’installant devant un des jolis bureaux tout blancs tout propres (mais pour combien de temps ?) de chez Ikea à taper ce billet tout en écoutant iTunes. J’ai eu ce matin, je ne sais pas trop pourquoi, un accès de fièvre d’achat de chansons plus que vieilles qui me font réfléchir à mon passé, les grands moments de bonheur inespéré, comme ceux d’une tristesse noire et, il me l’a semblé alors, infiniment profonde. Mais rien ne dure, ni ces bonheurs, ni ces tristesses — ils sont tous apprivoisés par le temps et par l’habitude – et heureusement, je dis. Sinon on n’en sortirait jamais, n’est-ce pas ?

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Un des ces immeubles résidentiels si typiquement new-yorkais — celui-ci se trouve au numéro 1 de la rue Christopher

Je suis venu ici par métro que j’entre à la station de la 4e rue ouest. J’ai le choix de lignes — A, V, B, et F, elles vont toutes à la 34e rue. Dans la voiture de métro dans laquelle j’ai monté, il y avait une douzaine de personnes au moins qui portaient des écouteurs iPod. Ça fait des années que j’ai des iPods, grâce au copain qui adore ce genre de gadget électronique et qui m’en donne sans s’informer trop auprès du récipient (moi) si ça lui fera particulièrement plaisir ou pas. Mais c’est pareil pour les anciens baladeurs Sony — j’aime pas me promener avec. Je n’aime pas surtout me sentir coupé de la réalité sonore qui m’entoure. Les sons, ils m’intéressent, ainsi que le hasard et la surprise — deux traits plus ou moins absents de l’écoute d’un iPod (même en mode aléatoire) où l’on a tout de même dû choisir ses chansons avant de les télécharger. C’est pourquoi, dans la voiture, je préfère écouter la radio — quoiqu’elle devienne de nos jours de moins en moins « originale » à cause de la grande concentration médiatique qu’on éprouve ici depuis l’époque Reagan et dans laquelle la programmation individuelle des anciennes stations de radio locales a été reprise par des spécialistes à Los-Angeles et à Chicago — on doit par conséquent subir les mêmes chansons populaires médiocres de Portland, dans le Maine, à San-Diego, économie d’échelle oblige. Mais bon, on ne sait pas tout à fait ce qu’on va passer. Et il y a toujours la possibilité de découverte.

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Je ne résiste pas — et en plus ça brille ! (Je suis sorti pour chercher de quoi manger au bureau)

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Dans la 5e avenue à la 33e rue

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Dans l'avenue Madison, où j'ai trouvé une « sandwicherie » pas mauvaise du tout et qui livre à l'immeuble

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Ce trou sera rempli d'un immeuble résidentiel de 50 étages de hauteur — au fond on achève une autre tour

L’effet bande sonore que nous offre des iPods, je trouve que cela fausse la réalité (quelquefois pour le mieux, j’avoue) et je n’aime pas cette curieuse distance un peu froide que je ressens quand j’écoute la voix superbe de Donna Summer en regardant une grosse femme laide à l’expression énervée traînant de gros sacs de magasins peu chic et luttant pour une place sur le banc de la voiture de métro trop petite pour son derrière. Est-ce comique ? Est-ce ironique ? Est-ce atemporel, dans la manière d’un rêve ?

Dans le gymnase, porter des écouteurs signale à autrui qu’on cherche à ne pas être dérangé par qui que ce soit. Je ne parle presque jamais à personne au gymnase — je dis bonjour aux entraîneurs qui sont là tous les jours mais c’est tout, sauf si je rencontre un ami ou une connaissance. C’est vrai que la musique qu’on joue dans les salles n’est pas toujours de la plus haute qualité, surtout si l’on préfère le rock classique (non, non, pas moi — c’est plutôt le disco bête et rythmique que je veux écouter au gym.) Mais je trouve qu’il est un peu asocial le port des écouteurs — tout comme le port du voile, d’ailleurs — tous les deux mettent à part. On est déjà assez séparé, je trouve — nous faut-il encore des signes de méfiance ?

Donc, ce matin, atteint d’un accès de nostalgie sentimentale provoquée en partie par une chanson que j’avais entendue dans un magasin hier après-midi, j’ai acheté des chansons chez iTunes. La première était la version de « Helpless » chantée par K D Lang, qui commence par les paroles toutes simples de « There is a town in north Ontario… ». L’originale était écrite et chantée par Neil Young, compositeur d’un énorme talent qui a aussi écrit et chanté « Don’t let it bring you down » qu’Annie Lennox a plus tard interprété dans une version ravissante. J’ai aussi acheté « Woodstock » et « Rainy Night House » d’un des premiers albums de Joni Mitchell « Ladies of the Canyon » (vous voyez combien j’ai raison quand je vous assure que je suis indiciblement âgé).

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La table de samedi soir

Le week-end s’est assez bien déroulé — on a dû aller à un dîner où il y avait un couple de républicains (riches, débiles et, le pire de tout, originaires du Nouveau-Jersey) invités par une grande amie de la maîtresse de maison qui a envie, il paraît, de les lancer dans le « monde » du village. Moi je m’étais déjà plaint auprès de notre hôte (une grande amie à moi à qui je peux dire tout sans réserve) en lui disant que je n’avais aucune envie de passer une soirée en compagnie de ces gens-là qui sont, pour moi, infréquentables (ou, plus précisément, qui ne valent pas l’effort qu’on les fréquente). J’avais menacé de décommander, mais finalement j’ai accepté de venir (sa fille pratique m’ayant conseillé de me saoûler avant d’aller chez sa mère) — il y avait d’autres invités très amis avec qui on s’est beaucoup amusé à faire des plaisanteries à propos du pape, de la Schaivo, de ma mère avare (elle m’aurait enlevé la fameuse sonde d’alimentation tout de suite afin de minimiser le montant), et du prince Rainier afin de choquer la femme bien pensante du couple. De l’esprit mortel, quoi !

En dépit du soupçon de gueule de bois que j’avais le matin suivant, on a décidé de rentrer tôt à New-York. Il faisait très beau, très chaud. Pendant que le copain et Betty dormaient, j’écoutais l’émission de Jerry Springer sur Air America — il protestait la candidature de John Bolton comme ambassadeur américain à l’ONU. C’est un personnage curieux, ce M. Springer, et quelle carrière variée ! — ancien maire de Cincinnati, animateur d’une émission de télé trash célèbre, sujet d’opéra monté à Londres et maintenant animateur d’un programme à la nouvelle radio de gauche Air America.

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Photo prise dans la 17e rue ouest pendant que le copain faisait pipi dans le bar pédé Splash de l'autre côté

Ah, bon, le type de Verizon est enfin venu — il s’appelle Alberto et il est sympa. On va bientôt avoir une ligne téléphonique !

(Alberto est parti — on a un téléphone ! Le copain s'occupe du haut débit. Je le laisse faire et je rentre à la maison, où il faut que je sorte Betty.)

avril 05, 2005

Translatio

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La 10e avenue, ça ressemble, je trouve, à des artères peu remarquables, voire laides, qu'on voit dans la plupart des villes américaines — à part la caricature de Bush, de retour sur le panneau publicitaire à droite !

Vraiment je n’ose pas espérer qu’un certain pourcentage d’Américains se sont finalement rendus compte que ce Bush qu’on a élu n’est pas le défenseur du Bien infaillible qu’on leur avait promis. Les Italiens semblent avoir dit « No, grazie » à leur premier ministre médiatique en votant pour le centre-gauche et contre la présence en Irak de troupes italiennes. À bon entendeur, M. Blair.

Hier soir on avait été invité, le copain et moi, à un dîner très agréable où l’on a discuté, parmi plusieurs sujets abordés autour d’un superbe ragoût d’agneau, du carnet de Virginie Luc, qui se décrit comme « journaliste grand reporter ». Moi, j’avais avoué ne pas avoir suivi de trop près ce cernet, après y avoir jeté quelques coups d’œil au début. D’autres le trouvaient plutôt insupportable, genre hyper-intello parisien privilégié — par contre il y en avait un invité à table qui a déclaré que c’était exactement pour cet aspect de mentalité « typiquement » parisienne qu’il le lisait. C’est dire qu’on ne saura jamais exactement pourquoi un carnet sera lu.

On est en train d’organiser le déménagement du copain vers l’Empire State Building prévu pour vendredi prochain — si les poseurs de tapis ont terminé leur travail demain après-midi, ce qui n’est pourtant pas certain. Jeudi c’est Verizon qui vient le matin en principe pour les téléphones (mais on lui a déjà donné de nouveaux numéros de téléphone qui marcheront à partir du 7 avril). Il n’y a pas de livraisons à l’immeuble en fin de semaine. Le copain commence à stresser grave — c’est naturel, étant donné tout ce qui se passe dans sa vie professionnelle — et j’imagine qu’on va éprouver tous les deux une semaine plutôt difficile. C’est toujours compliqué à savoir dans quelle mesure il faut me mêler dans les affaires professionnelles du copain. En général je fais très attention à me taire et je le laisse faire comme il veut sans commentaire de ma part, mais dans le cas présent, j’ai bien l’impression qu’il ne refusera pas une offre d’assistance.

avril 04, 2005

Obscuritas felix

La mort du pape et la frénésie protocolaire qui entoure ses funérailles prévues pour le vendredi prochain ont été un vrai coup de bol pour l’armée d’occupation américaine en Irak, qui a pourtant subi le samedi dernier une attaque importante de la part des « insurgés » irakiens sur la prison d’Abou Ghraïb. Il y a eu 44 blessés parmi les forces américaines à la prison, ainsi qu’une douzaine des prisonniers. Mais cette nouvelle désagréable a été chassée des unes de la plupart des journaux par les multiples articles sur la vie et la mort de Jean-Paul II. Le carnetier Rude Pundit, qui est effectivement très mal élevé, en parle dans ce billet où il prétend aussi ne pas pouvoir en entendre trop parler de la dépouille mortelle de l’ancien pontife. Il propose même une tournée de la momie du pape, ce qui faciliterait la couverture permanente des restes du pape défunt par tous les médias.

avril 03, 2005

Subligacula nova

Aujourd’hui il était surtout question, malgré le temps qu’il persiste à faire et la disparition d’une heure de notre horaire, d’aller s’approvisionner en sous-vêtements, notre stock actuel à nous deux étant d’un abandon assez blâmable.

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La célèbre boutique Village Cigars à l'intersection de la rue Christopher et la 7e avenue

Nous rendant d’abord au distributeur Chase de la place Sheridan pour chercher des sous, nous avons pris le métro pour aller jusqu’à la rue Rector (la station World Trade Center étant toujours fermée, on se demande pourquoi exactement, surtout puisque la station PATH à côté est rouverte depuis assez longtemps), où nous sommes descendus pour monter à la surface.

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Des gratte-ciel nouveaux et anciens dans le quartier financier

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Les touristes devant le site de l'ancien World Trade Center

Sortis, on s’est dirigé vers ce temple des bonnes affaires en fringues qu’est le magasin Century 21, qui le dimanche ouvre ses portes lourdes à 11 heures (par contre, on ouvre à 7h45 pendant la semaine !).

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L'entrée principale du magasin Century 21

Nous y sommes arrivés un peu tard — vers 11h15 et les foules d’Européens criards et vulgaires, bourrés d’euros, se dépêchaient déjà à dénicher ce qu’il y avait de meilleur et de moins cher parmi nos artisans indigènes comme Calvin Klein, Donna Karan et Ralph Lauren. Des enfants italiens couraient comme des pazzi entre les rayons de vestes et de blousons au rez-de-chaussée. Des Irlandais demandaient des questions dans leur accent adorable. Une folle anglaise, les poignets lourds de bracelets étincelants et les cheveux colorés d’un blond orangé peu appétissant, tâtait chaque manche de chaque veste avec un air dédaigneux. Le copain et moi, simples autochtones, nous nous sommes acheminés sans trop de façons vers le rayon « sous-vêtements masculins » où l’on a vite retrouvé les slips « normaux » CK et 2xist (12,95 $ pour un paquet de trois slips) et un slip CK un peu plus suggestif (taille basse), tandis que le copain, lui, a choisi des caleçons plutôt BCBG de Ralph Lauren.

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Du choix !

On a aussi trouvé des chaussettes, dont on s’est acheté plusieurs paires — c’est fou ce qu’on accumule de chaussettes non assorties chez nous.

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Vue de Broadway vide

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L'église épiscopale St-Paul (qui fait partie depuis 1980 du Service national des Parcs)

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L'une des multiples entrées au magasin J&R à droite, avec l'Immeuble municipal au fond

La sortie vêtements terminée, il a fallu passer au temple de l’informatique J&R, où le copain a acheté encore un câble pour le modem (on en a plein qui traînent n’importe où dans l’appartement mais ils sont tous, j’ai appris, de la mauvaise taille. Ah.)

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L'ancien tribunal Jefferson converti en bibliothèque dans la 10e rue et la 6e avenue

Un petit-déjeuner au restau bio et végétarien de l’avenue Greenwich et ensuite retour à la maison, où l’on retrouve encore des sapeurs-pompiers dans la rue — heureusement pas devant chez nous.

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On traverse la 7e avenue vers la maison

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Encore des sapeurs-pompiers dans la rue Perry

Le copain s’est ensuite blotti dans la chambre à coucher pour réviser pour un examen technique qu’il va passer demain tandis que moi j’ai fait un petit effort de rangement de l’appart. Le comptable du copain, qui a des heures irrégulières (évidemment), vient d’arriver et travaille dans le bureau. Un dimanche réussi, quoi.

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Betty préfère se reposer sur le futon que de se promener dehors dans la pluie

Dépouillant enfin une importante pile de courrier jusque-là fort négligée, j’ai découvert un tas de gros paquets venus de quelques sociétés anonymes dans lesquelles je tiens des actions. Oui, je suis actionnaire, et en tant que tel, j’ai le droit de voter dans les assemblées générales annuelles des actionnaires, qui ont lieu souvent le printemps. En général on vous demande de dire oui ou non aux conseillers d’administration proposés, on doit approuver ou refuser le choix des auditeurs, et puis on vote sur des propositions proposées ou par la société ou par des actionnaires privés. C’est souvent curieux ce qu’on trouve dans les rapports financiers annuels — les rapports de famille entre conseillers, par exemple, dans la déclaration de Dow Jones ! — et moi je cherche à savoir si les conseillers proposés ont eu rien de particulier à faire avec Bush. Si oui, je les raye de la liste. Pour les auditeurs, je marque toujours la case « Abstention » parce que, ayant travaillé pour Ernst & Young, je sais qu’ils sont tous plus ou moins tricheurs. Mais ce sont les propositions qui sont les votes les plus intéressants. Dans la brochure envoyée par la société Coca-Cola, on découvre une proposition intentée par le fonds de retraite des employés de la ville de New-York (parmi d’autres) dans laquelle on exige la société à entamer une enquête indépendante dans les activités anti-syndicales en Colombie commises par des responsables d’usines Coca-Cola et des force paramilitaires ! (Cela va sans dire que la direction conseille aux actionnaires de voter non sur cette proposition !) Chez la société financière Lehman Brothers, le Fonds de capitaux catholique (« Catholic Equity Fund ») de Milwaukee, Wisconsin, demande une limitation d’émoluments versés au chef de la direction ne dépasse le salaire moyen versé à un ouvrier de 100 fois ce dernier, sauf si les actionnaires auront approuvé le versement d’une somme supérieure. Vous ne serez pas surpris à apprendre que la direction de Lehman Brothers n’aime pas du tout qu’on lui dise combien elle a droit de se payer. (J’ai voté en faveur, bien sûr, même si la proposition n’a aucune chance d’être acceptée.)

On lit un peu partout combien le monde « pleure » la mort de Jean-Paul II. « World mourns » déclare Reuters dans un titre. Le Monde parle d’« hommage unanime » sur sa page d’accueil. Unanime ? Non, je ne crois pas que cela soit unanime, messieurs les journalistes. On n’a qu’à passer ici, ici ou ici pour voir combien vous vous trompez. Et ces sites ne sont qu’une sélection de ceux qui ne sont pas disposés à oublier certains aspects de la vie de Karol Wojtyla.

avril 02, 2005

Primo vere ?

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Vue de la galerie au 8e étage sur le complexe sportif des Quais de Chelsea et le fleuve Hudson dans la pluie

Une journée dégueulasse, passée dans la galerie de l’ami galeriste qui voulait de la compagnie — la pluie et le vent ayant découragé la plupart des visiteurs à venir dans le désert de Chelsea, l’ami galeriste et moi, nous nous sommes amusés à regarder des sites cul (« C’est dommage, tu sais, j’peux pas regarder c’que je veux quand il y a des hétéros ici » il me dit) jusqu’à ce qu’il nous vienne de clients de l'Upper East Side qui cherchent des aquarelles de vues du Maine. Après avoir étudié de très près plusieurs tableaux pour leurs sujets et leurs tailles, ils en ont finalement pris un, qu’on a vite emballé en papier boules d’air pour pouvoir le mettre tout de suite sur la banquette arrière de la grande Mercedes noire. Ah, encore 7 500 $ de gagné (mais pas pour moi !) par une journée plutôt pénible. Et puis entre dans la galerie un consultant pour la société General Electric qui cherche lui aussi un tas de tableaux — on en sort et déballe plusieurs (qu'il faut plus tard remballer et remettre dans le grand casier à tableaux).

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Le siège social de l'empire de Martha Stewart occupe un étage entier dans cet immeuble de dimensions célèbres qui s'appellait autrefois le Starrett-Lehigh Building

Je n’ai jamais apprécié la politique sociale du pape Jean-Paul II, surtout à propos de l’homosexualité. La mort du pape donc me laisse, je l’avoue, plutôt indifférente, mais ce billet de Billmon explique un peu, d’une façon élégante, la mystique que possède toujours, même pour les non-croyants comme moi, l’église de Rome.

avril 01, 2005

De ignominia

C’est quand même dégoûtant. J’ai honte.