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juillet 29, 2005

Ad occidentem

Décollage en quelques heures pour San-Francisco (ou Saint-François pour les puristes du 17e siècle parmi nous — soyez les bienvenus sur nos rivages !) pour un week-end prolongé. Retour à New-York mardi soir, assez tard, je crois.

Espérons qu'il n'y aura pas trop de turbulence cet après-midi — c'est pourquoi j'ai horreur des Rocheuses.

juillet 28, 2005

Miscellanea

Ce n'est pas juste — comment voulez-vous que je continue à essayer d'être vachement gentil comme tout quand ce sacré carnetier Billmon alimente ma misanthropie naturelle avec des billets malveillants comme celui-ci, dont je cite une partie : Maybe people act dumb because a lot of them are dumb -- dumb as turnips. So stupid they have trouble each morning remembering that their shoes go on their feet. Non, mais, ho...

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Ils ont l'air peu réel, ces immeubles de verre

La question me traque: sst-ce que les voitures sont en train de changer de sexe ? Oui, il paraît, d’après les commentaires laissés ici à propos de ma photo d’un (j’avais écrit « une ») Hummer stationné dans la 7e avenue. La plupart des commentateurs ont cru que le genre de « Hummer » devrait être masculin, tandis que moi, suivant mes habitudes grammaticales apprises il y a des siècles, j’avais mis ce véhicule au féminin, comme une Mercedes et une Jaguar. Alors, que se passe-t-il ? Pourquoi y aurait-il de la confusion sur le genre des automobiles ? C’est ce que demande ce monsieur belge qui lui aussi a remarqué l’emploi nouveau du masculin dans le cas de certaines voitures, nouveauté qu’il explique en disant qu’il s’agit d’un truc de pub pour faire plus mâles certaines marques de véhicule — tels le Hummer et le Blazer, tous les deux des 4x4 super testosteronisés. Bof, moi, je veux bien. De toute façon, j’ai toujours trouvé ça un peu marrant, l’idée qu’on puisse prétendre deviner la force sexuelle d'un homme par la puissance du moteur de sa voiture — mais j’avoue que je trouve souvent très mignons les ignorants qui s’y perdent dans leurs « voitures à muscles » rouges flambants. Le style kéké a ses attraits auxquels je ne suis pas, euh, tout à fait insensible, c’est tout — tiens, on devrait lui consacrer un beau livre.

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Le parc du fleuve Hudson à la hauteur de la rue Charles

Je suis au régime, afin de ne pas me voir obligé de courir un demi-marathon en octobre (en toute probabilité à Toronto, que j’aimerais bien visiter pourtant, mais sans mes chaussures de course). Bien que je n’aie aucune intention de perdre le pari, il est vrai que courir est très efficace pour faire perdre des kilos. Donc, en dépit de mon antipathie pour la course, je me suis quand même forcé à traîner ma carcasse délabrée le long du parc du Hudson jusqu’au parc de la Batterie tout au fond de l’île de Manhattan où je me suis retourné pour rentrer au Village. Malgré une chaleur proprement infernale de ces derniers jours, on y a droit à des bouffées d’air venant de l’eau, et puis c’est plat et il y a peu de monde (quelques touristes égarés). Ce parc a été créé en 1999 et son aménagement n’est toujours pas terminé. Pour le moment, tout y est propre et assez bien entretenu (voici l’image prise par une webcaméra sur le café et les WC à la hauteur de la rue Christopher). À la cité du parc de la Batterie, par contre, tout est plutôt nickel — c’est un quartier très bourgeois qui ressemble, en plus propre, à l’Upper East Side. Hier j’ai retracé mes pas en prenant l’appareil dont je publie ici une sélection des photographies prises hier. Attention, ce n’est pas le New-York typiquement touristique ici, mais un coin excentrique de la ville mal ou peu connu par la plupart des habitants eux-mêmes.

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On y a mis de l'art — voici une sculpture d'une pomme (grande) — vous saississez la référence peu subtile, n'est-ce pas ?

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C'est notre Paris-Plage (ou Aqua-Club) à nous

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Et l'on y a même des attractions aquatiques pour les « enfants »>

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Le soir cela devient la promenade des travestis vogueurs

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La fontaine de la rue Christopher

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L'un des puits de ventilation pour le tunnel de Hollande

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L'un des terrains de tennis de la rue du Canal

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Une sculpture maritime

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L'école d'acrobatie de New-York — il faisait trop chaud jusqu'à hier pour faire des cours

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Vue vers la cité du parc de la Batterie — et ce type allongé sur le banc à droite m'a drôlement surpris en se levant tout d'un coup il y a quelques instants après la prise de cette photo — je ne l'avais même pas remarqué

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L'arène pour les planches à roulettes

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L'immeuble un peu lourd de la société d'assurances Travelers

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Un parcours de mini-golf

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Un frappeur un peu « geek » s'entraîne dans une cage des frappeurs

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Un beau cycliste se déshabille dans le pré nord du parc de la cité du parc de la Batterie

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Statue d'un autochtone à poil

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Vue du pré nord dans la cité du parc de la Batterie, avec l'immeuble Travelers à gauche et deux tours du complexe résidential à loyers (autrefois) modérés Independence Plaza

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La navette fluviale entre Manhattan et le Nouveau-Jersey

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Bateaux de plaisance dans le bassin du Centre financier mondial

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L'immeuble au numéro 2 du Centre financier mondial dont parmi les locataires figurent la Commerzbank, Merrill Lynch et Nomura Securities — ça a l'air un peu lourd aussi

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Le Jardin d'Hiver au centre du Centre financier mondial

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Une statue par Keith Haring devant l'entrée au nº 3 du Centre financier mondial

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On fait la queue devant ce bureau de poste automobile

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Vue d'immeubles du quartier financier, dont l'immeuble de la Deutsche Bank sous un voile noir qu'on va raser, mais j'ai surtout pris la photo pour montrer à Laurent l'enseigne Guinness affixée au mur de ce petit café

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Il y a pourtant des barrières partout dans ce quartier — celles-ci montent et baissent pour laisser entrer ou partir les voitures du parking

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Le nouveau numéro 7 du Centre commercial mondial au fond, vu de la rue Ouest

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Le cimetière de l'église épiscopale de la Trinité (la paroisse étant l'un des propriétaires les plus grands de l'immobilier à New-York) dans le quartier financier

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La tour de style gothique anglais de l'église de la Trinité

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Le Broadway vers le nord

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La célèbre rue du Mur, centre traditionnel de la finance américaine, convertie en passage piéton par peur des terroristes — oui, aujourd'hui, c'est la peur du terrorisme qui détermine tout

Le copain rentré, on est allé manger japonais et ensuite il a voulu de la glace. Donc on a pris la rue Bleecker pour nous rendre à Cones, un glacier d'origine argentine qui fait des glaces maison extraordinaires — mais j'ai pas goûté, voyons, j'suis au régime

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On attend le feu rouge pour traverser la 7e avenue

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Le glacier argentin réputé « Cones » dans la rue Bleecker

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Continuation de la rue Bleecker vers la 6e avenue

juillet 27, 2005

Lutetia, Londinium (et Novum Eboracum)

Si Paris est reconnu pour ses arguments intellectuels élégamment construits, un monde d’idées de Sartre, de Foucault, de Barthes, et de Derrida (pour ne nommer que quelques exemples célèbres) habillé par Chanel, on appréciera Londres pour l’insolite, l’extravagant et l’excentrique recherché que feront éclore des personnages tels Oscar Wilde, Aubrey Beardsley et Quentin Crisp. Le dandy qui se moque de l’opinion publique conventionnelle, qu’il soit punk ou mod ou Bloomsbury ou Beau Brummel, fait partie des personnages types de la capitale anglaise.

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Des caisses remplies de livres à vendre dans le coffre de la Honda avant d'être livrées au Centre communautaire — c'est comme cela qu'on nettoye son passé

Cela fait plus d’un an que je suis, irrégulièrement, la vie de Dickon Edwards, popstar de l’avenir qui chante avec le groupe Fosca et qui raconte sa vie quotidienne dans un carnet en anglais intitulé « Diary at the Centre of the Earth » — Journal au centre de la Terre. M. Edwards s’habille volontiers, tout comme les artistes Gilbert & George, eux aussi Anglais, en costume sombre d’homme d’affaires, convention qu’il défie un peu avec ces cheveux teints à la Warhol. Sa vie n’est pas du tout facile — il habite la même chambre dans le nord de Londres depuis 1994 et le groupe a des difficultés professionnelles de manager et de société de disques. Mais son point de vue sur tout ce qui lui arrive m’a souvent impressionné par son honnêteté et par sa franchise — comme, par exemple, quand il se plaint de la qualité médiocre de sa vie actuelle et reconnaît que : « So, I must do something. But oh - the effort! » (il n’a pas de permaliens, donc la phrase citée se trouve à la fin du billet du 1er juillet 2005).

(À propos de New-York, en guise de fair-play, je citerai seulement cette opinion du grand écrivain anglais Evelyn Waugh qui a écrit, dans son chef-d’œuvre Brideshead Revisited, « We lay in our twin beds, a yard or two distant, smoking. I looked at my watch ; it was four o’clock, but neither of us was ready to sleep, for in that city there is neurosis in the air which the inhabitants mistake for energy. » Et toc ! Je passerais voir le psychanalyste s’il ne faisait pas aussi chaud aujourd'hui — déjà 31º !)

juillet 24, 2005

Crimen verum

« The real crime […] remains the sending of American men and women to Iraq on fictitious grounds. » Frank Rich nous le rappelle.

Car il ne faut pas perdre de vue la raison principale pour laquelle il faut qu’on se débarrasse vite de cette administration éhontée.

L’avenir des médias papier serait le sujet de cette entrevue intéressante avec le rédacteur en chef du Los Angeles Times John Carroll, qui se pose la question : « Can corporations that are not family-controlled produce excellent newspapers? The returns aren't in, but it's not looking good. Newspaper-owning corporations -- and I mean all of them, not just my own employer -- have an unwritten pact with Wall Street that requires unsustainably high profit levels. Each year, newspapers shed reporters, editors, photographers, designers and newshole. Each year, readers get less. Each year many of those readers turn elsewhere for their news. Professor Phil Meyer has plotted our oblivion, which, as I recall, comes in less than two generations. As I say, we are on an unsustainable course. The old family-owned papers had their flaws, but at least the owners tried to preserve them for their children and grandchildren. »

M. Carroll démissionne de son poste le 15 août.

Ce week-end marque le début de mes efforts pour déménager de la maison — j’ai commencé à inspecter les dos de livre dans les bibliothèques et les mettre dans l’une de trois catégories : à garder, à jeter (figurativement parlant, bien sûr) et à déterminer. C’est quand même dur de fouiller dans le passé (et les livres, c’est mon passé) et de décider quel petit élément, en papier jauni et relié, on va faire disparaître.

Ce sont en effet des petites morts d’une partie de soi-même — mais on meurt à chaque instant, je le sais. On se renouvelle aussi — jusqu’à un certain moment. Ma mère ne se renouvelle plus, en effet. Elle se rétrécit. C’est pénible à regarder, surtout puisqu’on n’y peut rien. Elle se trouve déjà au-delà du point de non-retour, en dépit de toutes les exhortations que lui fait copain : « Mais il faut se promener un peu, il faut aller voir les roses chez Mme … ». Rien à faire, elle n’a plus aucune envie de bouger en dehors de chez elle (à part une partie de bridge une fois pas semaine).

Et c’était aujourd’hui la première fois que j’aie ressenti une vague tristesse devant le fait qu’on va bientôt quitter cette maison. La mort de notre voisine m’a rappelé la mort de Betty, et toutes les deux me manquaient à leur façon. Le copain a dû prendre le train de 15h19, les autres ayant toutes les places réservées à plein. Je déposerai mes caisses en carton remplies de livres au Centre communautaire demain matin avant de rentrer à Manhattan.

juillet 23, 2005

Libri

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Un accident venait de se passer dans les voies vers le sud de l'autoroute de F D Roosevelt — une voiture s'était renversée — oui, c'est l'ONU au fond au milieu

On est parti un plus tard que d’habitude pour la campagne hier, car il nous a fallu charger le coffre de la voiture de deux caisses en carton de livres que je vais donner aux responsables du Centre communautaire qui les vendront à la Foire du village qui aura lieu en deux semaines. C’est très dur pour moi de me débarrasser de mes livres, bien que je sais parfaitement bien que j’en ai des tas qui sont, je le sais, médiocres et que je n’ouvrirai plus jamais. Mais il me reste difficile à faire le tri — mais il faut le faire, puisqu’on a des bibliothèques remplies aussi à la campagne.

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On est allé « dîner » dans le McDo de l'autoroute I-95 à Greenwich, où j'ai aussi acheté de l'essence à 2,69 $ le gallon

Pour le moment j’ai décidé de laisser partir d’abord les biographies, et ensuite les romans que j’ai lus dont je m’en souviens plus rien. Je garde absolument tout ce qui est de Voltaire ou à son sujet (c’est-à-dire la correspondance de Mme du Deffand), et il en va de même avec les œuvres d’Evelyn Waugh. Je garde aussi tous les livres sur l’histoire de la ville de New-York et sur l’histoire gaie à New-York et ailleurs, ainsi que tous les livres d’auteurs de ma connaissance — avec ou sans inscription (je plaisante). Il y a d’autres catégories où je ne suis pas sûr du choix : le jardinage, par exemple. J’aime les beaux jardins chez les autres et en principe j’aimerais bien en avoir un dans une éventuelle propriété à l’avenir, mais en réalité, je ne m’intéresse que très peu à l’entretien des plantes. C’est pareil avec les langues : j’ai plein de livres didactiques sur le chinois, l’allemand, l’espagnol, l’italien, le grec antique, le latin et il est peu probable, hélas, que je parvienne à mon gentil rêve d’avoir plus que quelques notions bien réduites du chinois.

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Le copain n'a pas commandé le repas « minceur » — moi j'ai pris un sandwich au poulet grillé sans sauce mayonnaise !

Non, non, je ferai tout cela demain. Aujourd’hui le copain et moi, nous avons assisté aux funérailles d’une amie, notre voisine de derrière, morte il y a quelques semaines d’un cancer du pancréas après un répit presque miraculeux de plus de cinq ans (ses médecins lui avaient donné cinq à six mois de vie après sa diagnose). Ce n’était vraiment pas une triste affaire — son fils et sa femme, enceinte de huit mois de leur premier enfant, sont restés chez nous, la maison familiale étant bondée. À la messe, le chœur de la petite église anglicane a massacré l’Ave verum corpus de Mozart d’une manière tout à fait étonnante (même pour un petit chœur de volontaires) et le service religieux terminé on a fait une réception dans le petit jardin de l’église qui donne sur la mer.

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Enfin la vérité sur ce qui se passe après la mort — on boit et on bavarde

Après le déjeuner au restaurant, le copain est allé examiner son voilier, qui s’était échoué sur l’île de Fisher dans le brouillant pendant la régate du week-end dernier. Ce soir on dîne chez ma mère.

On ne parle pas beaucoup ici de l’incident de l’homme tué par la police londonienne dans le métro hier, mais l’accident soulève en Grande-Bretagne des inquiétudes liées au racisme, au profil racial de ces « ennemis publics », et tout le reste. On en parle avec intelligence chez Europhobia, qui fournit aussi des liens intéressants à d’autres carnets.

Chez nous quelques malins de gauche plaisantent du relevé du compteur gaiomètre à propos du joli juge Roberts sélectionné pour la Cour suprême par Bush — il a fait la lutte gréco-romaine au lycée catholique unisexe, il s’est marié assez tard, il est pas laid (remarqué à plusieurs reprises par John Stewart à la télé avec un sourire des plus ironiques) — et tout et tout, ce qui rend folle la droite, qui crie au scandale et à l’invasion de la vie privée — et tout et tout. Merci à sideshow de me l’avoir signalé.

juillet 22, 2005

Ego omnivagus

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La 6e avenue en route vers l'immeuble de l'État-Empire

Les attentats d’hier à Londres, heureusement échoués, ont eu des échos spécifiques ici à New-York, où la police a commencé depuis hier soir à fouiller les sacs dans le métro (et le choix de sacs à fouiller reste le leur, donc la police va nécessairement faire un tri basé sur des critères dont on ne dit mot). Il y en a certains qui considèrent cette initiative comme seulement du « théâtre sécuritaire ».

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Et puis, la 5e avenue à l'angle de la 13e rue

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La librairie Barnes & Noble (la première de la chaîne de librairies) dans la 5e avenue à la 17e rue, qui fait un peu le Gibert Jeune de New-York

Billmon se demande à savoir, dans un billet intitulé « La maladie de la gauche libérale » (il est quand même difficile à traduire le « liberal » anglais en français compréhensible, où le terme libéral est chez tant de gens un gros mot — et c'est souvent un gros mot chez nous aussi, mais dans un autre sens) si, dans les luttes pour le pouvoir politique ultime aux États-Unis, la gauche serait désespérément neuneu ? En d’autres mots, la gauche est-elle trop « gentille », trop objective devant une droite de plus en plus concentrée sur l’acquisition et la conservation du pouvoir par tous les moyens ?

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La belle tour ensoleillée de la société d'assurances Metropolitan Life dans la place Madison

L’affaire Rove continue à s’agrandir — et se complique aussi. Il devient tout de même de plus en plus évident que les conseillers politiques de l’administration se sont ouvertement mêlés aux affaires strictement stratégiques du pays dans la défense de la politique d’intervention de Bush en Irak. Chez les Bushistes, la gouvernance pour le bien du pays n’a aucun sens, tout est pour le bien du parti et de ses partisans, quoiqu’il arrive au pays (nouvel attentat terroriste à New-York ? On s’en fout, ça vote démocrate). C’est ça, le patriotisme « à la républicaine ».

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L'un des anciens immeubles qui faisait partie du quartier des jouets en gros (à l'intersection de Broadway et de la 5e avenue), dont la manufacture est depuis longtemps passée en Asie — et les sociétés de jouets aussi

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Et dans l'autre sens, vers le sud, où l'on continue à nettoyer la façade ornée de l'immeuble du Fer à repasser au centre

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Les grossistes des articles des arts de la table sont réunis dans ce gratte-ciel noir qui ressemble au monolithe de Kubrick — autrefois ils étaient dispersés dans les immeubles du quartier juste au nord de la place Madison

Faut-il protéger une source qui vous a manipulé pour faire disséminer de fausses informations ? C’est ça la question qu’on se demande dans cet essai excellent essai sur le New York Times et la journaliste emprisonnée Judith Miller.

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Le musée du sexe à l'angle de la 27e rue est, où l'on nous propose une exposition intéressante qui s'appelle « Hommes sans costumes » — et c'est sous-titrée « l'objectification du corps masculin américain » — (bon, ok, franchement j'ai rien contre)

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Toujours en montant la 5e avenue on découvre des immeubles curieux, tout hauts et minces comme celui-ci au milieu, anonymes, et on se demande qui pourraient y vivre, et comment

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Stationnement interdit le long du rez-de-chaussée de l'immeuble de l'État-Empire dans la 33e rue — encore un écho de Londres ?

Le décrochement du yuan de sa parité fixe avec le dollar que le gouvernement chinois a annoncé hier n’a toujours pas eu de grand effet sur les marchés, mais les économistes dont Billmon dans son carnet et Paul Krugman dans son commentaire dans le New York Times soulignent tous les deux l’importance, peut-être encore cachée, de cette petite restructuration du monde de la finance internationale.

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Mais c'est le grand désordre au bureau du copain — c'est pas possible !

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L'anonymat d'un couloir au 49e étage

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En route vers le cinéma, je ne peux pas résister à prendre la photo — et il va avoir un nouveau film sur King Kong par Peter Jackson qui sortira en décembre !

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La 8e avenue, à quelques pas du cinéma

Mon concurrent dans la course au plus mince (l'ami ex-Marine) nous a rejoints pour aller au cinéma hier soir — le serveur lui a donné du pop-corn avec du beurre ! (sans doute faux et plein de matière grasse) et lui il m'a accusé de l'avoir causé exprès. Après le film on est descendu la 8e avenue vers Chelsea où l'on a mangé japonais sans prendre du saké malgré la bouteille tentante placée devant le copain. Mon concurrent ne veut absolument pas porter un tutu dans le marathon de Toronto — mais le copain lui a suggéré que ça pouvait aller s'il se mettait une affiche qui disait : « Lost bet » ou « Pari perdu ».

On s'est quitté au métro de la 14e rue en se souhaitant : « May the fat be with you. »

juillet 21, 2005

Bellum mundorum

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L'un des deux restaurants chinois d'où on se fait livrer des repas, qui se trouve dans la 7e avenue — l'autre est dans la rue Hudson

Sommes allés voir La Guerre des mondes ce soir dans la 34e rue ouest — plutôt minable, plein d’incohérences. On l’a trouvé curieux que les méchants extraterrestres ont eu l’amabilité de ne pas détruire les beaux quartiers de Boston à la recherche d’humains à … traiter.

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Une belle Hummer du Nouveau-Jersey stationnée dans la 7e avenue, avec une contravention (hi hi) au pare-brise

juillet 20, 2005

Vae ! Victus cotidianus deminitus !

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Dans la 4e rue ouest, au crépuscule

L’ami ex-Marine et moi, nous avons fait la semaine dernière un pari sur lequel de nous deux pourrait perdre le plus de poids avant le 30 (ou 31) août, cette quantité étant déterminée en pourcentage du poids corporel total. Eh oui, on avait bu pas mal de margaritas congelées (non, je refuse d’écrire « frozen » — et puis, le genre du mot « margarita » n'est pas sûr — non, mais ho, c'est déjà difficile pour nous, les étrangers ! Faut pas exagérer ! ) avant de l’engager, ce pari — celui qui le perd aura la peine appropriée. Pour moi, il s’agit de courir un demi-marathon, c’est-à-dire, une distance de 21,1 km — je déteste courir et je le fais très mal et d’une manière tout à fait inélégante. Pour lui, s’il perd, il courra un marathon entier (ce qu’il a déjà fait plusieurs fois) habillé en tutu rose (en fait, la couleur du vêtement n’a pas été fixée, mais le rose me plaît par ces connotations et par la tradition elle-même). Tout cela, c’est pour expliquer pourquoi je suis à présent au régime strict du point de vue de l’alimentation et de l’entraînement physique — et j’ai faim ! J’ai (temporairement) cessé de boire et c’est fou combien ça donne de l’appétit, la réduction abrupte de glucides qu’on trouve chez les alcools, les pâtes et le pain.

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Dans la 8e avenue

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Le petit parc, tout récemment aménagé, de la place Abingdon (merci, M. le maire), un répit civilisé pour les habitants du Village contre la chaleur et l'humidité de ces derniers jours

Hier soir on a toutefois osé aller dîner avec l’ami galeriste dans le restaurant indien branché Bombay Talkie, qui se trouve dans la Neuvième Avenue à la 21e rue ouest.

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En montant la rue Hudson, l'hôtel Gansevoort à gauche — le quartier se remplit de boutiques de mode comme celle de Catherine Malandrino au rez-de-chaussée de l'immeuble à l'opposé de l'hôtel — mais pour combien de temps ?

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Il fait toujours trop chaud pour vouloir dîner dehors au restaurant Vento, favori des jeunes stars de Sex and the City

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Le côté sud de la 23e rue ouest vers l'est

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Un jeune homme sexy fume devant un bar irlandais populaire dans la 23e rue (oui, je sais, je suis indiscret avec l'appareil)

Moi j’ai monté la 4e rue ouest afin de passer d’abord au distributeur Chase avant de monter la rue Hudson (qui devient plus loin la 9e avenue). Le copain est arrivé à pied de la 34e rue — 20 minutes de marche dans une chaleur impressionnante. L’ami galeriste s’y était déjà installé au comptoir au centre du restaurant à draguer plusieurs des beaux serveurs — Keith, Troy, Guillem, un bel étudiant en cinématographie de Barcelona, Omar du — Vénézuéla, en dépit de son nom et du restaurant.

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Cette partie de la 9e avenue est un quartier qu'on « découvre », grâce à l'hôtel Maritime, le marché de Chelsea, le Soho Club et tout et tout — mais on n'a pas tout nettoyé, dont l'extérieur de l'épicerie de quartier Alaska donne la preuve

On y a très bien mangé en effet — des galettes indiennes pour commencer, du blanc de volaille cuit dans un petit four en terre cuite pour moi, des boulettes d’agneau pour le copain et des kebabs de poulet pour l’ami galeriste (qui se dit aussi au régime, mais en moins strict).

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La façade simple du restaurant Bombay Talkie, dans la 9e avenue, dans le petit immeuble en bois de droite

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L'intérieur du restaurant avec des affiches pour les films tournés à Bombay

Du nan (non, j’ai pas touché), des compotes d’aubergines épicées et de lentilles (miam), et deux sortes de riz. Ayant quitté le restaurant, on a traversé l’avenue pour aller chercher un dessert hypersucré (pas moi, bien sûr) chez Billy’s, pâtisserie qui concurrence la pâtisserie Magnolia plus célèbre, proche de chez nous dans la rue Bleecker. On est rentré chez nous par le quartier de la boucherie en gros afin d’aller chercher des raisins pour moi au supermarché D’Agostinos dans la rue Jane.

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Qu'est-ce qu'il était agréable de passer quelques minutes dans la salle réfrigérée (si, si, toute une salle, pour les viandes et quelques boissons) du supermarché célèbre (car tellement bon marché) Western Beef dans la 14e rue ouest

M. Roberts, sélectionné hier soir par Bush pour rejoindre la Cour suprême, semble un conservateur pur et dur, mais aussi assez intelligent. On se plaint aussi qu’il soit si jeune — il n’a que 50 ans — ce qui veut dire qu’il pourrait faire partie de la Cour pendant plusieurs décennies à venir.

Les accents et les variantes de prononciation m’ont toujours intéressé et la BBC nous propose un extrait de Shakespeare prononcé à la moderne et — ici on devine évidemment un peu — avec une prononciation d’époque, c’est-à-dire de la fin du 16e et du début du 17e siècle. On va l'essayer au théâtre Globe à Londres cet été dans la pièce « Troilus and Cressida ». À mes oreilles, ça donne un curieux effet de Cockney mêlé à l'Australien, mais bon...

juillet 19, 2005

In vico Grenovico

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L'un des anciens restaurants français de Greenwich Village — avec un nouveau nom, Jarnac, au rez-de-chaussée d'un immeuble dans la 12e rue ouest

Il fait décidément chaud. Et il faut que je me renseigne sur le choix de Bush à la Cour suprême. Donc, à plus tard.

juillet 17, 2005

Imagines

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Exemple de l'indifférence hautaine au monde extérieur que je dois cultiver

Une sélection de photos récentes pour alléger ce carnet de son humeur quelque peu misanthrope de ces derniers jours.

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L'immeuble dans l'Upper East Side où habitent nos amis (la partenaire en course du copain) vu d'en bas

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La rue Bleecker à l'angle de la rue Perry au crépuscule, un soir d'été — on était en route vers le nouveau restaurant péruvien de la rue Christopher

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Le restaurant Lima's Taste, nouvelle succursale « occidentale » d'un restaurant de l'East Village, se trouve juste devant le théâtre Lucille Lortel où il y avait du monde pendant l'entr'acte

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Hier chez ma mère à la campagne, quand j'ai sorti son chien (un Coton de Tuléar) qui s'appelle Barney (oui, comme ce désagréable dinosaure violet)

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Des lis d'une couleur extravagante dans un jardin du village

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On était neuf à table aujourd'hui pour déjeuner dans le brouillard — qu'est-ce qu'il fait lourd — on a commencé avec une salade tiède aux crevettes et aux cœurs de palmier à la mayonnaise (faite par moi !)

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La table surexposée, avec des roses Queen Elizabeth (en principe, mais les feuilles n'étaient pas tout à fait roses, donc...) cueillies dans notre jardin

On rentre à New-York en quelques heures.

juillet 15, 2005

De religionum improbitate

Bon, j’en peux plus — qu’on s’arrête à exiger à tous les musulmans de venir se prosterner devant nous, bons Occidentaux chrétiens, juifs, bouddhistes ou athées éclairés, pour se faire excuser des actes criminels de quatre ou cinq fanatiques religieux de Leeds (ou du Caire ou de n’importe où). Cette revendication continue de demander « pardon » aux musulmans me semble pour le moins démesurée. À ma connaissance, je n’ai toujours pas entendu aucune excuse de la part du nouveau pape « Ratzo » pour avoir miraculeusement réussi à ne pas remarquer les prisonniers dans les camps de concentration à quelques kilomètres de chez lui en Bavière pendant le Grand Reich. L’Église de France a-t-elle demandé pardon aux survivants des protestants massacrés lors de la Saint-Barthélémy ? Est-ce que la France tout entière, pays à une forte majorité en principe catholique, devrait s’excuser devant les protestants d’aujourd’hui pour le comportement meurtrier de quelques Français catholiques ? Comme le note le carnetier anglais ici avec un sarcasme bien fondé, à propos des attentats homophobes exécutés par un Anglais hétéro d’origine « européenne », « Furthermore, when human skidmark, David Copeland […] was brought to justice for his nailbombing of London’s Brick Lane, Brixton and Old Compton Street, I must have missed the widespread outpouring of apologies from straight, white men. » (« Skidmark » serait, en passant, un terme d’injure délicieusement grossier, que je laisse aux plus doués que moi le soin de traduire pour les non-anglophones.) Un autre carnetier anglais se moque des « banalités sinistres » prononcées par le premier ministre Blair dans un dialogue imaginé entre un interlocuteur anonyme, sous-entendu être le premier ministre, et « Mr Muslim ». Ces Anglais, outragés avec raison par les attentats à Londres comme tous leurs compatriotes, ne sombrent toutefois pas dans le racisme primaire aussi facile que balourd pour blâmer tous les Anglais musulmans d’un crime de « sympathies terroristes ».

Dans la justification de la destruction d’une ville infidèle qui suit, il ne s’agit pas d’un verset du Coran utilisé par al-Qaïda pour justifier telle ou telle action horrifique, comme on aurait pu imaginer ces derniers jours, mais des paroles de Moïse. Voici ce qu’on trouve au chapitre 13, verset 13, dans le livre de Devarim (le Deutéronome pour les Chrétiens), quatrième livre de la Torah des Hébreux, qui fait partie bien sûr de la Bible chrétienne.

« 12. Si tu entends dire au sujet de l'une des villes que t'a données pour demeure l'Éternel, ton Dieu:
13. Des gens pervers sont sortis du milieu de toi, et ont séduit les habitants de leur ville en disant: Allons, et servons d'autres dieux! des dieux que tu ne connais point
14. tu feras des recherches, tu examineras, tu interrogeras avec soin. La chose est-elle vraie, le fait est-il établi, cette abomination a-t-elle été commise au milieu de toi,
15. alors tu frapperas du tranchant de l'épée les habitants de cette ville, tu la dévoueras par interdit avec tout ce qui s'y trouvera, et tu en passeras le bétail au fil de l'épée.
16. Tu amasseras tout le butin au milieu de la place, et tu brûleras entièrement au feu la ville avec tout son butin, devant l'Éternel, ton Dieu: elle sera pour toujours un monceau de ruines, elle ne sera jamais rebâtie. »

Ah, c’est du joli, n’est-ce pas ? Mais on ose accuser l’Islam d’être une religion de la mort. La Chrétienté pourtant en a été une vraie — pendant les Croisés, pendant l’invasion espagnole des empires indiens d’outre-Atlantique, pendant l’Inquisition et les chasses aux sorcières. Pour les Hébreux, on n’a qu’à lire la Torah et les autres textes « sacrés » qui sont remplis d’exemples d’une brutalité sauvage des plus dégoûtantes. En voici un, qui est presque drôle, tellement il est bizarre. Saviez-vous que les prophètes n’apprécient pas du tout les petits morveux qui les chahutent ? Moi non plus, mais voici la preuve, trouvée au chapitre 2 du second livre des Rois, au verset 23 :

« 23 Il [Élisée] monta de là à Béthel ; et comme il cheminait à la montée, des petits garçons sortirent de la ville, et se moquèrent de lui. Ils lui disaient : Monte, chauve ! monte, chauve !
24 Il se retourna pour les regarder, et il les maudit au nom de l'Éternel. Alors deux ours sortirent de la forêt, et déchirèrent quarante-deux de ces enfants. »

Hé bé dites donc, ça leur apprendra dans le quartier de se moquer d’un vieillard qui parle en direct avec Dieu.

Alors, clamer que l’Islam soit une religion de la mort et de la haine sans noter ces jolis aspects de la tradition religieuse judéo-chrétienne me paraît d’une hypocrisie difficile à avaler. Non, la bêtise humaine n’a pas de bornes — elle est aussi riche chez les intégristes musulmans que chez leurs homologues chrétiens (évangéliques et catholiques) et juifs. La bêtise, on serait facilement porté à le croire, serait le sine qua non de toute croyance religieuse — qui vous a dit que vous avez raison et comment savez-vous qu’il (ou elle) a eu raison ? On n’arrive jamais à une réponse raisonnable (« Un ange m’est venu dans un rêve pour me le dire. » « Ah, bon, et vous avez mangé quoi exactement au dîner ? » « Oh, j’avais mal à l’estomac, j’ai dû prendre du Gaviscon avant de pouvoir m’endormir. » « Ah, » suivi du silence des stupéfaits trop bien élevés).

Pour moi, il est clair que toutes les religions sont en fin de compte égales, mais j'avoue que, vu l’histoire du monde, il serait tentant de dire que les monothéismes sont peut-être plus toxiques que les panthéismes.

Note : Je n’ai pas de politique formelle sur l’effacement de textes laissés en commentaires (sauf pour le pourriel, que je supprime dès que je le vois). En plus, je suis plutôt en faveur de la liberté d’expression totale, y compris les incitations à la haine raciale ou religieuse ou à l’homophobie, pour ne citer que ces quelques exemples, parce que je trouve qu’il est moins pernicieux à la bonne santé intellectuelle du corps des citoyens du monde de permettre à chacun de lire un texte provocant ou même faux que de le supprimer pour des raisons de délicatesse. Dans le cas des commentaires, pourtant, je pense que les mots laissés chez moi par quelqu’un venu de l’extérieur ne m’appartiennent pas entièrement et c’est pour cette raison que je l’ai trouvé acceptable de supprimer quelques commentaires à la demande de leur auteur, non pas parce que j’étais d’accord avec les raisons pour lesquelles il a voulu faire retirer ses commentaires, mais parce que je pense qu’il avait le droit de ne plus vouloir continuer à faire partie de ce fil de discussion. (Mais, une fois n’est pas coutume, et je tiens à signaler que si un jour je ne vois pas pourquoi je devrais supprimer un commentaire, je ne le ferai pas tout simplement.)

juillet 14, 2005

Dies festus patriæ

Bonne fête nationale !
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Et que l’on se souvienne des espoirs de tous les hommes de la planète représentés par la devise

Liberté, Égalité, Fraternité.

Amusez-vous bien !

juillet 13, 2005

Peccata mundi

La découverte par la police britannique annoncée hier que les auteurs des attentats à Londres étaient des sujets britanniques est considérée par le Guardien, dans son éditorial du 13 juillet, comme « the worst of all possible outcomes. » — la pire des issues possibles. Le commentateur Jonathan Freedland le désigne tout simplement « the bleakest possible development ». Pour l’Independent, des terroristes « maison » c’est « le scénario cauchemar le plus redouté par les autorités ». Cela me rappelle l’énorme soulagement ressenti par les Afro-américains quand on avait confirmé que les terroristes du 11 septembre étaient d’origine arabe — pour une fois, la teinte de leur peau leur ôtait le soupçon d’être des criminels invisibles.

Reste à savoir pour quelle(s) raison(s) (plus ou moins) précise(s) les responsables se sont décidé qu’il leur valait la peine (et leurs propres vies) d’exécuter ces attentats suicides. À mon avis, il n’est pas difficile d’imaginer qu’ils cherchaient à prendre une revanche aussi collective que retentissante pour des années remplies de petites agressions verbales, de blâme raciste, et de sentiments d’humiliation sociale, culturelle et militaire gonflés par l’impuissance arabe en Palestine et les interventions américaines en Irak et ailleurs qu’on voit télévisées chaque soir dans presque tous les foyers du monde — avec des versants bien différents, bien sûr, selon les chaînes et les publics visés. Si pourtaint j’avais à écouter et à subir, jour par jour et personnellement, les accusations haineuses et incessantes d’« islamofascisme » à la chaîne Fox ou chez les autres médias de Rupert Murdoch, j’aurais peut-être bien envie de leur apprendre à se moquer à la légère de mon peuple (tel que je le conçois) ou de mes aieux (tels que je me les imagine). Je peux dire cela parce que moi aussi j’appartiens à une minorité (les homosexuels) qui fait souvent l’objet de tirades méchantes et malveillantes qui ont souvent le double but de me persécuter personnellement et de faire valoir la « moralité supérieure » de l’oppresseur afin de faire accroître son influence politique chez l’électorat apeuré des effets néfastes du mariage gay et d'autres « nouveautés » immondes. Non, je ne suis pas terroriste, mais je comprends sans grande difficulté intellectuelle et sentimentale (car ces deux aspects — la raison et le sentiment — y figurent pour beaucoup) comment on pourrait choisir d’en devenir un. C’est la dernière possibilité contre l’impuissance honteuse. Et au fond je trouve que c’est bien la honte qui ferait faire de telles atrocités — la honte de se sentir impuissant devant toutes ces puissances oppressives et complices.

Depuis quelques années je me méfie sérieusement de la religion, dans toutes ses manifestations. Il est rare, le zoologue Richard Dawkins le note dans son livre « The Ancestor’s Tale » à la page 413 dans l'édition américaine, qu’un enfant choisisse une langue ou une religion autres que celles pratiquées par ses parents (quoique cela arrive). Ce qui laisserait à conclure que dans la religion il s’agirait plutôt d’une expression spécifiquement culturelle de réponses à des questions diverses que d’une manifestation de la parole (ou des paroles) d’un ou de plusieurs Êtres suprêmes. C’est donc dommage qu’on soit toujours sujet, à New-York comme à Madrid et à Londres, (pour ne citer que ces trois villes occidentales attaquées tout récemment — un court examen dans les livres d’histoire en fournira plein d’autres exemplaires chez d’autres peuples et dans d’autres pays), à des actions justifiées par ces interprétations erronées (hé oui, il ne faut pas éviter à dire ce qui est vrai) sur la signification de l’existence humaine.

juillet 12, 2005

De urbis historia

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On avait monté les chapiteaux la veille du gala sur la pelouse du musée du Vieux Phare

Un week-end plus mouvementé qu’ordinaire, avec le « gala » de la Société historique qui a eu lieu samedi soir et pendant lequel j’ai essayé de vendre les carrés de soie « historiques » ainsi que quelques-unes des publications dont la Société possède depuis des années des boîtes et des boîtes d’exemplaires, avec des titres tels : Les Registres de l’Église baptiste à … 1752-1814 et L’Histoire de la ferme Davis de 1674 au présent (c’est-à-dire, jusqu’en 1987). Très peu, hélas, ont connu le succès de librairie qu’ils ont sûrement mérité (arrêtez de rire, s'il vous plaît). Malheureusement, peu de gens venus au gala ont bien voulu faire preuve d’adresse en buvant et en bavardant tout en tenant un livre à la main. Pour les foulards, on a eu des difficultés frustrantes avec la machine à carte de crédit — l’imprimeur automatique s’est cassé après seulement deux impressions de reçu, ce qui n’a pas tellement arrangé les choses, mais bon — c’est toujours comme cela que ça se passe dans ce genre d’événements bénévoles.

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Le chapiteau pour la cuisine et les WC

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Les chaises en bois pliantes empilées sur la piste de danse

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On arrange les orchidées violettes pour les tables

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On a posé les nappes de couleurs différentes

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Ensuite les couverts et les bougies votives

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Les barmaids montent le bar

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Vue du chapiteau principal au soleil d'après-midi

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De jeunes serveuses engagées pour la soirée, dont les petites-filles du président de la Société

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Sous le chapiteau

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Une princesse italienne (si, si) s'occupe du placement des invités sous l'œil attentif d'une amie polonaise à gauche

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Il y avait une foule au bar à huîtres

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L'effet un peu « son et lumière »

Aux enchères on a payé plus de 8 000 $ pour un séjour de cinq jours à Paris, dans un hôtel que je ne connais pas — pas de francophobie financière chez nous.

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On y danse...

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...tout en rond — ben, à l'évidence pas tellement, on est des WASPs, quand même, et tout le monde sait que ça n'a aucun rythme inné

Et en plus, on a bien vendu la maison au prix qu'on cherchait — à une veuve francophile qui habite Washington et a aussi une propriété en France — son mari était d'origine française.

Je suis rentré à la maison vers 23 heures après avoir aidé ma collègue à remettre les sacs de boîtes à foulard dans sa voiture) et là j’ai trouvé le copain, l’amie marchande de tableaux, le maire du village, et un couple d’amis qui prenaient tous un dernier verre de vin avant de rentrer chez eux. C’est à ce moment-là que j’ai moi-même commencé à picoler, ce qui m’a rendu le lendemain un peu plus pénible que je ne l’aurais souhaité.

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Un autre saoulard, c'est un chef de tribu irlandaise (si, si)

Un agréable déjeuner au petit yacht-club (limonade et thé glacé — beaucoup). On a quitté le village vers 19 heures après une courte escale chez l’amie écrivain à qui j’ai remis un foulard. Il y avait, comme attendu, beaucoup de circulation sur l’autoroute — on a connu des embouteillages à chaque vingtaine de miles pour des raisons invisibles (il me faut des accidents horrifiques — véhicules renversés, par exemple — pour me faire comprendre les grands bouchons).

Pour ceux qui, comme moi, n’ont jamais vu d’émission télé présentée par une bite et un vagin qui parlent de la conception, voici l’occasion de rémédier à ce manquement négligent. (Merci à sideshow pour le lien).

L’affaire Plame-Rove continue à résonner dans les médias et dans la carnetosphère politique américaine, mais j’ai aussi l’impression que la plupart des Américains font peu de cas de la révélation que certains membres de l’administration Bush aient divulgué le nom d’une agente de la CIA pour des fins purement politiques, en l’occurrence un désir de punir son mari d’avoir parlé publiquement contre Bush et Cie. Ils ont toujours été des hors-la-loi, ces Bushistes — histoires de mémorandums sur la torture légale, les paiements versés à Halliburton, les intrigues politiques et financières de Tom deLay et de Jack Abramoff, le délit d’initié commis par Bush lui-même il n’y a pas trop longtemps. Il y en a trop pour compter, on finit par lever les épaules avec un grand « bof ».

juillet 08, 2005

Exurbia

Ce qui est vraiment bien à Brooklyn c’est que tout y est moins cher qu’à Manhattan. Non, je plaisante, je n’en sais rien en fait, mais on est allé dîner avec des amis dans un restaurant charmant dans la rue Smith qui s’appelle Robin des Bois. Heureusement il y avait de la place dans le jardin où l’on a pu siroter nos verres de Côtes-du-Rhône pas cher du tout (à seulement 23 $ la bouteille) plus ou moins tranquillement — il y avait, je l’admets, des moments de grand vacarme rock ‘n roll quand la porte d’entrée au club/bar d’à-côté s’ouvrirait, mais c’est ça, la vie des djeunes brooklynais branchés. L’un de nos serveurs avait les bras couverts de tatouages élégants et complexes — moi, je les aimais bien, mais le copain est plutôt désapprobateur au sujet de tatouages. On est rentré chez nous par métro — les événements à Londres n’ayant pas trop perturbé nos transports souterrains.

Aujourd’hui j’ai quitté Manhattan à midi pour me rendre, accompagné par l’amie marchande de tableaux, à la campagne pour pouvoir assister à un grand vernissage de plusieurs ateliers d'artistes dans une ancienne usine partiellement aménagée à des fins, euh, esthétiques (plus ou moins, tout dépend de son goût, bien sûr).

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Au vernissage dans l'ex-usine

L’amie marchande est toujours très fatiguée à cause de ses traitements anticancer, mais elle a bien voulu nous accompagner (j’étais déjà allé chercher le copain à la gare — son train est arrivé avec une heure de retard) au vernissage, en dépit de la pluie, qui tombe à flots depuis ce matin — histoire d’ouragan des Caraïbes transformé en tempête atlantique qui monte la côte est avant de se dissiper quelque part aux environs de la Terre-verte.

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La gare romanesque de la Nouvelle-Londres

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Le train arrêté au quai de la gare

Après le vernissage on est allé dîner au village et ensuite l’amie marchande s’est enfouie dans sa chambre, tandis que le copain joue au Gauntlet Dark Legacy sur sa PlayStation. Demain soir c’est le grand gala de la Société historique.

Pour ceux qui chercheraient à approfondir leurs connaissances des gros mots en anglais, voici une étude assez exhaustive (et en même temps amusante).

juillet 07, 2005

Cui bono ?

On s’est levé ce matin aux nouvelles confuses des attentats à Londres — j’ai envoyé un courriel à un ami avocat qui travaille dans la City (il ne sait pas conduire, donc il prend le métro presque tous les jours pour aller à son bureau). Il m’a répondu qu’il se trouvait déjà au bureau quand les explosions ont eu lieu. Ici la police surveille le métro, les ponts et les tunnels. Le site de Reuters ne fonctionne plus.

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On prépare les pubs de mode pour l'automne ce matin dans la rue Perry

Dans la place Sheridan j’ai vu des flics qui bavardaient et riaient devant l’entrée de métro.

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Des flics au centre — eh non, je n'ai pas voulu me faire trop remarquer, c'est vrai

Si, comme je le comprends, le terrorisme n’est qu’un moyen parmi d’autres pour influencer la politique (et donc nos vies personnelles), je me pose la question de savoir qui gagne (le célèbre cui bono latin cité par Cicéron) par ces actions ? D'abord, on voit que des gens (al-Qaïda, peut-être) peuvent bien réussir à faire exploser en même temps des bombes multiples à des endroits multiples. Cela n’ajoutera rien à la confiance qu’on fie, pour le meilleur ou pour le pire, à la police ou aux services secrets de renseignements. Ce qui fera croître l’anxiété sécuritaire chez la population générale, surtout chez cette partie qui prend régulièrement les transports en commun. Mais il faudrait combien d’attentats, combien de morts atroces dans les tunnels de chemins de fer, avant que le public ne demande au gouvernement de réagir d’une manière forte ? Et de quoi s’agirait-il, cette « manière forte » ? Une intervention « massive » contre les responsables (si l’on arrive à fixer qui ils seraient) ? Un abandon d’initiatives (militaires, économiques, culturelles, et ainsi de suite) qu’on croirait à la base des raisons pour ces attentats ? Est-il possible de tuer un nombre de personnes dans des attentats suffisant à convaincre les autorités politiques de bien vouloir se changer de leur politique antécédente sans les provoquer à de contre-réactions nuisibles à ceux qui les auront faits ainsi qu’aux autres (individus, pays, régimes, sectes) chez qui ils pourraient trouver de l’appui ? Sait-on vraiment manipuler la volonté d’une nation à ce degré ? Je le doute fort. J’ai l’impression plutôt qu’on « essaie » des trucs (les avions qui s’écrasent dans des gratte-ciel, les bombes qui explosent dans les wagons de chemins de fer de banlieue, etc.) et puis on attend à voir ce que ça donne. Dans le cas des États-Unis, les attentats ont fourni l’excuse tant recherchée pour une aventure militaire en Irak — je ne sais pas si les commandants d’al-Qaïda se sont attendus à ce « fruit » de leur offensive américaine. Si oui, ils sont trop malins : ce n’est pas bête du tout de faire s’embourber l’ennemi (dans ce cas, l’armée américaine) dans une intervention militaire dans un pays qu’on n’apprécie pas non plus — c’est vraiment faire d’une pierre deux coups. Si la réponse est non, ils peuvent tout de même se réjouir de la situation peu confortable dans laquelle se trouvent les États-Unis et leurs amis en Irak.

Pour ceux qui seraient responsables de la réponse américaine aux attentats commis sur le sol américain, ils avaient aussi un certain nombre de choix à faire. L’invasion de l’Afghanistan n’avait rien de surprenant — c’est purement de l’œil pour l’œil et la population américaine réclamait une revanche rapide, sanglante, et nette aux morts du 11 septembre. C’est aussi sous le signe de la revanche « pure et dure » que les responsables de la guerre en Irak ont voulu vendre leur programme aux Américains — ils ont donc profité des attentats pour promouvoir un programme à eux qui, à son tour, allait profiter à qui ? Aux Israéliens, pour qui l’Irak avait toujours représenté une menace importante ? Aux compagnies de pétrole, dont les anciens PDG fourmillent chez l’administration Bush, qui chercheraient à s’octroyer cet or noir sous le sable de l’Irak ? Aux géopoliticiens et aux Realpolitiker du genre d’Henry Kissinger qui estimeraient que les intérêts stratégiques des États-Unis exigent l’occupation américaine de cette partie du monde ?

On notera ici le fait pour le moins curieux que ces attentats-ci semblent avoir marché pour les deux camps, en principe complètement opposés. Al-Qaïda perd quelques hommes, mais ils sont vite remplacés par de nouveaux jeunes dégoûtés par les méfaits des nouveaux Croisés venus chez eux ; Halliburton perd quelques « entrepreneurs », mais n’a aucune difficulté d’en trouver d’autres qui voudront bien gagner des sommes impressionnantes pour travailler en Irak ; les militaires perdent des troupes américaines, mais ils vont pouvoir donc demander encore de l’argent au Congrès pour se payer toutes sortes de jouets à des prix fous. Alors, qu’est-ce qui perd vraiment dans ces scénarios ?

Cela peut marcher jusqu’à un certain point, je crois — un point toujours indéterminé jusqu’au moment où la population dit « Assez ! ». Assez, pour une ou plusieurs raisons. Trop de morts chez les troupes (un désastre militaire pareil à la Têt au Viêt Nam ?). Trop d’argent gaspillé (inflation, taux d’intérêt élevés ?). En ce qui concerne les militants d’al-Qaïda, c’est plus difficile à savoir à quel point ils ne se soumettraient plus aux intentions meurtrières de leurs dirigeants.

Dans le cas des attentats d’aujourd’hui à Londres, je me demande si les responsables ne cherchent pas à causer un durcissement de la position britannique en Irak, ce qui gênera une bonne partie de la population qui serait toujours opposée à la guerre irakienne. Donc, les responsables des attentats voudraient influencer la politique domestique du pays en aggravant les désaccords présents et en déstabilisant (un peu, beaucoup ?) le gouvernement de Blair.

Pour Bush, j’attends à ce qu’il déclare que ces attentats démontrent combien on suit le bon chemin dans la guerre contre le terrorisme et qu’ils justifient le passage du Patriot Act II au Congrès afin de permettre aux autorités policières de « protéger » la population américaine. On pourra bientôt se trouver plus vulnérable, plus fauché, et plus contrôlé par le régime — cui bono ?

juillet 06, 2005

Urbs vacua

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Dans la 7e avenue à l'angle de la rue Perry

Manhattan est vide. Les grandes avenues ainsi que les rues dites « de charme » au Village sont quasi désertes. Les rares âmes qu’on voit s’y promènent ou en touriste, les plans à la main, le vague au visage, ou en habitant, de mine hagarde, épuisé par la chaleur et abandonné à l’humidité, les cheveux moites, la peau livide, la tenue négligée. La lumière fade fait ressortir les façades crasses des bâtiments et des immeubles.

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Pas de vent

On s’attend impatiemment aux orages du soir pour alléger l’ambiance lourde et claustrophobe de ce ciel gris. Mais attention, tout n’est perdu dans ce monde peu appétissant — j’ai réussi à trouver le dernier des brosses à cheveux anglaises de la marque Denman, qui serait, d’après toutes mes connaissances dans la haute coiffure new-yorkaise, la seule vraie brosse à cheveux professionnelle, la classique, quoi ! Assez de l’ersatz extrême-oriental à des prix non compétitifs — j’avais remarqué un rayon de brosses Denman lors d’une visite précédente à la pharmacie Ricky’s dans la 6e avenue — j’y suis retourné aujourd’hui, où j’ai découvert, à mon horreur, qu’il n’y en avait plus et que presque toutes les brosses anglaises avaient été remplacées par des brosses fabriquées en Chine.

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Une des vitrines de Ricky's, dans la 6e avenue, où l'on trouve les « articles de beauté »

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Dans la 6e avenue devant, à gauche, l'ancien palais de justice Jefferson, maintenant aménagé en bibliothèque publique

Déprimé, me sachant seul responsable du retard qui évidemment m’avait fait manquer les derniers exemples de la haute technologie capillaire anglaise, j’ai un peu fouillé, avec la velléité de l’espoir déchiré, dans les coffres à brosses mixtes en bas du rayon, où l’on trouvait les orphelins du commerce de la brosserie. Mais qu’est-ce que c’est que ça, m’écrié-je ! Au fond d’un des coffres pleins de brosses oubliées, je vois ce rose si anglais d’où sortent les brosses en plastique transparente, avec le manche noir ! C’est le Denman que je cherchais ! Et en plus, cela ne coûte que 5,95 $ (cela se vend à 5,95 £ en Angleterre).

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Vitrine de la papeterie Stevdan dans la 6e avenue — de la porno pour l'écrivain !

Surpris, je l’avoue, par ce coup de bol tout à fait inattendu, j’ai décidé de prolonger ma joie marchande en me dirigeant vers la papeterie qui se trouve aussi dans la 6e avenue, à quelques pas de la pharmacie. Tenue par un Indien très poli, cette papeterie est remplie de choses que j’adore : du papier de toutes sortes, des carnets, des cahiers, des stylos, des enveloppes — tous ces supports de l’écrit. Après dix minutes de fouille délicieuse dans les rayons étroits, j’ai finalement acheté un bloc Rhodia, un autre, en papier jaune, d’Ampad, et quelques cartes postales pour me permettre d’écrire de rapides (mais sincères) notes de remerciements.

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Vue de la petite place Milligan, cul-de-sac tranquille dans la 6e avenue, où a vécu l'écrivain de pièces de théâtre et Nobéliste Eugene O'Neill

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Le mannequin dans cette vitrine de salon de coiffure sirote du Tab, la boisson de régime favorite des années 70 et 80 — avant le scandale d'Aspartame !

Je suis un peu déçu que Paris n’ait pas été choisi pour accueillir les JO de 2012, mais je pense aussi que les Jeux Olympiques ne sont plus l’attraction bénigne qu’ils avaient été autrefois — la sécurité (exagérée ou pas), la pagaille colossale en ville, le contentement tout satisfait de la fine fleur politique et mercantile qui s’amusera à gogo bien loin des masses serrées dans les stades et les arènes de sport, les travaux gênants, et tout le reste.

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Un nouveau restaurant péruvien vient de s'ouvrir dans la rue Christopher — on ira l'essayer demain, peut-être, avec l'ami péruvien qui est un fin gourmet

Les tristes événements à Jérusalem pendant la récente marche des Fiertés font un écho chez C’est chez nous, où un commentateur accuse les pédés de « provocation » pour avoir voulu se promener dans la ville « sainte ». Histoires d’intolérance répétées. C’est une ville maudite, Jérusalem. J’y suis allé une fois (on est descendu au luxueux Hôtel du Roi David, lieu d’un attentat meurtrier exécuté en 1946 par des terroristes ou des combattants légitimes — à vous de choisir — pendant le mandat britannique qui a fait 91 morts) et j’avais grande hâte de partir — on y retrouve une lourdeur d’esprit étouffante. Si Paris est la ville des Lumières, où l’humanité a commencé à se libérer du carcan de la superstition religieuse, Jérusalem est, par contre, le Trou noir d’où la liberté de conscience et la raison ne s’élèveront jamais.

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La toute petite rue Gay, vers la place Waverly

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Et dans l'autre sens, la rue Gay (rien à voir avec une préférence sexuelle, c'est le nom d'un ancien propriétaire) vers la rue Christopher (c'est la tour de l'immeuble résidentiel au nº 1 de la rue Christopher au fond) — c'est mignon, non ?

juillet 05, 2005

De festibus

De sobres réflexions sur les contradictions du patriotisme américain à l’heure actuelle par Billmon.

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L'un de deux bouquets de fleurs qui encadrent la portre d'entrée d'une maison au village

Le commentateur radio populaire Paul Harvey croit que les États-Unis sont trop mous (trouvé chez l’économiste Andrew Tobias, dont le carnet Web n’a pas, paraît-il, de permaliens). Il faut être féroce, sauvage, sans pitié, complètement égoïste dans le monde tel qu’il le conçoit — et bien d’autres y pensent de même, j’en suis sûr.

Chez nous à la campagne, le 4 juillet est célébré d’une façon très pittoresque, presque folklorique — c’est même un peu complexé, car tout le monde (ou presque) est bien conscient de l’aspect sentimentalement patriotique et le faux côté « retour aux bons vieux temps » qui gêne dans ce genre de « spectacles publics ». Donc le sens de l’événement se trouve simultanément à plusieurs niveaux.

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Le début de la marche

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La contradiction politique : le maire gay démocrate du village qui marche avec la représentante divorcée républicaine à la Chambre des députés du Connecticut — et ils sont de grands amis !

Organisée sous l’égide de la petite Société historique dont je fais partie du Conseil d’administration, la fête commence par une marche en rond qui va dans une des deux rues principales du parc central du village à une petite place avec des canons qui datent de la guerre de 1812 contre les Anglais et puis retourne vers le début par l’autre « grande » route. La marche est ouverte à tous, on s’habille (plus ou moins) en une combinaison de rouge, de blanc et de bleu, ce qui donne des tenues souvent invraisemblables. On se promène avec des poussettes et des chiens. Sur les trottoirs les vieux sont assis sur des chaises pliantes à brandir des petits drapeaux américains et à applaudir. On conduit dans un véhicule un peu burlesque (cette année, c’était une énorme décapotable rouge rouge) le « Grand Maréchal » de la marche, une notabilité du village choisie par la Société historique qui salue les foules un peu comme la Reine d’Angleterre depuis la banquette arrière de la voiture. Ce n’est ni très sérieux ni rigoureux.

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La « Grande Maréchale » de la marche, qui aura bientôt 90 ans

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Un petit Optimiste orné de rubans

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La marche descend la rue vers les canons avant de faire demi-tour et de retourner au parc

De retour au début, le président de la Société souhaite la bienvenue à tous ceux qui assistent à la cérémonie et il invite certaines personnes à réciter les paroles de la Déclaration de l’indépendance. L’année dernière, on avait fait réciter la déclaration par des étrangers nationalisés américains,dans un effort subtil de montrer qu’on ne voulait pas de la xénophobie trop visible ailleurs aux États-Unis. Cette année, c’était des chefs d’institutions locales — la bibliothèque publique, la municipalité, un centre d’aide aux défavorisés et aux vieux — et la notre représentante républicaine (si, si, et elle déteste Bush) à Chambre des députés du Connecticut qui ont tous récité les paroles si connues chez nous qui commencent par — When in the course of human events… Plusieurs personnes ont remarqué la ressemblance curieuse des plaintes des colons américains de 1776 à celles de certains citoyens d’aujourd’hui, dont :

« He has made Judges dependent on his Will alone, for the tenure of their offices, and the amount and payment of their salaries. »

« He has affected to render the Military independent of and superior to the Civil Power. »

« He has constrained our fellow Citizens taken Captive on the high Seas to bear Arms against their Country, to become the executioners of their friends and Brethren, or to fall themselves by their Hands. »

Bien sûr, au lieu du roi Georges III d’Angleterre, il s’agit du « roi » Georges II de Bush. À la fin de la récitation de la Déclaration, on propose à l’unisson la malédiction traditionnelle (les enfants l'adorent !) d’une maladie de la peau sur la personne du roi « And a pox on King George ! » (où l'on trouvera le mot délicieux et complètement désuet de « pox » qui ne s’emploie jamais sans « small » pour signifier la variole ). Il y en avait plusieurs au rassemblement qui ont souhaité une malédiction dermatologique et autre à notre tyran actuel du même prénom.

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On prononce la malédiction sur le roi

Le village n’est certainement pas typique de l’Amérique — d’abord, c’est bien trop tolérant. Le maire est gay et il habite ouvertement avec son partenaire enseignant qui ne se cache pas du tout. Il y en a d’autres gays, comme nous en couple (on nous appelle « the boys » en dépit de nos âges réels) ou seuls, qui font partie tout doucement des affaires du village — la lesbienne professeur de tennis (oh la la, qu’est-ce qu’elle joue bien en plus !), les deux expertes en relations publiques qui ont fait fortune au comté de Fairfield, l’agent immobilier et son copain l’agent hypothécaire, le rédacteur de revue littéraire et le romancier, l’agent de journaux, le diplomate retraité — on se trouve tous mêlés aux affaires du village avec la grande majorité hétéro qui sont nos amis ou nos ennemis, selon les cas.

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Sur la pelouse du petit musée où l'on fait le pique-nique du 4 juillet

Depuis plus de dix ans, les habitants du quartier du village qui se trouve au sud de la presqu’île se réunissent sur la pelouse l’après-midi du 4 juillet pour s’offrir un repas à la fortune du pot. Le copain et moi, nous y avons participé aussi. C’est assez bon enfant, on goûte à toutes sortes de plats plus ou moins réussis et on boit du vin ou de la limonade et on bavarde. C’est le pique-nique décontracté — on regarde les enfants, on dit bonjour aux invités, on donne des prix aux meilleurs chapeaux ridicules.

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Des instants de jeunesse comme ceux-ci seraient la meilleure propagande pour l'American Way of Life contre le terrorisme international, au lieu de l'invasion unilatérale et la torture

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C'est une enfant adoptée originaire de Chine qui joue avec le cerf-volant arc-en-ciel, un cadeau fait aux enfants d'un couple gay

Et puis on rentre chez soi pour ranger, comme nous, la maison, ou pour prolonger la fête avec de nouvelles bouteilles de rosé. C’est ça une fête de l’indépendance dont on peut être paisiblement fier, où l’on n’entendra mot de guerres préemptives justifiées, de torture légitimée, de mensonges excusés. Non, heureusement, ce n’est pas typiquement américain.

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Sur la pelouse en fin de l'après-midi

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juillet 03, 2005

Arenæ

Belle journée. Le copain et l’amie partenaire en course ont couru quatorze miles ce matin avant qu'il n'aille faire de la voile tout l'après-midi avec deux amies. Moi je suis allé avec une amie professeur de droit de Cambridge, au Massachusetts, et deux amis anglais à elle, d’abord chez ma mère et ensuite sur la plage, où les Anglais, qui habitent aussi à Cambridge, ont voulu mettre les pieds dans l’eau (froide).

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La plage de l'Est à Watch Hill

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Une belle maison au bord de l'océan Atlantique

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De maisons de vacances qui longent la plage

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La plage, c'est un endroit privilégié de drague, bien sûr

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Un père haltérophile

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Ancienne maison de la famille Harkness

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L'Hôtel de l'Océan qui date de 1864 est le seul des grands hôtels des bains qui reste au village de Watch Hill

Ensuite on est allé déjeuner au village et on est rentré ensuite à pied retrouver la voiture garée chez ma mère.

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Des cabines touristiques qui datent des années 40

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Une maison dans la verdure

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La décoration « patriotique » pour la fête de l'Indépendance

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Une autre maison agréable

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De la place pour tous les amis, non ?

Les deux femmes ont nagé un peu dans la piscine, tandis que le mari et moi, nous sommes restés sur les bords à bavarder — il était d’origine sri lankaise, avec une famille des plus cosmopolites, installée au Royaume-Uni, en Australie, à Sri Lanka, aux États-Unis.

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Dans le jardin de l'amie écrivain

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Une autre vue du jardin de l'amie écrivain

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Sous l'énorme hêtre pleureur chez l'amie écrivain

De retour à notre village, on est allé prendre un verre chez l’amie écrivain, après quoi on est allé dans un petit restaurant du coin manger un petit dîner romantique à deux (j’ai pris des praires à la vapeur pour commencer et de la limande panée comme plat principal).

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Avec mon amoureux et une bonne bouteille de bordeaux blanc au restaurant

Tout le monde s’attend à voir ce qui va se passer avec Rove.

juillet 02, 2005

Momenta veritatis

Les réactions à la démission-surprise du juge Sandra Day O’Conner semblent pour l’instant avoir été reléguées au second plan devant le possible parjure du conseiller en chef de Bush, Karl Rove, qui pourrait, selon certains, avoir des conséquences bien au-delà du cercle restreint de Washington.

En tout cas, les conservateurs « traditionnels » (c'est-à-dire, pas ces enragés de néo-con comme Bolton, qui a d'ailleurs son rôle moins connu dans l'affaire Plame et Rove) commencent à se rendre compte des horreurs commises au nom des États-Unis par le régime actuel. Voici un commentaire, frappant par sa clarté morale et rédigé par l’ancien médecin de Bush père, qui a paru dans le Washington Post d’hier. En voici une citation :

« Today, however, it seems as though our government and the military have slipped into Joseph Conrad's "Heart of Darkness." The widespread reports of torture and ill-treatment -- frequently based on military and government documents -- defy the claim that this abusive behavior is limited to a few noncommissioned officers at Abu Ghraib or isolated incidents at Guantanamo Bay. When it comes to torture, the military's traditional leadership and discipline have been severely compromised up and down the chain of command. Why? I fear it is because the military has bowed to errant civilian leadership. »

« Errant civilian leadership » — ou une administration civile dévoyée. Cela ne va sûrement pas plaire aux fanatiques de la Maison blanche. (Mais d'autres choses les préoccupent ce soir, je parie.)

À signaler aussi : cet excellent essai par un Américain d’origine iranienne intitulé « An American Wog on July 4th ». Le terme « wog », surtout modifié par l’adjectif « américain », est difficile à traduire. Mon Larousse le traduit comme « nègre » mais ce n’est pas tout à fait juste, puisque le mot, utilisé surtout dans les Îles britanniques et d’un exotisme linguistique presque littéraire ici en Amérique où l'on le retrouve dans des romans contemporains anglais, veut dire toute personne « de couleur », dont les Indiens et les Pakistanais qui n’ont toujours pas d’appellation particulière chez nous. (Il existe pourtant la distinction entre un « Indian with a dot » (Indien à point) qui signifierait un originaire du sous-continent et un « Indian with a feather » (Indien à plume) pour signaler un autochtone du continent nord-américain.) En fait, un « wog américain » est un non-sens et l’auteur explique qu’il ne s’était jamais senti être un « wog » aux États-Unis — jusqu’au 11 septembre 2001. Mais il ne désespère pas qu’on puisse un jour retourner au bon vieux temps où il n'était qu'un Américain « comme les autres », avec un drôle de nom... californien.

juillet 01, 2005

Navigatio

C’est le début de ce qui devient, au moins cette année, le grand week-end du quatre juillet, qui tombe sur un lundi. Pas besoin donc de faire le pont. Le copain et moi, nous sommes partis un peu tôt en week-end, parce que le copain avait rendez-vous avec les autres membres de son équipe de voile à midi. Nous n’étions pas les seuls, à toute évidence, à avoir la même idée — il y avait du monde sur les autoroutes à 8 heures du matin.

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On part en vacances

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Du débris de la révolution industrielle et de la globalisation

Le copain a voulu d’abord