À l’annonce de la mise à mort précipitée de Saddam Hussein j’ai été saisi d’une sensation légère mais profonde de nausée — non pas pour la fin du dictateur mais pour l’aboutissement inévitable du spectacle d’une justice pour le moins suspecte sinon tout à fait bidon. On soupçonne tout ce qui entoure ce soi-disant procès et l’exécution de la peine de mort, bien indiqué dans cette vidéo Thanks for the memories. L’a-t-on exécuté surtout pour l’empêcher de parler de ses rapports historiques avec la CIA et d’autres agents officiels des Etats-Unis ? (Pourquoi Augusto Pinochet a-t-il pu mourir dans son lit et non pas pendu ?) Il y a billet très perspicace chez Firedoglake écrit par la carnetière Jane Hamsher dans lequel elle décrit bien mieux que moi le sentiment de trouble qu’elle avait aussi ressenti en apprenant la mort de Hussein dont je ne citerai que ce court passage : « murder as PR to inch the arctic approval ratings of the pathological boy king and his disastrous war incrementally upward », ou, traduit par moi pour ceux pour qui l'anglais n'est pas confortable, « le meurtre comme coup de relations publiques afin de faire hausser par des incréments infimes les sondages d’approbation arctiques (c’est-à-dire minables) du garçon roi pathologique et de sa guerre désastreuse ». Non, je ne me sens pas fier.
En dépit de ce billet un peu maussade je voudrais souhaiter à toutes et à tous mes meilleurs vœux pour une excellente année 2007.
Ouf, on est enfin de retour — et c’est vrai, le gris ici en ville n’est pas aussi opprimant qu’à la campagne.
Au sanctum sanctorum des ordinatophiles new-yorkais où j'ai acheté le cadeau du copain
Il est vrai que je me sens en deuil nettement plus pour James Brown que pour Gerald Ford, pardonneur de Nixon, qu’on aurait dû avoir poursuivi en justice— voilà une erreur politique grave pour laquelle nous payons encore aujourd’hui.
Bon, le dollar, c’est foutu. Pour l’Irak, c’est guère mieux. La Chine créancière et l’OPEP pétrolière nous tiennent par les couilles, mais pour le play-back, les gars, c’est toujours les USA les vrais et les seuls champions du monde !
« You’ve given me a reason to smile, boy » (mais si le lien ne marche pas, cliquez ici)
Il s’appelle Daniel, son nom de guerre, c’est Madanna, il est fou de play-back (je recommande tous ses clips, qu'on trouvera chez youtube.com), il tient un cybercarnet ici, il se sent outragé par Bush et sa cabale, il habite Brooklyn, il a plein de talent (hélas, je ne le connais pas) et en admirant ces vidéos je me rappelle qu’il y a encore du beau et du bien chez nous ici et je suis fier d’être un sale pédé new-yorkais tout à fait opposé aux valeurs dites américaines qu’on voudrait nous faire avaler tous, comme la torture, la guerre préemptive, l’égoïsme d’état et surtout la nouvelle mode de l’onction des sièges de juges et des bureaux avec de l’huile d’olive (si, si !) afin les « purifier » et « bénir » les occupants (note à Laurent : fais gaffe au bureau et espérons que cette bizarrerie ne s’avance jusqu’aux bords de la Seine ou de la Tamise). Et finalement, c’est par Joe.My.God que j'ai découvert cette vedette. Merci, Joe.
Le bâtiment municipal au crépuscule
Les lumières rouges devant le magasin Armani dans l'avenue Madison — on était en route vers un restaurant avec les parents du copain
Devant le restaurant Le Chat Noir, nouveau favori de la belle-mère du copain
Malgré nos efforts plutôt antisociaux, ce Noël campagnard a été assez occupé par une variété d’activités mondaines.
On fait la queue dans la rue Bleecker pour le chapon
Il nous a fallu une heure et demie d'attente pour entrer dans la boucherie — les gens là sont trop gentils, ils offrent des conseils de cuisine, ils suggèrent des recettes, c'est fou !
On a quitté New-York vendredi soir, ayant presque oublié le beau chapon que j’avais laissé dans le frigo. Samedi on est allé chercher le vin pour notre cocktail de réveillon de Noël (les magasins d’alcools sont fermés le dimanche au Connecticut) après être passé au supermarché pour acheter des paquets de chips « exotiques », du saumon fumé écossais, des citrons verts et jaunes, et des cacahuètes salées (l’amuse-gueule classique des Wasps, gent en voie de disparition qui occupe encore quelques réserves réduites et éloignées, telles « Pierreville » et Old Lyme au Connecticut).
Au cocktail de samedi soir, qui a eu lieu dans le yacht-club du coin — moi, j'ai flirté avec les serveurs, il y en avait de très mignons (et bien trop jeunes)
Samedi soir on est allé à un cocktail après lequel on a mangé à notre restaurant favori au village, où le grand « sorteur » (c’est ma traduction du mot « walker » qui signifie, dans ce contexte particulier, un homme élégant, distingué et homosexuel (donc, pas menaçant pour les maris au plan sexuel) qui accompagne les femmes quand elles sortent dans le monde sans leurs maris, autrement occupés par les affaires ou par leurs maîtresses) homo du coin, élégant diplomate retraité, s’est assis à notre table pour boire un verre avant de nous inviter chez lui, où l’on a encore bu une bouteille de vin tout en bavardant sur une grande variété de sujets drôles et délicats. Il est allé le lendemain au Mexique (plus précisément, au Yucatan) pour les fêtes.
Au bar à huîtres, en attendant une table — une bouteille de bourgogne blanc à côté
Quelques tables au Café de la rue de l'Eau
Dimanche on a fait le ménage dans l’appartement. Les premiers invités sont arrivés à 18 heures précises (ils sont toujours très à l’heure à la campagne, tandis qu’à Manhattan, on arrive à une soirée en général avec un retard d’au moins trente minutes). On a eu finalement une trentaine de personnes chez nous.
Le salon, plus ou moins propre
Des roses cuivre devant la glace italienne
L'un d'une paire de candélabres qui ont appartenu à ma mère et qui m'ont toujours fait penser au château de Dracula — et puis, les pédés comme moi adorent les bougies, c'est archiconnu !
Et encore des bougies !
La table aux canapés — avec des bougies (c'est pour l'effet bordel)
Noël il a fait gris — on est allé chez une amie qui offrait une partie pour tuer un peu de temps avant les repas officiels de Noël, qui commençaient entre 14 heures et 18 heures. Le nôtre chez l’amie écrivain était prévu pour 15 heures — après une heure d’apéritifs (du champagne et des olives aux anchois, c’est tout) on était invité à passer à table.
La table dressée chez l'amie écrivain, avec la garniture "Jardins et jets d'eaux" fait en verre à Venise dans les années vingt au centre qu'on ne sort qu'à Noël
La bûche de Noël faite maison, avec des faux champignons de massepain
Là, j’étais à côté de l’amie écrivain et en face de la mère d’un type que j’avais connu comme homo à New-York il y a des années. Il s’est marié depuis à une femme sympa, ayant quitté Manhattan pour s’installer ensuite en ménage tout à fait conventionnel à Pierreville. Cette femme — la mère de ma connaissance — était belle, élégante et tout à fait idiote, elle m’a annoncé, heureusement vers la fin du repas, qu’elle ne pouvait pas regarder les infos sur ABC ou NBC parce qu’elles étaient « trop libérales » (sens américain, bien sûr), elle regardait seulement Fox pour s’informer, et elle adorait écouter son « grand ami Rush Limbaugh. »
L'admiratrice de M. Limbaugh
L’amie écrivain a eu l’air complètement stupéfait par ces révélations, mais pour une fois elle s’est retenue à dire seulement « Non, je ne suis pas d’accord » d’une voix plutôt neutre.
Le sapin de Noël chez l'amie écrivain
Notre repas terminé, on est passé chez une autre amie chez qui l’amie marchande de tableaux dînait, parmi une bonne douzaine d’invités. On y est resté jusqu’à dix heures du soir où, crevés, on est rentré chez nous pour nous affaisser devant nos écrans (Xbox360 oblige) avant de nous coucher.
Mardi on a déjeuné avec l’ami financier qui s’amusait à élaborer pour nous un voyage qu’il espère faire avec sa femme, absente à New-Haven avec sa mère âgée, l’été prochain en Slovénie (pour la pêche),à Venise et à Vence.
De retour à New-York mardi après-midi (et cette fois, la circulation était dense et lente sur l’autoroute 95), on a pris rendez-vous avec des amis venus de Londres. L’option restaurant la plus proche et la plus facile (Sant Ambrœus) étant impossible à cause de fermeture, on a eu de la chance au nouveau Waverly Inn, bondé de monde et toujours sans numéro de téléphone officiel, mais où la maîtresse d’hôtel charmante a fait semblant de me reconnaître et m’a réservé une table. Très agréable de voir ces amis, qui rentraient le lendemain à Londres (histoire de célébrer le mariage gai de deux amis) avant de continuer à Saint-Tropez où ils fêteront chez eux le Nouvel An.
Pour le Réveillon cette année, comme on prévoit de la pluie ici, on va en toute probabilité rester chez nous au lieu de courir dans la course de minuit. Ce soir on va voir « The Big Voice : God or Ethel Merman » dans une synagogue convertie en théâtre. Ça nous a été recommandés par les carnetiers de la semaine précédante qui l'avaient vu.
Je m'excuse pour ce long billet vague et flou et sûrement sans intérêt aucun, mais voici une vidéo politique qui m’a fait sourire. Évidemment, ce n'est pas du meilleur goût, précisément comme je les aime. (Comment dit-on « not safe for work » ? Mais en France, je crois que tout est « safe for work », n’est-ce pas ? Les Français sont plus modernes que nous !)
« Surge » — c’est le mot sur toutes les lèvres, surtout celles de Bush et du prétendant au trône McCain. Curieusement, j’ai eu du mal à trouver une traduction tout à fait convenable au sens du mot anglais, où l’on retrouve plusieurs sens tous confondus l’un dans l’autre : « surtension », oui, mais surtout dans le sens de « surge protector » ; « surgir » dans le sens d’« apparition soudaine ou brusque», oui, il y a de cela ; une « onde positive » approche au sens anglais, qui a quelquefois une connotation positive de force — « She felt a surge of pleasure at hearing the good news ». « Saute de pression » me semble peut-être la meilleure traduction que j’aie jusqu’à maintenant trouvée — c’est descriptif et plutôt neutre. Mais pour le public américain, il est clair que les bushistes cherchent à utiliser un mot qui lui fera oublier de quoi il s’agit en vérité : une escalade (« escalation » en anglais) de la guerre par le moyen de vingt ou trente mille soldats nouveaux. On commence à critiquer cet abus de langage malin.
Les voitures stationnées dans la 4e rue ouest disparaissent avant l'arrivée de la balayeuse et du camion des éboueurs
Oh la la, j’ai du mal à marcher tellement les fesses me font mal — non, ceci n’est pas dû à aucune activité particulièrement vicieuse. Mon moniteur de sport James s’est amusé à me faire faire des exercices pour les jambes tout à fait désagréables, parce que difficiles (oui, je suis pleurnicheur professionnel, c’est pourquoi je pense que j’ai raison de ne pas avoir d’enfants, question de ne pas permettre aucune concurrence chez nous dans les comportements égoïstes). Il s’agissait des squats assez lourds (un peu plus de 110 kg de charge) suivis sans repos (en super séries, c’est le pire) par des fentes pratiquées la longueur de la salle avec deux haltères assez légers — maintenir son équilibre tout en se déplaçant, déjà essoufflé à cause des squats, d’une façon plutôt inélégante le long de la salle au milieu des machines et des autres personnes, c’est ça le truc. Après une séance de jambes un peu draconienne j’ai toujours du mal à me promener le lendemain, et c’est précisément ce qu’il m’arrive aujourd’hui, quand j’ai dû aller déposer des photos numériques chez les Indiens pour qu’ils les impriment correctement sur du papier pour que je puisse, dans des cadres, les offrir aux gens à la campagne comme cadeaux de Noël. Il y a aussi un couple invité par l’amie écrivain à dîner avec nous — la femme est graphiste et le mari est imprimeur à l’ancienne — il une presse d’imprimerie dans un atelier où il fait de beaux livres à tirages réduits et des invitations élégantes pour des institutions chics et friquées comme la ce petit livre qui parles de l’histoire des couvertures des livres de poche Penguin de 1935 à nos jours. Il faut en plus que je trouve une petite quelque chose pour la mère de l’imprimeur, qui sera elle aussi à notre table de Noël.
L’amie marchande de tableaux nous accompagne aussi. C’est compliqué. Au début elle comptait aller passer les fêtes chez son frère à Sydney mais elle a attrapé la semaine dernière une grippe assez grave qui l’avait obligée à rester au lit avec une forte fièvre pendant cinq jours — ne se croyant pas prête à passer vingt heures à bord un avion, elle a donc annulé le voyage et le copain, qui est énormément plus sympa que moi, l’a invitée à passer les fêtes à la campagne. Heureusement il lui a expliqué qu’elle ne voudrait pas rester chez nous, où c’est trop petit, et elle a donc réservé une chambre à l’auberge du village. J’ai vite fait des coups de téléphones aux amis chez qui on allait pendant le week-end pour leur demander la permission de venir avec une autre personne — les gens là-bas sont simples et généreux, il y a toujours de la place pour une personne de plus, sauf bien sûr chez l’amie écrivain, qui refuse d’avoir jamais plus de huit invités assis à sa table ovale. J’ai dû trouver une place libre pour l’amie marchande de tableaux à la table d’autres amis qui la connaissent.
On y va demain soir, après avoir distribué nos primes aux types du garage (20 $ chacun).
Ce sera bientôt, selon certains, le début de l’acte trois du drame irakien, le dénouement de cette aventure illégale, mal entamée et mal gérée, en tout cas en ce qui concerne l’armée américaine (le peuple irakien en aura sûrement pour beaucoup plus longtemps, il est désolant à constater). L’effondrement inévitable de la Zone verte et sa prise par des partisans en toute probabilité loyaux à Mouqtada al-Sadr marqueront la fin de la présence américaine à Bagdad, mais aussi le début de la parcellisation de culpabilité parmi les hommes politiques à Washington. Pour les bushistes purs et durs, ce sera bien sûr les démocrates défaitistes et leurs complices au département d’État et dans les médias dits « grand public ». Pour les démocrates bientôt au pouvoir, on va pointer le doigt à ceux qui comme Lieberman et Clinton ont approuvé la décision de poursuivre une invasion préemptive. Mais il n’y a rien à faire — l’échec est connu d’avance, par nous, par nos hommes politiques, par les Iraniens, par les Saoudiens, par tout le monde. Reste à voir seulement exactement comment tout cela va se défaire.
Devant la librairie Three Lives où j'ai acheté mes cadeaux de Noël
Au rez-de-chaussée de BLTFish dans la 17e rue ouest
On est allé dîner hier soir avec de bons amis qu’on ne va voir qu’après le Nouvel An (ils restent à la campagne, nous rentrons mardi après-midi). Le restaurant était BLT Fish, ce qui veut dire Bistro Laurent Tourondel Fish, dans la 17e rue ouest. Au rez-de-chaussée se trouve un restaurant bon marché, au 1er il y une salle privée, et au deuxième il y a le restaurant classique.
Au 2e étage
Le plateau de fruits de mer, bon mais hélas pas aussi bon que celui qu'on mange à la Brasserie La Lorraine dans la place des Ternes
Derrière nous, à une table longue, il y avait une douzaine de jeunes hommes et femmes d’affaires, dont certains, j’avoue, étaient bien plaisants aux yeux, qui fêtaient sans doute leurs énormes primes de fin d’année avec beaucoup de bruit, accompagné de beaucoup de cocktails. C’est fréquent dans tous les restaurants dans cette saison et on l’endure comme on peut. Mais cette fois, la table bruyante nous a offert une bouteille du vin blanc qu’on buvait — notre hôte l’a refusé en leur remerciant. On a bien mangé et au dessert le copain et moi nous leur avons offert les cadeaux (livres) qu’on leur avait achetés.
L'un des desserts offerts par le chef — de la barbe à papa au parfum de pommes
Pendant que j’achetais les livres à offrir à nos amis, j’ai retrouvé le livre de nouvelles dont j’avais rencontré dimanche un des auteurs — je l’ai acheté aussi et le feuilletant ce matin j’ai découvert que je connais, à ma surprise, un autre des auteurs en plus de celui que j’avais rencontré dimanche après-midi.
À l'angle de la 6e avenue et la 14e rue ouest, « P E A C E » illumine les cinq fenêtres de cet appartement
Devant le restaurant Pastis dans le quartier des grossistes en viande
Un week-end particulièrement agréable en fin de compte — notre dîner de samedi s’est assez bien passé, en dépit de, ou peut-être bien à cause de la remarque inattendue faite par un galeriste assez connu qualifiant un artiste tendance de « corrompu ». Or il est bien rare qu’on entende des critiques de peintres pour des manques de moralité esthétique — et c’est bien dommage, car il y a plein d’artistes qui ne travaillent que pour susciter les applaudissements faciles d’un public collectionneur qui chercherait plutôt un divertissement rassurant qu’une mise en question des lieux communs de l’art. Mais non, on n’en est pas venu aux coups, mais il fait tout de même du bien de pouvoir discuter avec force et opinion ferme de sujets qui restent en général sous une enveloppe de politesse banale.
Google installe ses bureaux new-yorkais dans ce grand immeuble en brique juste au nord de la 14e rue ouest
M’étant couché à trois heures et demie (après avoir fait toute la vaisselle à la main — on est décidément élémentaire chez nous, sans lave-vaisselle, n’est-ce pas ?) je me suis permis de rester au lit jusqu’à midi le dimanche. Le copain regrettait les multiples verres de calvados qu’il avait consommés à la fin du dîner, mais on a réussi à se reprendre suffisamment pour se rendre vers deux heures de l’après-midi chez l’auteur du carnet Web Daily Blague (plaisanterie francophile évidente et intentionnelle) qui, avec sa femme adorable, avait convoqué une sorte de New York Carnet dans la 86e rue est où ils nous ont servi un brunch extravagant. Là on a retrouvé les auteurs du carnet Perge Modo (ça vient de Virgile) ainsi que l’auteur talentueux du carnet Joe.My.God, qui est en quelque sorte un Ron l’Infirmier new-yorkais, car il fait partie des écrivains dont les chroniques se trouvent dans une nouvelle collection intitulée « Boys to Men : Gay Men Write About Growing Up » et, tout comme Ron l'a déjà fait (et j’espère que vous avez tous acheté vos exemplaires de La Chambre d’Albert Camus et si non, dépêchez-vous !), il prépare un nouveau livre d’écrits faits par lui seul qui sortira dans l’année à venir. En plus des carnetiers, il y avait un couple intéressant qui avait tout vu au théâtre. Et nos hôtes avaient aussi tout vu, tout lu — c’est intimidant de se retrouver au milieu de tant de gens qui lisent, qui écrivent, qui réfléchissent, quoi ! Le copain a parlé politique en dépit de sa gueule de bois (puisque la détestation de Bush était unanime dans l’assistance, on a discuté plutôt du pour et contre stratégique d’une augmentation de troupes américaines à Bagdad). Le couple de Perge Modo partage leur vie entre la capitale du Connecticut, un appartement à Manhattan et une résidence à Fort-Lauderdale, en Floride — quelle veine, non ? Je connaissais l’auteur de Joe.My.God depuis quelques années déjà, parce que le copain et moi, nous étions allés le voir lire une de ses billets-histoires en public dans un petit théâtre dans le Village-Est avec une sélection de carnetiers new-yorkais sous l’égide du programme WYSIWYG. C’est un littéraire né et l’on s’est amusé à se souvenir de nos premières découvertes dans la littérature « d’intérêt gai » comme les romans de John Rechy, dont le chef d’œuvre est City of Night — je me souviens toujours de la gêne que j’éprouvais en achetant publiquement (bien avant l’anonymat de l’Internet), à l’ancienne librairie Scribner’s dans la 5e avenue, un exemplaire du roman Numbers dont j’avais lu la critique « provocatrice » dans le New York Times Book Review.
Oui, madame, je prends ce livre avec la photo d'un prostitué mâle sur la couverture mais ce n'est pas pour moi, c'est pour un ami qui habite la campagne et qui m'a demandé de lui l'acheter
On a parlé aussi des romans de Gordon Merrick, dont le premier que j'aie lu, The Lord Won’t Mind, m’avait complètement ému en dépit du fait que je savais parfaitement bien qu’il s’agissait dans ce bouquin d’une histoire d’amour des plus mièvres et des plus sirupeuses écrite dans un style sucrissime à faire mal aux dents de la bonne écriture (oui, oui, je sais, c’est un peu pousser la métaphore). (Jusqu'à présent j’ai toujours évité à ajouter trop de sites anglophones sur la liste de carnets, mais comme je suis en fait un lecteur fidèle de ces deux sites excellents, je les mets.)
Vue de la rue Gansevoort vers l'ouest — non, ce n'est pas vraiment beau
Lundi j’ai déjeuné avec l’ami galeriste à Pastis — il y avait du monde même à 15 heures — il partait le soir pour Buenos-Aires et Punta del Este où il restera jusqu’au 3 janvier.
Du monde au restaurant
Encore une photo banale des lumières dans la place du Temps depuis la 49e rue et Broadway
Hier soir, on a poursuivi notre offensive Broadway en allant voir la comédie musicale « Spring Awakening ». Hélas, je m’attendais à trop. Un spectacle acceptable mais rien de plus, et sûrement pas le « spectacle inattendu comme on n’en voit jamais à Broadway » des fiévreux commentaires à la (très favorable) critique du Times.
Vue de la scène avant le début de la pièce — c'est flou parce que j'ai dû la prendre en cachette puisqu'il est « strictement interdit de prendre des photos dans le théâtre » et les placeuses avaient l'air particulièrement féroce
On y retrouve même, mœurs contemporaines obligent, un couple gai tout à fait inapproprié (et je doute fort que cette situation se trouve dans la pièce originale de l'auteur allemand Frank Wedekind). Il y a un drôle de site, assez méchant comme on les aime, qui s’appelle Broadway Abridged ou Broadway Abrégé qui traite cette scène regrettable ainsi :
SCENE: A DIFFERENT PART OF THE PARK, THIS PART WHERE *GAY* TEENAGERS HAVE SEX.
GAY BLONDE
(campy and over the top)
I want to lick off the cream... Will you help me lick off the cream?
OTHER GAY BOY
(without any shred of seriousness or sincerity)
Yes... Yes... Lick the cream...
THE GAY PEOPLE (dont nous et pas mal d'autres dans la salle)
Gee, thanks for setting us back twenty years.
C'est méchant, d'accord, mais très exact. Le « Gay Blonde » était pourtant beau (un enfant qui s’appelle Jonathan B. Wright).
Le jeune M. Wright, mentionné ci-haut
Aujourd’hui je commence à acheter les cadeaux de Noël — on est passé, après être sorti du théâtre, au Virgin MegaStore dans la place du Temps pour inspecter les Xbox 360 que le copain veut comme cadeau (avec le jeu Gears of War — pourquoi n’a-t-on pas créé un jeu où, pour gagner, on doit « briller dans le monde » au lieu de tuer toute créature qui bouge ! Le succès mondain est quand même plus difficile que le succès des armes, n’est-ce pas ? Mme Verdurin a dû être bien plus rusée pour s’élever au titre de princesse de Guermantes qu’un tueur quelconque chez Doom ou Grand Theft Auto. À quand des jeux vidéo pour les vieux pédants ??!!
C'est la guerre des confiseurs — le panneau en néon du nouveau magasin de bonbons M & M dans la place du Temps qui est une réplique à celle...
de la société Hershey qui se trouve de l'autre côté de Broadway !
Comme il faisait toujours doux, on est allé à pied à la station de la 42e rue pour prendre le métro, ce qui m'a permis cette vue du côté nord de la place du Temps
Il y a des choses qui rendent, euh, perplexe : en voici un exemple : le football américain pratiqué à Rennes ( et je vous assure que ce n’est pas parce que j’ai passé un an à Rennes qu’on y a importé ce sport qui m’avait paru bizarre mais j’avoue tout de même sexy quand j’étais un ado complexé à Atlanta il y a bien des siècles).
Ça fait des semaines qu’on n’est pas en ville, mais cette fin de semaine on a fait un dîner correct — les invités étaient des artistes, des galeristes et des « partenaires » d’artistes et de galeristes. C’est la première fois qu’on ait un « grand dîner » chez nous dans un an et demi au moins. Il y avait du stress, je l’avoue, surtout quand j’entendais le bruit des batailles sur Le Monde de l’Art de la Guerre qui sortait de la chambre à coucher, tandis que je préparais le poulet à la Flamande et le potage aux tomates épicé, mais bon… c’est bien ça, la vie en couple, je vous préviens.
La soupe et le poulet, côte à côte
Mais ça a été un succès. La cuisine n’était pas immangeable. On a beaucoup discuté de l’art, des artistes, des critiques. On a eu une visite éclair de l’ami galeriste, plutôt bourré, accompagné d’une amie professeure d’art en Floride (la pauvre) de passage à New York. Les jeunes ont avalé beaucoup d’armagnac, de cognac et de calvados — vous voyez comment on finance l’excédent du commerce extérieur de la France (sans parler des fromages — Livarot, Brie très coulant, Roquefort et Comté et des vins : Champagne Veuve Cliquot, Château Macay 2003 et Montagny Joseph Drouhin 2003).
La table dressée
Demain on participe à une petite réunion de carnets new-yorkais qui aura lieu dans le côté oriental supérieur. Peut-être aura-t-on bientôt un New York Carnet français, francophone ou francophile ?
Une manif de fans devant les studios de la MTV dans la place du Temps
« We're in this strange post-election transitional period » — remarque notée ici et qui décrit assez bien l'ambience d'attente (en plus de l'hystérie annuelle des fêtes !) dans laquelle les États-Unis se trouvent à présent. Cette période de transition est devenue plus étrange encore avec la crise médicale grave subie par le sénateur démocrate du Dakota du sud qui pourra remettre le contrôle (glissement de sens vers l’anglais « control » pour dominer, mais comme et Le Monde et Le Figaro s’en sont servis, donc je me plie devant leur expertise linguistique) du Sénat aux mains des républicains.
On nettoie la glace de la nouvelle patinoire dans le parc Bryant, derrière la Bibliothèque publique
Cette ambiance d’attente nerveuse est partagée par Bush, qui de toute évidence cherche à faire oublier le rapport Baker sur la guerre en Irak en repoussant sa réponse officielle aux suggestions jusqu'au début janvier. Les éditorialistes du Times commentent sèchement : « If the president is delaying because he is searching for a good option, he can stop. There are none. » Un point, c'est tout. Paf !
La ligne des toits autour du parc Bryant
De la frustration politique exprimée d'une manière typiquement robuste par le rocker tatoué Henry Rollins, idole d'une certaine jeunesse punkifiée.
De jolies plantes au marché de Noël du parc Bryant
Il paraît que je ne suis pas le seul à participer avec enthousiasme à une renaissance d’intérêt dans le théâtre new-yorkais. On est allé voir Carrie dans le Village-Est mercredi — pas mal. Lundi on va à « Spring Awakening » qui a eu une critique extraordinaire dans le Times.
La façade du magasin un peu suranné Lord & Taylors illuminée pour Noël — triste réflection de la splendeur des grands magasins parisiens à cette saison
Dans la 34e rue ouest, entre les 5e et 6e avenues
On a vu hier soir un sketch vraiment hilarant joué par la comédienne Samantha B pour le Daily Show sur comment faire marcher la chaîne Al Jazeera English pour le public américain. Trop marrant. (NDLR: Youpi, on a mis un morceau en ligne, au Huffington Post. Meilleure citation: « Immigrants — are they stealing your blond teenagers ? »)
La place du Héraut
La 69e rue ouest, entre l'avenue du Parc central ouest et l'avenue Colomb — rue résidentielle typique du Côté supérieur occidental
Dans l'avenue Colomb à la 72e rue ouest
Ce salaud de républicain John McCain chercherait la fin des carnets en guise de protection contre la pédophilie sur Internet. Tu parles !
L'ancien et le moderne — le bel immeuble Astoria, une fantaisie Beaux-Arts à droite, côtoie la monstuosité architecturale « post-moderne » à gauche — ces deux immeubles expliquent la densité de ce quartier
L'impressionnante salle de banque de l'ancienne Banque d'épargne allemande, maintenant la Banque Pomme
Une visite éclair à la campagne, où une amie m’a offert un dîner d’anniversaire (et non, je ne révélerai aucun chiffre, disons tout simplement que, enfant, j’ai joué avec Mathusalem, comme moi inscrit à la maternelle dans le vieux Canaan, pas le « New Canaan » de la bourgeoise connecticutaise) avec du monde et heureusement pas de cadeaux. La femme qui nous recevait m’a fait m’asseoir à côté d’elle, et pendant le repas elle m’a divulgué que sa fille, qui habite Manhattan, était tombée amoureuse d’une autre fille — « elle est très bien, l’amie » elle m’a assuré.
Une longue table d'anniversaire
Dimanche je suis passé chez l’amie écrivain pour lui lire la une du Times, le commentaire de Frank Rich, l’article de Maureen Dowd de samedi, un article sur la professeure de poésie à Harvard Helen Vendler, et puis j’ai suggéré quelques pages du The Tribes of Britain et elle en était ravie. Je l’ai quittée vers seize heures et après avoir rangé l’appartement, le copain et moi, nous sommes rentrés à New-York (que le trajet est ennuyeux !)
L’administration continue à tourner en rond autour du désastre irakien pour lequel les Bushistes n’ont aucune solution pratique. Personnellement je suis très content que Bush se foute de plus en plus dans la merde mais je plains les soldats qui vont mourir dans l'effort vain de protéger sa réputation.
On est allé avec l’ami galeriste voir une daube à Broadway hier soir, The Apple Tree — bien sûr on ne savait pas qu’il s’agissait d’une daube qu’après quinze minutes écoulées dans le premier acte, au moment où on s’est peu à peu rendu compte que, en dépit des belles voix, la musique démodée et ennuyeuse ainsi que le scénario des plus banals n’allaient pas faire ressortir la pièce d’un niveau de médiocrité assez pénible à supporter. C’est dommage qu’on ait gaspillé les grands talents et la belle voix de vedette de Broadway de l’actrice Kristin Chenoweth mais il n’y a rien à faire — on n’aurait pas dû remonter cette mésaventure théâtrale.
J'attends le copain devant le théâtre
Mais il était tout de même amusant de revoir l’intérieur (beaucoup réaménagé) de l’ancienne discothèque Studio 54, redevenu théâtre.
Les beaux lustres du hall d'entrée du théâtre-ancienne discothèque que j'ai visitée deux ou trois ou, ben, plusieurs fois (mais c'est ma « tante » qui m'y avait amené avec elle, car j'étais bien sûr trop jeune d'y aller tout seul)
Plus tard l’ami galeriste nous a révélé qu’il avait voulu voir la comédie musicale parce qu’il avait rencontré un des jeunes danseurs dans la salle de sport des quais de Chelsea — on est allé dîner dans un nouveau bistro plus ou moins français près de chez nous, le Café Cluny. Il y avait pas mal de monde, même à 23 heures. Moi j’ai pris du poulet rôti — un bon choix.
Elle était blonde mais elle a quand même remarqué tout de suite que j'avais sorti l'appareil pour prendre une photo
De retour à l’appartement, j’ai découvert la fureur que Jérôme à Paris, bien connu aussi à la Tribune européenne qu'il a fondée, avait soulevée chez Daily Kos — aujourd’hui on y a laissé plus de 1492 commentaires ! C’est fou ce qu’on est susceptible, nous Américains. La discussion sur les différences entre Amerloques et Euros continue ici.
Vue vers l'extérieur, décoré pour Noël, depuis la banquette au restaurant
Un bel immeuble résidentiel dans le Village, où un metteur en scène d'opéra m'a fait la cour un peu énergiquement autour du grand canapé dans son salon élégant — mais j'étais jeune et leste et j'ai réussi à le fatiguer avant qu'il ne m'attrapât ! (NDLR — Cela s'est passé dans l'ère paléolithique.)
Bon, ça y est — la guerre en Irak est officiellement finie. Oh, il nous reste plein de choses à faire, plein de mensonges réconfortants à répéter, plein d’excuses justificatives à proclamer, mais dès aujourd’hui, c’est bel et bien perdu, cette guerre préemptive et illégale et bête et meurtrière et finalement inutile à la politique puérile de George Bush. Et, curieusement, c’est la droite qui reconnaît ouvertement cette défaite — par contre, les démocrates « modérés » parlent de consensus « bipartite ». Je viens d’entendre une interview à la radio avec le sénateur démocrate Dick Durbin de l’Illinois qui a failli me faire gerber tellement il s’est posé en supporter modéré de « notre président » qui « ne veut pas se tourner » vers les débuts de cette guerre d’agression intentionnelle. C’est ça qui est décourageant chez trop de démocrates — leur manque de couilles !
Un commentaire d'artiste amer
Mais les conclusions du rapport préparé par le Groupe d’études sur l’Irak feront l’affaire précisément comme la signature du traité de paix par Kissinger pour les États-Unis et par Le Duc Tho pour la République démocratique du Viêt-Nam a marqué la défaite américaine en Asie en 1973. Le 30 avril 1975 dix Marines américains quittent l’ambassade américaine à Saïgon, mettant fin à la présence américaine dans ce pays.
Il ne faut surtout pas repasser les événements mensongers promus par l’administration Bush pour justifier leur agression, ni mettre en justice tous ceux qui ont menti pour faire tuer les fils et les filles d’autrui. L’instinct primordial de tout homme politique restera toujours la protection de soi.
Ça brille devant le théâtre Shubert dans la 44e rue ouest
Hier soir on est allé voir Spamalot, comédie musicale écrite par Eric Idle de la troupe Monty Python et mise en scène par le talentueux Mike Nichols. C’est de la bouffonnerie purement Broadway — des plaisanteries du pire goût, de belles jeunes femmes dans n’importe quelle scène, un Lancelot de la Table Ronde qui se transforme devant nous en Peter Allen disco (joué par le beau Chris Hoch, qui se connaît visiblement dans les salles de musculation), Camelot reconçu en Las Vegas, et tout le reste. Débile mais plein de charme.
Le « rideau » dans l'entracte, une énorme herse en bois qui sert aussi d'écran
C’est souvent les étrangers qui apprécient mieux que nous les lieux qui nous sont devenus presque invisibles par habitude et par paresse de vision. Comme preuve de cette théorie, je vous offre ce carnet Web New York créé par un Belge qui vient de passer quelques jours à New-York. Il ne faut pas manquer la visite (vidéo) de Manhattan du haut du bâtiment de l’État-Empire et celle de la place du Temps.
Ici à New-York on vient d’interdire l’usage des acides gras trans dans les restaurants à partir du 1er juillet 2007. Je m’inquiète un peu de cette extension du domaine de l’État-Gouvernante mais en fait je crois que ce changement n'aura pour moi aucun effet particulier.
Si les carnets Web font peur aux journaux, c’est parce qu’ils offrent au public lecteur l’occasion de développer ses propres idées sur des événements que, dans le temps, on n’apprenait qu’à travers les écrits de journalistes approuvés. C’est pourquoi il m’est toujours un grand plaisir de trouver de nouveaux carnets Web dans des endroits qui sont pour moi exotiques. Aujourd’hui j’en ai trouvé deux, l’un grâce à Matoo, à présent en vacance en Israël, et l’autre, je ne me rappelle pas trop bien comment. Ils nous viennent de Jérusalem et de Beyrouth, deux villes super importantes pour nous tous ces derniers temps et j’espère qu’ils nous offriront des points de vue qui différeront des perspectives officielles qu’on trouve dans nos journaux.
J'attends avec intérêt l'arrivée de France24, qu'on a notée ce matin dans le carnet populaire Americablog. François le padawan en parle longuement chez lui, aussi, dans un billet intéressant. Pour nous, Américains, on espère avoir une autre source d'infos qui n'aura pas peur de Bush et des pressions sur les médias et c'est pourquoi je suis plutôt content d'accueillir un point de vue français sur la scène internationale des chaînes d'info.
Et pour terminer ce billet sur le niveau intellectuel auquel on est depuis trop longtemps habitué, je félicite la fille du vice-président Cheney, Mary, de sa grossesse. La droite n’est pas contente, la gauche en rit, et tout le monde se demande « Mais c’est qui, le père ? »
Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?
La voix de Snigdha Prakash, à l’accent charmant du sous-continent, à la radio et un avion qui passe au-dessus.
Retour à la place du Temps — je ne m'en fatigue pas !
Quand êtes-vous sorti la dernière fois, qu'avez-vous fait ?
Je suis allé assister à la fête du Gypsy of the Year (figurant de l’année) au Neil Simon Theatre, un spectacle bénévole pour lever des fonds en faveur de Equity Fights AIDS — et Actors’ Equity, c’est le syndicat des acteurs au théâtre, tandis que le SAG, c’est pour les acteurs du cinéma et AFTRA, c’est pour la télé et la radio.
Devant le théâtre — j'attends l'ami galeriste
Avez-vous rêvé cette nuit ?
Non, mais j’ai eu une insomnie pendant laquelle j’ai pensé à, entre autres, l’odeur réconfortante du poil de la feue Betty.
Quand avez-vous ri la dernière fois ?
Hier soir, en regardant le sketch ironique sur les soi-disant « valeurs de production » de la société Disney à Broadway exécuté par les figurants de La belle et la bête (une production Disney, bien sûr).
Le rideau rouge
Qu'y a-t-il sur les murs de la pièce où vous êtes ?
Deux dessins de l’artiste Robert Schatz, un poste de télévision à écran plat, un portrait en crayon fait par un ancien patron, une grande bibliothèque bourrée de livres
Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
Un appartement assez grand pour contenir tous mes livres.
Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
En DVD — Les Parapluies de Cherbourg.
En salle — Happy Feet
Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?
Non, malheureusement rien (mais il me reste quelques heures).
Que pensez-vous de ce questionnaire ?
Bof…
Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore.
J’ai des yeux gris.
Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?
Anne-Élisabeth. (Oui, je suis très vieillot.)
Quel serait le prénom de votre enfant si c'était un garçon ?
Nicolas. (Idem.)
Avez-vous déjà pensé vivre à l'étranger ?
Oui. Et je l'ai même fait.
Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?
« J’aurais pu t’avertir, mais cela aurait enlevé tout l’effet de la surprise, non ? »
Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?
L’attitude de ceux qui s’imaginent avoir le droit de demander des services rien qu’à cause de qui ils s’imaginent.
Aimez-vous danser ?
Oui.
Georges Bush ?
Que l’amnésie ou la maladie d’Alzheimer fasse vite son travail…
Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ?
Émission fin de saison d’ Avatar, que le copain avait enregistrée.
Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?
On passe à la quincaillerie pour chercher du fil pour les banderoles
Désolé pour mon silence radio — ou je n’avais pas le temps pour rédiger un billet (et, rappelez-vous qu’il me faut plus de temps que la plupart de vous puisque je suis obligé de relire, de réviser — merci, Antidote — et de corriger à plusieurs reprises avant de cliquer « Published ») ou je n’avais tout simplement pas envie.
Dans la rue Hudson à sept heures du matin, où l'on essaie de héler un taxi pour aller au Parc d'Expositions Javits
Devant le Parc d'Expos Javits
Il y avait en même temps un salon de dentistes — aïe ! non !
Un hall désert à 7h15
On monte les stands
Au stand du copain — et non, ce n'est ni lui, ni moi
La circulation aux heures de pointe dans la place du Héraut (j'avais une course d'urgence à faire)
Le hall, quelques heures plus tard
Je rentre par la 34e rue ouest pour prendre le métro dans la 8e avenue
On a bel et bien fait le salon des petites entreprises de la région new-yorkaise au Parc des Expos Javits — on est arrivé au stand à sept heures et le copain est allé, avec l’un de ses deux employés, assister à un petit déjeuner d’affaires avec le maire Bloomberg. Le salon s’est ouvert au public à huit heures trente et le copain revenu au stand, j’ai moi-même fait quelques tours dans les longues allées afin d’observer la concurrence.
Au vernissage jeudi soir
Jeudi après-midi, le copain a du travail chez un client qu’il doit faire après l’heure de fermeture. C’est pour cela que j’ai convenu à accompagner l’amie marchande de tableaux à un vernissage à Chelsea à la galerie Lennon Weinberg pour un vieil artiste bien connu de tout le monde http://theviewfromhere.artinfo.ru/index.asp?lang=eng&sec=113&page=1 Barton Lidice Benes. Un autre marchand d’art m’ayant sur le coup téléphoné, je lui ai invité à nous accompagner, ce qu’il a accepté. Nous étions donc trois finalement à nous jeter dans les foules « philotechniques » encombrant la 25e rue ouest.
Notre visite cursive terminée (le marchand d’art est resté accoudé au bureau à bavarder avec les deux propriétaires de la galerie, tandis que l’amie marchande de tableaux et moi, nous avons feint un minimum d’intérêt en nous mettant devant la plupart des assemblages pour au moins deux secondes, tout en secouant nos têtes de façons visiblement érudites), on est allé dîner dans la 8e avenue — le copain téléphone, il quitte le bureau du client, il nous rejoindra au restaurant. Bon.
Du monde à Shag
L’amie marchande de tableaux commande une vodka martini. Je fais de même, l’autre marchand d’art aussi, le copain son gin-tonic habituel. On mange des entrées, on recommande des martinis, on mange nos plats. On s’en va. L’amie marchande de tableaux veut qu’on prenne un verre de plus — on est d’accord, on va au bar Shag, on recommande des boissons. Il y a du monde (tous plus jeunes, mais beaucoup plus jeunes que nous !), il y a même un DJ.
C'est l'entrée des garçons sensibles à Shag
C’est pour vous expliquer pourquoi j'ai eu un peu de mal à bien la suivre quand l’amie marchande de tableaux s’est penchée vers moi pour me chuchoter qu’elle avait eu de mauvaises nouvelles sur sa santé — son médecin lui avait que le cancer avait réapparu, mais cette fois, aux poumons. « C’est lui qui m’avait conseillé d’aller voir mon frère en Australie » elle me dit. « Selon lui, je n’ai pas pour longtemps. » Quoi ? Il y a beaucoup de bruit. Est-ce que j’ai mal compris ce qu’elle vient de me dire ? Et plus, elle a maintenant l’air assez saoul. Est-ce qu’elle plaisante ? Je ne sais pas quoi répondre. Puis elle ajoute « Tu sais, (nom d’un artiste connu) et moi, on se voit depuis l’été. » Re-quoi ? « Oui, on se voit toutes les deux semaines, on s’aime beaucoup. » « Et sa femme ? Et ses enfants ? » je lui demande. « Oh, il me dit qu’il ne l’a jamais aimée vraiment. On l’avait obligé à se marier avec elle. » Est-ce la vérité, ou est-ce qu’elle divague à cause de l’alcool ? « Je suis amoureuse de lui, tu sais », elle me dit avec un énorme sourire « depuis des années. » Oui, je le savais, et si le diagnostic malheureux est correct, je suis plutôt content qu’elle ait enfin pu trouver un amour réciproque. Mais à ce moment-là, j’ai du mal à la suivre, ayant moi-même trop bu. On va rentrer chez nous, et je l’accompagne chez elle, où elle me verse encore un verre de vodka gelée. Je ne sais pas à quelle heure je suis rentré chez moi (j’ai quand même réveillé le copain en lui disant des bêtises folles et dérangées.)
Il m’a fallu deux jours pour me récupérer entièrement de ces excès et de ces révélations, qui me pèsent assez lourdement sur le cœur. J’ai parlé hier avec l’amie marchande de tableaux qui pourtant n’a dit mot de ce qui s’était passé ni des sujets qu’on avait abordés. Je me demande si elle se souvient même de tout ce qu’elle m’a dit. Et que faut-il faire, comment faut-il agir maintenant ?
L'un des rayons de chaussures assez impressionnants dans le magasin DSW
Vue de la place de l'Union avec le Marché de Noël dans l'avant-plan
Hier le copain a voulu acheter des chaussures pour le travail — après être passés chez le magasin DSW dans la place de l’Union, je l’ai convaincu avec un certain effort de poursuivre sa recherche dans les trois grands temples du magasinage masculin à l’initiale B, à savoir Bloomingdales, Barneys et Bergdorf Goodman Men. Et puis on a accès à Bloomingdales du métro IRT.
Du Verlaine, en VO, dans le métro newyorkais — avec, tout de même, une faute de frappe importante à la première ligne
Dans l'avenue Lexington devant le magasin Bloomingdales
Donc, on a commencé dans l’avenue Lexington, avant de continuer au Barneys dans l’avenue Madison, d’où, après un bref détour dans le magasin Apple de la Cinquième Avenue, on est allé jusqu’au Bergdorf Goodman Men’s. Pas de chance, on n’a rien trouvé, et le copain m’a ensuite prié de continuer jusqu’à la boutique Timberland dans l’avenue Madison, où il a réussi à trouver une paire de chaussures convenable.
Entrée Barneys New York, où j'ai trouvé une veste Armani en velours noir, d'une beauté indicible, autrefois 2875 $, soldée maintenant à seulement 1785 $ (c'est rien pour vous, riches Européens)
On passe devant l'ancien hôtel Plaza, en train de devenir des appartements
Les tours du Centre Time-Warner au fond de la 59e rue
Entrée à la boutique Apple dans la 5e avenue — c'était ma première visite
Il y avait du monde dans le magasin
Oui, je le veux
C'est le copain qui m'a fait photographier cette vitesse de téléchargement phénoménale de plus de 24.000 ops
Il y avait du monde dans le coin des enfants
La tour General Motors vue depuis la boutique Apple
Au magasin Bergdorf Goodman Men's — plus connu tout simplement comme « Berdorf's Men's »
La tour GM, côté avenue Madison
Dans la 5e avenue
On a essayé d’aller au spectacle Carrie : A Period Piece (sous-titre très vulgaire et marrant que je ne traduis pas, vous êtes tous assez doués pour le comprendre, j'en suis sûr) il n’y avait pas de places. On est donc resté au taudis à regarder le DVD de Les Parapluies de Cherbourg avant de regarder la daube même plus mélo « It’s My Party » de 1996 où un type gay atteint d’une maladie incurable causée par le sida s’arrange pour se suicider entouré de ses amis et de sa famille (plutôt difficile). Je ne le ferai pas comme ça, c'est sûr !
Aujourd’hui, dimanche, il fait frais, ensoleillé. En principe on doit aller cet après-midi à une fête de Noël organisée par un membre fondateur de la Haute Bourgeoise Pédé New-Yorkaise. Il faut apporter des jouets. On va y rencontrer l’ami galeriste, avec ou sans compagnie. Je n’ai pas tellement envie d’y aller, mais on verra.