Vendredi soir, donc, on est resté à Manhattan et pour fêter notre immobilité inaccoutumée on est allé dîner à Chelsea avec l’ami galeriste, qui travaille samedi et ne peut se rendre à sa maison de week-end à l’Île de l’Eau, une petite communauté sur l’Île de Feu à l’est des Pins de l’Île de Feu, l'un des deux grands centres gais de l’île (l’autre étant la Ceriseraie ou « Cherry Grove » où ont séjourné le grand poète WH Auden et les peintres, qui furent aussi pour un temps des amants, Paul Cadmus et Jared French). On est allé à un petit restau italien dans la 8e avenue, ni chic ni cher, où j’ai pris des sardines fraîches grillées pour commencer (ça a fait horreur à mes convives, qui ni l’un ni l’autre n’aime les petits poissons) et un bon spaghetti à la bolonaise comme plat principal. Il y avait du monde, tout beau, tout jeune, tout musclé, tout bronzé (accompli à Miami, pas ici, c’est sûr), à faire la passagiata, ou promenade du soir, langoureuse et solennelle, sur les trottoirs de la 8e avenue et donc devant notre table, les vitrines du restaurant ayant été gentiment ôtées pour nous permettre à goûter les premiers plaisirs urbains de l’été. Samedi matin le copain est allé courir une distance folle de kilomètres tandis que moi je me suis traîné ver la salle de sports afin de tenter de me délarder (c’est pas du tout joli comme mot, je trouve, mais c’est exact) un peu avant de partir pour Philadelphie.
L’ami promoteur immobilier et notre compagnon de route est arrivé chez nous vers midi et demi et l’on s’est allé ensuite chercher la voiture au garage, d’où l’on s’est mis en route vers le tunnel de Hollande et l’autoroute à péage du Nouveau-Jersey. Pas grand-chose à dire là-dessus, c’est un déplacement qui n’est ni beau, ni intéressant, seulement nécessaire afin d’accéder aux destinations au sud de New-York. Il y avait en fait pas mal de circulation sur l’autoroute (à huit voies dans chaque sens, quand même). On est finalement arrivé à la jonction de l’autoroute à péage de Pennsylvanie où l’on tourne vers l’ouest en longeant la frontière nord de la ville de Philadelphie. Quelques sorties plus loin, on « descend » de l’autoroute pour la 309 qui nous amène vers la maison de ma sœur, qu’on arrive à retrouver sans trop de mal.

La banlieue de Philadelphie — le quartier de ma sœur
Nous déposons nos affaires chez ma sœur et on va tout de suite au Marché du quartier de la Colline aux Châtaigniers pour acheter nos provisions pour le dîner ce soir (poulets bio, oignons, salade, tarte au citron vert des îlots de Floride).

L'entrée au marché de la Colline des Châtaigniers

Chez le marchand de légumes
On se rend alors chez notre amie, qui habite avec sa famille une maison un tout petit peu bordélique (ancienne femme d’affaires très réussie, elle est nettement moins forte en entretien ménager domestique !)

L'adorable Labrador doré Stuart — tiens, c'est difficile à dire, ça !

La terrasse qu'on a transformée en salle à manger

La maison vue du nord

L'entrée originale de la maison, qui date de 1860
On fait un tour de la petite propriété située aux bords de la ville de Philadelphie et comme il fait assez chaud, on décide à dîner dehors sur la terrasse d’à côté.

Des iris de Sibérie dans le jardin — ils aiment le soleil, il paraît

Des chevaux qui paissent dans les champs voisins
L’ami promoteur immobilier est allé chez une parente qui vient de s’installer à Philadelphie, dans l’ancien quartier ouvrier de Manayunk qui s’embourgeoise peu à peu. Elle est procureur adjoint de district pour la ville de Philadelphie, poste qu’elle remplit après avoir travaillé pendant neuf ans comme agente fédérale antidrogue à Houston, au Texas ! Pour moi ça a jeté un petit froid sur la soirée — j’avoue avoir de forts préjugés contre les flics — et je veux bien admettre qu’elle était polie, intelligente, mais elle ne buvait pas, et en fin de compte elle avait une tête froide de flic inspecteur et veillant. On est rentré chez nous vers minuit.

Dans le parking élégant de la fondation Barnes à Merion

La façade principale de la fondation Barnes, avec un groupe de russophones qui vont entrer avec nous

Un élégant puits en pierre taillée dans le jardin de la fondation
On est retourné chez nos amis vers 9h30 pour prendre le petit déjeuner avant d’aller en monospace serré visiter les trésors de la fondation Barnes (et il y en a de vrais !).

Derrière le bâtiment principal

La maison privée du Dr et Mme Barnes, à deux pas du bâtiment principal — cela ne se visite pas

Un détail architectural en terre cuite prise d'une porte sculptée en Côte d'Ivoire
Le copain et moi, nous avons loué des guides radio — la critique n’était pas extraordinaire, mais elle nous a expliqué un peu pourquoi le collectionneur Dr Barnes avait voulu créer des compositions murales de tous ces tableaux. En fait, il s’agissait d’un petit cinglé riche et avide qui avait envie de ramasser toutes sortes de tableaux « importants » et qui a dû faire le bonheur des marchands d’art à Paris dans les années 20 jusqu’aux années 40. Mais la collection, dans un bâtiment conçu par l’architecte franco-américain Paul Cret en 1926, est tout proprement fantastique — 170 tableaux de Renoir, 55 de Cézanne, 20 de Picasso, des van Gogh, des Chardin, des El Greco, des De Chirico, des Degas, un Toulouse-Lautrec inoubliable, un Monet d’une beauté tout à fait étonnante. « Le Bonheur de vivre » d’Henri Matisse qui est extraordinaire, les Seurat, les dessins, les sculptures. Le tout rangé par le docteur lui-même selon des « principes » pour le moins douteux, mais ce qui est vraiment incontestable, c’est l’aspect excentrique et « personnalisé » de cette collection, qui va très vraisemblablement être bientôt déménagée de sa banlieue originale vers le centre de Philadelphie d’après les décisions récentes d’un juge dans un énorme procès sur la disposition ultime du legs du docteur Barnes. C’est pourquoi on a fait un effort pour la visiter avant son déménagement. Mais en vérité je n’ai pas beaucoup apprécié la manière dont le cher docteur avait disposé ses beaux tableaux — fidélité à l’excentricité du collectionneur n’est pas une raison absolue pour nuire aux œuvres, et comme il manque à la fondation de l’argent pour entretenir ses possessions, je ne suis pas contre la construction d’un musée plus grand, plus ouvert et, surtout, plus accessible où plus de monde pourra venir apprécier ces grands tableaux dans des conditions moins ridicules (le Dr Barnes par exemple trouvait que les charnières en métal ajoutaient à l’appréciation des vues du Mont-Sainte-Victoire de Cézanne et il en posait des tas, de toutes époques, sur les murs de ses galeries, entre les tableaux).

L'entrée au grand deli Hymie's à Marion
On a déjeuné dans un grand delicatessen juif bondé au nom de Hymie’s, où j’ai pris un excellent sandwich Reuben, tandis que le copain a opté pour la grande « spécialité » célèbre de la région philadelphienne, le steak au fromage avec des oignons et de la sauce à la philadelphienne, aussi connue comme le « Philly cheesesteak ».
Presque stupéfait pas tout ce qu’on avait mangé, on a commencé notre retour vers Manhattan en retournant sur nos pas. Il y avait toujours de la circulation (on ne fait que rouler en voiture au Nouveau-Jersey, il me semble, et on devrait finalement asphalter tout l’état pour convenir aux désirs pas très refoulés des habitants).

Dans la file devant l'entrée au tunnel de Hollande, avec les gratte-ciel de Manhattan au fond à l'horizon
De nouveau chez nous dans la rue Perry, le copain m’annonce qu’il a envie d’aller voir « La Revanche des Sith ». Bon, on choisit le cinéma selon le seul critère qui m’importe : les boissons gelées (hélas, pas de margaritas).

En route au cinéma, on dit bonjour au bureau du copain
On va aux cinémas dans la 34e rue ouest, où l’on est en train de promouvoir un festival de films lesbiens, gais, bisexuels, et transgenre — il y en avait qui me paraissaient intéressants. J’ai dû accepter de boire un icee aux myrtilles (le parfum cerise ne marchait pas, c’est trop typique). On a trouvé des places au milieu, on s’y est installé avec nos boissons et nos sacs de pop-corn médiocre, et on a regardé le film sur un écran géant — ça nous a plutôt plu. Non, ce n’est pas parfait, le scénario n’est pas brillant, Ewan McGregor joue très plat, il n’y a que le chancelier Palpatine, joué par l’acteur anglais très expérimenté Ian McDiarmid, qui montre beaucoup de finesse dans son interprétation. Mais je me suis plu.