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janvier 30, 2006

Ruinæ parvæ

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Les ouvriers d'une entreprise, appelée un peu bizarrement « Sav-a-Tree », qui font du bruit dans la rue Perry

Cela sent la défaite — et la résistance : le Sénat a voté pour la clôture du débat sur la désignation de Samuel Alito comme juge associé de la Cour suprême. Demain soir Bush déclarera devant la nation l’élection d’Alito comme une grande victoire pour le « Bien ». Et les femmes les plus avisées stockeront les cintres.

La Cour suprême, encore plus dans la poche des bushistes, n’hésitera pas à soutenir la constitutionnalité du nouvel amendement contre le mariage gai proposé par les évangéliques (voici un site qui en parle tout clairement). Et pour moi, l’adoption éventuelle d’un tel amendement discriminatoire serait une raison suffisante pour me convaincre à quitter mon pays.

Il est toutefois difficile à savoir comment les démocrates pourront un jour battre les républicains, qui dominent les mécanismes électoraux (machines à voter électroniques), la détermination des districts électoraux, la sélection de juges locaux et fédéraux qui décideront les « cas difficiles » telle l’élection en Floride en 2000, les règles des deux chambres, et la Maison blanche.

Je suis déprimé aussi par la mort de l’auteur dramatique Wendy Wasserstein dont j’ai souvent apprécié les pièces. Elle n’était pas vieille et elle est morte d’un cancer. Elle avait du talent.

En plus, il a fait anormalement beau aujourd’hui — ah, les avantages du réchauffement global, on déjeune dehors dans les cafés. On sait parfaitement bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

Ce soir j’ai accompagné le copain jusqu’à la 13e rue. Il allait à une réunion « superinterconnexion affaires » au Centre gai dans la 13e rue ouest, et moi j’ai continué au Marché du Côté Ouest où comme toujours j’ai rencontré plein d’Adonis tout frais, tout luisants du gym — mais les couloirs sont trop étroits, et les gars trop grands, et les poussettes trop encombrantes. Je me suis quand même trouvé juste devant le chanteur Fred Schneider du groupe les B-52’s, qui n’achetait qu’une boîte de yaourt grec. Et dire qu’il y a vingt minutes j’avais croisé un Calvin Klein souriant qui quittait sa réunion d’Alcooliques Anonymes. Il y a plein de has-been à New-York, vous ne trouvez pas ? (Et non, je ne m'exclus pas de cette catégorie abondante.)

janvier 29, 2006

Ad Philadelphiam (bis)

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Samedi matin j'attends mon train dans la gare de Pennsylvanie, immeuble infect qui a remplacé — ô, comme c'est typique ! — un chef-d'œuvre architectural

Samedi matin je me suis levé un peu en retard — je me suis dépêché donc pour avaler mon café matinal et prendre ma douche avant de me rendre à pied à la station de métro de la 14e rue où j’ai pris le métro jusqu’à la gare de Pennsylvanie, d’où je suis parti pour Philadelphie. Une fois arrivé à la belle gare de la 30e rue, construite en 1934, dans la ville de la fraternité, je me suis dirigé vers la gare des trains de banlieue, où j’ai pu monter sans attendre plus d’une minute dans un train à destination de Wyndmoor, dans la banlieue nord-ouest de Philadelphie.

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L'élégant intérieur de la gare de la 30e rue à Philadelphie

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Sur le quai de la gare des trains de banlieue

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Vu du train, le beau musée d'art de Philadelphie au fond au milieu

Je suis marché à pied (chose rare ici) de la gare jusqu’à chez ma sœur.Elle m’a fait un grand café et on a causé un peu sur n’importe quoi — je lui ai dit que si notre mère revient en fantôme, je disais qu’elle chuchoterait dans l’oreille d’une personne dans la salle de bain « Do you have to use all the towels ? », et à une personne qui sort un verre du placard « Do you have to use all the glasses ? » et à la personne en train de mettre les plats et les verres dans le lave-vaisselle « You’re putting them in the wrong way » (suivi d’un long soupir) — donc, au lieu d’être un fantôme qui menace ou qui fait peur, elle serait plutôt un fantôme qui tape sur les nerfs, probabilité que ma sœur était forcée à reconnaître.

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On a fait nos courses dans la vieille avenue de la Ville des Allemands, la rue haute du village

J’ai refait mon coq au vin habituel pour l’apporter chez des amis qui ont dû passer l’après-midi à s’occuper d’une fête d’anniversaire d’un de leurs deux enfants qui a eu lieu dans un bowling du coin. Ma sœur et moi, nous y sommes arrivés avec notre casserole, du fromage (Comté, chèvre et Pont-l’Évêque), deux baguettes d’une boulangerie du village du Coteau des Marronniers (aussi connu sous son nom anglais « Chestnut Hill »), et plusieurs bouteilles de vins rouges français, tous cuvée 2003 (et excellents). On s’est bien amusé à parler de tout et de rien, mais l’un de leurs deux garçons est vraiment un nouveau Damien. Ils ont deux chiens adorables, un labrador jaune et un berger islandais, qui a huit mois et qui m’a complètement séduit. J’ai pris un tas de photos que je vais montrer au copain (hint, hint).

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Le labrador et le berger islandais

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J'ai eu grand envie de l'enlever, c'est vrai

Mon beau-frère est rentré de sa conférence vers une heure de l’après-midi et l’on est donc tous allés en ville pour déjeuner. Ils ont choisi le restaurant Caribou dans la rue Sapinette (ou Spruce, comme vous voulez) à l’angle de la 12e rue, en plein centre du quartier gai de Philadelphie (le Gymnase de la 12e rue est la salle de sport gaie par excellence de la ville) — ça avait l’air d’un bistro français assez authentique, même si l’on chantait le blues en bas (on était assis au 1er étage).

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Un mélange de bâtiments typiquement philadelphien

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La façade du Gymnase de la 12e rue à Philadelphie

J’ai pris des œufs brouillés au saumon qui étaient bons et après un double express on m’a déposé à la grande gare de la 30e rue.

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Dans le restaurant Caribou

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Les ruelles pittoresques du centre ville de Philadelphie

À Philadelphie il y a plein d’appartements à louer dans le centre ville qui ne sont pas chers du tout — je suis presque tenté d’en louer un pour pas cher et de le traiter comme une maison de campagne accessible par train.

Le copain m’a téléphoné à dix heures, il avait fini le marathon en quatre heures et deux minutes — un temps passable, mais pas extra et trop lent, hélas, pour lui permettre de courir le marathon de Boston. Il rentre ce soir, assez tard. Moi, je tape ce billet à bord le train Amtrak régional, et je le publierai quand je serai de retour à l’appartement.

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Sur le quai de la gare à Philadelphie — et un hommage au peintre Edward Hopper

(Bon, je suis dans l’appart’ à regarder Les Ménagères désespérés (en rediff) et le copain est toujours sur une des pistes de l’aéroport de Miami — il vient de me téléphoner de son siège — l’avion est complet, plein de Français et de Sud-américains, ils s’excusent du retard en se plaignant d’orages autour de New-York, mais ici on n’a eu rien, quelques gouttes de pluie, ah, qu’est-ce qu’ils mentent ! )

janvier 27, 2006

Malum !

Il paraît qu’on aura bientôt le petit mesquin Alito comme « juge associé » à la Cour suprême malgré les efforts de dernière minute pour l'empêcher faits par quelques sénateurs démocrates (mais pas tous). C’est dommage.

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Évidemment on n'habite pas un quartier trop francophobe

Le gouvernement des Etats-Unis s’est joint aux gouvernements (superdémocratiques et éclairés) de l’Iran, du Zimbabwé, de la Chine et du Cameroun pour offrir leur appui à une initiative iranienne visant à interdire à deux organisations pour les droits des homos (et autres minorités sexuelles) un statut consultatif proposé chez l’ONU. C’est dommage, mais très révélateur.

Chez Un fils d’état rouge j’ai beaucoup apprécié ce billet sur les résultats, surprenants pour certains, des élections palestiniennes dont je cite un paragraphe qui m’a fait sourire.

« As I've said before, for upstanding Americans, there is the Right Kind of Freedom, and there's the Wrong Kind of Freedom. Hugo Chavez winning in Venezuela was Wrong. Evo Morales winning in Bolivia -- Wrong. And Hamas winning the majority of seats in the Palestinian parliament? Wrong, so very very Wrong. »

Ah, un mauvais genre de liberté — d'accord, c’est dommage.

Le Vrai Parisien est tombé amoureux. Tout le monde en est heureux. Il ferme son carnet pour se donner à 100 pour cent à cet amour. Ça, on le comprend très (même trop) bien, c’est excellent pour lui, mais pour nous, il n'y a rien à dire, car c’est bien dommage.

Aujourd’hui c’est, comme tout le monde le sait, le 250e anniversaire de Mozart et je me suis amusé à réécouter mon enregistrement électronique du concerto pour piano en la majeur K. 488 joué par Artur Rubenstein. L’adagio de ce morceau de musique a été pour moi comme une bande sonore dans plusieurs moments de ma vie. Mozart est mort jeune et pauvre — c’était, et ça reste toujours, dommage.

Le copain est parti ce matin pour la Floride, où il passera le week-end en activités plus ou moins sportives. C’est le marathon de Miami qui aura lieu ce dimanche — mais ça commence à cinq heures du matin, les autorités miamiennes n’ayant pas voulu fermer les grandes voies à la circulation automobile trop tard dans la journée. Je vais m’en aller à Philadelphie, pour voir ma sœur, elle aussi veuve temporaire (son mari prof assiste à une sorte de conférence à Allentown), et pour dîner chez des amis qui ont acheté un berger islandais que j’ai grand envie de voir. C’est dommage que le copain ne m’accompagne pas chez nos amis pour voir le clébard nordique, mais c’est peut-être mieux pour mes stratagèmes.

On ne sait pas ce qu’on va faire cet été. La plage ? La campagne ? La ville ? J’ai proposé au copain de faire un petit tout en voiture au Canada en juin/juillet — mon itinéraire commencerait au Nouveau-Brunswick, ça continuerait en Nouvelle-Écosse et au Cap-Breton (très joli, d’après ce qu’on me dit), retour vers l’Île-du-Prince-Édouard (oui,j’adore les îles) et quelques jours dans les Îles de la Madeleine (à cinq heures de l’Île-du-Prince-Édouard par traversier !) Il nous faudrait dix jours ? Plus ? Est-ce que tout ça vaut le voyage ? Je n’en sais rien.

Emendatio

Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas pu publier tout mon billet d'hier. Donc, voici la fin. (Il y a toujours des problèmes avec la réinstallation du gabarit MovableType.)

« Oh, le photographe d’Elle Décor passe le 3 février. » Mon copain à moi est arrivé vers la fin du dîner (il faisait du travail dans un bureau à Wall Street) et l’on est vite rentré à la maison.

Ce soir on va à un truc pédé — une réception au siège new-yorkais de la banque HSBC. Il s’agit de « s’interconnecter » pour les affaires et beaucoup de pédés et de gouines se sentent un peu mal à l’aise dans les réunions hétéros d’hommes et de femmes d’affaires — non, je ne dis pas que c’est logique, mais je reconnais que c’est un effort de s’entraider dans la communauté gaie et lesbienne, et moi je dis pourquoi pas. Le copain y tient — moi je n’y suis que le partenaire dûment souriant et muet. Espérons qu’il y aura du vin rouge 2003 !

janvier 26, 2006

Reditus

Une semaine, ce n’est pas vraiment long, mais il est vrai que cela fait presque bizarre aujourd’hui de rédiger de nouveau un billet. N’étant pas guique, je ne puis vraiment pas expliquer ce qui s’est passé la semaine dernière — on m’a dit que le serveur s’est cassé et que l’on a dû le remplacer. Mais le pire pour moi n’était pas le silence imposé (loin de là), c’était l’absence mes liens quotidiens vers d’autres carnets beaucoup plus intéressants qui m’embêtait surtout.

[Je n'arrive pas à publier des photos — on m'indique une erreur « perl » quand j'essaie. Donc ce sera pour plus tard...]


À partir d’Embruns j’ai quand même pu suivre les derniers développements dans l’affaire Garfieldd et je suis heureux d’apprendre que certains responsables de l’Éducation nationale semblent avoir pris connaissance de la réaction vive que le licenciement hâtif et injustifié de Garfieldd avait suscitée en France. Il faut continuer à faire pression, mais il est déjà évident que les carnets ont fait preuve d’une nouvelle importance médiatique que les médias traditionnels, ainsi que les milieux politiques, ignoreront à leurs dépens.

La semaine dernière je suis allé chez ma mère avec un ami estimateur que j’avais embauché pour établir l’inventaire officiel des « biens meubles » (c'est joli, la phrase, non ?) dans la maison — ce sont nos amis du fisc qui nous l’exigent. Pendant que je me suis fait couper les cheveux par mon coiffeur ex-militaire, après quoi je suis passé chez l’amie écrivain, chez l’avocat et même chez les pompes funèbres où je voulais récupérer les cendres de ma mère (sans succès cette fois-là), l’ami estimateur s’est affairé, aidé par son appareil photo et par son ordinateur portable, à dresser un inventaire exhaustif de tout ce qui se trouve dans la maison (ben, pas tout, puisque certains articles se sont « évaporés » comme par un miracle, mais bon, n'en parlons plus). Quittant le cabinet de l’avocat, je suis repassé chez les pompes funèbres où je n’ai trouvé personne dans tout l’immeuble (ancienne maison transformée en entreprise de pompes funèbres) — j’ai fait tout le tour des bureaux ouverts mais de toute apparence abandonnés du 1er étage en disant aux employé(e)s invisibles ou absent(e)s (leurs manteaux étaient toujours pendus dans le couloir) « Hello ? », et puis un peu plus fort « Helloooo ? ». Rien. Je suis redescendu et par la porte entrouverte de la salle de conférence j’ai vu le coffre que j’avais choisi pour les cendres maternelles et qu’on avait posé sur la grande table. Je suis entré, j’ai vu le coffre funéraire et un morceau de papier — il s’agissait d’une sorte de « permis d’enlèvement de cendres » qu’il fallait signer (on m'avait gentiment laissé un stylo à bille à côté). Toujours personne dans l’immeuble. Haussant les épaules, j’ai ouvert le coffre où j’ai trouvé une « attestation d’incinération » inscrite du nom de ma mère. J’ai signé le papier et j’ai pris le coffre, en chuchotant à ma mère « I know they’re kind of casual around here, but did you really expect this ? ». J’ai mis le coffre sur la banquette arrière de sa voiture (une vieille Saab) et on est rentré à la maison.

Vendredi soir on a dîné avec l’amie écrivain, toute contente de sortir avec trois pédés new-yorkais avec qui elle pouvait dire n’importe quoi, toutes sortes de méchancetés délicieuses. Un groupe de producteurs de cinéma anglo-américain est en train de prendre une option sur un de ses livres — la somme ne sera pas énorme, au moins au début, mais s’ils réussissent à trouver le financement, un metteur en scène, des acteurs qui veulent bien jouer les rôles, et tout le reste,à ce moment-là, on lui versera du fric à la pelle.

Samedi on est allé visiter le musée naval du coin, qui s’appelle « Mystic Seaport ». Ce n’est pas mauvais, surtout si l’on est, comme lui et plein d'autres, fou de vieux bateaux. Pour moi, qui souffrais, je l’avoue, d’une toute petite (mais persistante) gueule de bois (trop de Bordeaux 2003), j’ai dû passer le temps parmi ces divers navires plus ou moins antiques à lorgner les quelques jeunes papas (bien trop peu, malheureusement, à cause du mauvais temps) que nous avons croisés pendant notre visite. Un dîner à la maison préparé par moi, encore du vin rouge, et hop, retour à New-York — oh, que ce trajet est long et ennuyeux !

Hier soir j’ai assisté à une réunion commémorative d’un artiste dont j’avais exposé l'œuvre il y a quelques années — il y avait du monde et certains des participants sont bien connus dans le monde de l’art new-yorkais : le sculpteur Joel Shapiro, le critique Robert Hughes et le peintre Chuck Close. Mais l’affaire ne m’a pas plu, c’était trop hypocrite, ces artistes réussis (souvent à cause de leur dynamisme égoïste illimité plutôt que de leur grand talent ou de leur originalité esthétique), riches et complaisants, qui se plaignent publiquement d’autres artistes qui n’ont pas, à leur mort, connu un « même » succès aussi mérité. Tu parles !

De là je suis allé à pied chez l’ami galeriste qui m’a offert un verre d’un bourgogne 2003 qui n’était pas mauvais du tout et qui ne coûtait que 9,99 $ la bouteille. On est allé dîner dans un restaurant italien à quelques pas de chez lui, Intermezzo, où il a été salué par un type blond assis au bar. L’ami galeriste connaît tout le monde, c’est fou, et on l’invite à s’installer à notre table. On commande une bouteille de l'agence Ford devenu, avec son copain financier, partenaire décorateur dans une société qu’ils ont fondée où il s’agit d’acheter des maisons délabrées à bas prix, les restaurer et les décorer, et ensuite les revendre à des prix hallucinants (faut le faire, non ?) En fait, il était charmant, le blond, grand fan de basket (si, si), et il nous dit qu’il venait de jouer au basket la semaine dernière avec Leonardo et Ethan (je vous laisse deviner leurs noms de famille) aux Chelsea Piers. Il nous décrit un appartement à Tribeca qu’il vient de décorer pour un couple de deux homos (dont l’un travaille pour la télévision MTV et l’autre pour la chaîne ESPN) superbutchs, superathlétiques, superriches, mais en dépit de tous ces attributs exceptionnels dépourvus d’aucune trace de goût pour la décoration. « Tu te rends compte » il nous dit « dans l’appartement je me suis servi de rails de chemin de fer en bois, tous pleins de clous — c’est tout à fait sexy ! » « Mais » je lui répond « c’est décoré donc comme l’Eagle » « Exactement. Et ça fait bander ! » il dit, en souriant. « Mais est-ce qu’on va pouvoir le publier ? » lui demande l’ami galeriste. « Oh, le photographe d’ | | Comments (9)

janvier 18, 2006

De libertatibus

N’étant pas électeur français et n’ayant donc aucune position en droit vis-à-vis de la jurisprudence française, je me méfie un peu de me mêler aux remous carnetiers qui se lèvent actuellement à propos du licenciement d’un proviseur à cause de son carnet. Ici, dans les campagnes politiques ou de pression, on nous dit souvent qu’il vaut mieux ne pas inonder les représentants d’états où l’on n’habite pas de courriels et de lettres de protestation ou d'appui, puisque ces représentants se moquent complètement de l’opinion de ceux qui n’ont pas la possibilité de les élire (ou de les chasser de leurs postes). En plus, je ne peux pas dire franchement que je comprends ce que c’est qu’un proviseur. Mais j’ai été un lecteur occasionnel du carnet dont il est question et je n’y ai jamais trouvé rien de pornographique. L’auteur, qui est gai, a montré dans ces pages ce que j’appellerais, peut-être à tort, une « sensibilité gaie » — il a de temps en temps commenté, par exemple, les « bogosses » médiatiques du jour (personnellement je n’avais jamais entendu parler ni vu Bruno Putzulu, donc pour moi c’était une révélation intéressante). Mais à part cela, je n’avais trouvé que des discussions, pour moi souvent assez obscures, sur des réunions bureaucratiques en particulier et sur l’éducation nationale en général, ou sur son nouvel ordinateur Apple, ou des remarques pleines d’un vrai charme telles celle-ci, qui date du 20 février 2005 : « Je me demande si je ne suis pas plus gêné à l'idée qu'on se rende compte que j'ai fait une lipo plutôt que l'on sache que je suis pédé. » Je ne peux pas dire si le carnetier ait manqué ou non à un prétendu « devoir de réserve » quelconque en écrivant et en publiant sur Internet ses opinions et ses commentaires sur sa vie, mais j’ai par contre bien l’impression que son homosexualité, et son expression pourtant bien anodine dans son carnet, a joué un rôle pour le moins illégitime dans son licenciement, ce qui n’est pas sans rappeler les excès des puritains révolutionnaires de mon propre pays ou de pays comme l’Iran. Ce qui ne flatte en aucune manière la France, ni son Éducation Nationale. J’espère que la pression populaire, lancée par la carnetosphère française et élaborée avec son élégance habituelle par Me Éolas, fera effet et que le professeur carnetier pourra bientôt continuer à remplir ses responsabilités professionnelles avec le talent et la compétence que personne ne met en doute.

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Ah, voilà, c'est comme ça qu'on monte un panneau publicitaire — dans la place Sheridan

Hier soir on est allé, invité par un ami « engagé », à une réception organisée pour accueillir dans le quartier le nouveau maire de l’arrondissement de Manhattan Scott Stringer.

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Le barman aux cheveux « blonds »

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Les bougies le long des fenêtres du 1er étage

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Une amie et mère fière de ses enfants

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Un buffet « français » avec des fromages et du pâté — le traiteur est d'origine française

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Notre hôte en chemise violet (ou prune ?)

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Un jeune homme tatoué — et pour qui j'avais le béguin avant que je ne rencontre le copain — il est romancier, c'est insupportable !

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Il y avait trop de vieux cons hippies soixante-huitards comme moi — le Village en est plein à vomir, c'est dégueu

C’est un homme politique tel qu’on les aime ici — petit, souriant, avec un accent identique à ceux qu’on a entendus dans la série http://www.tv.com/seinfeld/show/112/summary.html Seinfeld, bon fils.

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L'arrivée du maire d'arrondissement Stringer — on s'empresse à le saluer

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transparency...bla bla bla...openness...bla bla bla...community participation...bla bla bla...my mother...before I had grey hair...et ainsi de suite

Je ne peux pas dire exactement comment il va « gouverner », ni quels sont ses pouvoirs. Mais les invités l’ont vivement applaudi et après son court discours, il s’est laissé aborder par qui voulait lui parler.

La francophonie de quartier : je suis sorti faire des courses hier soir (il nous fallait des grands sacs poubelles, des rouleaux d’essuie-tout, du papier hygiénique) et je suis allé d’abord passer chez le supermarché le plus moche, le plus lugubre du Village, peut-être de toute l’île de Manhattan — il s’agit du supermarché Gristedes de la place Sheridan, nº 3 (cliquez sur l’icône sud-ouest du carré de quatre supermarchés qui se trouvent en haut de la carte — les deux magasins en bas de la carte se trouvent à Ville-du-Parc-de-la-Batterie). Quand je suis arrivé à New-York, à une époque qui se situe entre l’éocène (débuts de la musique disco) et le pléiocène (disparition des clones), ce supermarché s’appelait Sloan’s (voici un article assez intéressant sur l’évolution et les guerres fratricides des supermarchés à Manhattan de 1960 au présent). Rien de spécial, c’est sûr — tubes fluorescents au plafond, produits fatigués dans les rayons, couloirs non pas de la dernière propreté. Gristedes, c’était la chaîne de luxe, on n’en voyait pas dans le Village, terre d’asile des non-conformistes peu riches. Puis, tout a changé. Le vieux marché Balducci’s s’est transformé en petit Fauchon de la 6e avenue, on a vu l’arrivée de Dean & Deluca dans le nouveau quartier de SoHo, l’arrivée du marchand de poisson Citarella (transformé depuis en épicerie fine), et ainsi de suite. Le Sloan’s de la place Sheridan est devenu un Gristedes, mais de la qualité originale de la marque n’est plus. C’est un endroit petit, étroit, sombre, mal illuminé, incohérent.

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Cette photo « nettoie » le plancher et les rayons du Gristedes de la place Sheridan

J’ai trouvé ce que je cherchais et je les ai vite payés. Je me suis dirigé ensuite vers le Garage du Gourmet (merci, T) (rha la la, on va gueuler), où j’allais nous approvisionner en vivres — des céréales, des boîtes de thon, du jus d’orange, du lait écrémé (faut toujours faire attention à la ligne), un pot de chili au dindon (miam, et l’on oublie la ligne), des chips (ditto) plutôt exotiques, etc. Je me pointe vers les caissières. Là, autour de moi j’entends tout d’un coup des phrases en français. La jeune femme devant moi, noire, parle en français avec la caissière à ma droite. « Vous êtes Haïtienne ? » je demande à la caissière. « Non » me répond-elle avec un beau sourire. « Malienne. » « Ah, bon. » « Moi, je suis Haïtienne » me dit la jeune femme devant moi qui pose ses sacs dans une sorte de chariot. « Mais, ici, tout le monde parle français » ma caissière à moi crie en riant à son chef, un homme noir tout grand, toujours très sérieux. Ma caissière, elle, a l’air un peu asiatique, ou peut-être hispanique. « Mais vous venez d’où ? » je lui demande en posent mes achats sur le tapis roulant. Je la connais depuis des ans, elle est charmante, et elle parle anglais avec un accent noir, presque hip-hop. « Mais de France, bien sûr » me dit-elle, avec un sourire un soupçon railleur. C'est vrai qu'elle parle un français sans aucun accent. On se dit tous « Au revoir », la Française, la Malienne, la Haïtienne et moi.

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Par contre, tout est plus propre et plus beau (y compris les mecs) dans les rayons du supermarché D'Agostinos de la rue de Béthune — mais c'est plus cher aussi, ce qui est dommage !

Y aura-t-il une guerre, oups, j'ai voulu dire une « intervention militaire préemptive israélo-américaine », en Iran en mars ? Comme on nous le répète à la télé, « stay tuned. » (Mais la bourse à pétrole y croit un peu.) Et l'on ne touche pas à la Bourse de Tokio pour quelques jours, d'accord ?

janvier 17, 2006

Video

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Ça commence, la ruée vers l'or — et voici un site remarquable pour tout ce qui concerne le film

Comme tout pédé des deux côtes dûment et convenablement hypnotisé par les médias, j’ai suivi avec une certaine attention l’émission en direct de la remise des Globes d’or qui s’est déroulée quelque part à Hollywood hier soir (à 20 heures à New-York, à 17 heures à Los-Angeles — ici à Manhattan on le trouve parfaitement idiot de voir les gens en smoking et en robe longue en fin d’après-midi, le chic angélène étant toujours supplanté par les nécessités incontestables d’audience dans le reste du pays). Je suis content que Brokeback Mountain ait gagné quatre prix — et je me suis marré à voir l’archivacher mythique lui-même, Clint Eastwood, remettre la statuette au petit Taïwanais Ang Lee, qui lui aussi s’est bien rendu compte de l’ironie de cet échange.

C’est dommage que le discours récent du vrai président des États-Unis sera sans doute ignoré par la plupart des médias, subornés par l’administration Bush. Voici quelques citations révélatrices du ton général de ce discours :

It is imperative that respect for the rule of law be restored.

A president who breaks the law is a threat to the very structure of our government.

M. Gore note aussi la surveillance illégale commise par le FBI à l’égard du Dr Martin Luther King et ailleurs on remarque que le FBI Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) a remarqué de nouveaux règlements proposés sur les « perturbateurs » — le régime Bush cherche à criminaliser toute action contestataire. Le gouvernement aurait le droit de poursuivre, par tous les moyens de surveillance, toute personne soupçonné de vouloir « perturber » tout rassemblement, même politique, « de signification nationale ». Comme ça, Bush ne sera plus jamais menacé de quitter sa bulle approbatrice.

Avec tout ce qui arrive dans le monde extérieur, on comprend très bien pourquoi on préférerait peut-être tout oublier en se contemplant le nombril — mais dans ce cas-là, il vaut mieux que ce nombril se trouve au milieu de muscles abdominaux agréables aux yeux (les vôtres et ceux des autres). Ce billet d'ohlalaparis est donc utilissime, et il faut profiter tout de suite du peu de temps qu’il nous reste avant les « révélations » de juin/juillet prochain.

janvier 16, 2006

Suburbia

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Des musiciens sud-américains (péruviens, je crois, mais je ne suis pas sûr) jouent dans la gare pour les clients du chemin de fer

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On fait la queue devant les guichets

Mais c’est du vrai travail, passer un week-end à la campagne en invité. Pour le copain et moi, c’est une expérience plutôt nouvelle. On s’était tous réunis à un endroit très spécifique dans la gare du chemin de fer de l’Île Longue pour attendre l’annonce de quai pour le train à destination de Ronkonkoma, un de ces noms indiens qui font sourire les familiers de l’Île — on se moque de prononciations grotesques faites par des étrangers (américains et autres) qui ne connaissent pas les accents corrects : Ronkonkoma, par exemple, se prononce ron-KON-ko-ma, et non pas ron-kon-KO-ma ou autrement. Là on est monté dans la voiture pour un voyage supplémentaire de plusieurs miles sur l’abomination autoroutière qu’est l’autoroute de l’Île Longue jusqu’à la sortie nº 67, qui nous déverse dans le joli village et station balnéaire de Bellport, où habitent des gens chics (le photographe homoérotique de mode Bruce Weber, l’actrice Isabella Rossellini, le peintre anglais Malcolm Morley) qui, tous, préfèrent éviter les foules arrivistes des grandes stations telles Southampton, East Hampton, Sagaponack ou Amagansett.

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Notre rendezvous est fixé pour 19h30 juste devant ce magasin de journaux (et de revues pornos), tout près du quai

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On monte dans notre wagon

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Dans le parking de la gare à Ronkonkoma — il y avait beaucoup de brouillard

Notre ami habite une jolie petite maison traditionnelle dans le hameau de Brookhaven, à quelques pas de Bellport. Un bref passage chez le supermarché pour acheter des œufs et du bacon pour le petit déjeuner de demain.

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Les rayons « fruits » du supermarché de Bellport

Une fois installés dans notre chambre au 1er étage, le copain et moi sommes descendus au hall (« great room ») — une nouvelle salle énorme ajoutée à la maison principale il y a un an et demi — c’est une mode contemporaine qu’on ne comprend pas trop, le copain et moi, ce « retour au médiéval » dans l’architecture de banlieue.

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Vue partielle du « great room » nouveau

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Une vue partielle de la nouvelle cuisine, que le copain lui envie

Le plancher recouvert de pierre est chauffé par des tuyaux d’eau invisibles, à la grande joie du copain, qui lui a toujours froid.

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Le copain s'est écrié « Mais il a un Oscar, le salaud ! » mais en réalité il ne s'agit que d'un prix Emmy pour un programme de télévision

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Un verre de vin chilien et quelques bouchées de pâté de foie gras avant de partir dîner

L’ami nous a ouvert une bouteille d’un chardonnay chilien Puerto viejo de la Vallée de Curicó qui n’était pas mauvais (et ici je dis bravo aux Chiliens pour l’élection hier de Michelle Bachelet) et ensuite on est remonté dans sa petite voiture, une vieille Golf, pour aller dîner dans un restaurant « djeune » du coin, Painters.

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Dans le restaurant Painters

Bruyant, pas mal de monde autour du bar et dans les salles de billard, on y a assez bien mangé et c'était marrant de pouvoir regarder les indigènes dans leur habitat natif.

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Quelques exemples de la faune locale

Samedi matin on est tous resté au lit (pour récupérer) jusqu’à très tard. On a fait cuire le bacon dans le micro-ondes (moins de salissures de graisse un peu partout mais aussi moins savoureux, à mon avis). Ensuite notre ami nous a balancés de nouveau dans la voiture car il voulait passer chez Costco, un de ces énormes entrepôts de vente à bas prix qu’on ne connaît pas à Manhattan. N’aimant pas trop ce genre de magasins, je me suis laissé à prospecter la foule pour découvrir de « charmants jeunes pères » à poussettes d’enfants — malheureusement il n’y en avait pas beaucoup !

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Dans le parking du Costco — il y avait du monde pusiqu'il faisait un temps plutôt gris — mieux vaut aller faire du shopping que de rester à la maison devant la télé, je suppose

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C'est énorme, ce magasin ! On reste ébloui devant les postes de télévision à écran plat

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Ici on est dans le secteur « épicerie »

J’ai acheté des cerises importées du Chili (pas excellentes mais mieux que rien) et l’ami a trouvé du crabe pour notre repas du soir. L’invité au dîner est arrivé vers 19h30 — c’était un homme d’affaires retraité dont le partenaire, steward chez les American Airlines sur les lignes des Caraïbes, est resté à St-Jean.

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Table des amuse-gueule samedi soir

Ils partent cette semaine pour des vacances en Costa Rica, où ils se logeront à un hôtel sur la côte Pacifique du pays — cette société hôtelière gaie a deux autres établissements, à Key-Ouest (l’hôtel mère) et à Paris, naturellement dans le Marais. Il nous a dit qu’il n’y avait en effet rien à faire là-bas (une fois la forêt tropicale visitée) à part se reposer sur la plage à lire et à se baigner dans l’eau limpide qui a une température d’environ 28º.

Samedi soir il a commencé à neiger, accompagné d’un vent assez fort qui agitait les arbres. Une véritable tempête, quoi ! Accompagnée d’une baisse subite de la température ! On avait froid dans notre petite chambre à coucher aux fenêtres battues par le vent.

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Le garage dans la neige

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La neige vue de la porte principale de la maison

Dimanche matin, rien de spécial — un peu d’Internet (l’ami a le sans-fil à haut débit chez lui, youpi !) Je fais le café, on passe des heures à fouiller dans les bases de données de services de rencontres gais — l’ami cherche un copain — mais c'est dommange, il y a peu de gens dans les listes qui habitent l’Île Longue. Le copain fait les croissants dont il a commencé à préparer la pâte hier soir et on les a mangés avec de la confiture de mûres maison. Vers 14 heures on a quitté la maison pour nous rendre à la gare de Patchogue, où l’on a pris le train de 14.31 pour la gare de Pennsylvanie.

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Vue de la banlieue de l'île Longue prise du 1er étage d'un wagon du chemin de fer de l'île Longue

On était tous les deux contents d’être chez soi, où l’on a commandé du chinois et on a regardé d’abord le dernier épisode de « Battlestar Galactica » et ensuite le dvd « The Nomi Song » sur le chanteur allemand Klaus Nomi qui a fait carrière à New-York au début des années 80 avant qu’il ne meure du sida. Le film n’est pas parfait, mais il présente une petite partie de cette vie d’avant-garde née à New-York.

Aujourd’hui, c’est la fête de Martin Luther King. Le gymnase était rempli. Mon entraîneur (noir) m’a dit qu’il pensait que MLK serait fier de lui.

janvier 14, 2006

Isla Longa

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Dans la gare du chemin de fer de l'Île Longue aux heures de pointe vendredi soir

Tout comme les personnages suédois du drame musical de Stephen Sondheim « A Little Night Music » on est en train de passer un « weekend in the country » — sauf qu'il ne s’agit pas pour nous d’une maison de campagne hors de Stockholm. C’est vers l’Île Longue que le copain et moi nous nous sommes dirigés pour échapper au vacarme de la métropole, plus précisément, vers la jolie maison d’un ami qui habite le hameau de Brookhaven.

janvier 13, 2006

In re magnitudinis

Flash info ! Explication de francophobie insolite chez les Amerloques : les Français sont les mieux montés du monde ! (Les bonnes manières m'empêchent d'en parler plus, évidemment.)

De pignoribus

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Au restaurant Bandol, où l'on a mangé hier soir avec des amis — j'ai essayé d'être discret mais certains m'ont remarqué quand même

Je me trouvais sous la douche (on en a une excellente dans cet appartement, avec une pression d’eau délicieusement forte et un flot ininterrompu d’eau chaude, rien que ça et l’on est aux anges !) où je fais souvent mes méditations les plus profondes. Je réfléchissais en effet aux pouvoirs que nous, les citoyens de ce pays, confions à des institutions comme la Cour suprême. Cela explique évidemment pourquoi la sélection d’un nouveau juge est d’une importance pratique pour la poursuite du bonheur qu’on est censé avoir le droit fondamental de mener ici. Mais si le peuple un jour décide à retirer son autorisation à de tells institutions gouvernementales — à ce moment-là, « all bets are off ». (Certains traduisent cette expression prise du monde des jeux de hasard par « rien ne va plus » mais à mon avis, « all bets are off » indiquerait la disparition totale d’une base sur laquelle on pourrait deviner les résultats, tandis que « rien ne va plus » me suggère plutôt une cessation immédiate de paris vu de nouvelles circonstances, mais bon, je me trompe peut-être.) Cela fait plus d’un siècle que l’état américain, représenté par ses institutions, ait été confronté à une telle crise de refus ou de rejet. Le Sud confédéré a donc rejeté l’autorité du gouvernement fédéral à partir de 1861. Le Nord fédéral a répondu par la force militaire. La guerre a duré jusqu’en 1865, avec plus de 200 000 morts dans les champs de bataille et presque 300 000 morts causés par d’autres raisons de guerre. Mais aujourd’hui, tout cela, c’est de l’histoire ancienne. Il n’est plus question de sécession de l’Union afin de défendre la pratique de l’esclavage ou un mode de vie particulier. Mais je me demande s’il viendra jamais un moment où le peuple américain — ou une partie considérable — décidera que la Cour suprême ait été tellement politisée par la sélection partisane de juges comme M. Alito (ou comme MM Thomas et Scalia) qu’on ne serait plus obligé à suivre leurs décisions. Il y a eu un de ces moments, à mon avis, lors de la décision prise par la Cour suprême sur le scrutin présidentiel en 2000 — si Gore avait refusé la décision de la Cour, à ce moment-là, « all bets would have been off », et sur tous les plans — politiques, financiers, personnels. Gore a décidé à ne pas provoquer une telle crise foncière, dont personne ne pouvait deviner l’issue. Mais cela ne veut pas dire qu’un moment semblable ne reviendra jamais. La loi, après tout, n’est qu’une convention, agréée plus ou moins volontairement par ceux qui la subissent — jusqu’à ce qu’ils la rejettent, comme dans la Révolution française. Mais le seuil de la « révolution » est bien plus haut ici qu’il ne l’était en France en 1789. Comment est-ce qu’on va nous payer nos pensions ? Nos actions, seront-elles toujours convertibles ? La télé, elle fonctionnera comme avant ? Il n’y aura pas de nouvelle révolution américaine sans de très bonnes réponses à ces questions-là. (Ou, dans mon cas particulier, y aura-t-il toujours la possibilité de prendre de longues douches métaphysico-politiques ? Si non, je suis contre !)

janvier 12, 2006

Margaritæ

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Peu de monde dans la rue Perry

L’expression plaisante « clutch your pearls » fait partie d’un argot largement gai qui signifie plus ou moins « réagir avec un outrage un peu exagéré » . Elle est reprise et remaniée dans ce titre spirituel « No Pearls Left Unclutched », (référence sarcastique au nom de la politique bushienne « No child left behind ») où elle est la réaction moqueuse d’un commentateur à un billet du carnet Firedoglake sur Mme Alito, femme du juge candidat à la Cour suprême, qui s’est sauvée de la salle d’audience hier après-midi en larmes. La droite bêle « méchanceté démocrate ! », bien que Mme Alito, qui, un peu curieusement, ne se sert pas du nom de son mari — serait-elle une féministe dans le placard ? — ait quitté la salle pendant une harangue du sénateur républicain Lindsay Graham (le préparateur d’audience, en l’occurrence, de son mari) . La gauche crie la « fraude théâtrale ». Ceci me rappelle la réprimande fréquente de ma mère à nous, ses enfants, quand on se plaignait de quelque chose trop bruyamment ou, du moins à notre avis, avec le drame qu’il fallait,— « Stop being such a Sarah Bernhardt ! » nous dirait-elle avec un grand soupir d’impatience. (C’est quand même impressionnant que la mémoire de cette grande actrice française (1844-1923) reste ainsi dans la langue populaire d’un pays étranger.) Mme Alito est-elle une nouvelle Bernhardt ? Je n’en sais rien. Mais il y a un autre cliché qui m’est venu à l’esprit en apprenant la nouvelle de la scène qu’elle a faite : « If you can’t stand the heat, get out of the kitchen. »

janvier 11, 2006

Inter cenam

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« Big Dick » Cheney et « Rummy » Rumsfeld s’affairent hier soir autour de la base d’un lampadaire dans la place Jackson

Dimanche soir, après la dernière représentation d’un spectacle communautaire créé pour la fête des Rois (un curieux retour en arrière au Moyen Âge anglais, où l’on présentait des farces — la pièce comique de Shakespeare Twelfth Night, or What You Will (La nuit des rois) a eu sa première à la fête de Candlemas, la bénédiction des bougies et la dernière fête de la saison de Noël, le 2 février 1601 — et où l’on met sur scène une multitude de cabotins locaux, adultes, ados et enfants, à faire des tours pas très remarquables, à chanter pas tellement bien des chansons incompréhensibles, à faire de la danse dite moderne dans des costumes reconstitués de chiffons, et ainsi de suite), on est rentré chez nos hôtes pour partager un repas avant de partir pour New-York. Il y a eu à boire, naturellement — des apéritifs de champagne, de gin et de whisky ont été offerts et, pendant le dîner, un rouge espagnol à gogo. La conversation s’est fixée sur la guerre en Irak, à la suite d’une remarque faite à propos de cet article dans le Washington Post que j’avais lié il y a quelques jours. Quatre des six convives l’avaient lu sur Internet (évidence de l'importance toujours croissante de ce médium). L’un des deux qui ne l’ont pas lu s’est prononcé contre ce genre d’articles « défaitistes » où les parents de soldats tués font leur deuil en blâmant en public les hommes politiques. « Dans toute guerre il y aura des morts, des soldats tués, et l’on ne devrait pas dire que ces morts étaient futiles. » « Dans une guerre sans raison valide, il n’y aura que des morts futiles » je lui ai répondu, à l’assentiment de la maîtresse de maison assise à ma droite. « C’est une guerre, je suis d’accord avec toi, que nous n’aurions pas dû entreprendre » il m’a répondu. « Mais, une fois la décision prise — pour le bien ou pour le mal — il faut s’y tenir jusqu’à la victoire. » « Mais quelle victoire attendons-nous ? Une nouvelle démocratie irakienne ? Une dictature chi’ite et un état quasi indépendant au Kurdistan ? » Une femme un peu saoûle déclare avec force : « On devrait quitter l’Irak tout de suite. C’est comme au Viêt-Nam. » L’invité à sa gauche, amateur d’histoire militaire, s’écrie « Mais vous vous trompez, M—, cela n’a rien à voir avec ce qui s’est passé au Viêt-Nam. On savait parfaitement bien à qui on allait « rendre les clefs » (« hand over the keys » est une expression qu’on croise de plus en plus dans un contexte politique) — c’étaient les Nord-Viêtnamiens. » J’ai réfléchi un instant. « Mais, ce n’est pas tout à fait juste » j’ai dit. « Nous avions déjà installé notre fantoche (en l’occurrence Nguyen Van Thieu) à la présidence du Viêt-Nam du Sud et c’est à ce gouvernement-là (en fait, au général Duong Van Minh Tran, nommé président après la fuite de Thieu en 1975 vers Taïwan avec 17 tonnes d'or volé et la démission, une semaine après, de l'ancien vice-président Tran Van Huong) qu’on a rendu les clefs, non pas aux Nord-Viêtnamiens. Et l’on ferait de même en Irak, s’il fallait. Quand on décide de partir, on va constituer un gouvernement avec, à la tête, un type comme ce sacré Ahmed Chalabi et on lui dira « Bye-bye and good luck. Freedom, freedom, freedom ! » en lui rendant les clefs. Deux jours après, il y aura la guerre civile. » « Si l’on avait assez de troupes… avec 500.000 soldats, il n’y aurait plus d’histoires d’insurgés. » La maîtresse de maison : « Mais on ne les a pas, ces troupes. Il va falloir passer à la conscription. » Le maître de maison, diplômé de Harvard, a ri : « Ah, si tu commences à prendre tous les enfants de la bonne bourgeoisie à Harvard et à Yale, ça va gueuler vite et fort dans la banlieue aisée ! » « Et alors, » a ajouté l’historien militaire, lui-même diplômé de Yale, « il ne sera surtout plus question d’équipement militaire inadéquat pour ces chéris-là ! » Tout le monde était d’accord qu’on ne devrait pas poursuivre que des soldats pour les crimes commis contre les Irakiens, qu’il s’agissait en toute probabilité d’actes autorisés par l’état-major. « L’un de mes rêves » j’ai dit, « c’est de voir ce salaud Cheney sur le banc des accusés au tribunal de La Haye, ne fut-ce que pour voir sa tête. » On a parlé un peu du dernier procès d’Enron, qu’on attend tous avec impatience, mais le sujet s’est retourné à la guerre en Irak. « Après ce qu’on y a fait, on n’a pas le droit de quitter le pays. Même s’il nous faut dix ans d’occupation militaire pour établir un Irak acceptable, on doit rester. » « Mais c’est quoi, un Irak « acceptable » ? » on lui a demandé. Et puis, « si vous étiez président, qu’est-ce que vous feriez maintenant en Irak ? » Personne n’a dit mot. On ne sourait pas.

Un café noir et l’on était bientôt en route pour la métropole.

janvier 10, 2006

Inania americana

C’est un poncif du système politique américain de déclarer que les trois branches du gouvernement, l’exécutif, le législatif et le judiciaire, se contrebalancent dans l’exercice de leurs pouvoirs respectifs. Il s’agit bien sûr du célèbre système des « checks and balances » — les freins et les contrepoids — qui a été établi par les fondateurs de la République, qui, eux, ont connu la « dictature » royale. Mais les circonstances changent pour des raisons qui ne sont pas toujours claires au moment de la transformation. Par exemple, peut-on suggérer que l’ « embourgeoisement » massif de la population américaine à la suite de la Deuxième Guerre mondiale ait profondément transformé les expectations matérielles, et donc politiques, de cette nouvelle classe dominante ? L’éclatement social qu’a connu ce pays dans les années 60 — l’opposition publique massive aux politiques du gouvernement (chose jusqu’ici à peine concevable), l’arrivée sur la scène, souvent de manière choquante à la grande majorité, de nouvelles idéologies du sexe (féminisme, droits des homosexuel(le)s) grâce au nombre impressionnant de « baby-boomers » nés après la guerre et alors dans une adolescence des plus efflorescentes, et une confusion de ces mêmes idéologies à une acceptation permissive de la drogue — a déclenché ce qu’on appelle toujours la « guerre culturelle » dont la poursuite aveugle continue de nos jours avec de petites escarmouches telles l’ annulation de séances du film Brokeback Mountain dans un cinéma d’Utah par le propriétaire mormon et avec de grands débats nationaux sur la protection constitutionnelle du droit à l’avortement qui déroulent cette semaine devant le Comité judiciaire du Sénat chargé d’approuver la nomination du juge Alito à la Cour suprême. (Une phrase m’a frappé hier dans la déclaration d’ouverture de M. Alito, qui a fait ses études à l’université prestigieuse de Princeton — « It was a time of turmoil at colleges and universities. And I saw some very smart people and very privileged people behaving irresponsibly. And I couldn't help making a contrast between some of the worst of what I saw on the campus and the good sense and the decency of the people back in my own community. » Quoi ? « Very privileged people behaving irresponsibly » ? Le petit-bourgeois Alito n’approuvait pas la « bouffonnerie » politique de ceux qui cherchaient à mettre en question les privilèges de leur classe — une classe qu’Alito enviait, évidemment, et à laquelle il cherchait à monter. Le carnetier politique Digby l’a remarqué aussi et note, avec raison je trouve, que « like so many campus conservatives of that era, he [Alito] sounds like he's still carrying around a boatload of resentment toward them. » La rancune fondamentale, voilà un bien beau trait pour un juge de dernier appel.)

Il est possible, je crois, que le pays ne s’intéresse plus à une disposition gouvernementale vraiment démocratique s’il était question de perturber la prospérité facile (et combien temporaire ou illusoire, on se demande toujours) d’une certaine classe de « grands commerçants » telle les chefs (républicains) de sociétés qui fournissent l’Armée en matériel de guerre ou les vendeurs de pétrole. Tant que la Bourse monte (l’indice Dow Jones est arrivé hier à un niveau supérieur à celui qu’il a connu le 11 septembre 2001) et une baisse (pour combien de temps ?) du prix de pétrole, on voudra bien se taire peut-être sur les histoires d’écoutes illégales, de pouvoirs exécutifs illimités, d’un Congrès avachi et impuissant, d’une justice bourrée de partisans réactionnaires. De toute façon, la plupart des Américains n’aiment pas le conflit, politique ou social ou n’importe— ils préfèrent de loin la bonne entente, la convivialité, le consensus. Ceux qui se plaignent trop ou soulèvent trop de disputes sont des fauteurs de troubles. Les grands médias, dont la plupart font partie de grandes entreprises multinationales n’ont aucun intérêt à mettre en péril la valeur de leurs actions en perturbant soit un public craintif soit une administration toujours vindicative par des informations embarrassantes (les écoutes illégales, par exemple, que le New York Times a gardées en secret pendant un an, ou les mémorandums de la rue Downing, dont la presse américaine a eu trop peur d'en tirer les conclusions inévitables).

C’est donc en toute probabilité la paresse, la bonne volonté mal placée, l’incompréhension d’un système de parrainage et de collusion politique, commerciale et opportuniste (manifestation mise à jour du célèbre complexe militaro-industriel décrié en 1961 par le président Eisenhower) devenus trop complexe pour être saisi par les non-initiés, une aversion au conflit, qui vont terrasser la démocratie américaine. Je viens de lire un extrait, lié par Andy Tobias, (chez qui l’on trouve des tas de choses intéressantes), d’une conversation avec le commentateur politique Lance deHaven-Smith de Floride, intitulé La Floride : champ de bataille. Il note que : « Unfortunately, the history of democracy is that leadership philosophy is eroded as the competition between elites becomes more intense. That’s what happened with Athenian democracy; that’s what happened in the Roman Republic. So you look at our system today; you see our elites doing it, and you know we’re in big trouble. It’s in my lifetime that this has happened, that elites have begun to put winning ahead everything else, ahead of truth and country. » Gagner, c’est tout, c’est la seule chose qui compte, il faut écraser l’autre. Voici l’utilité des « signing statements », ou déclarations à la signature (comme celle-ci, ajoutée en fin décembre à l’amendement dit McCain sur la torture de détenus par les forces américaines), où l’exécutif n’a plus besoin de suivre la loi, puisqu’il s’est attribué le droit de « l’interpréter » comme il le veut. On l’a d'abord appelé le « Boy King » par plaisanterie. On avait tort. Il l’est, effectivement. C’est Nixon qui l’a le premier é articulé, quand il a dit en 1974 à l’interviewer David Frost « Well, when the president does it that means that it is not illegal. » Et voilà — plus de freins, plus de contrepoids.

Mais les réalités « extérieures » ne tarderont pas, je le crois, à se faire sentir, même chez une administration aussi isolée de la réalité « réelle » (à l’opposé de la réalité « nominale » qui lui avait convaincu, par exemple, qu’on allait nous saluer avec des fleurs dans les rues de Bagdad). Une Chine montante, une Arabie saoudite en rébellion, un Israël préemptif. Un nouvel attentat terroriste (islamiste seulement, les terroristes locaux ne comptent pour rien) aux États-Unis (on sait très bien à qui cela serait le plus utile, pour de nombreuses raisons).

Ce n’est qu’avec le recul bien sûr qu’on va pouvoir déterminer l’heure précise de la disparition de la démocratie américaine, ou de sa survie éventuelle. C’est avec une fascination presque morbide qu’on suit les évènements politiques actuels, en se demandant toujours où cela va nous mener finalement. Je suis en train de suivre à la radio l’audience de nomination du juge Alito au Sénat — comme beaucoup, je ne l’aime pas, mais j’ai peu de doute sur sa confirmation, les votes sont là, et les démocrates, pour des raisons que je ne comprends pas, refusent d’empêcher, par moyen d’un « filibuster », cette candidature. (Alito est en train de nier son appartenance à un groupe de droite contre l’entrée de femmes et de gens de couleur et de cultures différentes (« minorities ») à l’université de Princeton. Le sénateur Leahy n’est pas content.)

Je m'excuse de cette longue rumination sur ce qui se passe dans la politique ici (et je n'ai même pas parlé de l'affaire Abramoff !). Ça doit être très ennuyeux pour ceux qui n'habitent pas aux États-Unis — mais ça pèse sur tout.

Mise à jour: Est-ce qu'il s'agit ici du sort de la démocratie américaine ?

janvier 07, 2006

Venditores

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Ça vaut combien, une vue ?

Zut ! Je n’ai toujours pas l’agenda Quo Vadis Prestige Ministre Archevêque Demi-Dieu Je-Ne-Sais-Plus-Quoi 2006 sur papier vélin hypoallergénique que j’ai commandé par Internet de la Librairie Gallimard à Montréal le 9 décembre de l’an dernier. D’abord, le modèle que j’avais choisi n’était plus en stock — un courriel de Montréal m’a donc demandé si je voulais bien bien ajouter quelques dollars au total pour couvrir le coût d’un agenda similaire, mais tout de même infiniment supérieur. J’ai dit oui. On m’a alors signalé que l’agenda avait été expédié par Postes Canada le 23 décembre et qu’il se trouvait à « l’établissement de tri » à cette même date. Depuis, aucun signe de mouvement vers le sud, et l’utilité de l’agenda diminue en raison des jours que je ne l’ai pas.

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La maisonnette bâtie, je crois, par la Française qui avait vendu la propriété à ma mère

L’année dernière, pourtant, il n’y a pas eu de problème — on m’a fait venir un agenda de Montréal en trois jours. Est-il possible que je me trouve sur une liste de gens « d’intérêt » dressée par les petits génies du Ministère de la Sécurité de la Patrie (un nom qui, par lui-même, semble volé du roman 1984 d’Orwell) et que c’est pour cela qu’on ne me laisse pas avoir mon agenda à temps ? Suis-je parano ? On ne sait jamais. Il y a toujours la bêtise insondable de certains employés de la Poste américaine qui pourrait être à l’origine de la non-apparition de mon colis du Québec.

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Le jardin en hiver

On est parti pour la campagne hier soir — une heure d’embouteillage sur l’autoroute F D R qui longe le côté oriental de l’île de Manhattan à cause d’un accident. Il faisait plutôt froid dans la maison lorsque nous sommes arrivés — le copain a tout de suite allumé tous les radiateurs dans notre chambre au 2e, ainsi que la couverture chauffante sur le grand lit dans lequel il s’est vite enfoui, la télécommande à la main. Battlestar Galactica !

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La nudité de ce grand arbre (qui n'est pas un cèdre, évidemment) m'a frappé

Ce matin il est parti faire une longue course de 15 miles en préparation pour Miami, tandis que moi j’ai dû accueillir l’estimateur qui allait évaluer la maison de ma mère pour les impôts. Il était assez sympa, sa fille part lundi pour Aix, où elle va faire un stage à l’université.

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Sur un mur chez ma mère

Je suis allé au village déposer quelques documents chez l’avocat (son bureau est fermé le week-end, mais j’ai poussé les enveloppes à travers la fente à lettres), passer au bureau des pompes funèbres pour signer des papiers autorisant le « désurnement » des cendres de mon père du cimetière à Atlanta pour les faire venir à Rhode-Island (et il ne faut pas oublier un chèque de 250 $ pour ce service), et chercher des sandwichs avant d’accueillir deux agents immobiliers qui sont venus examiner la maison et la propriété en vue d’une mise en vente au printemps.

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Une rue typique à Westerly, vue du parking du bureau de l'avocat, dont le bureau se trouve au rez-de-chaussée d'une maison semblable à celles qu'on voit ici

Ce soir on sort avec l’amie du copain qui a quatre-vingt-neuf ans — elle est charmante et elle adore le copain.

janvier 04, 2006

De porculis agilissimis

Je ne suis pas trop fan du genre téléréalité, mais ce sont quand même les Japonais qui le font le mieux, comme on verra dans cette vidéo complètement dingue et assurément NSFW (« dangereux au boulot » ?). Cela nous fait voir un Japon, très différent de celui qu’on voit dans les photos élégantes et poétiques, que j’espère que le photographe M. de La Grange, de nouveau arrivé au pays du soleil levant, ou le Dr Dave, tokyote de long séjour, nous expliqueront un jour.

On est allé voir Le Monde de Narnia dimanche dernier — je ne l’ai pas aimé, le copain l’a trouvé moyen. Moi je souhaitais pendant tout le film que la sorcière blanche tue les quatre enfants que je trouvais tout à fait désagréables, insupportables. Hélas, j’avais déjà lu les livres de C S Lewis, donc je savais bien qu’on n’allait pas m’accorder mon vœu. La sorcière, jouée par l’admirable actrice anglaise Tilde Swinton, est délicieusement glaciale et méchante, et son maquillage est brillant. Un chouia d’art dans une confection Disney faite en comité, vide d’originalité et de charme. Mais ça gagne de l’argent, c’est sûr.

On vient de m’envoyer un courriel annonçant un nouveau site web : Idées de France, qui existe en français et en anglais. Bon, c’est de la « propagande douce » profrançaise, et c’est parrainé par le Quai d’Orsay, mais je n’y vois pas trop de mal. Selon l’auteur du courriel, « Le site à (sic) la volonté de diffuser un contenu susceptible d’informer et de faire comprendre l’actualité des grands débats français, mais aussi d’animer une communauté internationale francophone ou francophile autour de ces débats. Le site porte d’ailleurs une attention toute particulière à mettre en avant le plus possible d’acteurs contemporains de la pensée française. » Moi, je veux bien. Et les Français, qu’en pensez-vous ?

Sharon est dans l'hôpital. Va-t-il mourir ? Qui prendra alors les rênes de l'état ? On n'apprécie pas l'instabilité dans ce coin-là.

janvier 03, 2006

Febris

Je m’excuse d'avance mais un rhume qui ne me quitte pas, un soupçon de fièvre, et un temps infect suspect (ou pas, mais de toute façon, pas de photos d'extérieurs) me laissent sans assez d’énergie pour publier un billet plus correct. Mais l’affaire Abramoff titille tous les médias (et moi-même), on nous révèle que la NSA avait commencé, sans aucune légalité même présidentielle, les écoutes secrètes quelques semaines après le 9 septembre 2001, le représentant Murtha, lourd de médailles de guerre, dit que Bush n’aurait jamais dû commencer la guerre en Irak, et l'on semble se préparer pour une nouvelle intervention militaire en Iran. Youpi !

Une vie — gaspillée, c'est le titre d'une condamnation aussi catégorique que touchante de la politique actuelle de l’administration en Irak qui a été écrite par un père dont le fils a été tué en Irak et qui est parue dans le Washington Post de ce matin. À ne pas manquer.

Et pour terminer, voici un nouveau carnet d’expatrié à suivre : And I am unanimous in that ! (phrase clé d’un personnage de la série comique britannique Are You Being Served ?). C’est rédigé par un jeune Américain gai de Chicago qui vient de s’installer, avec son copain, dans la capitale française. « Au Revoir, Etats Unis. I love you, but it didn't work out » a-t-il écrit dans ce billet d’octobre dernier. Ils ont trouvé un bel appartement dans la rue de Rivoli (oui, oui, je suis jaloux) et lui il cherche à améliorer son français afin de pouvoir sortir le plus tôt possible de sa « boule anglophone ». Bon courage, Mizez Slocombe !

janvier 01, 2006

Postridie

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Un reste de réveillon dans la 4e rue ouest

Hébé, j’ai succombé aux pressions et j’ai finalement couru la petite course de quatre miles qui a commencé à minuit au milieu du Parc central sous les éclatements de feux d’artifice. J’ai très tôt repoussé l’ami ex-Marine qui avait commencé la course à mes côtés — je suis trop lent et j’avais surtout voulu garder la vitesse qui me convenait le long du parcours à travers les collines et des vallons du Parc central. Le plus énervant pour moi, c’était tous ces jeunes athlétiques, hommes et femmes aux allures de mannequins de chez Abercrombie, qui s’amusaient à courir à l’envers tout en bavardant sur leurs portables tandis que moi je me concentrais comme un vieillard qui craint tomber sur le bitume sous mes chaussures et sur les marcheurs qui, à deux et à trois et quelquefois à plus, bloquaient souvent la piste. Le copain a couru avec un ami à nous qui est plutôt coureur expert, mais je crois que je préfère courir solo. On est rentré à l’appartement vers 2 heures du matin, une douche et au lit !

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À 11h30, ça dort toujours au Village, dans la 4e rue ouest à l'angle de la rue Charles

Comme je sais qu’il me manque de la discipline en toutes choses, je me suis efforcé d’aller au gymnase. J’ai honte de l’avouer, mais je n’ai jamais lu Don Quichotte. Donc une des résolutions prises dans ce début d’année est de lire ce chef d’œuvre de la littérature espagnole. Je l’ai commencé avant-hier et je compte lire de nouveaux chapitres aujourd’hui.

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Ce n'est guère plus rempli dans la 7e avenue

« Un silence étourdissant » est le titre d’un nouvel article paru ce matin par le médiateur du New York Times à propos des révélations sur les écoutes faites par la NSA — la rédaction du journal, ainsi que son propriétaire, ont refusé à répondre aux questions posées par le médiateur sur les « lacunes » d’informations dans l’article paru dans l’édition du 16 décembre 2005. Comme je l’ai déjà noté, le ministère de la Justice vient d’ouvrir une enquête sur la fuite qui a mené à cet article. Cela va poser des problèmes à l’Administration, qui craint, je crois, la réaction éventuelle du public sur de nouvelles révélations sur ces écoutes d’une légalité plus que douteuse.

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Peu de monde au gym à midi

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Pourquoi voulez-vous espionner les citoyens américains qui n'ont rien fait d'illégal ?

Voici une nouvelle affiche présentée par le Propaganda Remix Project que j’ai trouvé chez Firedoglake, qui est, à mon humble avis, un carnet politique des plus perspicaces et que je visite maintenant tous les jours.