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novembre 30, 2005

Umbræ

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La pelouse des voisins

L’amie écrivain m’a demandé hier soir comment je pouvais dormir tout seul dans cette « grande maison ». « Sans problème, parce qu’elle n’est pas hantée. » Et c’est vrai. La chambre où je me mets d’habitude se trouve tout à fait en haut, au 2e étage (définition française), où l’on a une vue extraordinaire sur la mer et le Pertuis de l’île de Block et, par les jours clairs, les falaises blanchâtres de l’île elle-même. Ça fait déjà plusieurs nuits que j’ai passées seul dans cette maison maintenant vide, dans un quartier isolé dont la moitié des habitants ont déjà décampé aux ciels ouraganisés de la Floride. L’amie écrivain a un frisson. « Non, là-bas, c’est trop sinistre en hiver. » Hier soir, en plus, il faisait du vent et l’on se sentait en plein délire romantique digne d’un Chateaubriand ou d’une Emily Brontë. Mais la peur n’y était pour rien, puisque la maison n’est pas, de toute apparence, hantée par ma mère (ou par son fantôme), qui était très contente et heureuse chez elle. Il est vrai que j’ai eu, par moments, de petits soupçons de… euh, nervosité, quand, par exemple, j’avais entendu un petit bruit inconnu qui venait d’en bas, mais la maison est restée tranquille, paisible. Et puis, ce matin, le gardien de la maison — un jeune, grand et gros Italo-américain au nom de Salvatore — m’a avoué, en souriant, qu’il avait attrapé pas mal de souris dans un placard dans la chambre où l’on dort. Les souris m’agacent, mais ne me font pas peur.

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Une partie du jardin qu'on a déjà « mis au lit »

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Deux dindes sauvages picorent devant le solarium — celui de gauche bat ses ailes

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Et toute la famille... Ils sont tous contents que le Thanksgiving soit terminé

novembre 29, 2005

Quando Morpheus exit

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Vue du salon des parents du copain, dans la 66e rue est — c'est dommage qu'ils déménagent

Une nuit d’insomnie et de rêves étranges— dans un je me trouvais dans un Paris qui n’existe pas (il fait drôle de me sentir un peu le Faux Parisien à l’opposé du Vrai si célèbre — et à juste titre), aux allures médiévales, où je suivais une sorte de cours sur le comportement correct dans les affaires (connaissances qui me manquent, c’est certain) enseigné par une jeune femme en costume sombre (image reprise d'un épisode récent des Ménagères désespérées, peut-être ?) qui nous a montré comment nous servir d’une sorte de mini sac à main unisexe très utile. J’ai aussi passé devant des piles d’exemplaires du Monde vendus après treize heures par des hommes allongés en tout confort (pour vrai dire, à peine éveillés) sur des chaises vertes en fer du genre qu’on trouve aux Tuileries et au Jardin du Luxembourg. Réveillé, je suis sorti du lit vers 5h30 — j’ai préparé le café sans réveiller le copain, qui dormait toujours, et ensuite j’ai rédigé quelques lettres de remerciements. Je vais ce soir à la campagne — rien d’essentiel, mais j’ai fixé un petit rendez-vous mercredi matin dans notre ancien village. Je dîne ce soir avec l’amie écrivain — elle prépare un de nos plats traditionnels d’hiver : des saucisses à l’ail en croûte aux lentilles.

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Le bar et le barman de Marie's Crisis dans la rue Grove, où l'on a terminé notre soirée de samedi avec l'amie marchande de tableaux

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Tout le monde autour du piano à chanter des show tunes obscurs

Hier je suis rentré à la salle de gym pour la première fois depuis bien trop longtemps. Je me suis offert un entraîneur pour quelques séances, sachant que cette thérapie physique est beaucoup moins chère qu’un traitement de psychothérapie et qu’elle m’aidera à me débarrasser de quelques préoccupations inutiles tout en m’obligeant à s’occuper un peu de ma santé physique. Mens sana in corpore sano — c’est un gros cliché, je sais, mais de tels poncifs me rassurent, m’évitent de trop réfléchir.

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Une de ces pubs par trop branchées qui me semblent au fond profondément désagréables — un gène gai pour la mode, en vente libre pour tous en 2033 — hmmm, ça frôle un goût très douteux dans plusieurs sens

Plusieurs heures plus tard…

Je suis arrivé chez ma mère après un trajet assez pénible — une heure d’embouteillage dans le comté de Westchester pour « travaux voirie» où l’on a compressé deux voies en une seule par le moyen de plusieurs kilomètres de cônes et où pourtant il n’y avait aucune trace d’un ouvrier sur un chantier quelconque ! Voyager en début d’après-midi c’est engager la bataille avec des phalanges de mémères derrière le volant qui refusent de quitter la voie gauche de l’autoroute (après New-Haven, l’autoroute n’a que deux voies dans les deux sens jusqu’à la banlieue de la ville de Providence, au Rhode-Island). Et encore des travaux à l’est de New-Haven (ici il s’agit plutôt d’une reconstitution, éducative ou autrement enrichissante, on doit assumer, du mythe de Sisyphe — on n’en finira jamais — ou c’est tout simplement du terrorisme — du vrai ! — d’une méchanceté toute particulière pour tout automobiliste qui doit faire le trajet entre Boston et New-York.)

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Après environ vingt-cinq ans, un restaurant de quartier français ferme ses portes

novembre 28, 2005

Pauca

Citation du jour : « There is a splinter of ice in the heart of a writer » a dit l’écrivain anglais Graham Greene.

Découverte d'un nouveau désordre médical qui fait horreur en dépit de l'étrange beauté de son nom : la maladie du cri du chat. En l'occurence, c'est un exemple curieux d’un emprunt français en anglais, où l'on l'appelle « cri du chat syndrome ».

L’attente : Cuba attend les touristes américains. Avec une certaine impatience, il paraîtrait.

J’ai dû quitter le salon pendant un reportage à la BBC sur les chiens et les chats élevés pour leurs fourrures en Chine.

L’amie marchande de l’art doit y aller demain. La pauvre.

novembre 25, 2005

Inundationes

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Deux enfants heureux dans le quartier du vêtement — et un autre tout sérieux, au fond à droite

La fin de notre journée de l’Action de grâce fut marquée par une visite impromptue par l’amie marchande de tableaux, qui revenait d’un grand dîner dans le Côté supérieur oriental auquel elle nous avait gentiment invités. Elle avait l’air un peu tendu, j’ai ouvert une bouteille de bordeaux, on a fait du karaoké « a cappella » en chantant, à notre façon particulière, le grand tube (débile, à mon humble avis) des années 70 du groupe Blue Öyster Cult — il s’agit, selon certains, d’une chanson pro-suicide. Je crains que l’amie marchande ne contemple sa prochaine intervention médicale (le 13 décembre) avec confiance. Elle avait envie de boire, n’importe quoi, n’importe comment. On a essayé de rire, on a ouvert une autre bouteille, on a parlé d’un éventuel projet de scénario de film, un peu de n’importe quoi. Elle nous a quittés vers onze heures.

Ce matin, vers 8h40, le copain me téléphone de son bureau dans l’Empire State Building où il y a eu une inondation. « Prends des photos » je lui conseille, mais il n’a pas d’appareil là — bon, je prends une douche, je prends le métro qui va tout lentement — histoire d’un train coincé sur les rails au Queens — jusqu’à la 34e rue, je trotte à l’entrée de l’immeuble où l’on ne me laisse pas entrer avant de contrôler mon badge. C’est curieux. J’approche les ascenseurs dont plusieurs sont au rez-de-chaussée, les portes ouvertes, les planchers inondés, de l’eau tombait de leurs plafonds ! Il n’y a qu’un seul ascenseur qui monte au 49e, heureusement que c’est un jour quasi férié. Là-haut le couloir présente des flaques d’eau.

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Dans le couloir

Chez le copain, c’est la moquette qui est toute mouillée, ainsi que l’une des deux imprimantes. Le serveur n’a pas été touché. Un clavier est plein d’eau, tout comme les deux corbeilles. Pour le reste, on n’a pas trouvé trop de dégâts. Le copain et moi nous sommes sortis chercher une bâche plastique afin de protéger tout le matériel dans le petit bureau. En même temps on est allé déjeuner dans un restaurant cacher dans le quartier du vêtement dont j’avais entendu parler, Drôle de décor, service agréable, cuisine médiocre en fin de compte, mais en quantités qui assouvissent complètement la faim !

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L'entrée au restaurant Ben's

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Et son intérieur coloré !

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Avec son plafond tout peint de scènes insolites

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Ici s'élève la nouvelle tour du journal The New York Times

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Le bureau « protégé » contre de nouvelles fuites éventuelles

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Une voiture de livraison aux armoiries un peu curieuses ! dans la rue Perry — il s'agit d'un Croate superpatriotique, le site est d'une folie sans bornes, on demande de l'argent pour payer des agents (si, si !)

novembre 24, 2005

Gratiarum actiones

J’ai quand même dû rire quand j’ai lu que M. Chavez, président du Vénézuéla, allait fournir du mazout à un prix réduit à certains habitants pauvres de l’état du Massachusetts.

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Dans la rue Bleecker, déserte à midi, vers le sud

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Personne non plus dans la rue Christopher

Quand le phosphore blanc est utilisé par des gens aux teints basanés ou jaunâtres, c’est une arme chimique — mais quand c’est l’armée américaine qui s’en sert, c’est une arme conventionnelle — c’est une nouvelle transsubstantiation, quoi ! — selon le Ministère de la Défense américaine. Hypocrisie ?! À Washington ? Mais comment ça ?! Clamons donc « Liberté, liberté, encore plus de liberté ! » (et n’écoutez pas ce que disent les terroristes et les capitulards !)

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Le clocher de l'ancienne Église évangélique allemande dans la rue Christopher

L’Américain moyen ne se souciera pas de la torture commise par les militaires américains que si les vidéos sont rendues publiques. À ce moment-là, les cris d’horreur et de dégoût s’élèveront jusqu’à Washington — c’est bien pour cela que les hommes politiques républicains cherchent toujours à empêcher leur publication, autorisée par les tribunaux en septembre dernier mais ignorée jusqu’à maintenant par les responsables du Ministère.

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Un nom de boutique qui m'a fait sourire — « two-faced » veut dire « à deux visages » ou, plus spécifiquement, hypocrite — donc « four-faced » voudrait dire « super-hypocrite » !

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Un vieux cabaret dans la rue Minetta aménagé en restaurant mexicain — son ancien nom était le théâtre de la Grosse Chatte Noire — poétique, non ?

La bite à 10 millions de $. Trop délicieux.

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Dans la rue Houston Ouest

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Broadway au nord de la rue Houston

Le copain et moi, nous avons fêté l’Action de grâce dans un petit restaurant de la rue Bleecker, où l’on a mangé du dindon rôti (plat obligatoire, après tout) avec de la sauce aux canneberges, de la purée de pommes de terre et des haricots verts aux amandes, le tout pour 12,95 $ chacun (Coca Light et café américain assez infect non compris) ! Ce n’était pas Le Grand Véfour, bien sûr, mais j’étais content d’avoir un repas un peu reposant et sans stress (c’est pourquoi on avait décliné plusieurs invitations à dîner chez les amis aujourd’hui). Ensuite on s’est promené un peu dans un Village plutôt désert en direction du http://www.angelikafilmcenter.com/newyork/default.asp cinéma Angelika à l’angle des rues Houston Ouest et Mercer où l’on voulait voir http://www.imdb.com/title/tt0379725/ Capote avec l’acteur http://www.imdb.com/name/nm0000450/Philip Seymour Hoffman, qui a énormément de talent. On était un peu tôt, on a donc acheté des billets et l’on a prolongé notre promenade par le beau temps.

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On va avoir froid dans la rue Houston

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Au commencement de la 2e avenue, vers le nord

Le film est vraiment très, très bon — un portrait inoubliable de l’égoïsme illimité de l’artiste devant les exigences de son œuvre, de ses sujets vulnérables (et criminels), et de son talent.

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Des ruines antiques dans le Côté est inférieur — remarquable, non ?

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À la mission du Bowery, on prépare à servir des repas gratuits aux indigents

novembre 23, 2005

Maneo

Cela n’étonnera personne d’apprendre qu’en ce moment je réfléchisse beaucoup aux familles. La mort de ma mère a effectivement défait beaucoup des liens qui nous joignaient encore, mes sœurs et moi, depuis la mort de mon père il y a plusieurs années. Nous sommes entrés maintenant dans la période très bourgeoise, très « trollopien » (pour ceux qui connaissent les sujets favoris de cet auteur anglais du XIXe) de la succession, environnement peuplé d’avocats, de comptables, d’experts financiers, d’experts « ès impôts » et tout le reste. Inévitable, je sais, mais un soupçon démoralisant.

Non, ce qui restait de notre petite famille s’est éclaté la semaine dernière — la sœur de Philadelphie s’est enveloppée dans le cocon familial avec ses deux enfants venus pour la réconforter (je suppose) et aussi, comme prévu, pour les courtes vacances de l’Action de grâce. On ne s’est plus parlé depuis samedi — un silence que je ne comprends pas tout à fait, mais que je veux respecter. L’autre sœur, qui connaît des difficultés maritales chez elle au Connecticut, célébrera la fête comme tous les ans chez une des ses belles-sœurs et tout le reste de sa belle-famille énorme — ma mère y avait été invitée, mais de plus en plus elle ne pouvait pas sentir la belle-mère de ma sœur, jalouse, je pense, et peinée aussi de l’estime presque fanatique dans laquelle ma sœur l’a toujours considérée, donc elle avait refusé. Il y a certaines familles qui s’assemblent tout naturellement dans un deuil commun, mais pas la nôtre.

C’était vers la fin du deuxième tiers du nouveau Henri Potier (merci, Phersu, pour cette appellation élégante qui m'avait plue énormément le moment que je l'aie lue), qu’on est allé voir hier soir, quand j’ai remarqué qu’il n’y avait pas d’Américains dans ce monde magique créé par Mme Rowling et le metteur en scène Mike Newell. À l’école Hogwarts, on trouve des Asiatiques (dont une jeune fille, très belle, parle avec un fort accent écossais !), des Indiens, des Africains — mais pas de types typiquement bruyants de Chicago ou du Midwest. Les deux écoles qui participent avec Hogwarts dans la Coupe sont française et roumaine — et on les traite avec un respect de leurs différences tout à fait étranger à la plupart des « high-schoolers » américains.

Je ne suis pas le seul à remarquer cette absence — « In Harry Potter's world, there are no Americans. Uncle Vernon doesn't have business deals with Americans. The United States doesn't seem to compete in Quidditch world competitions. There are no American exchange students at Hogwarts. And so on. hence, I speculate, the absence of references to the US is the curious incident in the night. Cette citation vient d’un certain professeur Bainbridge qui semble l’avoir remarquée aussi, cette absence — mais pour moi, il faut avouer, j'ai ressenti un certain soulagement en ne pas étant obligé à subir les odieux poncifs « feel-good » ornés de la bannière étoilée dont la plupart des grosses légumes de ce qu’on appelle la « culture populaire américaine » nous gavent sans cesse pour plaire aux actionnaires des multinationales média et aux familles obèses qui la consomment entourées de Big Mac et grosses voitures aux autocollants patriotiques. (OK, j'avoue que ça m'énerve un peu.)

En plus, on voit dans ce film (qui n’est aucunement intellectuel, il faut noter) une acceptation de l’idée que le mal existe dans le monde et qu’il faut lutter contre lui et que c’est le devoir de toute personne civilisée et correcte, peu importe la culture particulière d’où elle sorte, de combattre ce mal sans pourtant le devenir. On a vu des ben Laden, on en verra d’autres, mais il ne faut surtout pas reprendre les méthodes d’un ben Laden si l’on prétend avoir une civilisation qui vaut la défense.

Ce qui me rappelle le cas de M. Padilla, détenu pour plus de trois ans sans faire l’objet d’aucune plainte par le gouvernement, qui le traitait de « combattant ennemi » et donc soustrait, au moins pour eux, à la justice américaine. Hier le ministre de la Justice, le laquais et lèche-cul de la famille Bush Alberto Gonzales a annoncé que M. Padilla avait été traduit en justice pour avoir fait partie d’une « "North American support cell" that worked to support violent jihad campaigns in Afghanistan and elsewhere overseas from 1993 to 2001. » Quoi ? Ce n’est plus un gros et dangereux « combattant ennemi » qu’on détient sans appel ? Oh, selon le petit raton Gonzales, tout ça c’est maintenant « legally irrelevant » aux accusations actuelles.

Pour ceux qui s’imagineraient tout naïvement que l’actuel résident de la Maison blanche à Washington serait un grand défenseur de la liberté de la presse, cette nouvelle posera un problème : selon un document secret du bureau du premier ministre britannique Tony Blair, il serait dangereux de dire du mal du Führer Bush. Dans des articles publiés hier dans le Mirror de Londres et dans le New York Times ce matin, Bush avait voulu faire taire la chaîne arabe Al-Jazeera en bombardant son siège au Qatar, allié américain en l’occurrence. Ce serait M. Blair qui l’aurait dissuadé de cette attaque. La Maison blanche le nie, pff.

Tout s'arrête par ici — demain c'est l'Action de grâce et la plupart des gens feront le pont le vendredi prochain. Heureusement que les soldes ne me tentent pas (et ce n'est pas comme en France, où les soldes ne se font que deux fois par an — ici, c'est les soldes tous les deux jours, donc rien d'exceptionnel.)

novembre 21, 2005

Defatigatio

Après plusieurs rendez-vous avec l’avocat et son assistante antique (mais très avisée dans les affaires de testament), plein de coups de téléphone, je suis rentré à New-York où il fait froid et où il pleut et où suis ravi de me retrouver chez moi. On est sorti dîner avec l’amie marchande de tableaux, on a parlé des bonnes et des mauvaises qualités (imaginaires) de gens au poil pubien roux (le copain n’aime pas) en buvant des frozens (en dépit du temps atroce) et en parlant de façons de mourir (on est allé aux funérailles dimanche après-midi de l’ami qui s’était suicidé le lundi dernier). Je suis crevé, d’une façon presque intérieure plus que physique, je voudrais remercier tout le monde pour tous les commentaires de condoléances.

Je tiens à raconter une histoire typiquement folle de ces derniers jours — je cherchais à annuler un abonnement à un journal local et je parlais avec une jeune femme très gentille au nom de Jill. Je lui ai dit, tout simplement, que je voulais arrêter l’abonnement à domicile de ma mère. « Bon », elle m’a répondu, « il n’y a aucun problème. » Elle a tapé un peu en silence. Puis elle m’a demandé « Et elle rentre quand ? » C’était méchant, mais je n’y ai pas pu résister à la tentation, en lui répondant (et par souci d’authenticité totale, je le citerai dans sa langue originale) « Hmm, she’s dead, I hope she won’t be back. » La femme s’est écriée d’horreur (moi, j’avais plutôt une image tirée de « Thriller » de Michael Jackson) en s’excusant à profusion. (Un instant plus tard je me suis rendu compte qu'elle croyait que ma mère s'était seulement changé de villégiature pour quelques mois, comme beaucoup de ses amies, qui passent l'hiver en Floride.) Pour moi, c’était un petit moment d’hilarité dans une journée assez morne. Oui, oui, je serai puni.

novembre 19, 2005

Finis

Ma mère s’est libérée de ses souffrances jeudi soir, vers 21 heures. Il y a eu, on nous l’a dit, une courte crise de toux, le cœur s’est arrêté, et elle, toute faible, est morte quelques minutes après, sa garde-malade favorite à ses côtés.

Moi, parlant au téléphone avec ma sœur de Philadelphie, j’avais même dit à plusieurs reprises : « S’il y avait vraiment un dieu, il la laisserait mourir ce soir. » Et voilà — c’est gênant, non, pour un athée comme moi. Non, mais sans blaguer, c’était un énorme soulagement. On est resté avec elle pendant deux heures — on a fait distribuer les bouquets aux malades qui n’en avaient pas.

Vendredi matin je suis allé aux pompes funèbres pour entamer la procédure d’enterrement (elle a choisi la crémation). Il faut que je choisisse l’urne la plus appropriée (et la plupart sont d’une laideur à peine imaginable). Dans l’après-midi je suis allé voir l’avocat, qui m’a donné son testament — aucunes surprises, ce qui en était une un peu — dans quelques jours je serai nommé exécuteur testamentaire par le tribunal des successions et des tutelles et alors je pourrai ouvrir un compte en banque pour payer les frais de succession (ça m’a coûté plus de $1 900 pour placer une petite nécrologie au Times — c’est vachement profitable pour eux — mais comme ma mère avait des amis un peu partout, c’est le meilleur moyen de leur faire part de sa mort. C’est l’efficacité d’un journal presque national lu par toute une gamme de gens.

Pour les autres journaux plus locaux, on aura un avis de décès un peu plus élaboré, avec photo.

Demain on va à l’enterrement d’un type qui s’est suicidé en se pendant chez lui lundi dernier. Riche, intelligent, athlétique, marié à une femme excellente, avec des enfants plus ou moins réussis et quelques petits enfants tout nouveaux. Super wasp — aimable, mais énormément privé, il n’était pas le genre à trop laisser voir qu’il garderait dans son intérieur à la façade d’homme du monde capable, fort, bien aimé et tout le reste. Ça nous a fait un choc, à moi et au copain. Le village en parle sans cesse, bien sûr — la situation ici cette semaine chez ma mère nous a empêchés d’y prêter trop d’attention.

J’espérais pouvoir rentrer à Manhattan avec le copain dimanche soir, mais il va falloir que je reste ici jusqu’à lundi pour pouvoir rendre quelques documents financiers à l’avocat. Aujourd’hui, à la suite de recommandations faites par l’avocat, on a changé toutes les serrures et on a créé un nouveau mot de passe pour fermer les alarmes automatiques antivol. Ça va déranger le type qui s’occupe de la maison — l’avocat m’ayant suggéré de limiter le nombre de personnes ayant accès libre à la maison, j’ai décidé de ne donner une nouvelle clef qu’à la garde-malade. Ils se connaissent — le frère du type est le meilleur copain du mari de la garde-malade et le parrain d’une de ses filles (ça fait très village, non ?) Le grand méchant dans toute l’histoire sera, naturellement, l’avocat, sur lequel je mets tout le blâme pour ces changements incommodes.

Pour nec plus ultra de cette journée brillante, j’ai mal aux dents et ni les aspirines ni le vin blanc n’arrivent à m’engourdir.

novembre 17, 2005

Expectamus

[Aparté de remerciements: D'abord, merci encore une fois aux messages d'appui — j'en suis vraiment très touché. Je parle de ces événements personnels et douloureux parce que j'ai envie de montrer combien ces choses pénibles font partie de la vie de tous les jours. Je suis tombé en larmes trois fois aujourd'hui, mais je n'ai aucun doute de ce que je fais ou de ce que je décide — heureusement, ma mère et moi, on a discuté de tout — et je veux dire vraiment tout — et je compte suivre ses vœux à la lettre. Merci encore une fois à vous tous. Après tout, la mort, c'est tout ce qu'il y a de plus naturel.]

Hier : Je tape ces lignes au 1er étage, dans la chambre numéro 227, de l’hôpital local où l’ambulance a emmené ma mère ce matin, vers onze heures. Après une visite chez le médecin, qui lui avait donné ses premiers médicaments contre la dépression, on s’était installé dans ce qu’on appelle, pour faire chic, le solarium ou, pour faire vrai, la pièce à télé, car c’est là où se trouvent des plantes qui poussent plus ou moins correctement devant de grandes fenêtres orientées vers le sud dans les rayons passagers d’un soleil disparaissant — et le grand poste de télévision, qui est, lui, beaucoup moins romantique. N’importe. Mais c’est là qu’est arrivé à ma mère, assise dans son fauteuil super-automatisé qui peut bouger dans presque tous les sens, un accident « embarrassant » dont la garde-malade responsable hier soir s’en est occupée avec un savoir-faire extraordinairement délicat tandis que je m’attardais dans la petite buanderie à côté de la cuisine (on est dans une maison bâtie en 1904, donc il y a plein de petites pièces à usages souvent un peu périmés) à parler avec ma sœur à Philadelphie.

Après cet incident, elle n’a bien sûr pas voulu manger quoi que ce soit, même pas boire une petite canette d’Ensure. Il a fallu une heure à peu près pour la nettoyer et l’habiller pour dormir. Je suis entré dans sa chambre pour lui dire bonne nuit et je elle essayait de téléphoner à ma sœur — après trois tentatives, je lui ai demandé à qui elle voulait parler. « A ta sœur. » « C’est quoi le numéro » je lui demande, en prenant l’appareil. Elle me dit le numéro, mais elle se trompe et je compose le numéro correct. Après une courte conversation, elle raccroche. Et l’on a une conversation tout à fait lucide et intelligente. Je l’embrasse, chose rare entre nous, avant de monter dans ma chambre.

Je me suis réveillé tard ce matin — ma mère essayait de faire les mots croisés dans le Times. Je préparais le café dans la cuisine quand la garde-malade entre en courant — « elle a encore vomi » elle me dit, ses mains pleines de serviettes de bain propres. Je vais voir ma mère, qui a l’air, ce matin, agité, presque angoissé — elle est en train de balbutier des phrases décousues à propos d’un puzzle de mots croisés « dans ma tête » — elle cherche la réponse à la « 46 across » et elle nous assure qu’on la trouvera dans le téléhoraire du journal de Providence. Quoi ? « C’est dans la télévision ! » La garde-malade et moi, on se regarde avec incompréhension. C’est à ce moment-là, après les vomissements et les diarrhées, que j’ai téléphoné au médecin. Il m’a dit de l’emmener aux urgences tout de suite.

Aujourd’hui :

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De nouveaux machins se sont ajoutés depuis à cette collection d'instruments affolants — mais c'était à 8h30 seulement

Je suis arrivé à l’ hôpital à 8h20. Ma mère n’était pas dans sa chambre, une des infirmières m’a dit qu’elle était en train de subir un test — on l’a ramenée à la chambre vers 9 heures. Ma sœur, la sœur difficile, est arrivée vers 9h30. Vers 10h30 je quitte l’hôpital pour aller déposer mes chemises sales chez la blanchisserie et ensuite d’aller voir le cimetière.

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Des paysages peu appétisants dans la région, tout proche de la blanchisserie

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Ça, c'est le quartier le plus occupé du cimetière — c'est bête, c'était la meilleure partie de ma journée d'aujourd'hui

Le bureau y était ouvert et le gardien sympathique m’a fait voir les lotissements disponibles. J’ai ensuite téléphoné aux pompes funèbres « bien» (une amie de ma mère m’en avait donné le nom) pour leur demander ce qu’il faudrait faire pour faire venir les cendres de mon père d’Atlanta jusqu’ici. De retour à l’hôpital, la garde-malade me dit qu’il faut que je parle au gastroentérologue qui va faire la colonoscopie demain. C’est un jeune docteur charmant — il s’appelle Ross. En entendant son nom hier, elle s’était tout d’un coup écriée : « Mais j’ai des parents Ross dans la famille ! On est peut-être parents ! » Le jeune docteur, assis au bord du lit, lui avait souri. « Ben, je ne pense pas, madame, puisque mes grands-parents sont venus de l’Europe Centrale et ils s’appelaient alors Rosenblum — ou ils ont trouvé à Ellis Island qu’il y avait trop de voyelles dans ce nom ou ils ont trouvé que ça faisait trop juif, ils ont abrégé le nom en « Ross » tout court. » Ma mère réfléchit un instant, puis elle lui dit, « Mais on est tout de même possiblement des parents. » Reconnaissant sa défaite, le docteur lui répond « C’est vrai, qui sait, on est peut-être bien des parents. »

C’est ce médecin qui m’a dit cet après-midi que, d’après ce qu’il a pu voir sur les radiographies et les autres tests, elle présente des lésions au foie et aux poumons. Donc, ce n’est pas très prometteur pour le proche avenir. Dès ce matin je suis devenu responsable des décisions sur sa santé.

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Les bouquets de fleurs sur l'appui de fenêtre — ma mère les a à peine remarqués — et je sais qu'ils ne sont pas vraiment beaux, mais c'est comme ça dans les hôpitaux

Le copain nous rejoint demain après-midi. J’ai failli lui demander de venir ce soir, mais en fait, il n’y a rien qu’il puisse faire pour moi, à part me prêter l’épaule.

Plus tard : le copain arrive ce soir ; je vais le chercher à 22h30 à la gare. C’est lui qui a insisté à venir.

novembre 16, 2005

Dies difficilis

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Il a fallu appeler l'ambulance, qui est arrivée vers onze heures

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Aux urgences, où l'on lui a donné une perfusion de liquides

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Son lit vide chez elle

On fera des tests demain.

novembre 14, 2005

Diem de die

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La table dressée pour le dîner du samedi dernier

D’abord merci à tous qui ont laissé des messages d’appui dans les commentaires au dernier billet — j’avais failli désactiver les commentaires par un souci de pudeur car je n’ai jamais cherché à attirer du monde par le moyen trop facile de billets choquants ou macabres ou tout simplement grotesques. Mais en même temps je me suis dit qu’en fait il faut reconnaître que ces choses arrivent, ou arriveront, à nous tous un jour et dans ce carnet j’ai toujours voulu noter les moments de bonheur et de confusion ainsi que ceux qui dépendraient plutôt de l’ennui ou de la routine quotidienne tels que je les connais. Donc, ce qui arrive à ma mère m’est pénible, certes, mais il y a aussi une partie de moi qui observe ce déroulement vers la fin avec une mélancolie détachée, puisque je sais que j’y passerai moi aussi et j’essaie donc d’en tirer les leçons qu’il faut.

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Le poète a apporté quelques bouteilles de bordeaux

Ma mère va mieux ce matin, après une nuit un peu difficile — sa compagne de nuit s’en est plainte ce matin en partant, mais quand j’ai demandé à ma mère si elle avait eu des ennuis, elle m’a répondu que « non, rien de spécial » — pause — « mais Rebecca pense que j’ai subi une attaque cérébrale ischémique hier. » « Ah oui ? » lui dis-je, haussant involontairement les sourcils. « Mais elle s’alarme pour rien. » « Ah, bon. » De toute manière, j’ai téléphoné à son avocat pour lui demander quelques précisions sur l’étendue de la procuration médicale qu’elle m’avait confiée il y a quelques années — il m’avait proposé de venir nous voir à la maison, invitation vite acceptée. Il est donc venu nous voir ce matin et on a ainsi pu confirmer « en public » les vœux de ma mère sur son traitement médical éventuel.

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Vue de la gare de Westerly, dans le Rhode-Island, bâtie dans un style méditerranéen assez joli, je trouve, mais peu adapté au climat du pays

Elle va mieux, ma mère, mais elle n’est quand même pas tout à fait ce qu’elle était il y a un mois. Par exemple, elle n’est pas arrivée à se souvenir du nom de son médecin quand l’avocat lui l’avait demandé. La kinésithérapeute gériatrique vient d’arriver et elle l’engueule un peu pour ne pas avoir quitté son lit depuis tant de jours — moi, je me suis sauvé dans la salle à manger pour éviter à écouter la confession des péchés (« non, je n’ai pas fait mes exercices », « non, je n’ai pas essayé d’aller dans le salon » et ainsi de suite).

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Ça fait très Sainte-Barbara ou Carmel, mais pas tellement la Nouvelle-Angleterre

On a un rendez-vous chez le médecin demain — et chez le coiffeur, si elle a la force. Je compte rentrer à New-York demain dans l’après-midi. En principe on doit faire une partie de bridge « pour débutants » demain soir. J’ai parlé ce matin avec le copain pour lui dire que je pense retourner ici dimanche au plus tard. Comme cela je resterai toute la semaine de la fête de l’action de grâce avec elle et le copain nous rejoindra ou le mercredi soir ou le jeudi matin.

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L'entrée élégante à la gare (fermée en général, grâce aux nouvelles directives de l'Amtrak), on se croirait presque à Cordoue

On a même parlé de cimetière — il y en a un qui se trouve tout joliment au bord d’un estuaire, et elle m’a demandé d’aller me renseigner de combien coûteraient deux lots, l’un pour ses cendres, l’autre pour les cendres de mon père, qui se trouvent actuellement à Atlanta.

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Et pour les voyageurs de passage, l'hôtel Savoy, succursale locale de l'hôtel de luxe de Londres

Le titre de l’article en dit assez : White House declines to totally rule out torture. Pourquoi faut-il encore se demander quand cette honte s’arrêtera ?

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Et le train en provenance de New-York, avec un retard « seulement » de quarante-cinq minutes

J’ai préparé le dîner ce soir — saumon fumé, flétan local, carottes à la Vichy, pommes de terre en purée, éclairs au chocolat — tout pour gagner du poids, mais malheureusement je n’en ai pas besoin.

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Hier après-midi le copain, l'ami des Anges, venu voir ma mère, et moi avons posé la pierre tombale du chien de ma mère dans son jardin — c'est débile, mais ça m'a fait penser à la fin du film Carrie

novembre 13, 2005

Casus

Je suis en train de regarder mourir ma mère. Non, ce n’est pas pour demain, ni pour le lendemain, ni le surlendemain, mais je pense que cela va arriver plus tôt qu’on ne l’avait imaginé jusqu’à présent.

Ça fait au moins cinq jours qu’elle n’ait quitté le lit que pour s’asseoir sur la chaise garde-robe à deux pas de son lit d’hôpital. Elle n’arrive plus à tenir la tête haute — la plupart du temps, sa tête se trouve posée sur l’épaule gauche et presque parallèle au plancher. Elle ne pèse qu’à peine quarante kilos, et il lui manque le tonus le plus minimal — elle n’arrive plus à allumer un briquet Bic (parce qu’elle fume toujours, ce qui énerve follement l’une de mes deux sœurs), Et elle perd sa raison ; goutte à goutte on remarque qu’une petite partie en est disparue, évanouie. Pour le moment ce n’est pas grave — elle oublie des mots pourtant communs, elle s’affole tout d’un coup d’avoir perdu un machin (le récepteur de téléphone mobile, le briquet) dans les couvertures de lit, et l’on découvre qu’elle les tient dans la main, elle ne se rappelle plus de petites réunions convenues il y a seulement quelques heures. « Il va falloir téléphoner au traiteur si le copain et toi, vous allez venir célébrer l’action de grâce ici. » « Mais je vous l’ai déjà expliqué, maman, on vient ici tous les deux et on va chercher la dinde chez le traiteur jeudi matin. » Et quelques minutes plus tard, elle me demande « Toi et le copain, vous allez à Boston pour l’action de grâce. » « Mais non, maman, on vient ici. On va faire tout ça ici, avec vous. » « Ah, c’est bien. [Pause.] Il va falloir téléphoner au traiteur. » « Ne vous inquiétez pas, on aura de la dinde rôtie. » Et puis on continue à regarder la télévision — on passe entre la Manchette CNN et la chaîne Météo — étincelante mais muette.

Demain je dois parler avec son avocat pour lui demander de rédiger un document indiquant clairement ce que les gens du SAMU peuvent et ne peuvent pas faire au cas où on leur demanderait de la transporter à l’hôpital — ma mère ne veut absolument pas qu’on la ressuscite d’une crise médicale grave dans laquelle elle deviendrait une Terri Schaivo de plus, mais la loi actuellement en vigueur oblige les gens du SAMU de faire tout pour la garder en vie — sans juger de la qualité éventuelle de cette vie. À l’hôpital, c’est autre chose et j’ai déjà la procuration médicale pour ma mère et j’ai donc le droit de superviser le traitement et de l’arrêter s’il va à l’encontre des vœux qu’elle nous a exprimés.

Mais c’est pas gai. Et je vais rester ici quelques jours. Mais le plus difficile, c'est l'inévitabilité. Il n'y aura pas de rétablissement, de retour au bon vieux temps. On vient de commencer une nouvelle étape.

novembre 11, 2005

De veteranis

On fête aujourd’hui la journée des anciens combattants — il y a eu un petit défilé ce matin dans la 5e avenue — les banques et la poste étaient fermées, ainsi que les bureaux gouvernementaux. Mais la Bourse était ouverte et en général c’est une journée comme les autres. Bush, appuyé par le traître Rove, a attaqué ceux qui demandent toujours à savoir ce qui s’est vraiment passé pour justifier l’invasion illégale américaine de l’Irak.

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Deux petites maisons du XIXe au Village

Je me demande pour combien de temps les médias américains vont pouvoir ignorer les nouvelles troublantes qui préoccupent de plus en plus la carnétosphère américaine politique ? A savoir, l’utilisation du phosphore blanc (connu par les GIs sous son petit nom mignon de « Willie Pete ») contre les « insurgés » et les habitants de Falloujah. Hier les armes chimiques étaient le sujet d’un billet sur la « une » du carnet dKos. Raw Story en a parlé ici. Et Americablog a noté les mensonges de l’armée. On ne voit toujours rien dans le Times — c’est peut-être à leur ex-journaliste Judith Miller qu’il fallait proposer cet article-là. On l’a interviewée ce matin à la radio publique — mais-pas-gentille-du-tout, la Miller, avec en plus un ton nasillard d'une suffisance à ne pas faire taire ses critiques. Elle a refusé de répondre à toute question ayant affaire au sujet de Libby et les autres.

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Les débuts de mon coq au vin sur la cuisinière

Je fais la cuisine ce soir — mais on mangera mon plat, que j’espère un coq au vin délicieux (ou au moins mangeable) demain soir chez l’amie écrivain à la campagne. On va le transporter d’abord au Rhode-Island et ensuite au Connecticut, où il sera consommé. Un poète connu apporte l’entrée (mais j’emmène avec moi du saumon fumé, au cas où…) et du vin. L’amie écrivain a acheté un gâteau d’anniversaire pour son fils, qui fête ses 64 ans chez sa mère, avec sa femme (sa troisième, beaucoup plus jeune que lui et tout à fait adorable — elle est professeur d’entomologie au Maryland) et nous, et le poète, et mon rival pour les attentions de l’amie écrivain. Lui aussi est gai (mais auto-placardisé) , il a d’excellentes manières (grrr), il sait parler jardin, fleurs, ballet, expos d’art, cuisine, littérature et, ce qui est le pire, il est républicain ! L’amie écrivain le supporte parce qu’il s’empresse de lui faire toutes sortes d’amabilités utiles — lui remettre une copie imprimée d’un article trouvé sur la Toile, par exemple. C’est un ancien leveur de fonds, je note avec une certaine méchanceté revancharde, donc son amabilité mondaine a souvent une visée pécuniaire, mais à vrai dire pas chez l’amie écrivain, qui n’est pas riche du tout.

Ma mère, avec qui j’ai parlé au téléphone cet après-midi, paraissait très faible. Elle m’a admis que les deux dernières journées avaient été « plutôt difficiles », mais pour des raisons qu’on ne connaît toujours pas — selon les infirmiers et le médecin, il n’y a pas de raison spécifique, et je les crois. C’est quand même dur quand il n’y a rien à faire.

novembre 09, 2005

In vino hemicranium

Pour une étincelle de décence humaine dans tout ce qui se passe en France, et en particulier dans la banlieue parisienne défavorisée, je recommande vivement ce billet de la Veuve Tarquine.

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Dans la salle de musculation du gymnase, à une heure pas très fréquentée

Ce billet du professeur Juan Cole me semble très bien réfléchi aussi.

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Une camionnette décorée dans la 7e avenue

Hier on a fait la fête — la soirée a commencé avec une réception et signature de livre dans un appartement du Côté oriental supérieur et a continué avec un grand dîner au restaurant de l’hôtel Carlyle dans la 76e rue est. J’ai eu mal à la tête ce matin.

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Sur une des terrasses de l'appartement où a eu lieu la signature

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Une partie du salon — l'appartement a été décoré par la décoratrice d'intérieurs très mondaine Pauline Boardman

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Dans le restaurant de l'hôtel Carlyle

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On nous indique nos places

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La chambre à coucher dans la suite de nos amis au 10e étage

Je suis content des résultats des élections — la réélection de Bloomberg n’a pas surpris même les partisans démocrates les plus ardents, qui reconnaissent que Bloomberg est le plus démocrate des républicains. Je n’ai pas suivi de trop près l’élection du gouverneur de l’état de Virginie, mais le candidat démocrate y a battu le républicain tout proche de Bush. Hi hi ! Et pour terminer, les électeurs du Maine ont rejeté un effort antigai proposé par la droite religieuse par 55 % des voix contre 45 %. Bravo, les Maniaques !

novembre 07, 2005

Amicus Angelorum

L’ami de Los-Angeles est revenu à New-York — encore un congrès d’ingénieurs du cinéma qui a lieu ici. On est allé dîner au restaurant Jefferson dans la 10e rue ouest. Demain on espère faire une visite touristique à l’Île aux conils.

Je vais aussi voter demain — pour Bloomberg, en toute probabilité. Je n’aime pas comment il a réagi pendant la convention républicaine l'année dernière, mais il faut admettre que, en gros, la ville se porte mieux. Et il n’est pas bête. Et ce n’est pas un politicien.

novembre 06, 2005

Currere

Aujourd’hui, de retour chez nous après ses devoirs bénévoles qui ont duré de cinq à huit heures du matin (faut le faire, non ?), le copain a voulu plus tard regarder les premiers coureurs du marathon. On a donc pris le métro à la station de la 110e rue et de l’avenue St-Nicolas à Harlem. Nous avons continué vers la Cinquième Avenue à pied. Là il y avait un peu de monde et un petit combo jazz qui jouait devant la statue du pianiste jazz « Duke » Ellington.

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L'avenue Saint-Nicolas, qui commence au nord du Parc central, à Harlem

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Le combo divertissait la foule et les coureurs

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La statue du musicien « Duke » Ellington

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Vue de la 5e avenue à l'angle de la 110e rue, vers le nord

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La 5e avenue vers le sud

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Des athlètes handicappés ont été vivement applaudis, naturellement

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Un sentiment local répandu — et très FCUK, n'est-ce pas ?

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L'annonce de l'arrivée prochaine des premières femmes

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Plein de policiers à moto

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L'arrivée des premières femmes — désolé, Guillemette ne figurait pas parmi elles

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Les hommes approchent

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Et les caméras les précèdent

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Les premiers hommes arrivent — c'est le Kenyan qui a gagné, par une seconde seulement !

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Dans la 5e avenue, un peu plus au sud

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Il y a toujours de beaux torses nus dans le marathon

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La station d'eau

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Les coureurs arrivent au Parc — et Guillemette et Superfrenchie sont sans doute parmi eux !

Après avoir applaudi les coureurs pendant deux heures, on est allé déjeuner dans un coffee shop de l’avenue Madison — un restaurant de la chaîne des « Trois Frères ». C’était plein de jeunes mères et pères avec leurs enfants, jeunes eux aussi, bien sûr.

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Au 1er étage du restaurant de luxe « 3 Brothers » dans l'avenue Madison

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Vue de l'avenue Madison

Le déjeuner terminé, on est descendu l’avenue Madison vers la tour IBM, à l’angle de la 57e rue et l’avenue Madison, où se trouve, au sous-sol, le musée Dahesh. Je voulais voir l’expo intitulée The Legacy of Homer: Four Centuries of Art from the École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris, basée sur une expo montée en 2004 à Paris intitulée Dieux et mortels : les thèmes homériques dans les collections de l’école nationale supérieure des beaux-arts de Paris.

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Vue de la 57e rue est

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L'entrée du musée se trouve au rez-de-chaussée de l'immeuble IBM

Pas mauvais, l'expo. On voit pourquoi l'académisme stérile a été si critiqué.

Ensuite on est allé à la boutique Sony dans l’immeuble ATT où le copain a trouvé un « Shower Mate » — copain ou copine de douche ? — c’est-à-dire une radio douche.

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L'immeuble LVMH dans la 57e rue est, créé par l'architecte français Christian de Portzamparc

On a pris un taxi pour rentrer chez nous — le copain s’est précipité chez le coiffeur d’à côté où un gentil coiffeur noir aux cheveux blonds tout courts lui a coupé les cheveux. On est ensuite allé voir au cinéma Quad un film nouveau qui s’appelle (un peu brutalement, c’est vrai) Gay Sex in the 70s. Le cinéaste s'occupe de la distribution commerciale du film, selon ce que nous a racontés une jeune femme au début de la séance. Une historique un peu partiale sur la révolution sexuelle gaie à New-York pendant les années 70, donc avant l'arrivée (ou plus proprement la reconnaissance) du sida en 1981. Comme je l'ai dit au copain en rentrant chez nous, les plus beaux, les plus drôles, les plus héroïques de cette époque sont morts et donc leurs points de vue (importants) sur l'époque manquent au film.

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Mardi soir on sera parmi les arbres tout à fait en haut de cet immeuble résidentiel — la propriétaire fête la parution d'un nouveau livre d'un ami architecte qui a créé l'appartement « penthouse »

novembre 05, 2005

Miscellanea

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La statue de Chistophe Colomb dans le parc Wilcox à Westerly, au Rhode-Island

Le monde de l’art — ayant garé la voiture dans la 25e rue ouest vers 17 heures 25, je me suis précipité à saluer l’ami galeriste dans sa galerie à côté qui devrait rester ouverte jusqu’à 18 heures et où j’imaginais qu’il n’y aurait pas trop de monde — les vendredis sont toujours lents et peu fréquentés. Je suis donc entré à la galerie en annonçant à haute voix « I need art and I need it immediately ! » — distillation de l’idée la plus bienvenue dans n’importe quelle galerie d’art, évidemment. La jeune femme derrière le comptoir a souri (je la connais) — l’humour inattendu est toujours apprécié après une lente journée ennuyeuse, même l’humour un peu neu-neu dont je me sers le plus souvent. Mais la galerie n’était pas déserte ! On me prie d’entrer dans le cabinet privé où je retrouve l’ami galeriste assis à la grande table ovale avec une grande blonde habillée en costume noir (« my standard St John power suit » elle a expliqué en haussant les épaules). Elle est conseillère d’art de Los-Angeles, elle roulait en Rolls avant de l’échanger pour une Land Rover (« je transporte des tableaux et puis il y a le chien qui pèse plus que 50 kilos »), elle est veuve depuis un an. Elle habite une maison à la colonie de Malibou et elle déteste la circulation sur l’autoroute de la côte du Pacifique. C’est très visiblement une excellente femme d’affaires. L’ami galeriste et elle vont dîner à Sant Ambrœus — tous les trois nous descendons au village dans sa voiture pas très élégante (comme la nôtre), une VW vieille de dix ans. On lui explique, l'ami galeriste et moi — ce n’est pas la peine d’avoir une voiture très chère ou très élégante à Manhattan, on n’arriverait pas à rivaliser avec les chauffeurs de taxi si l’on se souciait trop de la condition de sa voiture — et les chauffeurs de taxi s’en rendent compte, eux aussi. Ils ne se disputent pas avec les chauffeurs de vieilles Civics abîmées ! L’ami galeriste voulait faire sa cour à cette grosse dame importante qui parque des tableaux dans les salons de Bel-Air et de Beverly-Hills et il m’a vite fait savoir, avec une délicatesse sortie d’une pratique de décennies, qu’il n’allait pas m’inviter à les rejoindre parce qu’il s’agissait d’un dîner d’affaires.

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La ">bibliothèque municipale vue du parc

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Une fontaine du XIXe siècle dans le parc

Le monde de l’art — c’est un monde de fiction et d’apparences. La publicité favorable y compte énormément, et c’est pourquoi j’ai souri en lisant cet article de l’International Herald Tribure sur les ventes à New-York de l’art « impressionniste et moderne » chez Christie’s et Sotheby’s. La journaliste Carol Vogel au New York Times nous offre une appréciation tout autre de ces mêmes ventes — ici il faut noter que Mme Vogel agit souvent (trop souvent) en attachée de presse pour les grandes sociétés de vente aux enchères, les musées et les grandes galeries new-yorkaises.

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L'automne n'a pas été spécialement beau dans cette région — mais il y avait quelques érables pas mauvais

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L'érable japonais n'est pas mal

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Les petits magasins un peu folkloriques à Stonington

Il a fait très beau aujourd’hui, un temps automnal à merveille. On a voulu profiter du temps et de notre week-end new-yorkais.

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Le chien de la quincaillerie du coin

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Dans la quincaillerie — tenir une quincaillerie est un des rêves du copain

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La quincaillerie Garbers — c'est le nouveau local

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Ayant trouvé l'ampoule qu'on cherchait, on monte la 7e avenue

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La 22e rue ouest bloquée par une grande grue

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La même grue au repos

Le copain avait un rendez-vous avec son comptable au bureau à 15 heures, mais on a déjeuné dans un nouveau restaurant dans la 6e avenue (je m’excuse, je ne me rappelle plus du nom — mais la photo me l'a rappelé) où l’on a tous les deux mangé des « œufs à la Bénédict » très corrects avant d’aller chercher le nouveau Guide Michelin New-York à la librairie Barnes & Noble dans la 22e rue — tous vendus !

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Le café-restaurant Sensa dans la 6e avenue

On est ensuite allé au musée Rubin de l’art tibétain — cela se trouve dans l’ancien magasin Barneys avant son départ (assez mal choisi, vu la banqueroute suivante et tout et tout) pour les climats plus fortunés du Côté Est Supérieur. C’est très bien monté, il y avait un musicien asiatique qui chantait et jouait dans l’entrée, les œuvres sont belles et intéressantes.

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L'entrée au musée Rubin

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Un beau bouddha du Pakistan aux influences grecques

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Un stoupa tibétain

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Un squelette dansant — ça s'appelle un chitipati

Le copain est allé au bureau, et moi je suis rentré chez nous, faisant une escale à la librairie Three Lives, où j’ai trouvé deux exemplaires du Guide Michelin et le dernier Ethan Mordden (how’s your romance ?).

Histoires avec les sœurs — elles s’inquiètent de ma mère, mais l’une de mes sœurs est plutôt folle, elle m’a demandé ce que je voulais qu’on dise aux infirmières au cas où ma mère aurait une crise cardiaque — faut-il appeler les SAMU qui vont essayer de la ressusciter ou faut-il appeler les gens de l’hospice, qui la mettront confortablement dans une chaise pour la laisser mourir ? Pas gaie, cette conversation.

Le copain se lève à 4 heures demain matin pour aller aider aux responsables du marathon de New-York pour faire monter les coureurs dans les autocars qui les rendront à l'Île des États, où commencera la course à 10 heures. Moi, j'espère dormir tranquillement !

novembre 04, 2005

Quid fit ?

Mais qu’est-ce qui se passe en France ces derniers jours ? Les francophobes en sont ravis, bien sûr. Que faut-il leur répondre ?

novembre 03, 2005

Apud matrem

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L'entrée au Paradis des cochons dans la 2e avenue, restaurant chinois très prisé par la belle-mère et le père du copain, avec qui on a dîné hier soir

Une visite-éclair chez ma mère à la campagne — j’ai quitté Manhattan vers midi et demi, pas trop de circulation. Sur l’autoroute je suis tombé amoureux, pendant une bonne trentaine de kilomètres, d’un type en pick-up aux plaques du Massachusetts qui conduisait, comme la plupart de ses co-étatiers, vite, plus que 135 km/h (la limitation de vitesse étant à environ 105) — il était très beau, mal rasé, profil de dieu, chemise à carreaux — un mauvais genre que je trouve irrésistible. Mon premier amant était originaire du Massachusetts — à cause du climat, je suppose, ils sont tous un peu durs, curieusement intenses — donc tout à fait le contraire des habitants des pays chauds, telles la Floride et la Californie du sud, où le dolce far niente (pourvu qu’on soit bronzé et aux dents immaculées) a finalement le dessus. (Le copain est sorti l’ex-marine, un mauvais numéro lui aussi.) Je rentre demain, après une courte escale d’abord chez le coiffeur et ensuite chez l’amie écrivain.

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Et leur belle collection de républi — ah, de cochons de toutes tailles

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On rencontre n'importe quoi dans les rues autour du garage — mêmes des artistes aigris !

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Faisant du karaoké dans la voiture à une vieille chanson des Supremes (et moi je faisais Diana Ross, bien sûr), j'ai oublié de prendre le raccourci d'autoroute qu'il fallait et je me suis trouvé dans un embouteillage idiot pendant quelques kilomètres

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Un peu plus tard il m'a fallu de l'essence (2,49 $ le gallon aujourd'hui pour ordinaire) et un grand caffè latte

novembre 02, 2005

Bonum atque malum

Saviez-vous qu’il y avait une prison américaine secrète (de légalité entièrement douteuse) en Europe de l’Est ? Moi non plus. En Pologne, peut-être ?

Par contre, les forces de la civilisation ne sont pas tout à fait éteintes aux États-Unis — des donateurs anonymes viennent de verser la somme stupéfiante de 100 millions de dollars à l’École de Musique de l’Université de Yale, à New-Haven. Cette permettra à l’École d’offrir des bourses à tous les étudiants. Cela aidera sans doute à notre Götterdämmerung à nous d’avoir de la bonne musique pour l’accompagner. (Et oui, j’adore Wagner, c’est plus fort que moi.)

novembre 01, 2005

In Novo Eboraco

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On va à l'aéroport en passant la tour de la 1ère Banque Nationale de Hollywood sur la droite — un délicieux édifice Art Déco construit en 1927

Il s’est passé une chose rare au Sénat cet après-midi. Le sénateur Reid, chef des démocrates, a demandé une séance privée de cette chambre pour discuter de l’intelligence fausse ou fautive qu’a employée l’administration Bush pour faire voter l’action militaire en Irak. À la grande fureur des républicains (le sénateur Frist, chef des républicains, écumait de rage en parlant d’un détournement de l’institution, mais lui il a toujours ses propres problèmes avec la supervision « aveugle » de ses fonds personnels).

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On est passé au milieu des énormes studios Warner à Burbank

La candidature de M. Alito — que tout le monde va bientôt mieux connaître sous la désignation railleuse de « Scalito », référence à l’autre juge italo-américain de droite à la Cour suprême — va être la bataille qu’on redoutait. Il est très probable que Bush et ses conseillers aient choisi de proposer Alito afin de détourner l’attention du public des infos peu agréables sur le retirement de la candidature de Mlle Miers et le procès criminel contre le conseiller en chef du vice-président Cheney.

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Nous arrivons à notre destination: l'aéroport Bob Hope

Il est intéressant de noter aussi que M. Rove, conseiller en chef de Bush, reste toujours l’objet d’une mise en examen par le procureur Fitzpatrick.

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On prépare de décoller devant les monts Verdugo

J’aime beaucoup les langues et les cartes — quel plaisir donc de retrouver ici (lié par Eyeteeth sous un billet intitulé Le langage du paysage) ces deux plaisirs joliment réunis. Deux cartes intéressantes — moi qui suis du Sud, je n’avais jamais entendu parler de « brook » (ruisseau) dans la vie normale avant d’aller étudier en Nouvelle-Angleterre. C’était pareil pour « pond » au lieu de « lake » — il y a surtout des lacs en Géorgie (n’est-ce pas, Sébastien ?) mais il fallait nager dans le « Turkey Pond » au Nouveau-Hampshire. Il y a aussi l’effet de l’influence du français dans ces noms — on notera que c’est à la française qu’on nomme « Lake Erie » et « Lake Supérieur » et non pas « Erie Lake » ou « Superior Lake ». Et c’est un carnet intéressant, ce pfly.net, que je viens seulement de découvrir.

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Survolant Las Vegas — on peut avec difficulté voir les casinos d'une altitude de 36.000 pieds

Le nouveau Michelin New-York est sorti ! Et ça fait gueuler les restaurateurs !