Pour ne pas paraître un théoricien de la conspiration toquée, on se pose la question un peu en douce : qu’avez-vous pensé des vidéos de l’attaque du Pentagon ? Qu’avez-vous vu ? Hmm, moi non plus. Mais ça ne vaut pas la peine d’insister.

Juste avant l'orage, en traversant la 6e avenue pour aller chercher du papier imprimante
Les manœuvres légales et politiques de l’administration Bush pour se protéger contre toute investigation de leurs actions dans l’affaire des écoutes « de légalité douteuse » et dans les cas de « transfèrement exceptionnel », et la lâche réaction des Démocrates, sont finalement épuisantes. Les Bushistes crient « raison d’état » devant tout ce qui pourrait révéler leurs crimes et comme ils dominent tous les trois éléments du gouvernement, il n’y a personne à les obliger à dire la vérité. En dépit des déclarations de Bush, personne non plus ne croit trop à un changement profond de la situation en Irak à la suite de la nomination d’un nouveau gouvernement « irakien ».
On est allé avec l’ami galeriste tester un nouveau restaurant de quartier la semaine dernière. Il s’appelle le Café La Palette et la cuisine est en principe franco-brésilienne mais en fait c’est plutôt brésilien tout court. Ils ont une petite terrasse ouverte en arrière de la salle principale avec des tables et des chaises en métal.

En arrière du restaurant franco-brésilien La Palette au Village, avec notre serveur charmant Paolo en bas à droite
Il y avait un jeune serveur brésilien tout musclé et adorable au nom de Paulo avec qui l’ami galeriste a flirté sans honte mais avec beaucoup d’esprit. Selon lui, la terrasse lui rappelait les petits restaux du Village de sa jeunesse — sans prétention culinaire ou décorative, qui se trouvaient dans de simples immeubles de deux ou trois étages.

On voit de la terrasse le derrière d'un immeuble résidentiel de la 11e rue ouest
Le copain et moi, nous sommes allés, accompagnés par l’amie marchande de l’art, à la campagne où il a fait beau pour la première fois dans de longues semaines.

Une explosion de couleur chez ma mère — les azélées en fleur, plantes que l'amie écrivain (qui est aussi grande jardinière) trouve « affreusement vulgaires »
Samedi j’ai conduit l’amie marchande de l’art chez un artiste de sa connaissance qui avait déménagé de Tribeca il y a deux ans pour s’installer avec sa femme et ses trois enfants dans une très jolie maison au bord de la mer juste au nord de Newport, dans le Rhode-Island. Il est toujours intéressant de voir une carrière artistique qui a réussi — le sort d’un artiste est si imprévisible, et si influencé par des milliers de petites décisions dont on ne peut pas connaître à l'avance la portée future.

Un côté de la maison de l'artiste
Après nous avoir accueillis dans sa grande maison il s’est un peu excusé d’avoir quitté New-York, où la famille avait habité à quelques pas du World Trade Center. Ses enfants vont à l’école (trois écoles privées différentes, en fait) à Providence et il garde toujours l’atelier à Tribeca. Il nous a fait monter au grenier, qu’il venait d’aménager en atelier de peinture, plein de tableaux d’affichage couverts d’images copiées, dessinées, photographiées, qui lui servent de « corbeille à thèmes » — un des tableaux est couvert d’images de nuages, un autre est plein d’images de profils humains et géologiques, et cetera. Il nous a enfin montré une étude de tableau qu’il fallait remettre à son marchand de tableaux le mardi suivant — le marchand l’exposera à l’Exposition d’art de Bâle qui commence, je crois, le 14 juin. L’artiste prépare en ce moment une exposition qui aura lieu à Londres en automne 2007 pour laquelle il faut sept ou huit « grands tableaux » (la taille de ses tableaux est souvent assez grande — son tableau célèbre, Le Triomphe de l’école de New-York (1984), mesure182,8 cm x 304,8 cm) qui seront vendus à des prix « élevés », c’est-à-dire dans les millions de dollars chacun. Souvent les artistes n’arrivent pas à s’exprimer sur ce qu’ils font, mais cet artiste-ci était à la fois modeste, un peu timide, et intellectuellement agile (ce mélange aussi rare qu’agréable, c’est peut-être là une des raisons de sa réussite ?) et il nous a offert une explication esthétique et politique (déformations logiques soutenues par Bush et cie, par exemple) de son nouveau tableau.

L'entrée au restaurant Boom à la marina, avec un énorme bateau à vendre à droite
De retour chez nous, on est allé dîner avec un charmant vieil homme, genre aristo déchu qui n’éprouve pourtant aucune rancune pour son déclin matériel, qui nous a parlé de Venise dont il s’est engoué tout récemment et de son ancienne loge de francs-maçons new-yorkais St John’s, qui date de l’époque coloniale ! Il a peur qu’on lui retire son permis de conduire (« C’est ça que les vieillards craignent le plus, vous savez — c’est de ne plus pouvoir conduire — ce qui veut dire qu’on est bloqué chez soi. »)

Une ancienne maison villageoise en bois peint
Dimanche matin il nous a fallu nous lever très tôt parce que l’agente immobilière allait faire visiter la maison à huit heures du matin ! Le copain est allé courir tandis que l’amie marchande de tableaux et moi, nous avons préféré lire les journaux de dimanche (l’amie adore le New York Post, que je ne peux pas sentir, mais bon…) dans un café en mangeant un petit déjeuner correct. Plus tard je suis allé au gymnase où j’ai croisé pour la deuxième fois Apollon déguisé en marine tatouée — un corps à couper le souffle, et à faire baver David Geffen (grand amateur de garçons sensibles payés à l'heure) et les autres chefs de la soi-disant mafia de velours — avant d’aller déjeuner avec notre coterie habituelle de douairières du village. Il nous a fallu faire un tour de quelques minutes à une fête d’anniversaire d’une amie restauratrice qui avait lieu dans un ancien hangar d’aéroport transformé en vignoble (non, je ne le comprends pas non plus) avant de rentrer à New-York par un temps de tempête.

Piste d'atterrissage transformée en vignoble sous un ciel orageux

On prépare le buffet

En plat principal, on nous offre des hambourgeois, des francfortois, et du rosbif

Les musiciens préparent à jouer mais on n'a pas pu rester
Aujourd’hui j’attends les contrats de vente de l’agente immobilière (typiquement, on a deux offres au même prix depuis ce matin) — il a été toute une histoire hier soir pour trouver le fil téléphonique correct derrière la bibliothèque dans mon bureau bordélique pour pouvoir reconnecter le fax — j’ai rendez-vous à midi et demi avec un autre carnetier new-yorkais et plus tard je prends un café avec la fille d’un ancien patron devenu ami qui cherche à « mieux connaître » son père, qui est mort il y a huit ans. Ça me pose pas mal de problèmes en effet. Jésus a dit : « La vérité vous libéra » (Jean 8:32) auquel un président américain a ajouté : « but first it will make you miserable. ». Son père n’était pas, comment dirai-je, « conventionnel » dans pas mal de domaines. Quelqu’un vient de lui en parler et maintenant elle cherche à en savoir plus sur « ce qu’était vraiment mon père. » L’amie marchande de tableaux me conseille le mensonge. « Denial is always the healthiest way » dit-elle. « Le déni, c’est toujours le plus sain ». Moi, personnellement, je ne sais pas — je l’aime bien, la fille (qui d’ailleurs est une actrice adulte) que je connais depuis des années — mais sa mère fait semblant, d’après ce qu’elle m’avait dit au téléphone, de ne rien savoir, ignorance que j’ai du mal à avaler. Voici un exemple tiré de ma vie à moi : mon père avait tenu un journal qu’une de mes sœurs a découvert après sa mort dans un tiroir dans son bureau à la clinique. En le feuilletant, elle a appris qu’il était tombé amoureux d’une jeune femme dont le nom était codé. Il n’est pas certain, d’après ce qu’a lu ma sœur, que cette affaire soit allée jusqu’à l’expression physique. De toute façon, elle a remis ce journal à ma mère qui, elle, l’a détruit sur-le-champ. Pas question pour elle de garder des témoignages personnels d’une vie vécue par son mari, notre père. Cette décision de ma sœur m’avait agacé plus que l’action de ma mère. « La vérité ne compte donc pour rien ? » je lui avais demandé. « Non, quand cela ne sert qu’à faire de la peine, non, la vérité n’est pas importante » elle m’a répondu. « Je l’aurais détruit aussi. »
En fin de compte, ça vaut quoi, la vérité ?